Will Butler – Policy

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Inutile de préciser qu’Arcade Fire est devenu un des groupes majeurs de la scène indie rock. Quatre albums, quatre sans-fautes et une multitude de récompenses à la clé pour ce groupe montréalais, c’est pas donné. Et c’est sans compter sur le génie mélodique du couple Win Butler-Régine Chassagne qui ont su s’adapter à chaque courant musical pour mieux se renouveler et nous proposer des chefs d’oeuvre. Si on a déjà vu le violoniste Owen Pallett, proche collaborateur du groupe, sortir un album solo majestueux du nom d’In Conflict l’an dernier, c’était sans compter sur Will Butler, le multi-instrumentiste du groupe. Le petit frère qui a vécu trop longtemps dans l’ombre s’apprête à dévoiler ses prouesses musicales avec un premier album solo nommé Policy sur Merge Records.

Il faut dire que vivre dans l’ombre de son grand frère (ou même d’Arcade Fire en général) n’est pas toujours évident pour lui. On se souvient par exemple de la fois où Will a composé entièrement la bande-originale de Her, film de Spike Jonze, mais le groupe entier a été crédité. Après avoir présenté une chanson par semaine s’inspirant de l’actualité vue par le quotidien The Guardian (mais aucune chanson sur les attentats de Charlie Hebdo ou la loi Macron malheureusement), on peut facilement comprendre que Will Butler veuille éclater son talent en solo au grand jour sur Policy.

Sur ce premier album solo et avec l’aide de Jeremy Gara (batteur d’Arcade Fire), il se dissocie clairement du son grandiloquent et mélancolique Arcade Fire pour un résultat coloré et diversifié: on pense aux enlevés « Son Of God » et « Witness » accompagnés d’un refrain choral proche du gospel, aux titres garage rock de « Take My Side » et « What I Want » ou même à la dansante et la rigolote « Anna » mené par des synthés et ses cuivres pour donner un côté groovy sans oublier le funk expérimental et élégant de « Something’s Coming ». Comme quoi, il aime ne pas se prendre au sérieux tout le temps via ses textes névrosés et teintés d’humour noir. Bien entendu, il n’oublie pas ses racines avec les ballades reposantes au piano de « Finish What I Started » et « Sing To Me » où sa voix ressemble étrangement à celle de son frère aîné.

Policy sonne comme un goût d’émancipation et de liberté totale pour Will Butler. Malgré ses 8 titres et ses 27 minutes, cela suffit pour nous convaincre de son génie. En s’éloignant clairement du son Arcade Fire, il laisse éclater ses influences musicales (Violent Femmes, The Breeders, Bob Dylan, Smokey Robinson, John Lennon…) pour nous proposer une oeuvre éclectique et barrée complètement sympathique.

Note: 7.5/10