
Le printemps musical continue d’être toujours aussi florissant, quoi qu’on en dise. Le dernier exemple en date est le retour de Kevin Morby qui n’avait pas donné signe de vie depuis leur précédent album nommé This Is A Photograph il y a quatre années de cela maintenant. De l’eau a coulé sous les ponts et le paysage musical a quelque peu changé mais l’heure est venue pour notre protagoniste de frapper fort avec l’arrivée de son successeur nommé Little Wide Open.
Exit Sam Cohen (hélas) et bienvenue Aaron Dessner à la production. Avec également la participation de Meg Duffy, Amelia Meath, Justin Vernon ou encore Katie Gavin, Kevin Morby viendra pointer le bout de son nez tel une marmotte lors de l’arrivée du printemps et nous entraîne dans son train-train quotidien à travers ces treize nouvelles compositions dépouillées et enivrantes démarrant avec un « Badlands » nous accueillant dans son Kansas natal où il nous incite à contempler ce fabuleux paysage au lointain avant de gagner en intensité au fur et à mesure. Il est suivi de près par la ballade country-folk de « Die Young » parlant de sa vie de nomade et qui contraste avec le plus lumineux et enlevé « Javelin » où notre protagoniste célèbre son ouverture au monde, de quoi aborder ce Little Wide Open de la plus belle des manières.
Tout au long de ce Little Wide Open magnifiquement arrangé, on plonge dans le quotidien de Kevin Morby qui se recueille dans son havre de paix en vivant sa vie de couple avec Katie Crutchfield alias Waxahatchee (ce n’est plus un secret de polichinelle pour personne) qu’il va devoir quitter pour les tournées notamment. Que ce soit sur des moments touchants à l’image de « All Sinners » mais également de « 100,000 » débutant de façon jovial avant d’entreprendre un virage plus méditatif absolument envoûtant, notre protagoniste demeure un songwriter des plus brillants. L’occasion pour lui d’étendre son art comme il se doit à travers des pièces maîtresses telles que le velvetien « Natural Disaster » en compagnie de Lucinda Williams notable pour son long final électrique mais également le morceau-titre absolument harmonieux dépassant allègrement les huit minutes.
Si la première moitié de Little Wide Open s’avérait optimiste, la face B se montre plus émouvante avec la sublime ballade du nom de « Cowtown » ainsi que le fingerpicking très Nick Drake dans l’esprit de « Bible Belt » mais prenant une dimension plus dramatique (et c’est là qu’intervient la magie d’Aaron Dessner derrière les manettes). Kevin Morby sait évoquer avec tant de poésie et d’émotion les effets néfastes de la solitude extrême, à savoir le désespoir qui pointe le bout de son nez ainsi que des souvenirs traumatiques tels qu’un accident de voiture mortel d’un fan qui est venu le voir en concert. Mais très vite, une lueur d’espoir pointe le bout de son nez avec les accents Americana de « I Ride Passenger » faisant sortir les banjos et les cordes ou encore le feel-good « Junebug » convoquant la harpe et les clarinettes. Une preuve que ce nouvel album est un véritable ascenseur émotionnel qui est complété avec « Dandelion » et « Field Guide For The Butterflies » en guise de conclusion apportant un brin de sagesse pour notre auteur.
C’est en faisant preuve d’honnêteté et de profondeur que Kevin Morby réussira à émouvoir son auditoire à travers ce Little Wide Open notable par cette richesse harmonique, chose à laquelle il ne nous a pas habitués depuis City Music. Une magnifique œuvre nous incitant à prendre le large et d’affronter un monde à feu et à sang en ayant de la sagesse comme arme efficace face à cette morosité ambiante.
Note: 8.5/10
