Polo & Pan – Caravelle

La chronique la plus vue et la plus lue depuis le début des Oreilles Curieuses est celle de l’excellent EP Canopée de Polo & Pan à lire ici. Inutile de présenter le duo électro qui monte au fur et à mesure tant ils nous accompagnent tous les étés depuis 2014 avec leurs EPs tropicaux et il est temps pour un premier album qui tombe pile poil pour la saison. Pour cette année, Polocorp et DJ Peter Pan présentent leur premier long-format intitulé Caravelle.

Après une introduction instrumentale complètement soyeuse nommée « Abysse », Polo & Pan sort la grosse artillerie tropicale avec des tubes en puissance comme « Aqualand » et « Cœur Croisé » avec un solo de saxophone ravissant toujours accompagnés de voix féminines séduisantes et des paroles surréalistes et romantiques. Certes, on retrouve les morceaux qui ont fait leur succès comme les toujours efficaces « Canopée » et « Plage Isolée (Soleil Levant) » qui sont partis pour être les hymnes de cet été, sans oublier les bangers instrumentaux qui font toujours aussi mouche comme « Nanä » et « Dorothy ».

Mélangeant les influences bossa-nova et les sonorités électro comme sur l’excellent « Zoom Zoom » ou d’autres sonorités world avec « Kirghiz » et le délirant « Mexicali », Polo & Pan maîtrise à merveille la définition du space jungle et ce Caravelle en est une parfaite illustration. Tandis que l’on danse sur la plage à travers ces compositions maîtrisées, on prend également le temps de rêver et de contempler le décor paradisiaque que nous dresse le duo en fin d’album avec les titres aériens « Chasseur d’ivoire » et « Pays Imaginaire » qui montre toute leur versatilité. Ce premier album de Polo & Pan est à ranger entre le parasol et la crème solaire pour cet été.

Note: 9/10

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Douchka – Infantile

Si vous pensez que Douchka va ralentir la cadence, vous pouvez vous fourrer le doigt dans l’œil. Chez Nowadays Records, hors de question de se reposer sur les lauriers et le beatmaker rennais l’a bien compris. Plus besoin de le présenter, passons en revue son troisième EP Infantile faisant suite à ses deux EPs Joyful et Together.

Les sept morceaux que composent l’EP traduisent le savoir-faire du beatmaker en bénissant nos oreilles grâce à sa patte future beats toujours aussi captivante aux synthés colorés, voix pitchées découpées avec précision (on sent l’influence de 20Syl) et aux beats toujours incisifs. Passée l’introduction aérienne nommée « Rise », le rappeur High Levelz viendra dévorer l’instru boom-bap futuriste de « No Reason ». Il apparaîtra sur l’excellent « This Mood » toujours aussi démentiel mais on peut également compter sur la présence de la chanteuse R&B Lia sur le sensuel « Call You Mine ». Douchka trouvera le temps de briller comme autrefois sur les deux instrumentaux percutants que sont « Sunday Morning » et « Oh Lee ». Il manquera plus qu’une harmonieuse nommée « Two Minutes For Love » pour clore cette belle cérémonie.

Le rennais fait éclater tout son génie avec ce troisième EP maîtrisé et mature. Sans jamais perdre sa fanbase, le beatmaker continue son ascension en raffinant son style et en affirmant son originalité sans faille.

Note: 8/10

L’Âge d’Or – Shades Of Us

Si le label XVIIIème Péninsule fait parti des maisons de disques les plus originales parisiennes, c’est tout simplement parce que le roster sait allier musique et création visuelle hors-normes. Et L’Âge d’Or en fait parti justement. Le trio parisien composé de la tête pensante Valentin Fayaud, chanteur et compositeur, de Yohann Henry (batterie, machines, percussions) et de Nicolas Michel (conceptueur visuel) qui possède déjà à son actif une poignée d’EPs de grande qualité entre 2013 et 2015. Avec leur premier album Shades of Us, les parisiens comptent élargir leurs horizons audiovisuels.

Flirtant entre IDM, electronica pure et dure, post-rock et musique avant-gardiste, L’Âge d’Or sait entraîner son auditeur dans des contrées sombres et toujours aussi inattendus. Les sons de cloche de « Heat » sont là pour implanter le décor aussi bien lugubre qu’intrigant avant que n’intervienne la voix torturée et auto-tunée de Valentin Fayaud noyée sous un océan de textures inquiétantes passant de l’ambient expérimental à la drum’n’bass sur les dernières secondes de l’opus. Le programme des sept morceaux se résume à de l’inattendu et il faudra avoir le cœur accroché.

Tandis que l’on nage dans le néant sur les morceaux downtempo comme « Kodokushi » et « Savior » et d’autres titres plus complexes avec « Annihilation », « Ov3rflow » et « Pray » qui laissent intervenir des influences world sans être incongru, L’Âge d’Or jouit d’une incroyable liberté artistique. Libre à nous d’interpréter leur musique pas accessible certes mais incroyablement visuel et poignant avec un Shades of Us qui se conclut avec le très bel instrumental nommé « Asha ». En 36 minutes, le trio parisien nous entraîne dans leur univers parallèle indescriptible à travers leur electronica métissée, introspective et métallique.

Note: 7.5/10

Sylvan Esso – What Now

« Hey mami, I know what you are, mami ! », vous vous en souvenez ? Ce tube de Sylvan Esso date d’il y a 3 ans et on ne s’en lasse pas, tout comme leur premier album qui fut un incroyable bijou électro-pop grâce à la voix gracieuse d’Amelia Meath (ex-Mountain Man) et des productions robustes et colossales de Nick Sanborn (Megafaun, Made of Oak). Trois ans plus tard, ils tentent d’enfoncer le clou avec leur second opus intitulé What Now.

Et quel bonheur de les retrouver après trois années d’absence et autant vous dire qu’ils n’ont pas perdu leur énergie. Après une introduction presque instrumentale nommée « Sound » avant que n’intervienne le chant d’Amelia, Sylvan Esso dégaine à nouveau son gros son électro-pop catchy avec les tubes addictifs de « The Glow » avec son sample de guitare acoustique rayé, « Die Young » et « Radio » qui critique l’industrie musicale de façon acerbe (« Don’t you look good sucking American dick ? », balance Amelia sans vergogne).

L’époque du premier album n’est jamais lointaine et le morceau bien musclé « Kick Jump Twist » aux sonorités 8-Bit déglinguées en est la preuve concrète. Il en est de même pour les extatiques « Song », « Just Dancing » et la poppy « Signal » qui suffisent à nous impressionner. Mais très vite, on s’approche à la fin de l’opus et un peu de douceur s’installe avec le minimaliste « Slack Jaw » où tous les gadgets électroniques sont mis au placard pour faire éclater l’interprétation vibrante d’Amelia Meath au grand jour ainsi que sur la conclusion calme intitulée « Rewind » qui clôt ce What Now de façon classe.

Trois ans après leur premier opus, Sylvan Esso revient encore plus fort avec un second opus plus percutant et qui possède plus de caractère. Encore une fois, l’alchimie du tandem Meath/Sanborn opère au grand jour avec ses compositions insolentes et efficaces. N’appelez pas ça de la folktronica, sinon vous allez le regretter.

Note: 8/10

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Joe Goddard – Electric Lines

Chez Hot Chip, les deux têtes pensantes du groupe sont Alexis Taylor mais aussi Joe Goddard. Tandis que le premier s’en sortait à merveille en solo malgré un Piano bancal paru l’an dernier (chroniqué ici), ce dernier a pu s’éclater de son côté avec son duo The 2 Bears avec Raf Rundell (qui a sorti un premier EP solo en fin d’année dernière). Et depuis qu’il a dévoilé son titre en solo en 2011 nommé Gabriel avec une certaine Valentina, on sentait qu’il allait avoir un fort potentiel solo. Nos impressions se confirment avec son premier album Electric Lines.

Le londonien explore tous ses influences musicales qu’il a pu ingurgiter durant ces années pour nous offrir un condensé d’électronica pure et dure. Ainsi, on flirte avec des productions léchées allant de la house de Detroit à l’electro-dance des deux décennies précédentes. Et on est en plein dedans avec le premier morceau « Ordinary Madness » avec la voix sensuelle de Jess Mills alias SLO ainsi que la fusion disco et house de « Home » chanté par Daniel Wilson qui comporte un sample du titre « We’re On Our Way Home » du groupe de funk Brainstorm qui viendront chauffer le dancefloor tout comme les bombes « Lose Your Love », « Lasers » et « Children » montrant tout le savoir-faire du bonhomme sans l’aide de ses compères.

Et plus on avance dans cet album, plus les morceaux se veulent moins dansants et plus lancinants, à l’image de l’introspectif « Truth Is Light » où Joe Goddard se met à nu dans son interprétation mais aussi « Nothing Moves ». Il arrive que d’autres voix extérieures viennent lui prêter main forte avec notamment Alexis Taylor qui reste impeccable sur le morceau-titre hypnotique tout comme SLO qui revient pour clore la cérémonie avec « Music Is The Answer ». Ce qui est normal: lorsque les temps sont durs, la musique viendra réconforter les chaumières et adoucir les mœurs.

Electric Lines est tout simplement un condensé de toutes les influences musicales de Joe Goddard en raison de son cocktail varié et rafraîchissant. Cependant, à cause de son aspect hétérogène, ce premier album solo s’avère parfois inégal par moments et le rythme s’affaiblit sur certains morceaux. Mais ne remettons pas en cause les talents du londonien qui brille en démantelant les codes pour les remodeler à sa sauce afin de faire bouger pas mal de foules. Cela n’arrêtera pas sa réputation de producteur et musicien hors normes, loin de là.

Note: 7.5/10

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Gorillaz – Humanz

Ça avait été annoncé depuis un bon bout de temps mais Gorillaz est officiellement de retour. Sept ans après leur quatrième album The Fall, le groupe virtuel mené par Damon Albarn et Jamie Hewlett a été bien silencieux pendant un bon bout de temps. Il faudra attendre 2014 pour que le britannique nous dévoile son calendrier digne de celui de Marvel avec l’arrivée du nouvel album surprise de Blur en 2015 (chroniqué ici), de The Good, The Bad & The Queen (qu’on attend encore aujourd’hui) et de Gorillaz qui est enfin là et qui est intitulé Humanz.

2D, Murdoc, Noodle et Russel sont de retour pour nous jouer un mauvais tour. Cela fait depuis 2010 qu’on était sans nouvelles de notre supergroupe préféré et forcément, lorsqu’ils annoncent leur grand retour, ils ne font pas les choses à moitié en annonçant la création d’un festival au milieu d’un parc d’attractions nommé Demon Dayz en juin (qui espérons ne sera pas aussi catastrophique et bordélique que le Fyre Festival aux Bahamas) pour promouvoir ce nouvel opus qu’est Humanz. Et justement parlons du contenu de ce cinquième opus attendu en grande pompe. Damon Albarn a affirmé qu’il s’agit d’une playlist de fête de fin du monde où le monde parvient à entrer dans une phase la plus sombre de son histoire. Vous savez pourquoi, je ne vais pas vous faire un dessin.

Et pour ce faire, un gratin d’invités se partage le gâteau que ce soit dans le monde du hip-hop avec le rappeur californien Vince Staples qui lance les hostilités sur l’énergique « Ascension » faisant suite à l’introduction « I Switched My Robot Off » (verrait-on une allusion à Everyday Robots, album solo de Damon Albarn en 2014 ?), les légendaires De La Soul (ou plutôt Posdnuos) sur l’hymne technoïde à prendre ou à laisser de « Momentz » (avec la participation de Jean-Michel Jarre), le déjanté Danny Brown lance un couplet maniaque sur « Submission » aux côtés de la chanteuse R&B Kelela et des prouesses guitaristiques de Graham Coxon (si si !) ou encore Pusha T qui livre un virulent pamphlet anti-Trump sur « Let Me Out » avec les harmonies intacts et impeccables de la légendaire Mavis Staples.

Humanz, par sa thématique sombre, convie également le monde du R&B et de la soul avec le prometteur Peven Everett sur le dansant « Strobellite », la révélation R&B D.R.A.M. effectue quelques ad-libs sur le très bon « Andromeda », Anthony Hamilton sur l’ambiance de fête foraine lugubre de « Carnival » ou encore le gospel sombre de « Hallelujah Money » chanté par la voix sombre de Benjamin Clementine dévoilé en janvier dernier et qui tombait pile poil pour le jour de l’investiture de l’Agent Orange. D’autres invités de marque sont à souligner comme la légendaire Grace Jones qui lâche quelques phrases sur l’électro atypique de « Charger », Popcaan qui est présent pour un hymne reggae nommé « Saturnz Barz » ou encore Jehnny Beth de Savages qui lâche des « On a le pouvoir de s’aimer, okay ? » (je vous vois venir avec vos vannes sur: « Hey, j’suis pas venue ici pour souffrir okay ? ») sur la conclusion qui se veut fédératrice mais trop candide nommée « We Got The Power ».

Et 2D dans tout ça ? Et bien, il est en retrait par rapport à ses invités qui lui volent la vedette mais il a le droit à avoir un seul morceau solo qu’est la ballade aérienne qu’est « Busted and Blue » pleine d’émotions. Et c’est justement un des problèmes majeurs de ce Humanz. On saluera la démarche de vouloir créer une playlist de fête de fin du monde mais il manque un fil conducteur et le tout peut s’avérer bordélique par moments avec des interludes qui sont vraiment inutiles (excusez du peu) et une poignée de morceaux plutôt brouillons, le tout par la voix de Damon Albarn quasi en retrait. Là où les précédents chefs-d’oeuvre Demon Days et Plastic Beach ont brillé pour leur cohérence et leur homogénéité, Humanz part dans tous les sens et la qualité paraît assez inégale et ce, malgré de nombreuses écoutes répétées.

Note: 6/10

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Ménage à Trois – Australia Part III

Depuis que WU LYF s’est séparé dans le plus grand des calmes en 2012, les membres se sont dispersés un peu partout. On a vu l’ex-leader Ellen Roberts former un duo aux côtés d’Ebony Hoorn nommé LUH. (dont le premier album est chroniqué ici), le guitariste Evans Kati a formé Dream Lovers et le bassiste Tom McClung s’est lancé en solo sous le pseudonyme Francis Lung (dont on attend toujours plus de musique de sa part). Aujourd’hui, l’heure est venue de parler de Menage à Trois, qui est le nouveau groupe de Joe Manning, ex-batteur de la formation mancunienne, qui publie son premier album Australia Part 3, faisant suite à ses deux premiers EPs.

Joe Manning est donc accompagné de John Flanders au chant et de Craig Langton aux claviers pour cette nouvelle aventure musicale et ô combien estivale. Ménage à Trois allie malicieusement dream-pop, synthpop et R&B avec des morceaux incroyablement smooth comme l’instrumental de 7 minutes « Can’t Fight The Sunlight » ainsi que les slows torrides digne des années 80 avec en ligne de mire « Paris », « South Seas » et autres « Water Baby » ne tombant jamais dans la caricature.

On appréciera la voix sensuelle de John Flanders qui se fond à merveille sur les compositions rêveuses et atmosphériques de « Homecoming », « Hey » ou encore « Water Memory ». Australia Part 3 est tout simplement un beau disque insouciant et tropical nous faisant déconnecter du monde réel pendant 43 bonnes minutes de good vibe et de fraîcheur insoupçonnable.

Note: 8.5/10

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