PWR BTTM – Pageant

Avant toute chose, permettez-moi de me dire que le sujet traité est particulièrement sensible. Je suis au courant du grand bruit qui circule au niveau de PWR BTTM depuis maintenant une semaine, je sais que cet article ne tombe pas à pic (je m’en excuse d’avance) et je tenais à dire que je suis très loin d’être un fervent défenseur du groupe queer. Je ne veux tomber ni dans le voyeurisme ni dans la case tabloïd car c’est très loin d’être mes hobbies préférés, juste reconstituer les faits, rien de plus. Même si leur second opus Pageant était vivement attendu, sachez que je ne cautionne en aucun cas les actes commis volontairement ou non par Ben Hopkins. Alors que dire de plus sur ce tapage médiatique ?

Voici leur histoire.

Pour ceux qui n’ont pas suivi l’affaire, sachez que PWR BTTM était bien parti pour être le plus grand groupe indie rock queer américain après la parution de leur premier album Ugly Cherries en 2015. Le duo composé de Liv Bruce et de Ben Hopkins avait tout pour plaire: une forte identité queer revendiquée de façon juste et des compositions punk bien furieuses. Après un passage aux dernières Transmusicales et une mini-tournée française en avril dernier, les new-yorkais préparaient parfaitement leur promo pour leur second opus Pageant et tout avait l’air de sourire pour eux jusqu’à cette date fatidique du 10 mai où leur monde allait basculer.

En effet, deux jours avant la sortie de l’album, une jeune femme qui fréquente une scène DIY à Chicago affirme sur Facebook que Ben Hopkins a une sale réputation d’être un prédateur sexuel au sein de la communauté LGBTQ et qui a commis pas mal d’agressions sexuelles. Dès lors, cette nouvelle fait l’effet d’une bombe et n’oublie pas de poster une photo du chanteur et guitariste en train de poser tout fier sur la plage avec une croix gammée dessinée. Ce dernier a vivement réagi en s’excusant et affirmant qu’il s’agissait d’une erreur de jeunesse pour la croix gammée, et le groupe affirme également être surpris que ses allégations éclatent au grand jour et publie un communiqué sur leur page Facebook en précisant que « personne ne s’est jamais plaint auprès d’eux. Ils annoncent la mise en place d’une adresse e-mail où les victimes peuvent témoigner, à laquelle seul un « médiateur qualifié » aura accès », selon Le Monde. Et coup de théâtre le 12 mai, le site féministe Jezebel affiche un témoignage d’une fan qui confirme avoir été agressé sexuellement par Ben Hopkins et dès lors son témoignage sera repris partout et d’autres potentielles victimes en profiteront pour rajouter de l’huile sur le feu. Même si ces « victimes » n’ont pas encore déposé une plainte contre Ben, cela n’empêchera pas de propulser l’image de PWR BTTM dans le chaos. Dès lors, le sort s’acharne sur eux avec l’arrangeur de la tournée, Cameron West, qui quitte le groupe ainsi que pas mal de groupes comme T-Rextasy qui se désolidarisent d’eux. Salty Management Artists qui s’occupait du groupe a jeté l’éponge et leur label Polyvinyl les lâche et de nombreuses plate-formes de streaming et de téléchargement (sauf Deezer pour le moment, mais ça c’est une autre histoire) ont retiré leur musique pour de bon. Tout ce bad buzz en a pâti sur leur nouvel album Pageant que j’ai pu écouter bien avant que la débâcle n’ait lieu et dont je vais toucher quelques mots.

Le duo queer avait pourtant tous leurs charmes pour cartonner avec une revendication forte et des hymnes indie bien incendiaires comme « Silly », « Answer My Text » et autres « Now Now » qui sentent bon les années 1990 et l’âge d’or du pop-punk américain. Muni uniquement d’une guitare, d’une interprétation plutôt convaincante de la part de notre hôte et des rythmes salvateurs de Liv Bruce, les morceaux s’enchaînaient à une vitesse grand V et il y en avait pour tous les goûts, que ce soit des morceaux bien racés et énergiques à l’image de « Sissy », « New Trick » ainsi que le noisy « Big Beautiful Baby » et d’autres plus pop et mélancolique avec « LOL », « Wash » ou encore la conclusion acoustique de « Styrofoam » qui montrent que quoi que l’on puisse penser d’eux, ils restent avant tout de bons songwriters. Ceci, c’est difficile de rester de marbre lorsque l’on prête une oreille attentive aux messages que le tandem veut nous transmettre comme sur « Silly » où il clame: « as I silly to love you with the force of my heart ? One that’s queer and alive and so sad from the start ? ». Plus loin, on retrouve ce message plus ou moins pertinent sur « New Trick » avec « I’m not exactly a boy in a dress but thank you, I know what you mean » et sur « LOL » avec « When you are queer, you are always 19/I didn’t know you could take such a shape ». Difficile de ne pas rester de marbre par rapport à ce qu’il leur arrive aujourd’hui.

Quel gâchis que ce Pageant (composé de 13 titres) qui est plutôt un très bon disque qui a énormément de potentiel mais vite oublié par toute cette controverse qui plombe (à tort ou à raison) PWR BTTM. Les new-yorkais étaient bien partis pour être la sensation garage-punk de cette année, mais il semblerait que les gens ne retiendront que les accusations vraisemblablement fondées (vu que le principal n’a ni démenti ni affirmé), même si l’on oublie quelque peu l’histoire de la présomption d’innocence. Mais le mal est fait et il est difficile de savoir comment le duo va se relever suite à ce cataclysme et avec pas mal de gens qui les ont laissé tomber.

Il n’y aura ni de note à cet album ni de lien d’écoute.

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