Fabrizio Cammarata – Of Shadows

L’indie folk à l’italienne a son charme. Vous me croyez pas quand je dis ça ? Et pourtant avec Fabrizio Cammarata ira fermer des bouches aux détracteurs avec son univers mélodique et contemplatif qu’il retranscrit à merveille sur son album Of Shadows.

En onze morceaux, l’auteur-compositeur-interprète emmène son auditeur dans des contrées intimistes à travers les titres mélancoliques allant de « Long Shadows » à « I Don’t Belong Here » sans oublier le rock dense de « Come And Leave A Rose » et « Naked For You » balançant entre reggae et rock alternatif qui détonne. Pour le reste, on plane aux notes de guitare et à la voix gracieuse du bonhomme sur « What Did I Say », « Say Goodbye » et la touchante conclusion intitulée « Mi Vida ».

Tandis qu’on continue à pardonner les Italiens pour la Coupe du Monde de 2006, on se réconciliera un peu plus avec Of Shadows de Fabrizio Cammarata qui réchauffera les cœurs mais aussi fera pleurer les chaumières avec sa précision et ses instrumentations feutrées.

Note: 8/10

Nadine Shah – Holiday Destination

Bon, l’heure est venue le moment de la honte: j’ai découvert Nadine Shah qu’en 2014 avec son sublime titre « Ville Morose » qui est une réinterprétation de son « Dreary Town » en français. C’est par la suite que j’ai accroché à son disque Fast Food en 2015 qui était son second disque et encore plus cette année avec son troisième livraison intitulée Holiday Destination.

Profondément touchée par la crise mondiale migratoire, l’auteure-compositrice-interprète britannique et d’origine pakistano-norvégienne a décidé d’employer une plume incisive pour dénoncer les méfaits envers cette politique migratoire notamment sur l’étrangement groovy « Place Like This » mais aussi le morceau-titre avec la question qui fait froid dans le dos:  « How you gonna sleep tonight ? » ainsi que « Out The Way » et « Yes Men ». On est en droit de penser à The Hope Six Demolition Project de PJ Harvey (pour rappel, chroniqué ici) pour la démarche mais avec le côté documentaire en moins surtout que Nadine Shah aime muscler son jeu en lorgnant vers des morceaux plus rythmés avec son saxophone qui ne se pointe jamais loin.

Loin d’être un disque pessimiste, Holiday Destination regroupe quelques moments d’espoir avec le très ironique « 2016 » et le catchy « Relief » aux allures 80’s avant de se prendre une bonne dose de rock’n’roll révoltée avec « Ordinary » et « Mother Fighter » montrant les influences de Sonic Youth qui se pointent pas loin. Après ceci, Nadine Shah vient nous cajoler avec la ballade de clôture nommée « Jolly Sailor » totalement cinématographique et enivrante qui a de quoi mettre d’accord sur la grande qualité de ce Holiday Destination plus engagé et plus abouti.

Note: 8/10

Nuit Oceān – Island EP

Cela fait depuis le mois de février que je voulais mettre en lumière ce talent particulier du nom de Nuit Oceān mais mieux vaut tard que jamais, non ? Il s’agit du pseudonyme d’un jeune musicien et producteur bordelais qui se veut être à la croisée entre James Blake et The xx, surtout à l’écoute de son premier EP atmosphérique et envoûtant du nom d’Island.

En 4 titres, on vacille entre la nuit et le jour avec la voix envoûtante de notre hôte qui brille sur des productions électro-soul mélancoliques et vertigineuses, à commencer par « Falling Night » et « Together Alone ». Aérien et contemplatif, Nuit Oceān ne laissera personne indifférent à son voyage musical résolument spleenesque et mystiques avec des oeuvres surréalistes comme « Island » et « I Don’t Blame The Sea » où il aura recours à l’Auto-Tune. Fermez les yeux et laissez-vous vous emporter par cette délicatesse que nous offre le bordelais en attendant sa seconde livraison en février prochain.

Note: 8/10

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BOPS – BOPS

BOPS est un jeune trio de frangins venu de Rennes qui pratique de la garage-pop des années 1960. En 2015, ils ont fait paraître un premier EP intitulé 156 et se sont fait remarquer non pas chez Howlin Banana Records comme on l’aurait imaginé mais par Mauvaise Foi Records qui les signe sur le champ et c’est ainsi qu’ils présentent leur premier album.

Résolument garage-pop, la musique de BOPS se veut à la fois enjoué et vintage à l’image de « Mary », « Slit It » et « No Voices » entre autres. Il y a de quoi rappeler les Kinks par moments surtout à l’écoute de bonnes trouvailles sympathiques comme « Sing » divisé en deux parties mais aussi « Fantasia » et « Mr. Cubabalouder » qui ont de quoi mettre la banane et c’est exactement ce qu’on l’attendait de la part d’un disque honorable et sympathique. Allant droit au but, les trois rennais ont atteint leur objectif en toute objectivité.

Note: 7/10

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Peter Matthew Bauer – Mount Qaf (Divine Love)

Suite à la séparation non officielle de The Walkmen, les membres du groupe s’éclatent chacun de leur côté. Après Hamilton Leithauser et Walter Martin, le bassiste du groupe Peter Matthew Bauer a aussi son mot à dire. Auteur du très beau premier opus en 2014 nommé Liberation ! chez Mexican Summer, voilà qu’il revient en douceur en cette fin d’année avec son successeur intitulé Mount Qaf (Divine Love).

Désormais à la tête de son nouveau label hybride Fortune Tellers Music, Peter Matthew Bauer continue son parcours en solo à travers ce second disque folk-rock positif lorgnant vers l’Americana et les accents heartland rock. Et c’est avec des titres rayonnants comme « Wild Light » rappelant aussi bien Bruce Springsteen que The War On Drugs ou Kurt Vile, « Full Moon In The Sky » et le très éloquent « Divine Love To Kill Fascism » qui peut être un hymne lumineux de ces jours bien sombres.

Et justement, Mount Qaf (Divine Love) se veut être un disque méditatif nous apprenant à battre contre le négatif comme le témoigne des morceaux « You Always Look For Someone Lost » résolument explosif mais aussi « Will You Still Speak of Love » et « Transhistoric Cycles of Time ». Il suffit d’une conclusion bien contemplative riche en sagesse nommée « I Ching (Àlam al Mithal) » pour montrer que la folk-rock du bassiste de The Walkmen se veut aussi bien authentique qu’inspirante.

Note: 8/10

 

Poussin – Comma

La scène montpelliéraine regorge toujours des perles et encore une fois, je ne dis pas ça parce que c’est ma ville natale. Cette fois-ci, on s’attaque à Poussin, un jeune quatuor indie folk qui avait fait paraître un premier EP en 2015 qui leur a permis d’être révélé aux Inrocks Lab. En novembre dernier, ils ont récidivé avec un nouvel EP intitulé Comma qui est plutôt de bonne facture.

En cinq titres, Poussin nous envoûte avec des mélodies caressantes comme la sublime introduction « The Rose and The Flames » mais aussi les titres plus salvateurs comme « Coma » et « This Charming Man ». Pouvant passer de la frénésie sur le passionnant « Wish I Could » au sautillant sur la conclusion « Til The End Bites », le quatuor montpelliérain arrive à nous convaincre avec leur pop-folk apaisante et organique et ce Comma est un bel essai.

Note: 8/10

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Gun Outfit – Out Of Range

On a connu les membres de Gun Outfit dans leur époque hardcore-punk mais ça c’était avant. Le groupe mené par les chanteurs et guitaristes Dylan Sharp et Carrie Keith étaient issus des groupes underground venus d’Olympia mais après avoir déménagé à Los Angeles, ils ont connu un relifting musical pour ce nouveau groupe allant désormais vers les sonorités country-folk psychédélique et Americana avec notamment leur nouveau disque intitulé Out Of Range.

Le groupe est en pleine symbiose avec ses compositions résolument cosmiques à l’image de « Ontological Intercourse » qui ouvre le bal mais également les trips hallucinogènes de « Landscape Painter », « Strange Insistence » et « The 101 » mêlant aussi bien les influences indie rock des années 1990 (Pavement, Silver Jews…) qu’Americana qui font parfaitement le travail. Avec une production irréprochable de Facundo Facundo Bermudez (Ty Segall…), un mix plus qu’experte de notre Chris Cohen préféré et la participation du musicien multi-instrumentiste Henry Barnes au dulcimer notamment, Gun Outfit sait comment embarquer dans un voyage hors du commun.

Que ce soit la voix de Dylan Sharp se rapprochant de David Berman de Silver Jews ou celle de Carrie Keith plus écorchée rappellant celle de Courtney Love période Hole, les deux têtes pensantes jouent parfaitement le rôle du yin et yang et ajoutent une plus-value au trip au fin fond de l’Amérique à travers des morceaux hypnotiques comme « Three Words », « Primacy Of Love » et « Second Decade » qui clôt Out Of Range avec style et précision. Avec le groupe, vous allez découvrir un autre aperçu de l’alternative country à cause de sa dose psychédélique et hallucinogène rajoutant plus d’originalité.

Note: 8.5/10