Frank Rabeyrolles – From Your Eyes Only

En début d’année 2017, Frank Rabeyrolles avait fait forte impression avec son dernier album Apart (chroniqué ici). Le musicien originaire de Montpellier continue sur sa voie et nous délivre un nouvel opus intitulé For Your Eyes Only qui nous montre une facette plus sensible qu’à l’accoutumée.

Selon ses propres mots, Frank Rabeyrolles a privilégié le songwriting et les aspects pop sur cet opus et il se débrouille à merveille à travers des morceaux aériens et exquis comme « To Keep Inside », « Colder Than Tears » mais encore le brumeux « Crystalline ». For Your Eyes Only est une véritable expérience audiovisuelle tandis que l’on traverse des contrées fumeuses et d’autres plus électriques comme « Protected » et apaisées sur « Kaos » sans pour autant partir dans tous les sens. Ce nouveau disque ira faire éclater au grand jour le grand génie du montpelliérain qui viendra nous offrir des pièces reposantes et claires comme l’eau de roche.

Note: 8/10

After The Bees – Let’s Rise !

After The Bees est un duo féminin nantais composé d’Alexandra Guillot (chant, guitare) et de Cécile Gravot (harpe, chœurs) qui compose une musique bien singulière. Après avoir partagé les scènes de Piers Faccini ou encore de Bertrand Belin entre autres, voilà qu’elles sortent leur premier album intitulé Let’s Rise.

Les lauréates du prix Mécènes pour la musique 2016, le duo nous enchante avec ses comptines aériennes allant de « Birds On Paradise » à « The Way » en passant par des jolis nectars sonores comme « All Right », « White Days » et « Hope Song ». Vous en voulez plus ? Et bien, des morceaux comme « Keep My Song » et « Tell Me » où les notes de guitare acoustique se mêlant aux notes de harpe malicieusement pincées et ses harmonies vocales féminines vous procureront des frissons inouïes.

Pour un premier album parfaitement cohérent et abouti, After The Bees a mis le paquet grâce à leur univers féérique et toujours aussi onirique. Laissez-vous séduire par ce duo guitare acoustique/harpe qui vous transportera au 7ème ciel car un peu de douceur ne fait jamais de mal.

Note: 8/10

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Fabrizio Cammarata – Of Shadows

L’indie folk à l’italienne a son charme. Vous me croyez pas quand je dis ça ? Et pourtant avec Fabrizio Cammarata ira fermer des bouches aux détracteurs avec son univers mélodique et contemplatif qu’il retranscrit à merveille sur son album Of Shadows.

En onze morceaux, l’auteur-compositeur-interprète emmène son auditeur dans des contrées intimistes à travers les titres mélancoliques allant de « Long Shadows » à « I Don’t Belong Here » sans oublier le rock dense de « Come And Leave A Rose » et « Naked For You » balançant entre reggae et rock alternatif qui détonne. Pour le reste, on plane aux notes de guitare et à la voix gracieuse du bonhomme sur « What Did I Say », « Say Goodbye » et la touchante conclusion intitulée « Mi Vida ».

Tandis qu’on continue à pardonner les Italiens pour la Coupe du Monde de 2006, on se réconciliera un peu plus avec Of Shadows de Fabrizio Cammarata qui réchauffera les cœurs mais aussi fera pleurer les chaumières avec sa précision et ses instrumentations feutrées.

Note: 8/10

Nadine Shah – Holiday Destination

Bon, l’heure est venue le moment de la honte: j’ai découvert Nadine Shah qu’en 2014 avec son sublime titre « Ville Morose » qui est une réinterprétation de son « Dreary Town » en français. C’est par la suite que j’ai accroché à son disque Fast Food en 2015 qui était son second disque et encore plus cette année avec son troisième livraison intitulée Holiday Destination.

Profondément touchée par la crise mondiale migratoire, l’auteure-compositrice-interprète britannique et d’origine pakistano-norvégienne a décidé d’employer une plume incisive pour dénoncer les méfaits envers cette politique migratoire notamment sur l’étrangement groovy « Place Like This » mais aussi le morceau-titre avec la question qui fait froid dans le dos:  « How you gonna sleep tonight ? » ainsi que « Out The Way » et « Yes Men ». On est en droit de penser à The Hope Six Demolition Project de PJ Harvey (pour rappel, chroniqué ici) pour la démarche mais avec le côté documentaire en moins surtout que Nadine Shah aime muscler son jeu en lorgnant vers des morceaux plus rythmés avec son saxophone qui ne se pointe jamais loin.

Loin d’être un disque pessimiste, Holiday Destination regroupe quelques moments d’espoir avec le très ironique « 2016 » et le catchy « Relief » aux allures 80’s avant de se prendre une bonne dose de rock’n’roll révoltée avec « Ordinary » et « Mother Fighter » montrant les influences de Sonic Youth qui se pointent pas loin. Après ceci, Nadine Shah vient nous cajoler avec la ballade de clôture nommée « Jolly Sailor » totalement cinématographique et enivrante qui a de quoi mettre d’accord sur la grande qualité de ce Holiday Destination plus engagé et plus abouti.

Note: 8/10

Gun Outfit – Out Of Range

On a connu les membres de Gun Outfit dans leur époque hardcore-punk mais ça c’était avant. Le groupe mené par les chanteurs et guitaristes Dylan Sharp et Carrie Keith étaient issus des groupes underground venus d’Olympia mais après avoir déménagé à Los Angeles, ils ont connu un relifting musical pour ce nouveau groupe allant désormais vers les sonorités country-folk psychédélique et Americana avec notamment leur nouveau disque intitulé Out Of Range.

Le groupe est en pleine symbiose avec ses compositions résolument cosmiques à l’image de « Ontological Intercourse » qui ouvre le bal mais également les trips hallucinogènes de « Landscape Painter », « Strange Insistence » et « The 101 » mêlant aussi bien les influences indie rock des années 1990 (Pavement, Silver Jews…) qu’Americana qui font parfaitement le travail. Avec une production irréprochable de Facundo Facundo Bermudez (Ty Segall…), un mix plus qu’experte de notre Chris Cohen préféré et la participation du musicien multi-instrumentiste Henry Barnes au dulcimer notamment, Gun Outfit sait comment embarquer dans un voyage hors du commun.

Que ce soit la voix de Dylan Sharp se rapprochant de David Berman de Silver Jews ou celle de Carrie Keith plus écorchée rappellant celle de Courtney Love période Hole, les deux têtes pensantes jouent parfaitement le rôle du yin et yang et ajoutent une plus-value au trip au fin fond de l’Amérique à travers des morceaux hypnotiques comme « Three Words », « Primacy Of Love » et « Second Decade » qui clôt Out Of Range avec style et précision. Avec le groupe, vous allez découvrir un autre aperçu de l’alternative country à cause de sa dose psychédélique et hallucinogène rajoutant plus d’originalité.

Note: 8.5/10

Will Samson – Welcome Oxygen

Chez Talitres, on a toujours la classe et la distinction. Et c’est du moins ce que l’on ressent avec des groupes/artistes comme Flotation Toy Warning, Motorama ou encore Raoul Vignal mais aussi Will Samson, musicien britannique basé à Bruxelles. Après deux albums impressionnants et un EP, voilà qu’il fait son grand retour sur le label bordelais avec son troisième disque intitulé Welcome Oxygen.

Centré autour d’une voix, d’une guitare acoustique et d’un violon, Will Samson nous invite dans son intimité à travers ces huit compositions envoûtantes et frissonnantes à mi-chemin entre folk et sonorités électroniques. Et on commence très fort avec les bouleversants « Shimmery » et « Forestry » où la voix du britannique résonne à travers ces instrumentations minimalistes qui font immédiatement leur effet sur « Find A Little Light » et « O Medo ». On est en droit de penser à du Sufjan Stevens, Labradford mais encore à du Richard Hawley de la première heure à l’écoute de l’instrumental « Water Fall Diver » mais encore à « Old Roots » et « Holly Hollow » pour un résultat plus que bouleversant.

Will Samson fait paraître une bouffée d’oxygène à travers ce nouvel opus à la fois rayonnant, angélique et poignant. Welcome Oxygen montre la renaissance d’un artiste en perpétuel combat avec ses démons, une bataille qu’il réussit à gagner avec sérénité.

Note: 8/10

The Staves & yMusic – The Way Is Read

Il y a deux ans, le trio de sœurs The Staves avait connu la consécration avec leur album If I Was co-produit par la superstar Justin Vernon (chroniqué ici). Jessica, Camilla et Emily Staveley-Taylor se sont faites connaître avec leur indie folk hivernal et envoûtant mais deux ans plus tard, elles décident de changer de fusil d’épaule sur leur nouvel opus intitulé The Way Is Read réalisé en compagnie du collectif yMusic, suite à leur déménagement à Minneapolis pour se rapprocher d’Eaux Claires, dans le Wisconsin.

Les sœurs de Watford ont décidé de se tester elles-mêmes en s’éloignant de leur folk qui a longtemps été leur marque de fabrique pour aller baigner dans la musique néo-classique avec le collectif new-yorkais, projet initié par Justin Vernon au festival à Eaux Claires. Comme Emily Staveley-Taylor l’affirme: « Notre but était dès le départ de collaborer véritablement avec yMusic. Nous voulions nous sentir comme des instruments et nous joindre à certains des travaux existants de yMusic, en utilisant nos voix d’une manière que nous n’avions pas encore explorée. L’idée de former un orchestre avec ces incroyables musiciens était fascinante. Ce que nous avons fini par accomplir est tout ce que nous avions espéré, plus que nous avons rêvé ».

C’est ainsi qu’on reste toujours enchanté par la magie en raison du fait que les Staveley-Taylor chantent toujours aussi bien et gracieusement sur des moments riches en cordes, bois et cuivres allant de « Hopeless » aux accents baroques de « All The Times You Prayed » en passant par « Trouble On My Mind », « All My Life » ou encore « Appetite ». On salue toute l’audace que possède The Staves de sortir de sa zone de confort sur The Way Is Read mais le résultat est quelque peu déconcertant par moments. Mais cet opus permet de ressortir les parfaites harmonies vocales de nos trois hôtesses préférées en nous offrant des prestations lyriques et célestes.

Note: 6.5/10