Seapony – Be Here Again EP

C’était sans doute le come-back auquel on s’attendait le moins. Alors qu’on était sans nouvelles de Seapony depuis leur prétendue séparation en 2015 après la parution de leur troisième album A Vision sur le label Hardly Art, voilà qu’ils ont annoncé leur reformation à travers leu nouvel EP de 6 titres Be Here Again. Nous voilà soulagés alors.

Et très vite, on oublie cette mauvaise nouvelle de séparation car le trio de Seattle n’oublie jamais ses repères tant on se laisse baigner par leurs morceaux indie pop rêveurs. Aussi bien à l’aise avec une drum machine sur les plus synthétiques « Imagining Things », « Have It Made » ainsi que sur le final « Nothing’s Right » qu’avec une batterie sur les plus organiques « What’s Gonna Happen » et l’envoûtant « Watch Out ». Donc non, pour ceux qui doutaient, Seapony revient plus fort avec cet EP stellaire et totalement planant avec la voix de Jen Weidl toujours aussi ensorcelante. Welcome back, les gens !

Note: 8/10

Rostam – Half-Light

Après dix ans de bons et loyaux services, Rostam Batmanglij a décidé de quitter Vampire Weekend l’année dernière. Tandis que la nouvelle est déchirante, rassurez-vous, il sera bel et bien présent sur le prochain album du groupe. Espérons-le seulement. Entre temps, le guitariste et second cerveau principal du groupe en a profité pour travailler auprès d’autres musiciens et groupes comme Ra Ra Riot et HAIM mais aussi auprès du monde du R&B comme Frank Ocean et Solange. L’année dernière, il nous a offert un sublime opus aux côtés de Hamilton Leithauser (chroniqué ici), et voilà qu’il nous présente enfin son premier album solo intitulé Half-Light.

C’est dire qu’il était vivement attendu ce premier opus tellement ce Rostam était hyper-talentueux. On retrouve toute la synthèse de son succès à travers ces quinze morceaux de pop baroque aux arrangements peaufinés avec « Sumer » qui donne l’impression que Modern Vampires Of The City ne date de la veille, sans oublier « Bike Dream » et « Thatch Snow ». La voix presque chuchotée du bonhomme brille parfaitement sur des titres riches en sensations fortes comme « Never Going To Catch Me » ou encore les accents gospel de l’angélique « EOS » et sait se cantonner dans plusieurs genres.

Il n’hésite pas à envoyer un clin d’oeil à ses origines iraniennes sur les influences orientales de « Wood » et les percussions exotiques de « When » mais aussi à ses productions antérieures avec « Rudy » pouvant être une suite logique à « Diplomat’s Son » de son ancien groupe mêlant les ambiances aussi bien chaotiques (« Don’t Let It Get To You », « Warning Intruders ») que célestes (« I Will See You Again », « Don’t Let It Get To You (Reprise) » en version aérienne). Bien sûr, il peut compter sur la présence de Kelly Zutrau sur « Half-Light » mais également de sa fidèle collaboratrice Angel Deradoorian sur le R&B expérimental « Hold You » où il use de l’Auto-Tune.

En ouvrant son livre au monde entier, on arrive à retracer tout le parcours de Rostam Batmanglij à travers ce Half-Light où il offre sa vision du monde par rapport à la situation géopolitique et son orientation sexuelle mais aussi à travers ces innombrables influences musicales qu’il a su ingérer durant toutes ces années. Half-Light déborde d’inspiration et d’humilité

Note: 8/10

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Elliot Moss – Boomerang

Souvenez-vous deux ans plus tôt quand Elliot Moss a ensoleillé notre automne avec son premier album Highspeeds (chroniqué ici). Le jeune prodige new-yorkais est du genre à créer un lien entre l’alternatif et l’électronique et il continue à nous prouver qu’il reste un des meilleurs de sa génération avec son EP Boomerang.

Elliot Moss possède également une voix incroyablement soulful comme l’affirme le splendide titre d’ouverture « Closedloop » flirtant avec d’autres actes comme James Blake et SOHN ou la soul organique flirte avec les synthés futuristes ainsi que « 99 » et « Without The Lights » qui est, quant à elle, plus enlevée et  où le falsetto du New-Yorkais est incroyablement bouleversant. Et bouleversant est trop faible pour qualifier cet EP surtout quand on écoute « Boomerang » où Elliot Moss ajoute des partitions de piano et des cordes en philosophant sur la nature humaine complexe avant d’avoir recours à l’Auto-Tune sur l’interlude orchestral « My Statue Sinking » et « Dolly Zoom ». Mais très vite, les choses sérieuses reprennent avec le final « Falling Down and Get Hurt » au piano distordu et son puissant crescendo synthétique.

Avec cet EP, le jeune artiste new-yorkais prouve d’allier folk, trip-hop, l’électro et la neo-soul pour un mélange explosif et racé qui a fait son succès. De quoi être très optimiste pour son second album donc !

Note: 8/10

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OMOH – Amour 3000

En 2015, un duo de Nîmes est venu enjailler notre collection automne-hiver avec leur second EP Is Leading Nowhere (chroniqué ici). Il s’agit d’OMOH et vous avez sans douté fredonné plus d’une fois leur entêtant « Luxembourg Park » en compagnie de leur nouvelle recrue Marie-Flore qui rejoint le roster. La preuve, Baptiste Homo et Clément Agapitos ont un pied dans le mainstream (en produisant pour Julien Doré et en faisant sa première partie) et un autre dans l’underground et ils continuent encore, surtout avec leur troisième EP Amour 3000.

Et très rapidement, ils commencent avec un premier titre bien kitsch avec son spoken-word résolument 90’s (du FAUVE avant l’heure) et ses synthés vieillots sortis des années 80. Voilà de quoi commencer les hostilités de façon surprenante et qui se poursuit avec la pop décalée et sautillante « Moshi Moshi (You Bring Me Down) ». Mais très vite, OMOH nous habitue avec leur électro-pop efficace qui a fait leur petite renommée avec « Tears » et le bien nommé « Tropicalling ! » plutôt léger qui ont de quoi rappeler la subtilité de leur mini-tube « Luxembourg Park ». Et tandis que l’on se familiarise avec cet EP que c’est bientôt la fin avec le dernier morceau « Pia » plus envoûtant avec ses excellentes parties de guitare nous donnant envie d’appuyer sur la touche Replay.

OMOH et Marie-Flore continuent sur leur lancée en jouant la carte de la surprise sur Amour 3000. Aussi bien décalé que plaisant, le trio prouve une complémentarité sans égal et nous prouve que l’on peut compter sur eux pour l’avenir de la french pop. De l’amour des vrais bonhommes…

Note: 7.5/10

San Cisco – The Water

Venus tout droit de Fremantle, en Australie, San Cisco sait mettre la patate. Le quatuor composé de Jordi Davieson (chant, guitare), Josh Biondillo (guitare, chœurs), Nick Gardner (basse) et la jolie Scarlett Stevens (chant, batterie) est présent depuis 2009 et a publié déjà deux albums qui n’ont peut-être pas le succès escompté mais qui sont plutôt satisfaisants. Deux ans après leur second disque Gracetown, voilà qu’ils remettent une couche explosive et colorée avec The Water.

Marchant sur les pas de MGMT, Daft Punk et The Flaming Lips, San Cisco continue à nous impressionner avec leur indie pop pétillante avec des futurs tubes en puissance comme « Kids Are Cool » irrésistiblement groovy. N’oublions pas non plus les très rythmés « That Boy », « Did You Get What You Came For ? » ou le single estival « SloMo » qui n’en finiront pas de faire bouger des popotins. A l’inverse, on retrouve des moments un peu plus nuancés mais qui ne baisseront pas la température pour autant comme l’aérien « Waiting For The Weekend » et le plus chaloupé « Hey, Did I Do You Wrong ? » avant que les synthés des intenses « The Water » qui aurait mérité une durée un peu plus longue et « Make Me Electrify » viennent rafler la mise vers la fin de l’opus.

Ce troisième opus de San Cisco arrivera peut-être un peu tard dans votre playlist tant il sent le soleil et les palmiers. Leur indie pop fiévreux et affirmé qui vous fera remuer pendant 35 bonnes minutes et jamais on aura entendu un groupe australien toujours en symbiose et se sentant comme quatre poissons dans l’eau.

Note: 7.5/10

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Annie Hart – Impossible Accomplice

La dernière fois qu’on a eu des nouvelles d’Au Revoir Simone, ça remontait à 2013 avec leur quatrième album Move In Spectrums. Les trois fées de Brooklyn comme j’aime bien les surnommer se montrent très rarement et ça peut devenir frustrant. Mais heureusement que les membres du groupe multiplient des activités musicales à côté, comme Erika Forster qui avait monté un supertrio nommé NAF pour Nice As Fuck avec Jenny Lewis et Tennessee Thomas de The Like l’an dernier (pour rappel, la chronique ici). Mais le sujet principal ici est centré sur une autre membre du groupe Annie Hart qui nous présente son premier album intitulé Impossible Accomplice repoussé à maintes reprises.

Et n’ayons aucune crainte, l’une des merveilleuses fées du groupe continue de creuser le même sillon qu’Au Revoir Simone depuis leurs débuts. Pour faire simple, Impossible Accomplice reprend là où le trio s’est arrêté quatre ans plus tôt, et ça s’entend parfaitement avec des morceaux dream-pop synthétiques de « I Don’t Want Your Love » où elle se montre plutôt douce-amère tout comme sur « My Heart’s Been Broken » affichant une jeune femme vulnérable et blessée par tant de déceptions amoureuses. Mentionnons également les entraînants « Run To You » et « On The Way Down » ou encore « Breathing Underwater » qui permet de prouver que la new-yorkaise sait aussi être joueuse mais n’oublie pas d’émouvoir sur la fin de l’opus avec la ballade piano électrique/voix qu’est « Softly » qui a de quoi nous glacer le sang comme Mazzy Star l’a pu faire auparavant.

Bref, si vous cherchez des nouvelles d’Au Revoir Simone, vous pouvez toujours vous ruer sur ce premier album solo d’Annie Hart qui reprend les rênes comme bon lui semble. A quoi bon refuser de céder à ces huit compositions aussi bien acidulées que paisibles non dénués d’émotions pures et dures ?

Note: 7.5/10

So Much Light – Oh, Yuck

So Much Light est le projet musical de Damien Verrett originaire de Sacramento. Il n’est pas très connu dans le milieu mais il est présent depuis 2012 depuis la parution de son premier album Supine/Spellbound qui est passé quasi inaperçu. Après avoir publié une poignée d’EPs et être signé sur le label Anti Records, il tente de faire parler de lui surtout avec son nouveau disque intitulé Oh, Yuck.

S’ouvrant sur une harpe avec l’introduction de 12 secondes nommée « New Game », voilà que So Much Light commence les hostilités avec des titres inventifs comme « Little Fanfare », « Full Body Mirror » plus vintage ainsi que « Love That Never Fades ». Oh, Yuck ira flirter du côté de l’électro-pop et le R&B et ça s’entend sur « Stomping Ground », « Idiot Soul » mais également le très évocateur « Artificial Sweeteners » où la fusion entre les guitares et les synthés font bon ménage.

Tandis que l’on navigue entre pop intelligente (« Deep Down », « Ultra Sunrise », « Let It Absorb You ») et presque bionique (« Flagship », « Summoner », « Game Over »), Oh, Yuck montre un musicien de Sacramento au sommet de son inventivité et de son originalité. So Much Light évite ainsi le mauvais piège auquel d’autres actes comme Bleachers sont tombés afin de briller beaucoup plus.

Note: 8/10