Nick Hakim – Green Twins

C’est sûrement l’une des plus grandes révélations de cette première moitié de 2017. Nick Hakim fait parler de lui depuis un bon bout de temps grâce à ses deux premiers EPs auto-produits en 2014. L’auteur-compositeur-interprète a 27 ans et est né à Washington d’une mère d’origine chilienne et d’un père d’origine péruvienne et a baigné dans la musique allant de la soul au punk-rock étant petit. Toutes ces influences l’ont formé et il nous le présente avec son premier album Green Twins attendu en grande pompe.

Et autant vous dire que l’on n’est pas du tout déçu de ce premier disque car on a affaire à une espèce d’odyssée de soul psychédélique de l’espace. Débutant de façon magistrale avec « Green Twins », Nick Hakim frappe fort avec ses chœurs somptueux et ses orchestrations venues d’ailleurs. Orchestrations complètement inédites qui se retrouvent sur les allures psychédéliques de « Bet She Looks Like You » et « TYAF » faisant penser à un Blur sous acide montrant un musicien prêt à dépasser les limites. Il n’est pas rare de croiser aussi bien les spectres de Curtis Mayfield et  Marvin Gaye avec les actes d’aujourd’hui comme Archy Marshall et Unknown Mortal Orchestra et pourtant, la fusion des genres marche avec lui.

De moments mémorables sont à souligner à travers ce Green Twins comme la dose de sensualité sur le groove aérien « Cuffed » mais aussi les parties de saxophone sur « Miss Chew » avec la participation de Jesse & Forever et le jazz cosmique de « Those Days » avec le Onyx Collective venu de New-York. Ses influences musicales sont revues et passées à la moulinette afin d’en ressortir déformées et futurisées (je ne sais pas si ce mot existe mais je m’en bats les couilles…) comme sur les étonnants « The Want » et « JP » contrastant aux plus sincères et mélancoliques « Farmissplease » et « Slowly » qui montre toute la richesse de cet opus.

S’éloignant de son statut de dépressif sur ses deux premiers EPs, Nick Hakim prend de plus en plus confiance en lui et fait de ce Green Twins une odyssée spéciale de soul psychédélique du futur. Véritable oeuvre humaniste et sacrément originale, le bonhomme de Washington privilégie les textures sonores ainsi que le mélange des genres pour mieux faire passer ses messages.

Note: 9/10

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Café Bizarre – Café Bizarre

Qu’ils sont drôles ces groupes quand même. Récemment, un groupe parisien nommé Café Bizarre se vante si on se réfère à leur bio Bandcamp d’être fondé avant le début du 21ème siècle et d’être « l’une des influences majeures et secrètes de la scène indépendante new-yorkaise » avant même de publier un album…en ces mois-ci. Après peut-être que c’est vrai, je n’en sais rien mais ça me faisait doucement glousser de rire. Bon trêve de moquerie, intéressons-nous plutôt au contenu qui est, ma foi, prometteur.

Ce qui frappe aux oreilles d’emblée, c’est leur incroyable capacité de rendre hommage à l’indie rock des années 1990 tout en modernisant leur son à travers de bonnes petites réussites à l’image des énervés « Please Hit Me », « Handsome Boyz » et de « Youth Is Fake » avec ses riffs qui occupent presque toute l’espace sonore. Café Bizarre sait être aussi bien frénétique que mélodique et ils prouvent qu’ils savent jouer avec les contrastes avec des morceaux plus mid-tempos de « All You Really Wanted » et « You Should Know » ainsi que des ballades comme « Monster » sans oublier ce côté slacker qui revient sans cesse sur « Fucking Times » et « Do What I Do ».

Evoquant tantôt Pavement tantôt Television et autres Modern Lovers, ce premier album de Cafe Bizarre est un bon condensé fulgurant et quelque peu désinvolte avec cependant une production plus musclée qui n’aurait pas été de refus. La question de savoir si le groupe parisien existait avant l’an 2000 et leurs sonorités ne se pose plus désormais.

Note: 7.5/10

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Big Wool – Big Wool

Le label Kütu Records est spécialisé dans le registre indie rock revival des années 1990 à la française. On vous a parlé de Niandra Lades, Talma Suns et autres et là, on vous parle d’un nouveau groupe prometteur du nom de Big Wool. C’est un quintet angevin (issu d’autres groupes comme Pony Pony Run Run, VedeTT, Coco Grrls, Scènefonia…) mené par Maxime Dubosz du groupe San Carol qui possède un énorme faible pour l’indie rock des années 1990 et la shoegaze, comme ils le montrent sur leur premier opus.

Et très rapidement, ça démarre en trombe avec le doux et lumineux « Home » qui capture l’essence même de leur musique, sans oublier sa seconde partie plus vertigineuse avec le violon de Baptistine Bariller qui rajoute une plus-value. On poursuit avec d’autres perles telles que la pop harmonieuse de « Always Goes Wrong » avec son duo basse/batterie qui fait des malheurs, le shoegaze en apesanteur de « Vanishing Point » ainsi que la pièce maîtresse de l’album qu’est « The Fall » où en 7 minutes, on passe des moments folk aux aspects shoegaze sans oublier sa teinte très post-rock soutenue par ses enivrantes notes de saxophone.

La seconde partie de l’album n’est pas en reste non plus avec le poignant « Friends Again » où la formule chant/guitare nous laisse sans voix tandis que « She » en remet une couche où pendant 6 minutes on passe de la douceur à la force et le dernier titre « Supertrigger » nous accompagne tendrement vers la sortie avec son ambiance de ciel dégagé symbolisé par ce violon étourdissant. Hormis l’expérimental « Underwater », Big Wool est non seulement un ode à l’indie rock de deux décennies à l’arrière mais aussi une invitation au lâcher-prise grâce aux morceaux sentimentaux et raffinés.

Note: 8/10

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Joao Selva – Natureza

Quand monsieur Bruno « Patchworks » Hovart n’est pas trop occupé avec ses millions de side-projects (comprenez Uptown Funk Empire, Taggy Matcher ou Voilaaa à deux reprises), il reste derrière les manettes pour les autres. Et ici, le workaholic lyonnais a décidé de s’allier avec Jonathan Da Silva alias Joao Selva, un autre workaholic venu d’Ipanema à l’origine des actes musicaux comme Forro de Rebecca ou Seu Matuto, en produisant son nouvel album nommé Natureza.

En huit titres exotiques, le combo Patchworks/Selva part à la source de la bossa-nova, la samba et autres musiques brésiliennes sur des réussites tropicales comme « Pessoas », « Felicidade » ou encore l’excellent et rythmé « Um Caroço ». L’ambiance chill est au rendez-vous et on ne peut pas s’en plaindre tant la voix suave du natif d’Ipanema caresse nos tympans et les morceaux comme « Se Foi », « Maria » ou encore le dernier morceau « Babado Forte » jouent avec nos sens naturellement.

Entre la production DIY reconnaissable entre mille de Patchworks et le savoir-faire de Joao Selva, ce Natureza est plus qu’un hommage à la musique brésilienne festive (les spectres de Jorge Ben et de Caetano Veloso) mais une extension de la tropicalia dont la flamme est ravivée.

Note: 8.5/10

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99 Trees – 21st Century

Dans vos bagages et vos playlists, j’espère qu’il y aura également 99 Trees. Quoi ? Vous ne connaissez pas encore ? Il s’agit du duo indie pop composé de la chanteuse d’origine danoise Pia Blixen et du musicien multi-instrumentiste et producteur Axel Concato (Pi Ja Ma, My Bee’s Garden…) qui est prêt à enchaîner votre saison estivale avec leur premier EP de 4 titres 21st Century.

Entre indie rock, pop psychédélique et glam, 99 Trees possède certes la mélodie facile mais le duo sait parfaitement maîtriser leur art, que ce soit sur le morceau-titre électrique et acidulé qui a de quoi faire penser à de nouveaux groupes californiens comme Best Coast. Très vite, on tombe amoureux de leur univers avec des monuments rêveurs et sensuels comme « Broken » et « It’s Only Love » où les claviers se mêlent aux guitares doucereuses pour un moment d’extase.

Après un dernier titre plus mélancolique du nom de « Solid Friend », vous n’aurez pas d’excuses pour ne pas mettre le premier EP de 99 Trees dans votre playlist pour cet été. Éternels amoureux d’indie pop rêveuse et ensoleillé, 21st Century est fait pour vous.

Note: 8.5/10

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Shadow Band – Wilderness Of Love

Voici une autre découverte estampillée Mexican Summer: Shadow Band. Formé il y a peu de temps, le groupe de Philadelphie est mené de main maître par Mike Bruno, ex-leader du groupe The Black Magic Family Band. Après avoir publié une poignée de petites sorties sur leur Bandcamp l’an dernier, voilà qu’ils présentent enfin leur premier opus Wilderness of Love qui mérite qu’on s’attarde dessus.

Amateurs de folk psychédélique solennel et hypnotique, vous serez bien servis sur ce premier opus de Shadow Band qui flirte avec l’intimisme et le mysticisme. C’est une ribambelle de titres planants qui nous attend comme l’ouverture pastoral de « Green Riverside » mais aussi « Shadowland », « Eagle Unseen » et « Indian Summer ». Même si l’ambiance générale tend vers la folk psychédélique des années 1960-1970, Mike Bruno n’hésite pas à ajouter d’autres influences comme le surf sur « Endless Night » et la country sur « Mad John » sans jamais négliger ses arrangements mystiques à base de flûte traversière, de percussions minimalistes et même de thérémin.

Une quiétude s’installe à travers cet opus intrigant et on tend à prendre notre pied sur les délices comme « Darksiders’ Blues » et le final « Daylight ». Wilderness of Love de Shadow Band saura calmer les mœurs avec leur folk éthérée qui scintille comme une lumière lointaine dans un univers très obscur.

Note: 8.5/10

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PALM – Shadow Expert

Le groupe PALM s’est fait connaître en 2015 avec leur premier album Trading Basics, sur le label Exploding In Sound. Et très vite, le quatuor de Philadelphie a fait ses preuves avec leur mélange de post-punk et d’art-rock bien incisif et méthodique. De l’eau a coulé sous les ponts et ils reviennent sur un nouveau label Carpark Records et un nouvel EP de six titres intitulé Shadow Expert.

Les riffs saccadés et joueurs du tandem Eve Alpert et Kasra Kurt sur « Walkie Talkie » ouvrent le bal et très vite, le côté joueur de PALM nous emballe comme auparavant avec cependant plus d’assurance qu’auparavant. Cet aspect du groupe est à nouveau mis en lumière avec des morceaux bien catchy à l’image du morceau-titre, « Two Toes » mais également « Walnut » où la voix de Kasra Kurt ressemble étrangement à celle d’Avey Tare et on est sacrément satisfait.

Ici, PALM ira flirter du côté de Slint, Sonic Youth, Deerhoof ou même tUnE-yArDs par certains moments mais ceci en dit long sur les nouvelles ambitions du groupe. Passé les efficaces et bluffants « Trying » à la rythmique féroce et frénétique de Hugo Stanley et « Sign To Signal », Shadow Expert marque le renouveau d’un groupe qui n’a pas peur d’avancer en matière d’art-rock inventif et efficace.

Note: 7.5/10