Frank Rabeyrolles – From Your Eyes Only

En début d’année 2017, Frank Rabeyrolles avait fait forte impression avec son dernier album Apart (chroniqué ici). Le musicien originaire de Montpellier continue sur sa voie et nous délivre un nouvel opus intitulé For Your Eyes Only qui nous montre une facette plus sensible qu’à l’accoutumée.

Selon ses propres mots, Frank Rabeyrolles a privilégié le songwriting et les aspects pop sur cet opus et il se débrouille à merveille à travers des morceaux aériens et exquis comme « To Keep Inside », « Colder Than Tears » mais encore le brumeux « Crystalline ». For Your Eyes Only est une véritable expérience audiovisuelle tandis que l’on traverse des contrées fumeuses et d’autres plus électriques comme « Protected » et apaisées sur « Kaos » sans pour autant partir dans tous les sens. Ce nouveau disque ira faire éclater au grand jour le grand génie du montpelliérain qui viendra nous offrir des pièces reposantes et claires comme l’eau de roche.

Note: 8/10

Zombie Zombie – Livity

Représenter Zombie Zombie à ce stade de leur carrière est tout simplement anodin, d’autant plus que l’année dernière, ils ont frappé fort avec Slow Futur. Comptant désormais le docteur Lori Schönberg que l’on a aperçu chez The Berg sans Nipple, le désormais trio reprend du service avec leur nouvel opus intitulé Livity.

C’est reparti pour une bonne transe de krautrock et d’électro dark bien trippy avec des morceaux bien dansants et hypnotiques comme l’introduction du même nom mais également les ambiances sci-fi d' »Ils existent » et « Hippocampe ». Zombie Zombie ira encore plus loin avec le groove complètement dingo de « Looose » avec son mélange de disco et de free-jazz pour un résultat des plus incroyables sans oublier son solo de saxophone mais aussi avec le survitaminé « Acera » qui tend vers le jazz cosmique.

La fin de l’opus se veut un peu plus calme mais jamais dispensable avec le long trip tribal qu’est « Heavy Meditation » qui définit le début de l’atterrissage qui se poursuit avec la véritable conclusion bien dark nommée « Lune Noire » plus courte mais qui a le mérite de nous ébahir. Livity est un autre oeuvre de la part de Zombie Zombie toujours aussi expérimental et recherché qui ira ravir les oreilles en quête de nouvelles sonorités venues d’ailleurs.

Note: 8/10

Ninety’s Story – Kikuyu

Ninety’s Story connaît une bonne success story avec ses deux premiers EPs qui leur ont permis d’assurer les premières parties d’Archive. Le duo français poursuit son ascension avec son nouvel EP intitulé Kikuyu.

Composé de quatre titres, Ninety’s Story poursuit son exploration électro-pop futuriste et cinématographique avec un climat sudiste qui n’est pas à renier sur les emballants « Don’t Mind Me » et « I Want Your Love » pour lequel ils auront recours à l’Auto-Tune. Clôturant avec le très classe « Two Steps From The Sun », le duo nous offre un véritable rayon de soleil pour cette fin d’année où l’on s’imagine rider sur les cotes méditerranéennes.

Note: 7.5/10

 

Colleen – A Flame My Love, A Frequency

La plus américaine des musiciennes françaises continue son parcours comme il se doit. Colleen avait fait forte impression avec son album Captain Of None qui était le plus vertigineux à ce jour deux ans plus tôt. Cette année, Cécile Schott nous revient avec son nouveau disque intitulé A Flame My Love, A Frequency qui retrace un événement bien particulier et traumatisant.

Et cet événement en question est tout simplement les attentats du 13 novembre 2015 où elle était présente dans la capitale en présence de ses amis. Fortement touchée comme pour 99% des gens, elle a décidé de raconter comment elle a réagi face à cela à travers des morceaux expérimentaux à l’image de « November », « Another World » et « Winter Dawn ». C’est avec l’aide de son synthé qu’est le Septavox, un pocket Piano et la pédale Moog MIDIMuRF qu’elle arrive à retranscrire ces émotions mais de façon plus pure mais étrangement lumineuse comme sur « Summer Night (Bat Song) » et « The Stars vs Creatures ».

S’ensuit une conclusion vertigineuse pour montrer que notre Colleen sait comment surmonter la psychose par d’autres moyens que de parler à des spécialistes en stress post-traumatique entre autres. A Flame My Love, A Frequency est tout simplement un beau testament et un parfait remède du syndrome post-13 novembre avec la touche expérimentale si spéciale de notre musicienne fétiche.

Note: 8/10

Chapelier Fou – Muance

Quand il n’y en a plus, il y en a encore pour Chapelier Fou. Sa musique reconnaissable entre mille n’a pas fini de prendre des ascensions dantesques avec une discographie plutôt constante avec un troisième opus Deltas paru en 2014 comme brillant exemple. Trois ans plus tard, le producteur et multi-instrumentiste talentueux de Metz récidive avec un nouveau disque intitulé Muance.

Louis Warynski retrousse ses manches pour nous offrir un grand moment de musique électronique teintée de jazz avec des morceaux incroyablement romancés comme les très rythmés « Philémon » et « Artifices » sans oublier « Guillotines » et « Temps Utile » résolument mélodiques. C’est en entendant des breaks implacables sur orchestrations aussi bien synthétiques qu’organiques en faisant intervenir les cordes et cuivres comme sur le totalement imprévisible « Stiiitches » ou encore « Les Octaves Brisés » que l’on se rend compte du génie infaillible du bonhomme.

S’achevant sur le cinématographique « Super Hexacordum », Chapelier Fou nous offre un grand cru pour cette année 2017 qu’est Muance. Toujours aussi riche et inspiré, le producteur lorrain continue à rendre la musique électronique plus organique et plus ouverte sur le monde qu’elle ne l’est déjà.

Note: 8.5/10

Siriusmo – Comic

L’année 2017 est placée également sous le signe du retour de Siriusmo, un des actes les plus marquants du label Monkeytown. Le producteur berlinois s’est bien fait discret depuis la parution de son second opus Enthusiasm en 2013 si l’on ne compte pas les collaborations extérieures pour Mr. Oizo sur l’album de ce dernier. Désormais, l’un des poids lourds du label (parce que Moderat s’est dissous pour une durée indéterminée) décide de faire son retour avec Comic.

Dès lors, son électro wonky mettra à nouveau d’accord pas mal de mondes avec des petits tubes pour les moins efficaces comme les colorés « Wrongkick », « Important Movie Scene » ou même « Dagoberta ». C’est du moins le tableau que nous dresse Siriusmo où les guests viendront s’y greffer comme Mr. Oizo qui lui renvoie l’ascenseur avec l’étrangement bien bouncy « Doppelklick » mais également Dana and Romano sur « La Bouche » et Jan Driver sur « Patina » qui s’y joignent à la partie.

A l’écoute des morceaux à l’image de « Bleat », « Isegrim » et de « Stock und Stein », ce Comic remplit pour le moins ses promesses avec son homogénéité plus que présent. On aurait aimé un peu plus de diversité et plus de prise de risques de la part de notre producteur fétiche mais on ne peut pas lui reprocher d’avoir rempli la part du travail attendu.

Note: 7/10

Laurel Halo – Dust

Qui aurait cru qu’avec ses deux albums – Quarantine en 2012 et Chance of Rain en 2013 – Laurel Halo allait devenir le porte-étendard de l’excellent et intrigant label Hyperdub ? La musicienne originaire d’Ann Arbor a de quoi se réjouir de son palmarès plutôt impeccable en raison de ses expérimentations habiles et abstraites qui font encore mouche avec Dust, son nouvel opus sorti en juin dernier.

S’ouvrant sur les impressionnants titres « Sun To Solar » aux claviers sens dessus-dessous et la pop ensoleillée de « Jelly » conviant Klein et Lafawndah, Laurel Halo abandonne les ambitions instrumentales et jazzy de Chance of Rain pour revenir aux bases de Quarantine en mettant en avant les voix et des compositions pop futuristes bien particulières. Et des expérimentations high-tech, il en est question notamment avec des morceaux riches en textures à l’image de « Koinos » ou le remuant « Moontalk » avec ses lignes de guitare offerts par Michael Beharie et son refrain chanté en japonais sans oublier les brillants « Who Won ? » comptant un monologue de Michael Salu et la quiet storm extra-terrestre de « Like An L » avec le retour de Lafawndah aux choeurs.

On peut également compter sur la participation de Craig Clouse au wurlitzer sur le très intrigant « Syzygy » et la ballade teintée de dub sur « Do U Ever Happen » avec également la participation de Julia Holter au violoncelle mais aussi celle d’Eli Keszler aux percussions et au glockenspiel qui assurent une parfaite cohésion dans l’univers géométrique de ce Dust qui est totalement vaporeux et hypnotique. Une fois de plus, Laurel Halo arrive à construire et à déconstruire un univers avant-gardiste totalement recherché et original à travers ce troisième opus ultra-linéaire. Du grand génie.

Note: 9/10