The Buns – Out Of Bounds

 

Tiens donc, encore un nom de groupe en « The ». Et cette fois-ci, c’est The Buns, soit « les chignons » en anglais. Niveau nom du groupe, on repassera mais qui se cache derrière ce groupe ? Un duo féminin parisien composé de Molly (alias Julie Gomel au chant et à la guitare) et de June (alias Emilie Rambaud au chant et à la batterie) qui est énormément influencé par le garage-rock, le blues-rock et le stoner. Après avoir publié un premier EP en 2013 nommé The True Story Of Molly Jim & June Cooper et un single en 2014, les deux mamzelles paraissent leur premier opus intitulé Out Of Bounds.

Comme tout duo qui se respecte (Royal Blood, The White Stripes, The Black Keys…), tout repose sur la complémentarité et l’alchimie musicale qui se dégage, ce qui est vérifiable chez The Buns. Voilà qu’elles nous balancent onze morceaux bien rock’n’roll chic et choc comme les futurs hymnes live efficaces de « Better Than Nothing », « Spoiled Brat » et autres « Bound » bourrés d’énergie et de testostérone. Le tandem féminin s’affirme avec ses morceaux bien racés allant des influences stoner de « Stockholm », aux influences plus 50’s sur « Shoe Shine Boy ».

Out Of Bounds est un premier opus sortant des sentiers battus et qui s’enchaîne sans temps mort. En 31 minutes, The Buns ne lâche rien et sait maîtriser le sujet, à un tel point qu’elles se mettent à chanter un peu en français sur la conclusion enjouée nommée « Bye Bye Cheri » à la production propre et policée. On parie qu’elles vont connaître la consécration d’ici les prochains jours ?

Note: 7.5/10

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Daddy Issues – Deep Dream

La scène indie de Nashville s’agrandit au fur et à mesure en partie grâce à l’excellent label Infinity Cat Recordings. Le nouveau venu de ce roster se nomme Daddy Issues qui est un trio indie rock/pop-punk composé de Jenna Moynihan (chant, guitare), de Jenna Mitchell (basse) et d’Emily Maxwell (batterie). Après avoir publié une poignée d’EPs sur leur Bandcamp, les trois mamzelles présentent leur premier album Deep Dream qui décoiffe sa mère.

En dix morceaux, Daddy Issues balance leur gros son à mi-chemin entre grunge-pop et pop-punk avec les gros riffs fuzzy de « Mosquito Bite » qui ouvre le bal mais aussi « Lemon » et « High St » montrant qu’elles ont la patate. La voix claire et faussement angélique de Jenna Moynihan se complète parfaitement à la section rythmique bien explosive du tandem Mitchell/Maxwell permettant de donner naissance à des hymnes bien bourrins comme « In Your Head », « Boring Girls » ou encore « Locked Out ».

Ce qui étonne également sur ce premier album, ce sont les textes incroyablement matures qui interpellent rapidement avec notamment le troublant « I’m Not » (écrit par Emily Maxwell) qui parle crûment de viol mais avec une certaine fragilité (« I’m naked and I feel dumb, TV and adolescence screwed me up/You’re out there and I’m smoking pot/ You’re so fucking great and I’m not ») sans oublier la pièce maîtresse qu’est « Dog Years » alternant le calme et la tempête de façon incroyable mettant en pièce la fin d’une relation (« There you are in the rearview faking landings on the moon/Here we are in the driveway, I’m deciding which tree to run us into » […] « We’re not gonna be friends, in dog years you’re dead »). Ceci en dit long sur les ambitions de Daddy Issues qui décide de clore leur premier album avec une dernière tuerie nommée « Dandelion » que les Pixies période Bossanova n’aurait pas renié.

Nashville est prêt à accueillir les nouvelles héroïnes locales que sont Daddy Issues ainsi que leur premier album incroyablement satisfaisant. Le trio de Nashville sait nous séduire avec leurs compositions pêchues et mélodiques faisant revivre l’âge d’or du pop-punk féminin. La scène indie féminine de Seattle peut trembler désormais.

Note: 8/10

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No Money Kids – Hear The Silence

No Money Kids a connu la consécration il y a deux ans maintenant avec leur premier album I Don’t Trust You qui a fait suite à leur premier EP Old Man l’année précédente.  Le duo électro/blues-rock composé de Félix Matschulat (chant, guitare) et de JM Pelatan (basse, machines, samples) détonne pour son originalité et ne compte pas s’arrêter surtout avec leur second opus Hear The Silence bien décoiffant.

En dix titres, le duo balance leur gros son bluesy avec des tubes en puissance comme le funky « Man Down », « Take Me To Your Home » ou encore « Burning Game » où la voix de Félix se fait plus contrôlée et juste se mêlant aux guitares rutilantes et aux rythmiques électroniques qui font leur effet. No Money Kids impressionne toujours autant avec des morceaux efficaces tels que « Easy », « The Hangman » et « Black Hole » mettant en valeur les thèmes pour le moins sombres comme le deuil et le suicide entre autres.

Tandis qu’on se laisse bercer par des titres fiévreux, le tandem Matschulat/Pelatan balance un peu de douceur avec le morceau-titre acoustique avant de repartir de plus belle avec « My Love » et « Shot the Master » bruts et directs. Hear The Silence est un opus sans fioritures aussi bien efficace qu’affolant et No Money Kids sait comment nous étonner.

Note: 8.5/10

Juliette Armanet – Petite Amie

Juliette Armanet n’est pas totalement connue du grand public, ce qui est normal vu qu’elle était journaliste dans son ancienne vie. En ayant fait la première partie de Paradis, on sent qu’elle était destinée pour la chanson avec son premier EP intitulé Cavalier Seule paru l’an dernier. Cette année, elle dévoile son univers avec son premier album Petite Amie.

Comme Fishbach, Cléa Vincent et autres Alexia Gredy (dont je parlerais prochainement), Juliette Armanet possède un amour profond pour la pop française des années 1970-1980 et ce premier opus en est la preuve concrète. Alternant les ballades au piano romantiques comme « L’Amour en Solitaire », « Sous la Pluie », « Alexandre » ou encore le plus poignant « Manque d’amour » où l’on se laisse charmer par les textes introspectifs de la Lilloise qui nous procure des frissons et les hymnes disco-funk plus enlevés comme les très eighties « L’Indien », « A la Folie », « Cavalier Seule » sans oublier le tubesque « Un Samedi Soir dans l’Histoire » qui vous fera bouger de votre chaise, la chanteuse sait où nous emmener et on ne pourra pas se plaindre.

Petite Amie ira convoquer aussi bien Véronique Sanson, Christophe que Barbara, des références plus que palpables mais Juliette Armanet sait les exploiter avec brio comme sur « Star Triste » et la conclusion mélancolique « L’Accident ». La mamzelle lilloise est partie pour plaire aux éternels nostalgiques des années 1980 même si certains morceaux tombent un peu dans le cliché. Quoi qu’il en soit, on aimerait bien l’adopter en tant que petite amie.

Note: 7/10

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The Mountain Goats – Goths

Il y a deux ans, The Mountain Goats nous a appris à comment ne pas baisser les bras face à l’adversité avec leur album Beat The Champ (chroniqué ici). John Darnielle, qui est considéré comme étant un des meilleurs lyricistes dans le monde de l’indie rock américain, et ses compères rempilent avec un nouvel album concept intitulé Goths et qui rendent hommage… aux gothiques, tout simplement.

Cette année, John Darnielle avait publié un livre sur l’obscurité intitulé Universal Harvester et c’est ainsi que Goths y va dans ce sens mais en misant sur le côté philosophique de la chose. Lui et ses acolytes y dépeignent cette attitude sur ce seizième opus pour le moins lumineux et incroyablement reposant avec des compositions indie folk doucereuses comme « Rain In Soho », « Andrew Eldritch Is Moving Back to Leeds » ou encore « We Do It Different On The West Coast » contenant une douce note de nostalgie.

Et si vous tendez bien l’oreille durant tout l’album, vous noterez qu’il n’y a aucune guitare, juste un piano et un Fender Rhodes qui mène la danse, sans oublier des arrangements cuivrés pour en faire une oeuvre d’exception. On y trouve des morceaux aussi bien audacieux que réussis comme « Unicorn Tolerance », « Wear Black » sans oublier « Rage of Travers » n’hésitant pas à lorgner vers le smooth jazz de temps en temps. The Mountain Goats connaît très bien son affaire et on aura l’impression de revisiter l’époque d’All Eternals Deck tellement cet opus est incroyablement bien peaufiné et le climax est clairement atteint sur « For The Portuguese Goth Metal Bands » dont je vous épargnerai le thème. Avec ce seizième album des Californiens, vous n’aurez plus peur d’être gothiques car ils sont comme nous au final.

Note: 8.5/10

Raoul Vignal – The Silver Veil

Voici Raoul Vignal, la nouvelle signature du très bon label Talitres. Il nous vient tout droit de Lyon et a baigné dans la musique folk étant tout petit et est prêt à prendre l’assaut. Quittant sa ville natale pour rejoindre Berlin fin 2013, il deviendra le musicien qui collaborera avec pas mal de mondes et qui prendra son envol. Il faudra attendre 2017 pour avoir un premier album du bonhomme intitulé The Silver Veil, faisant suite à ses EPs autoproduits.

Profondément inspiré par Nick Drake entre autres, Raoul Vignal nous envoûte par ses compositions folk intimistes et mélancoliques où le jeu du finger-picking a toute sa place sur ces dix titres bruts et planants avec comme principal exemple « Hazy Days » qui plante parfaitement le décor, « Mine » comportant une flûte qui vous procurera des frissons ou encore le sublime « One ». On sera obnubilé par ces moments de poésie et d’élégance que le lyonnais met parfaitement en valeur sur des monuments sublimes comme « Under The Same Sky », « Whispers » ainsi que « Bless You ».

On est en droit de penser à Iron & Wine ou encore à José Gonzalez en raison de ses morceaux sensibles et incroyablement doux mais aussi au timbre de voix voluptueux de Raoul Vignal. The Silver Veil ira vous mettre sur un petit nuage pendant moins de 40 minutes pendant qu’on se laisse emporter par des mélodies à la guitare imprévisibles comme « Side By Side » et « Shadows ». Un bon bol d’air frais durant cette saison printanière.

Note: 8/10

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Land of Talk – Life After Youth

Sept ans que l’on avait plus entendu parler de Land of Talk ! Depuis la parution de leur second album Cloak and Cipher en 2010 nommé aux Polaris Music Prize l’année suivante, le groupe mené par Elizabeth Powell a décidé de se séparer sur un coup de tête alors que tout leur souriait. Il faudra attendre 2015 pour que le hiatus se termine enfin et les Montréalais mettent en route leur troisième opus Life After Youth paru ces derniers jours.

La raison pour laquelle Land of Talk fut en pause, c’est à cause d’une profonde et sévère remise en question pour Elizabeth Powell qui, suite à une polype des cordes vocales, a connu pas mal de galères comme son ordinateur qui a crashé et qui a fait perdre les démos pour un éventuel album et son père qui fut frappé par une attaque cérébrale entre autres. Durant cette période trouble, elle s’est faite discrète afin de frapper fort avec ce troisième opus qui a tout d’un disque de rédemption avec des titres flamboyants et élégants comme « Yes You Were », « This Time » ou encore « What Was I Thinking ? ».

Avec la participation de Sharon van Etten, Steven Shelley, ex-batteur de Sonic Youth ainsi que John Agnello à la production entre autres, les dix compositions indie rock rayonnantes de Land of Talk font mouche comme auparavant et la voix d’Elizabeth Powell est plus bouleversante que jamais, notamment sur « Spiritual Intimidation », « Heartcore » et autres « In Florida » où elle nous raconte passionnément sa traversée du désert avant de revenir au top, tout comme la plus expérimentale « Inner Lover » avec ses claviers hypnotiques menant la danse. Life After Youth permettra au groupe de Montréal de revenir au top et de panser les blessures du passé afin de repartir du bon pied.

Note: 8.5/10

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