Grindi Manberg – See The Ferries Away

La scène rémoise n’en finit plus de nous offrir de nouveaux talents chaque jour. Après Yuksek, The Bewitched Hands ou encore The Shoes, voici venir une très belle révélation intitulée Grindi Manberg. Il s’agit d’un side-project de Romain Thominot qui mélange sans vergogne indie pop, dream-pop aux élans folk psychédélique et cette fusion musicale a donné naissance à un premier opus intitulé See The Ferries Fade Away.

Ayant comme influences Robert Wyatt, Air ou encore Fleet Foxes, Grindi Manberg nous emporte loin avec sa musique contemplative et ô combien rêveuse avec des sublimes morceaux savamment ficelés à l’image de « Lime Green Childhood » mais aussi « September Sunset Murmur », « Giant Moa » ou encore « Gena ». On nage en plein rêve à travers ce See The Ferries Fade Away et le timbre de voix de Romain Thominot fait preuve d’une efficacité redoutable surtout sur les aériens et inspirés « Ancestor In The Asphalt » et « Ruby Stevens ».

Après une conclusion salutaire du nom de « Sulphur Mine » de plus de 8 minutes, on est plus que convaincus par la fragilité émouvante de Grindi Manberg ainsi que leur disque très lyrique du nom de See The Ferries Fade Away. Chaque écoute nous procure d’innombrables frissons.

Note: 8.5/10

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Fhin – Around Away

Le jeune producteur parisien Fhin s’est fait remarquer avec son premier EP A Crack In The Eyes l’année dernière qui a été streamé plus de 5 millions de fois. Après des collaborations prestigieuses allant de Zimmer à Polo & Pan, il remet une couche cette année avec son successeur intitulé Around Away tout en restant fidèle à sa marque de fabrique.

En six titres, Fhin nous capture dans son univers hypnotique et mélancolique où la voix du bonhomme et les sonorités électroniques envoûtantes n’en font qu’un à travers des belles trouvailles comme « Around.Away » où sa voix est doucement modulée mais aussi « Feel Your Face » et les épurés « Picture Of You » et « Holy Drops ». Parfois accompagné d’une voix féminine supplémentaire, celle de Chloë Black, sur « Irréversible », le parisien pousse l’expérience bien loin jusqu’à reprendre le classique « Quand on arrive en ville » pour un résultat étonnamment réussi. Pour faire court, Around Away permet de montrer un producteur qui avance constamment et qui passe à l’étape supérieure.

Note: 8/10

Kamasi Washington – Harmony Of Difference

Kamasi Washington a enfin connu la consécration en 2015 avec son triple-album The Epic tout comme son acolyte Thundercat. Et il y a une, voire deux raisons à cela: Kendrick Lamar et Flying Lotus. Le très talentueux saxophoniste a offert ses services à ces derniers et a pu rentrer dans le cercle très fermé des collaborateurs les plus demandés à l’heure actuelle. En attendant un éventuel futur album, il nous fait patienter avec ce nouvel EP intitulé Harmony of Difference.

Pendant une bonne demie-heure, le saxophoniste californien fait parler ses prouesses toujours entouré de son live band pour nous offrir des morceaux jazz enjoués et ambitieux, que ce soit « Desire » qui ouvre le bal ou encore les spirituels « Knowledge » et « Perspective ». Avec toujours son sens du groove implacable et ses aspects cosmiques toujours aussi caractéristiques, Kamasi Washington joue comme il respire et après un « Integrity » remarquable vient la véritable pièce de résistance. Elle dure 13 minutes et se nomme « Truth » qui est un véritable patchwork jazz qui retrace les grandes lignes de Harmony of Difference pour nous offrir une véritable leçon maximaliste. Telle est la philosophie du bonhomme, celle de voir en plus grand.

Note: 9/10

The Dream Syndicate – How Did I Find Myself Here ?

Et le come-back de l’année 2017 est attribué à… The Dream Syndicate ! Et oui, le légendaire groupe de Paisley Undergound n’a plus donné signe de vie depuis 1988 et leur album Ghost Stories avant de se séparer l’année suivante. En 2012, les californiens se sont reformés à notre plus grande surprise pour une série de concerts et un éventuel successeur à Ghost Stories. On osait à peine y croire et pourtant, il est bel et bien parmi nous ce cinquième disque intitulé How Did I Find Myself Here ?

A notre plus grande surprise, The Dream Syndicate n’a rien perdu de son énergie d’antan bien au contraire. Car c’est avec la très belle introduction qu’est « Filter Me Through You » comprenant ses plus belles parties guitaristiques sur le refrain que l’on a affaire suivi du plus terre-à-terre et vaporeux « Glide » et du plus puissants et percutants « Out Of My Head » ainsi que « 80 West » aux riffs assassins bien saturés. Steve Wynn et ses vieux compères n’ont pas pris une ride avec leur rock’n’roll brutal doucement psychédélique et feraient même passer des groupes comme Dinosaur Jr. pour des amateurs avec le très noisy « The Circle » ou la pièce maîtresse de 11 minutes qui fera aussi bien frémir que planer l’auditeur avec son rock alternatif à la fois maîtrisé et improvisé avec sa jam session mémorable.

Il ne manquera plus qu’une conclusion planante et langoureuse du nom de « Kendra’s Dream » (y verrait-on une référence à Kendra Smith, ancienne compagne de Steve au sein des Suspects ?) pour un final aussi bien renversant que bouleversant. How Did I Find Myself Here ? remplit parfaitement ses promesses et reprend là où The Dream Syndicate s’est arrêté en chemin trois décennies plus tôt. Pour un retour, ça c’est un grand grand retour !

Note: 8.5/10

 

Balmorhea – Clear Language

Balmorhea n’a peut-être pas la réputation estimée mais ils savent emporter ses auditeurs comme il se doit. Le duo originaire d’Austin qui mélange post-rock et neo-classique a disparu de la circulation après leur cinquième opus Stranger en 2012 mais fort heureusement, ils signent leur grand retour avec le magnifique Clear Language.

En cas de moments pénibles et bien perturbants, Balmorhea est là pour nous réconforter avec leur musique instrumentale planante et riche en émotions. Rob Lowe et Michael Muller veulent revenir aux bases de leur musique tout en ajoutant de nouveaux instruments qu’elles soient analogiques ou organiques. Au final, Clear Language coule de source avec des titres reposants et aériens allant de « Sky Could Undress » à « All Flowers » en passant par les plus langoureux « Slow Stone » avec son solo de trompette joué par Ephraim Owens, « Ecco » ou même « Waiting Itself » montrant un duo texan encore plus à l’aise qu’auparavant.

Rappelant aussi bien Tortoise que Slint mais aussi Arvo Part, Balmorhea est à son aise avec ce Clear Language qui nous donne envie de se déconnecter du monde réel, le temps de savourer cette oeuvre céleste comme on en fait plus.

Note: 8/10

Best Ex – Ice Cream Anti Social

Lorsqu’il s’agit de faire du pop-punk version bedroom lo-fi, on parle bien souvent de Colleen Green ou de Lisa Prank, vu qu’elles sont les expertes en la matière. Mais on évoque bien trop rarement Candy Hearts qui s’est rebaptisé pour l’occasion Best Ex. Le groupe de New Jersey mené par la charismatique Marine Loveland est présent depuis le début de cette décennie mais n’a jamais rencontré le succès escompté, ce qui est dommage sachant tout le potentiel qu’ils ont. Deux ans après leur Acoustic Hearts, ils récidivent avec Ice Cream Anti Social.

Composé de six titres, Best Ex nous concocte des morceaux sucrés avec un soupçon de fait maison comme les addictifs « Girlfriend », « February 4th » et « Someday » mettant en avant la voix cristalline et le songwriting implacable de Marine Loveland qui lamente sa solitude et jouant la carte de l’introspection en faisant un état de sa vie actuelle notamment sur « See You Again » et « Jellyfish ». Un sacré EP qui permettra de connaître enfin la consécration.

Note: 7.5/10

Amber Arcades – Cannonball

Il y a un an pile, j’avais mis la lumière en retard sur une des plus belles révélations de l’année dernière que fut Amber Arcades avec son excellent premier album Fading Lines ici. L’ancienne conseillère juridique au tribunal des crimes de guerre aux Nations Unies d’Utrecht a véritablement trouvé sa vocation en musique et nous a mis plein la vue avec ses compositions indie rock/dream-pop définitivement raffinées. Au mois de juin dernier, elle en a rajouté une couche avec un nouvel EP intitulé Cannonball. Est-il réussi que son premier opus ? Spoiler: oui.

Je dirais même un « oui » avec un grand O car on retrouve une Amber Arcades plus rayonnante que jamais surtout avec une impeccable introduction du nom de « Which Will » résolument vaporeux qui pose parfaitement les bases de Cannonball. Il est très vite suivi du plus rock « It Changes » rappelant la verve des années 1990 sans jamais tomber dans la redite mais en restant addictif à souhait avant de rebasculer dans le contemplatif avec les magnifiques « Can’t Say That We Tried » et « Wouldn’t Even Know » mettant en valeur l’interprétation habile et subtil de notre néerlandaise préférée.

Après une conclusion du même nom qui prend aux tripes, Annelotte de Graef nous gratifie d’un EP résolument impeccable marchant dans la lignée de Fading Lines. C’est avec Cannonball que l’on arrive à mieux déceler la personnalité et l’intimité de son auteur qui frappe en plein cœur. Bref, je suis hyper confiant pour son prochain album.

Note: 9/10