Land of Talk – Life After Youth

Sept ans que l’on avait plus entendu parler de Land of Talk ! Depuis la parution de leur second album Cloak and Cipher en 2010 nommé aux Polaris Music Prize l’année suivante, le groupe mené par Elizabeth Powell a décidé de se séparer sur un coup de tête alors que tout leur souriait. Il faudra attendre 2015 pour que le hiatus se termine enfin et les Montréalais mettent en route leur troisième opus Life After Youth paru ces derniers jours.

La raison pour laquelle Land of Talk fut en pause, c’est à cause d’une profonde et sévère remise en question pour Elizabeth Powell qui, suite à une polype des cordes vocales, a connu pas mal de galères comme son ordinateur qui a crashé et qui a fait perdre les démos pour un éventuel album et son père qui fut frappé par une attaque cérébrale entre autres. Durant cette période trouble, elle s’est faite discrète afin de frapper fort avec ce troisième opus qui a tout d’un disque de rédemption avec des titres flamboyants et élégants comme « Yes You Were », « This Time » ou encore « What Was I Thinking ? ».

Avec la participation de Sharon van Etten, Steven Shelley, ex-batteur de Sonic Youth ainsi que John Agnello à la production entre autres, les dix compositions indie rock rayonnantes de Land of Talk font mouche comme auparavant et la voix d’Elizabeth Powell est plus bouleversante que jamais, notamment sur « Spiritual Intimidation », « Heartcore » et autres « In Florida » où elle nous raconte passionnément sa traversée du désert avant de revenir au top, tout comme la plus expérimentale « Inner Lover » avec ses claviers hypnotiques menant la danse. Life After Youth permettra au groupe de Montréal de revenir au top et de panser les blessures du passé afin de repartir du bon pied.

Note: 8.5/10

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Clara Luciani – Monstre d’amour

Vous avez surement croisé Clara Luciani au moins une fois dans votre vie. Tout simplement parce qu’elle fut membre du groupe qu’on aime détester (ou qu’on déteste aimer, au choix) La Femme avant de se lancer en solo. En décembre dernier, elle est apparue en featuring aux côtés de Nekfeu sur son dernier album. La jolie marseillaise qui fut récompensée aux Inrocks Lab de l’année dernière présente son univers solo avec un premier EP intitulé Monstre d’Amour.

Avec l’aide de Benjamin Lebeau de The Shoes et d’Ambroise Willaume alias SAGE à la production, Clara Luciani vacille entre ombre et lumière sur ces quatre titres pop aux accents dramatiques et lyriques. Sa voix grave et raffinée a de quoi provoquer des frissons sur l’introduction grandiloquente « Pleure Clara, pleure » interprétée au piano et aux cordes cinématographiques ainsi que sur le plus entraînant « Comme toi ». Tour à tour bouleversante sur le morceau-titre ou sensible sur « A crever », la collaboratrice de Nouvelle Vague fait mouche.

Ce premier EP de la mamzelle est une valeur sure de la pop française actuelle. Traversant les décennies à une vitesse grand V (comprenez des années 60 aux années 80), Clara Luciani nous accueille dans son jardin secret avec ses textes introspectifs baignant dans le spleen sans tomber dans le pathos. L’artiste est certainement un monstre d’amour qu’on aimerait adopter pendant un bon bout de temps.

Note: 8/10

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The Rusty Bells – Infinity

The Rusty Bells est un duo rock psychédélique toulousain composé de Jérémy Andrès (chant, guitare, claviers) et de Christophe Bureau (batterie, chœurs, claviers). Révélé en 2015 avec leur single « Run To Stay Inside », le duo a assuré la première partie des indétrônables Brian Jonestown Massacre et a remporté plusieurs prix comme le Prix des Jeunes Aventuriers 2015 et la Révélation Converse entre autres. Après leur premier EP EnjoYourself l’an dernier, les deux trublions présentent leur premier album nommé Infinity.

Les Inrocks Lab qualifient leur rock psychédélique de galactique et il y a de quoi. Leurs dix compositions ont de quoi vous propulser dans l’espace comme les frissonnants « Red Sun », « When The Love Is Gone » et « From Bad To Worse ». Le tandem Andrès/Bureau arrive à nous faire décoller de notre siège grâce à l’aide d’OMOH qui s’occupe des arrangements pour faire de ce voyage sensoriel un trip complètement hallucinogène avec « Wild Summer », « Drop Your Eyes » ou encore le sommet qui est « White Moon, Purple Noon ».

Pour faire court, The Rusty Bells se démarque de la concurrence avec ce premier disque aussi bien spatial que spécial. Infinity vous fera oublier votre quotidien pendant 36 minutes tandis que les deux savants nous composent un western musical bien galactique comme il le faut. Paré au décollage ?

Note: 7.5/10

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Fazerdaze – Morningside

A Auckland, on sait faire de la dream-pop de bonne qualité, la preuve avec Fazerdaze. Mais qui se cache derrière ce nom ? Et bien tout simplement la jolie Amelia Murray qui avait publié un premier EP incroyablement réussi et fort envoûtant. Celle qui a fait les premières parties d’Unknown Mortal Orchestra et de Connan Mockasin s’est faite énormément attendre et promis, elle a décidé de faire ses preuves avec son premier album intitulé Morningside.

Fazerdaze part à la croisée de la dream-pop et de l’indie pop sur ces dix compositions rayonnantes et chaleureuses sentant le DIY comme l’introduction solaire de « Last To Sleep » et suivi de près par la jangle-pop directe et efficace « Lucky Girl ». La néo-zélandaise ira puiser son inspiration du côté de son environnement afin de proposer des joyaux infaillibles comme « Little Uneasy », « Take It Slow » et « Half-Figured » qui nous ramène directement deux décennies en arrière. A elle seule, elle peut varier les ambiances comme bon lui semble allant des morceaux comprenant des couplets calmes et des refrains rock avec toutes guitares dehors comme les enlevés « Misread » et « Friends » aux titres plus oniriques tels que « Jennifer », « Shoulders » et dans une certaine mesure la conclusion électro-pop cotonneuse nommée « Bedroom Talks ».

Les dix titres que composent Morningside permettent d’évaluer tout le talent que possède Amelia Murray. Ce premier opus ensoleillé et incroyablement positif aura de quoi mettre un peu de vitamines dans vos journées.

Note: 8.5/10

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(Sandy) Alex G – Rocket

En 2015, Alex G a fait parler de lui avec son album chez le label Domino nommé Beach Music (chroniqué ici). Le jeune musicien de Philadelphie qui fut biberonné aux disques de Pavement, Elliott Smith et autres Dinosaur Jr. a vu sa réputation dépasser l’étape de Bandcamp, à un tel point que Frank Ocean lui-même lui demande de jouer de la guitare sur ses albums Endless (visuel) et Blond(e) l’an dernier. Désormais, celui que l’on baptise (Sandy) Alex G est passé de songwriter secret de l’Internet au nouveau sauveur de l’indie rock américain (désolé Will Toledo…) et nous le prouve avec son nouvel album Rocket où il présente un large éventail d’influences musicales.

Alex Giannascoli nous montre sur ce nouvel album qu’il ne se cantonne pas qu’à de l’indie rock lo-fi à consonances 90’s (excepté sur les morceaux « Judge » et « Big Fish ») mais au-delà de tout ça. On retrouves des influences plus Americana/alternative country sur les délicieux « Poison Root » où les notes de guitare acoustique et de banjo s’accordent avec un violon strident, les rythmes guillerets de « Proud » ainsi que « Bobby » où il partage le micro avec Emily Yacina. (Sandy) Alex G sort des sentiers battus et ira piocher du côté du jazz avec le langoureux « County » où il impressionne avec son falsetto ainsi que sur la conclusion savoureuse nommée « Guilty » avec un saxophone chaleureux, ce qui prouve qu’il a plus d’un tour dans sa poche.

Mais attention, Rocket ne regorge que de surprises et le musicien de Philadelphie est capable de ne pas faire dans la dentelle quand ça le dérange. Prenez par exemple l’ultra-agressif et claustrophobe « Brick » où on a l’impression qu’un rappeur, disons Lil Ugly Mane, aurait deversé toute sa rage et son angoisse sur une composition industrielle et noisy que des groupes comme Prodigy l’aurait composé avec une surdose de Xanax. Ou encore l’instrumental bien étrange et décalé de « Horse » où les notes de piano et autres sonorités électroniques se rassemblent pour donner quelque chose de dissonant. A l’inverse, on retrouve des pièces plus harmonieuses comme la ballade au piano aux sonorités R&B de « Sportstar » où il aura recours à l’Auto-Tune (l’influence de Frank Ocean y est surement pour quelque chose) ainsi que les plages acoustiques de « Powerful Man » et « Alina » faisant intervenir les cordes pour plus de douceur.

Entre ses disques parus sur Bandcamp dont le fameux DSU, Beach Music et son nouvel opus Rocket, nul ne doute que (Sandy) Alex G est devenu un musicien hors normes et sur de lui n’ayant pas peur d’explorer d’autres horizons tout en restant fidèle à ses origines. Le jeune natif de Philadelphie ira chercher du côté de la country, du jazz, du R&B et de la noise-rock afin de bâtir un univers plus solide et plus attachant qu’il ne l’est déjà.

Note: 9.5/10

Sale Gosse – The First Dick I Ever Saw Was Iggy Pop’s

La Belgique a toujours une longueur d’avance et Sale Gosse en est une autre preuve. Le trio belge est composé de la jolie Randa au chant et à la guitare, de la mère Agathe à la batterie et du fils Nino au chant et à la guitare et débarque de nulle part avec cet EP bien bourrin nommé The First Dick I Ever Saw Was Iggy Pop’s. Wow !

En cinq titres, Sale Gosse maîtrise avec brio les codes du punk-rock bien agressif et ultra-dynamique avec les titres parfaitement bien exécutés comme « DIA » et les plus garage-rock catchy « Chili » et « Strangle » qui valent le détour. Au milieu de ces déflagrations catchy résonnent des moments on ne peut plus pop avec « Machine » et « Boys » mais ne baissant jamais au niveau intensité. Durant à peine 13 minutes, le trio est prêt à prendre d’assaut la scène punk belge avec cet EP à l’humour provocateur et à l’énergie juvénile communicative. C’est du son pour les sales gosses.

Note: 7.5/10

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Oumou Sangaré – Mogoya

Hormis Amadou & Mariam et autres feu Ali Farka Touré, Oumou Sangaré est également un monument de la musique malienne. La diva originaire de la région forestière du Wassoulou est présente depuis moins de décennies et est devenue une référence grâce à ses indétrônables classiques Moussolou et Ko Sira. Après un silence radio de huit ans (son dernier album Seya produit par Cheik Tidiane paru en 2009), elle décide d’effectuer un come-back fracassant avec son nouvel opus Mogoya (« les relations humaines d’aujourd’hui ») sur le label No Format.

Et comme tout come-back qui se respecte, Oumou Sangaré décide de frapper fort avec son interprétation impeccable sur des titres rayonnants comme « Bena Bena », « Mali Niale » et « Djoukourou » (avec un solo de guitare bien endiablé) alliant wassalou et influences plus occidentales. Il est question de la place de la femme africaine dans la société sur des morceaux incroyablement rythmés comme « Yere Faga » et « Fadjamou » comptant la participation du super-batteur Tony Allen mais il met en garde les beaux-parleurs qui font tout pour avoir leurs conquêtes féminines dans leur lit sur les sonorités électro-pop de « Kamelemba ».

C’est avec des ballades reposantes telles que les plus traditionnels « Mali Niale » ou encore « Minata Waraba » où elle venge sa mère sans oublier l’entêtant et smooth « Kounkoun » qu’elle arrive à toucher l’auditeur. Mais tout ceci n’est rien comparé au dernier morceau de l’opus qui est sans doute la composition la plus bouleversante et touchante qu’elle ait pu composer jusque là. Soutenue par une basse et des claviers aériens, l’interprétation d’Oumou Sangaré est magistrale et mérite toute notre attention grâce à cette charge d’émotions présente. Mogoya est un come-back entièrement salué de la part d’une diva malienne qui n’a plus rien à prouver et qui revient nous délivrer des messages toujours aussi percutants que nécessaires.

Note: 8.5/10

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