Somehow – Hidden Memories

Somehow est le side-project du Parisien Erwan Pépiot et avait publié un premier album l’an dernier du nom de The Desert of Wasted Time découvert sur le tard malheureusement. Mais fort heureusement, il revient frapper un grand coup avec son second album nommé Hidden Memories sur le label Toolong Records.

Voici donc neuf morceaux indie pop lo-fi purement mélodiques et sentimentales où la voix grave du multi-instrumentiste Erwan Pépiot presque semblable à celle de Jarvis Cocker dans sa période Pulp sans oublier les vocalises de  brille sur « Meet Me At The Western Point », « All The Ways Are Leading to You » ou encore « A Man And A Diving Soul ». Somehow ira flirter du côté de la folk que ce soit sur « Someday » et sur « Escape » ou de la pop romantique avec les instrumentations touffues de « Red Butterflies », « Fear of Heights » et de la conclusion « Meaningless Thoughts in Dark Times » témoignant de tous les talents du parisien.

Si vous êtes des fans inconditionnels de Belle and Sebastian, ce second album de Somehow est en quelque sorte la relève en raison de ses titres pop sentimentaux et incroyablement renversants.

Note: 7/10

Washed Out – Mister Mellow

Au rayon chillwave, toutes les oreilles sont tournées vers Toro y Moi ou encore Neon Indian. Et Washed Out alors ? Le musicien originaire de Géorgie est également un homme hors-pair dans cette catégorie mais beaucoup de gens ont tendance à passer à côté alors que c’est l’un des pionniers, ce qui est fort dommage. Après deux albums chez Sub Pop, voilà qu’Ernest Greene atterrit chez Stones Throw pour son nouvel opus Mister Mellow.

Comme tout pionnier qui se respecte, Washed Out nous offre un bon moment de musique relaxante et recherchée où l’on plonge dans le cerveau fou du musicien. Composé de 12 titres dont quatre interludes, Mister Mellow mélange sans souci lounge, free-jazz, electronica et hip-hop à travers des morceaux réussis comme « Burn Out Blues », « Floating By » et autres « I’ve Been Daydreaming My Entire Life ».

Qu’elle soit remuante sur « Hard To Say Goodbye » et « Get Lost », psychédélique sur l’étrange « Instant Calm » ou rêveur sur « Million Miles Away », il montre à nouveau son savoir-faire et arrive à mettre à l’amende toute la concurrence en 28 minutes chrono. Mister Mellow ou la chillwave à l’état pur comme on en fait plus.

Note: 8/10

This Is The Kit – Moonshine Freeze

En l’espace de trois albums, Kate Stables alias This is The Kit est devenue une des artistes indie folk les plus intéressantes de ces dernières années. Et il y a de quoi être séduits par son univers mélancolique mais poétique, ce n’est donc pas un hasard si on se laisse tenter une nouvelle fois avec son nouveau disque Moonshine Freeze toujours aussi paisible dans l’âme.

La chanteuse et musicienne originaire de Bristol et basée à Paris a fait appel à de grands noms pour cet opus: John Parish à la production et Aaron Dessner que je ne présente plus désormais mais ces deux noms majeurs iront rajouter un peu de caractère à la musique intimiste mais habile de la Britannique. C’est à coup de guitare acoustique qu’on se laisse bercer par tant de douceur dégagé avec des morceaux bien représentatifs comme « Bullet Proof » qui fait intervenir les cordes obsédantes ou encore les ambiances pastorales de « Easy on the Thieves ».

Pour le reste, on constate une évolution pour le moins fascinante et pour la première fois, This is The Kit sort des sentiers battus avec des influences venues d’ailleurs comme le jazz avec le saxophone qui fait des siennes sur « Hotter Colder » mais aussi quelques incursions gospel sur l’étonnant « Two Pence Piece ». Sa folk lumineuse prend un tournant plus étoffée et plus brute et on ne s’étonne pas d’entendre du Rozi Plain dans les sonorités sur le chaloupé « All Written On In Numbers » et l’hypnotique « Riddled With Ticks » par exemple. Mettant en avant les percussions, les claviers et autres arrangements, ce quatrième album déçoit rarement comme en atteste les derniers morceaux grandioses que sont « By My Demon Eye » et « Solid Grease ». Une fois de plus, This is the Kit saura nous envoûter en nous proposant des pièces folk paisibles qui sentent la saison estivale à plein nez et ce Moonshine Freeze en est la preuve.

Note: 8/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:0ekbANyejam0fKM6fDtdZT

Lucy Rose – Something’s Changing

Suite au succès rencontré avec son premier album Like I Used To en 2012, Lucy Rose est devenue une valeur sûre de la scène indie folk/country britannique. Avec comme principales inspirations Bob Dylan, Neil Young et Johnny Cash, la chanteuse et guitariste a récidivé en 2015 avec Work It Out aux accents plus soul-folk qu’auparavant, ce qui n’était pas pour nous déplaire. Deux ans plus tard, elle tente à nouveau de nous séduire avec Something’s Changing, sa troisième livraison discographique.

Il lui aura fallu un voyage en Amérique Latine ayant duré deux mois pour retrouver de l’inspiration pour Lucy Rose. Et voilà qu’elle revient nous émouvoir avec ses compositions minimalistes majoritairement centrés autour de la voix et de la guitare (avec un parfum de pedal steel qui traîne par ci par là…) telles que « Is This Called Home », « Strangest of Ways » et bien entendu « Soak It Up » où elle le fait sans effort. Si vous cherchez de la pop-folk sophistiquée, vous êtes à la bonne adresse. Bien entendu, on retrouve quelques titres qui sortent du lot comme les ballades aux piano sobrement nommée « Love Song » et la très Natalie Prass nommée « Second Chance » ainsi que la collaboration avec le trio The Staves sur « Floral Dresses » aux chœurs harmonieux.

Tandis que l’on se laisse bercer par des standards poignants comme « Moirai » et « Find Myself », la britannique surprend quelque peu en s’essayant dans un registre plus pop avec le plus enjoué « No Good At All » dont la mélodie au piano rappelle vaguement « Life’s Like This » de Kurt Vile. Mais majoritairement, elle réussit à nouveau son pari en excellant dans son domaine qui est la pop-folk romantique et incroyablement touchante. Something’s Changing est certainement son volet le plus inspirant de sa discographie, ce qui inaugure pas mal de bonnes choses pour la suite.

Note: 8/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:1yQ0RmQJ0dVOMhKfwWfMjG

Shannen Moser – Oh, My Heart

Shannen Moser n’est pas du tout connue du grand public mais possède un incroyable atout pour transporter son auditoire. La chanteuse et musicienne de Philadelphie a fait ses premières marques avec ses deux premiers albums All Dogs Go To Heaven en 2014 et You Shouldn’t Be Doing That en 2015 disponibles sur son Bandcamp. Il a fallu que le label underground Lame-O Records la signe pour qu’elle soit un peu plus connue du grand public et ils ont bien fait de parier sur elle car elle compte à nouveau nous émouvoir avec son troisième opus Oh, My Heart.

Débutant sur un sample vieillot de The Royce Hall Concert sur l’introduction « I’m Going Home (Sacred Harp) », Shannen Moser nous ouvre grand les portes de son intimité à base de ballades indie folk mélancoliques comme « Alex (282) » comprenant son plus bel arrangement de trompettes digne de Beirut ou de Foxing ainsi que « Watershed » et « Grower ». Impossible de ne pas penser à Emily Yacina et à Margaret Glaspy à l’écoute de ces titres intimistes qui mettent la chair de poule avec « Yr Undertaker », « A Funeral, A Friend, My Sanity » et autres « Dirt and Water » mais aussi du Rilo Kiley sur « October » tellement on est submergé.

Malgré quelques moments de forcing dans l’interprétation de la jeune demoiselle, ce Oh, My Heart a de quoi nous procurer d’innombrables frissons avec ses instrumentations à la fois lo-fi mais bien orchestrées et ses textes très personnels et touchants. Shannen Moser mérite le respect grâce à cette mise à nu incroyablement poignante.

Note: 8/10

Tara Jane O’Neil – Tara Jane O’Neil

Pour vous présenter un peu Tara Jane O’Neil, sachez qu’elle fut auparavant bassiste du groupe de math-rock de Rodan avant de se lancer en solo en 2000 avec son premier album Peregrine. Elle en a parcouru du chemin pour devenir une des musiciennes underground les plus intrigantes du moment et ce n’est pas avec son huitième opus qu’elle va raccrocher les gants loin de là.

Tara Jane O’Neil a pour l’habitude des contrées expérimentales et noisy sur ses précédentes livraisons mais ici, elle a privilégié la simplicité et la quiétude. Voilà qu’elle nous offre un album de folk acoustique incroyablement reposant et intimiste avec des perles comme « Flutter », « Sand » avec sa trompette hypnotique et autres « Joshua » tout simplement céleste. Il suffit d’une voix douce et soyeuse de la guitariste de Chicago et de ses notes de guitare acoustique (avec un supplément de pedal steel de temps en temps) pour être transporté, et c’est une bonne chose de faite avec « Blow » et le jovial « Kelly ».

Et au fur et à mesure, on plonge dans l’intimité de la musicienne qui sait nous émouvoir comme jamais avec de belles trouvailles comme « Cali », « Pink » ainsi que « Great » qui contrastent au plus enlevé « Laugh » par exemple. Ce huitième album montre qu’elle ne sait pas que nous étonner avec des expérimentations foutraques mais aussi de rendre hommage à l’âge d’or du Laurel Canyon, quitte à rendre jalouse pas mal de concurrentes de la scène indie folk féminine américaine. Chapeau.

Note: 8/10

HAIM – Something To Tell You

Avec leur premier album Days Are Gone en 2013, les trois sœurs de HAIM sont passées de l’anonymat complet à la célébrité la plus totale. Este, Danielle et Alana Haim sont devenues le groupe féminin incontournable sur lequel compter grâce à leur musique doucement rétro et innocente, à un point que NME les a récompensé à plusieurs reprises en tant que meilleur groupe international et a couronné la bassiste (qui fait des têtes bizarres) une des meilleures bassistes du moment. Quatre ans plus tard, après une panne d’inspiration, elles viennent nous enchanter à nouveau avec son nouvel opus Something To Tell You. Le second exploit ?

Fort heureusement, elles n’ont rien perdu de leur jovialité et de leur côté rétro avec le premier single ensoleillé « Want You Back » qui ouvre l’opus. Les influences 70’s, 80’s et 90’s sont toujours présentes avec une bonne influence R&B beaucoup plus présente qu’auparavant et ça s’entend beaucoup sur les hymnes groovy de « Nothing’s Wrong » aux claps entêtants et aux riffs roots et « Ready For You » où le trio nous gâte avec des chansons d’amour à l’eau de rose. C’est sans compter sur la production d’Ariel Rechtshaid qui met toujours en valeur les compositions vintage des trois soeurs mais aussi Rostam Batmanglij, ex-guitariste de Vampire Weekend, sur « Little of Your Love » où on se surprendra à chanter le refrain à tue-tête mais aussi les sentimentaux « Kept Me Crying » et « Found It In Silence » ainsi que Twin Shadow qui co-produit les accents disco « Ready For You » avec ses guitares incroyablement old-school.

Le gros constat que l’on puisse faire de ce Something To Tell You est tout simplement son côté trop crossover et guimauve qui se dégage. A l’écoute des morceaux comme « Kept Me Crying » et autres « Walking Away », HAIM semble être plus attaché à ces inspirations R&B quitte à trahir un peu son image mais on ne peut pas leur en vouloir. Heureusement qu’on sera agréablement surpris par les arrangements époustouflants de « Right Now » qui prennent aux tripes mais aussi la conclusion planante de « Night So Long ». Les trois mamzelles continuent sur leur lancée en traversant les décennies, elles ont quelque chose à nous dire mais cela aurait été mieux avec moins de sucre ceci dit.

Note: 7.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:3EFSOzgqaOQqJCMAMMn4Cl