Sun Kil Moon – Universal Themes

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Comment est-ce qu’un grand artiste peut être à la fois talentueux et golmon ? Mark Kozelek en est la preuve vivante. L’année 2014 était bien sûr son année de gloire: tout se passait bien pour lui et son groupe Sun Kil Moon. Benji était tout simplement un disque de folk incroyable, probablement un des meilleurs qu’il ait pu faire et qui lui a valu une énorme consécration, n’en déplaise aux haters. Seulement voilà, il s’est senti délaissé par ses fans et la concurrence notamment avec The War On Drugs qui avait sorti un Lost In The Dream mémorable la même année. Et c’est ainsi que les mongoleries de Mark Kozelek ont débuté.

On ne sait pas vraiment si il est vraiment dans la crise de la cinquantaine ou d’adolescence énormément retardé mais toujours est-il que ces derniers mois, on a plus souvent vu Mark Kozelek dans la rubrique « Faits divers » que dans la rubrique musicale. Par exemple, en septembre dernier alors qu’il donnait un concert avec Sun Kil Moon, des fans dans le public se sont mis à crier quitte à déranger le groupe. Trop choqué et déçu, le californien s’est emporté en traitant son public de « hillbillies » et en déclarant notamment: « Le public qui gueule alors que je suis en train de jouer est absolument irrespectueux. Je veux que des vrais gars dans mon public ! Fuck les imposteurs, les jaloux et les rageux ! ». Et puis sans qu’on sache pourquoi, il s’est mis à insulter The War On Drugs en publiant un morceau-clash « The War On Drugs: Suck My Cock » un mois plus tard. On est à mille lieues du clash Booba vs. Rohff/La Fouine/Kaaris mais toujours est-il qu’Adam Granduciel, leader de The War On Drugs, affirme être profondément choqué (comme une certaine personnalité politique dont je tairai le nom) de l’attitude de Kozelek et ne souhaite pas répondre à ses attaques le considérant comme un idiot fini. Mais les ennuis ne vont pas s’arrêter là. Récemment, il a été la cible d’autres associations féministes après avoir été odieux avec une journaliste de Pitchfork qui l’interviewait. Par conséquent, Pitchfork a changé la note et la chronique du nouvel album de Sun Kil Moon, Universal Themes (dont je vais traiter) afin de bien lui cracher dessus. Est-ce que ses mongoleries ont affecté Universal Themes ? Réponse…

Conceptuellement parlant, Universal Themes suit le même schéma que Benji, à savoir huit titres extrêmement longs mais musicalement denses (le morceau le plus court ne dure que 6 minutes et 45 secondes). Sur Universal Themes, il est question de namedropping, de mort d’un petit animal, d’un chat qui joue dans son jardin et autres faits banals dont on s’en bat un peu les couilles de prime abord mais qui tiennent à cœur pour Mark Kozelek. Ces récits du quotidien sont pour lui des sortes de réflexion par rapport à sa vie qui n’est pas toujours rose ainsi qu’à la mort, l’absence, l’amour et la fatalité, en d’autres termes des thèmes universels. Il s’entoure des mêmes musiciens qui ont œuvré pour Benji, à savoir Steve Shelley, ancien batteur de Sonic Youth entre autres. Avec le premier morceau « The Possum », nous voilà embarqué dans un nouveau road-trip acoustique attendrissant qui prendra vite une autre tournure et cédera au spoken word de Kozelek accompagné de quelques notes de guitare sur la fin du morceau. Le titre suivant « Birds Of Flims » est une splendide ballade se rapprochant d’un Sun Kil Moon d’avant 2010.

Bien sûr, il n’est pas question que de folk sur Universal Themes surtout avec le garage-rock complètement barré et salopé de « With a Sort of Grace I Walked to the Bathroom to Cry » avec la voix torturée de Kozelek qui se dédouble au fur et à mesure ainsi que des petits solos de guitare invraisemblables (et ses excellentes dernières minutes en prime) ou encore avec le dissonant « Ali/Spinks 2 » où j’aurais juré entendre du Sonic Youth dessus tellement la ressemblance est frappante. Au milieu de ces moments électriques viennent les accalmies avec le blues acoustique lancinant de « Cry Me a River Williamsburg Sleeve Tattoo Blues », le sublime « Garden of Lavender » riche en émotions ou encore mon coup de cœur de l’opus qui est la tendue et chamanique « Little Rascals » pour ses changements automatiques et inattendues de registre absolument mélodique et efficace.

Ce que Sun Kil Moon sait faire de mieux, ce sont les changements bruts de registre dans les chansons allant au changement de rythme, d’accélérations et de décélérations. Ce qui prouve que Mark Kozelek est libre de faire ce qu’il veut dans cet album, chanter des textes personnels que ça nous plaise ou non. D’ailleurs sur la très bonne conclusion « This Is My First Day And I’m Indian And I Work At A Gas Station », il clame tout simplement: « Some people love what I do and some get fucking pissy/But I don’t give a fuck, one day they’re all gonna miss me ». Il peut être un peu concon dans la vraie vie mais il reste tout de même un chanteur/musicien surdoué possédant un don infini de la mélodie. Concrètement, le road-trip folk très ambitieux Universal Themes se situe au même niveau que Benji et vaut absolument le détour. Avec la note que je lui décerne, j’espère ne pas entendre un « Les Oreilles Curieuses: Suck My Cock ».

Note: 8.5/10