Julien Bouchard – Songs From La Chambre

Vous avez surement connu Julien Bouchard avec ses projets comme Coco Business Plan et Silent Days. Suite à cela, le jeune auteur-compositeur-interprète venu d’Epinal a décidé de se lancer en solo avec un premier album intitulé Songs From La Chambre, faisant suite à son premier EP Travels paru en 2015.

Les influences de Julien Bouchard sont tout bonnement simples, allant de l’indie rock digne d’Elliott Smith à la pop française mélodique d’Orwell et de Christophe. Ces couleurs musicales sont vérifiables avec des joyaux poétiques comme « 100 Regrets », « Handguns » et autres « Si Loin de Toi » qui sont aussi savoureux que du nectar avec la voix doucereuse et la plume nostalgique du natif d’Epinal en prime. A côté résonnent des morceaux chantés en anglais comme « Stolen Love », les ballades folk aériennes « Always », « Color of The Sound » ainsi que « Blind Kids At The Stadium » bluffants pour sa simplicité.

Au milieu de ces titres lumineux et généreux surviennent quelques moments d’originalité comme la pièce maîtresse de l’album nommé « Fear » agrémentés de samples de voix tirés d’une série ou film américain où l’univers musical flirte entre Sparklehorse et Girls In Hawaii. Julien Bouchard possède un flot d’idées et impressionne pour sa maturité. Maîtrisant avec brio les codes de la pop anglo-saxonne comme sur « Hungry Men » et « Party Freaks », le frenchy nous livre non seulement un premier opus soigné, élégant et racé mais également un univers sensible et attachant.

Note: 8.5/10

Satellite Jockey – Modern Life Vol. 1

Il y a deux ans, on était conquis par l’exploration spatiale de Satellite Jockey avec leur album Falling (chroniqué ici). Le sextet lyonnais a montré qu’ils étaient capables de remettre la pop sixties au goût du jour et ce, de façon impeccable. Deux ans plus tard, le groupe revient en grande forme avec leur nouvel opus Modern Life, Vol. 1 qui sent bon le printemps.

Contrairement à son prédécesseur, on redescend sur Terre et on change de décennies, comme le prouve les premiers morceaux pop-folk policés mais enlevés « Copernicus », « Misery » et « She Came Out of Nowhere ». Satellite Jockey a décidé de varier son style musical sur cet opus et on retrouve de tout: de la bossa nova sur l’interlude « ~~~~~ », de la pop des sixties sur « Long Is The Road », du reggae psychédélique sur « Opacity » faisant intervenir un clavecin et une introduction éthérée interprétée par Pauline Le Caignec ou encore du rock slacker des années 1990 sur « Hide From Love » et « The One Who Dares ».

Même si ils ont désormais les pieds sur Terre, Satellite Jockey n’oublie pas ses origines dream-pop avec des joyaux comme « Inside » et « United Nations » où le tandem Rémi Richarme et Pauline Le Caignec fait encore des étincelles niveau harmonies vocales. Sur ce nouvel album, le sextet lyonnais explore à fond leurs influences musicales toujours aussi riches et toujours aussi rayonnantes, allant du folk à la pop psychédélique en passant par l’indie rock pur et dur. On a hâte de savoir ce qu’ils nous réservent pour le prochain volume.

Note: 8/10

Perfume Genius – No Shape

En 2014, Perfume Genius avait frappé un bon coup avec son album Too Bright, produit par Adrian Utley de Portishead. On avait enfin découvert qui était ce fameux personnage: Mike Hadreas, un pur génie musical mais aussi un écorché vif en quête d’identité. Trois ans se sont écoulés et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. L’artiste insaisissable nous fait un retour en très grande forme avec un quatrième opus nommé No Shape qui lève la barre encore plus haute qu’elle ne l’était déjà.

Ici, il s’entoure de Blake Mills pour la production et décide d’ouvrir encore plus les portes de son jardin secret où on y voit un artiste incroyablement tourmenté. Comme il le dit si bien sur cet album: « Je paie mon loyer. Je commence à bien me porter. Les choses qui me dérangent personnellement sont moins claires, plus confuses. Je ne pense pas les avoir bien comprises avec mes chansons. Il y a quelque chose de libérateur dans la façon dont je m’en suis sorti. Déballer de petits morceaux, grossir mon malaise, marcher à travers le mal enterré, rire ou creuser le drame embarrassant de tout cela. Peut-être que je n’en ressortirai jamais plus fort, mais c’est vivifiant d’essayer et, avec un peu de chance, utile, au final. Je pense que beaucoup d’entre eux abordent l’idée d’être heureux devant quelques conneries que j’ai créées pour moi-même ou combien tout et tout le monde est affreux. ». Et dès le premier titre bouleversant « Otherside », on plonge dans l’introspection avec sa voix solennelle et ses notes de piano plantant une ambiance dramatique avant que des passages noisy arrivent par intermittence sans que l’on soit au courant.

Très vite, Perfume Genius déballe tout ce qu’il a au plus profond de son âme avec le ténébreux « Slip Away », l’électro-pop délicate de « Just Like Love » ou encore le très expérimental « Go Ahead » aux percussions bien endiablés. Le musicien originaire de Seattle brouille à merveille les pistes, que ce soit folk (« Valley »), musique de chambre (le touchant « Every Night »), ambiances orchestrales de qualité (le frissonnant « Choir » qui pourrait faire office de bande-originale de film d’horreur) ou encore R&B alternatif (« Die 4 You ») pour en faire un album où il se confesse devant nous et de façon poignante. Le sommet est atteint lorsqu’il invite Natalie Mering alias Weyes Blood à partager le micro sur la pop baroque de « Sides » pour plus de sensations auditives équivoques. Bouleversant de bout en bout (« Run Me Through » et la conclusion cinématographique de « Alan »), le petit génie de la pop a de quoi impressionner.

Avec No Shape, Mike Hadreas atteint la perfection en se mettant à nu et en s’investissant à fond dans la peau de musicien torturé et écorché vif. En treize morceaux, il exprime son mal-être et son incompréhension face au monde qu’il entoure au vu de la situation actuelle. Nul doute que l’auteur-compositeur-interprète continuera à gravir les échelons comme bon lui semble et ce quatrième album est à coup sûr un chef-d’œuvre instantané.

Note: 10/10

 

Ásgeir – Afterglow

A l’hiver 2014, notre bande-son idéal fut le premier album d’Ásgeir que fut In The Silence (qui fut sorti en 2012 mais en islandais sous le nom de Dýrð í dauðaþögn) avec des éternels classiques que furent « My Way Home » et autres « King of Cross ». Le jeune prodige islandais est devenu une superstar dans son pays mais aussi dans toute l’Europe après une longue tournée éprouvante. Il aura fallu attendre trois ans pour qu’il fasse son grand retour avec un second opus intitulé Afterglow.

Le musicien indie folk islandais à la voix limpide revient donc avec un nouvel album marchant dans la droite lignée de son petit frère. Arpentant le froid islandais, on se laisse guider par des moments incroyablement doux comme l’introduction aux notes de piano et aux arrangements électroniques plutôt bien maîtrisés. On a même l’impression qu’Ásgeir a énormément écouté du James Blake, notamment sur la soul électronique de « Unbound », les incantations de « Here Comes The Wave In » et « Underneath It » ou du Bon Iver sur d’autres morceaux baroques et émouvants comme « Nothing »et « Dreaming ».

Plus aventureux que son prédécesseur, Ásgeir continue à nous impressionner en s’éloignant de son univers folk mélodique et mélancolique avec un « Stardust » étonnamment enjoué ou encore les ondulations électroniques de « I Know You Know ». Au moment où il expérimente de nouvelles tendances, il n’hésite pas à revenir à la source avec des moments de douceur acoustique avec le mélancolique « New Day » et le bouleversant « Fennir Yfir » chanté en islandais.

Avec sa voix de velours qui reste indéfectible, Ásgeir nous montre sa progression naturelle avec Afterglow où il abandonne petit à petit les compositions indie folk pour des morceaux plus audacieux et diversifiés avec un soupçon d’électro soul. Le musicien continue à faire son nid et fait paraître un léger parfum de plénitude et de béatitude, chose que l’on n’avait pas décelé auparavant.

Note: 7.5/10

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Feist – Pleasure

1, 2, 3, 4, 5, 6 ans qu’on était sans nouvelles de notre Feist adorée. Il faut dire que depuis la parution de son troisième chef-d’oeuvre d’affilée intitulé Metals en 2011, la musicienne neo-écossaise d’origine s’est bien faite discrète durant un bon bout de temps mise à part les rumeurs où l’on raconte qu’elle plancherait sur certains projets avec Broken Social Scene mais rien de plus. Nous sommes au printemps 2017, l’auteure-compositrice-interprète nous revient comme une fleur avec son cinquième opus Pleasure, soit dix ans presque jour pour jour après la parution de son magnum opus The Reminder.

Sans plus attendre, Leslie Feist reprend du poil de la bête et privilégie les ambiances intimistes et chaleureuses pour cet opus qui marche dans la lignée de Metals, mais moins sombre cependant. Avec l’aide de ses gars surs Mocky et Renaud Letang, la canadienne nous invite dans son jardin secret à travers des compositions épurés qui ont de quoi faire penser à du PJ Harvey de la belle époque comme l’ouverture bien rock’n’roll du morceau-titre. S’en suit des ballades folk dépouillées nommées « I Wish I Didn’t miss You », « Get Not High, Get Not Low » joué à la mandoline et « Lost Dreams » où elle expose ses états d’âme en nous parlant de sa peur d’être rejetée, de ne plus être apprécié comme avant et de vieillir mais aussi ses envies de solitude et d’exil.

Et tandis que l’on se laisse bercer par ses compositions douces-amères et introspectives comme « A Man Is Not His Song » avec son outro hard-rock sorti de nulle part (qui est un sample de « High Road » de Mastodon, ceci dit), « The Wind » faisant intervenir les cuivres de Colin Stetson ou encore le très beau « Baby Be Simple », Feist s’autorise quelques petits sursauts comme les électriques « Any Party » et « Century » faisant intervenir la voix désabusée de Jarvis Cocker en plein milieu de morceau qui nous balance un monologue pour un final des plus dantesques. Ainsi, on passe de la fougue à la vulnérabilité en moins de deux avec les incantations bluesy de « I’m Not Running Away » et soul lo-fi de « Young Up » qui clôt ce chapitre bien prenant.

Ceux qui attendaient un The Reminder 2.0 seront bien évidemment un peu déçus par ce nouvel opus qui est dans la droite lignée de Metals. Mais qu’importe, Feist continue son bonhomme de chemin et était bien attendu au tournant. La canadienne continue son sans-faute grâce à une voix toujours aussi charmante et une production studieuse et peaufinée au grand soin. 53 minutes de plaisir auditif garanti !

Note: 8/10

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Ménage à Trois – Australia Part III

Depuis que WU LYF s’est séparé dans le plus grand des calmes en 2012, les membres se sont dispersés un peu partout. On a vu l’ex-leader Ellen Roberts former un duo aux côtés d’Ebony Hoorn nommé LUH. (dont le premier album est chroniqué ici), le guitariste Evans Kati a formé Dream Lovers et le bassiste Tom McClung s’est lancé en solo sous le pseudonyme Francis Lung (dont on attend toujours plus de musique de sa part). Aujourd’hui, l’heure est venue de parler de Menage à Trois, qui est le nouveau groupe de Joe Manning, ex-batteur de la formation mancunienne, qui publie son premier album Australia Part 3, faisant suite à ses deux premiers EPs.

Joe Manning est donc accompagné de John Flanders au chant et de Craig Langton aux claviers pour cette nouvelle aventure musicale et ô combien estivale. Ménage à Trois allie malicieusement dream-pop, synthpop et R&B avec des morceaux incroyablement smooth comme l’instrumental de 7 minutes « Can’t Fight The Sunlight » ainsi que les slows torrides digne des années 80 avec en ligne de mire « Paris », « South Seas » et autres « Water Baby » ne tombant jamais dans la caricature.

On appréciera la voix sensuelle de John Flanders qui se fond à merveille sur les compositions rêveuses et atmosphériques de « Homecoming », « Hey » ou encore « Water Memory ». Australia Part 3 est tout simplement un beau disque insouciant et tropical nous faisant déconnecter du monde réel pendant 43 bonnes minutes de good vibe et de fraîcheur insoupçonnable.

Note: 8.5/10

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WHY ? – Moh Lhean

Il y a cinq ans, WHY ? n’avait malheureusement pas fait l’unanimité avec l’album Mumps, Etc malgré ses bonnes qualités. Suite à la parution de ce disque, Yoni et Josiah Wolf, les têtes pensantes de ce projet, n’ont plus donné signe de vie si ce n’est qu’un EP en 2013 et l’album collaboratif Testarossa de Yoni & Geti l’an dernier (projet de Yoni Wolf et le rappeur Sisyphus). Cette année, ils font leur grand retour sur le label Joyful Noise Recordings (après avoir été chez Anticon depuis tant d’années) avec leur cinquième opus intitulé Moh Lhean.

On a souvent attribué à WHY ? l’étiquette de groupe à mi-chemin entre indie rock et hip-hop. Pourtant, sur leur nouvel album, on ne trouve pas vraiment de trace hip-hop à l’horizon, surtout avec des morceaux grandioses comme la folk bucolique de « This Ole King » avec ses accords de guitare renversants et son groove nonchalant, les morceaux pop aux envolées lumineuses comme « Proactive Evolution » conviant Aaron Weiss de mewithoutYou et « One Mississippi » qui fait revenir les sifflements de « Strawberries » sur l’album précédent. Les frères Wolf opèrent un autre tour de force et mettent de côté les bricoles sonores pour un son plus épuré et accessible.

Moh Lhean regroupe pas mal de moments pour les moins épiques comme la pièce tragique de « Easy » avec un piano cristallin et les ballades poignantes de « George Washington » et « The Water » (mon gros gros coup de cœur de cet opus). La fin de l’opus n’est pas en reste non plus avec le gracieux « Consequence of Nonaction » qui fait intervenir une clarinette sans oublier la conclusion audacieuse de « The Barely Blur » avec Son Lux qui pose sa voix spectrale sur des arrangements orchestraux des plus réussis. Avec ce nouvel album décidément bucolique et intimiste, WHY ? revient de loin et arrive à remettre les choses en ordre grâce à l’écriture et la voix poignante de Yoni Wolf. Assurément le meilleur album du collectif depuis Alopecia malgré sa courte durée.

Note: 8/10