Petit Fantôme – Un mouvement pour le vent

Dans le doux monde de Frànçois & The Atlas Mountains, il n’y a pas que Frànçois Marry qui possède un flot d’idées dans sa musique. Souvenez-vous de Babe, le projet musical d’un ancien membre du groupe nommé Gerard Black, que j’avais mis en lumière quelques mois plus tôt ici. Aujourd’hui, l’heure est venue de miser sur Petit Fantôme qui est donc le groupe du multi-instrumentiste Pierre Loustauneau qui a également officié dans les groupes comme Crane Angels et Iceberg. Auteur de deux mixtapes et d’un premier album Torse bombé en 2014, le landais présente son opus revigorant du nom d’Un mouvement pour le vent. Et non, ce n’est ni un slogan ni un nom d’un parti politique.

Bon, on est bien loin de son « grindcore punk rock mélodique » des débuts, mais le nouveau disque du musicien permet de montrer ses talents de compositeur invétéré et prolifique. Un mouvement pour le vent fourmille pas mal d’idées avec des belles trouvailles pop psychédélique à l’image de « Quelque chose a eu lieu » qui fait penser à du Nada Surf à leurs heures de gloire mais aussi « Elle s’abîme », « Ma naissance » ainsi que « Tu ressembles à l’orage » aux textes personnels et incroyablement poétiques où il déballe sans pudeur ses blessures intimes et familiales. On ne s’ennuie jamais une seconde et Petit Fantôme a ce don de passer d’un style musical à un autre comme le rythmé « Easy Come Easy Go » qui rappelle le style désinvolte des Beach Boys contrairement à l’excellent « Libérations terribles » qui rappelle l’âge d’or de l’indie rock américain des années 1990 où Pavement, Dinosaur Jr. et autres Sonic Youth régnaient en maître.

Que de perles sur cet opus d’une classe folle et inégalable. L’auteur-compositeur-interprète du Mont-de-Marsan sait nous emporter très loin avec les blips futuristes de l’haletant « Tu ressembles à l’orage » ou de l’onirique « Ne nous lâchons plus ». La fin de l’album n’est pas sans équivoque non plus avec le duo flûte/batterie qui détonne et hypnotise sur « Comment vous atteindre » ainsi que la jangle-pop classique et romantique de « Vivons cachés » qui saura vous charmer dès les premières secondes. Et que dire de ce final instrumental synthétique incroyablement doux et voluptueux de 8 minutes qu’est « Game Over » qui clôt cette cérémonie de façon magistrale ? En somme, Petit Fantôme a certainement signé le disque de pop française le plus revigorant de cette rentrée et on n’hésite pas à prendre le large avec lui.

Note: 9/10

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Hundred Waters – Communicating

En 2014, Hundred Waters a vu la popularité s’accroître avec leur mémorable second album The Moon Rang Like A Bell. Et depuis, le groupe électro-pop de Los Angeles a connu ses petites victoires (le succès de cet opus) et ses petites défaites avec notamment la remise en question et un membre du groupe qui a quitté le naufrage. Allons donc savoir où est-ce qu’ils en sont sur leur troisième opus Communicating vivement attendu.

Les premiers morceaux qui lancent cet opus de façon élégante que sont « Particle », le discoïde « Wave To Anchor » ou plus loin le pétillant « Firelight » qui sont chaleureuses et quasi-dansantes avec la voix de Nicole Miglis toujours aussi mielleuse. Cependant, cela ne va pas tarder longtemps car le reste de l’opus se veut plus intimiste et mélancolique avec comme principales preuves la ballade piano/voix de « Prison Guard » soutenue par des rythmiques militaires ou encore les tendres « Parade », « Blanket Me » et « Better » où l’émotion se multiplie au fur et à mesure chaque seconde.

Bien entendu, des moments plus épiques sont à souligner comme l’étonnant « At Home & In My Head » avec ses faux airs de ballade jazzy avant ce changement inattendu de rythme entraînant tout comme « Fingers » où l’émotion se fait plus spontanée sans oublier l’interprétation de Nicole Miglis qui est la cerise sur le gâteau. Même si on n’est pas vraiment au niveau de The Moon Rang Like A Bell, Hundred Waters s’en sort avec les honneurs avec ce troisième opus touchant qui frôle de très près la mièvrerie mettant plus en avant leurs certitudes qu’auparavant.

Note: 8/10

St. Vincent – Masseduction

Est-il vraiment nécessaire de présenter St. Vincent à ce stade de sa carrière ? Mais sérieusement ? On parle quand même d’Annie Clark, ancienne membre du Polyphonic Spree, auteure-compositrice-interprète de talent, guitariste virtuose et cinéaste aussi bien surdouée que barjo. Auteur de quatre disques considérés comme des classiques de l’histoire de l’indie rock américain, la superhéroïne nous présente enfin son cinquième opus Masseduction où elle tente le tout pour le tout une nouvelle fois.

Maintenant qu’elle n’a plus rien à prouver, St. Vincent qui a le goût de l’expérimentation décide de repousser au plus loin les limites ici. On avait déjà eu un aperçu sur son dernier album paru en 2014 où elle flirtait avec l’électro-rock et bien Masseduction lui permet de pousser les précurseurs au maximum en faisant appel à pas mal de collaborateurs: son fidèle producteur John Congleton mais aussi le très discutable Jack Antonoff alias Bleachers (dont je ne toucherais probablement pas un mot sur son dernier opus), Lars Stalfors ou encore le saxophoniste Kamasi Washington et… Soundwave ?!? Un des deux principaux producteurs du label TDE (Kendrick Lamar, ScHoolboy Q, Jay Rock, Ab-Soul…) ? Ça peut paraître incongru mais c’est sans connaître le talent d’Annie Clark.

Et on commence plutôt bien avec un « Hang on Me » sinueux et électronique qui pose parfaitement les bases de Masseduction avant que déboule la première pièce de résistance pop enjouée et entraînante qu’est « Pills » et son refrain qui rentre facilement dans la tête comme un jingle publicitaire (« Pills to wake, pills to sleep / Pills, pills, pills every day of the week / Pills to walk, pills to think / Pills, pills, pills for the family ») avant un final plutôt magistral avec l’intervention divine de Kamasi Washington au saxophone. En soi, St. Vincent fait de sa vie un théâtre musical où l’on hésite entre les rires et les pleurs. Ici, elle remet en doute sa sexualité sur « Masseduction » plutôt sulfureux et incendiaire mais également sur « Savior » et le funky « Los Ageless », nous raconte ses peines d’amour sur les intonations new wave de « Young Lover » relatant sa dernière liaison avec Cara Delevigne, rend hommage au fameux Johnny qui fut présent sur l’album précédent sur le reposant « Happy Birthday Johnny » ainsi qu’aux derniers héros de la musique décédés l’an dernier que sont Bowie et Leonard Cohen sur la ballade quasi-Broadway « New York ».

L’américaine n’a pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de mettre à l’évidence pas mal de genres musicaux avec les intonations techno surprenants de « Sugarboy », la pop 8-Bits de « Fear The Future » avec une énergie quasi-Bowiesque qui plane au-dessus sans oublier ses ballades plus poignantes que sont « Slow Disco » avec ses cordes ingénieuses et son coda interprété par Jody Williams mais également le dernier morceau intitulé « Smoking Section » qui possède des airs de music-hall. Une fois de plus, Masseduction se rajoute au palmarès impeccable de St. Vincent qui règne toujours au-dessus de ses concurrentes du moment, même si Strange Mercy restera toujours sa référence absolue pour moi. Mais qu’importe, Annie Clark règne toujours en maîtresse et ça fait plaisir.

Note: 8/10

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Pi Ja Ma – Radio Girl EP

Pour être honnête, je suis pas trop fan des artistes télé-crochets. Et pourtant, je m’efforce de faire des exceptions comme Julien Doré que je peux écouter qu’à petites doses. Ceci dit, il y a quand même des artistes qui me font acquiescer comme Camélia Jordana dont son projet musical vaut le détour dont je parlerai d’ici prochainement mais aussi Pauline de Tarragon issue de la Nouvelle Star également. Avec l’aide du compositeur Axel Concato (Axel and The Farmers, My Bee’s Garden), la native d’Avignon de 20 ans présente son projet musical plutôt sympathique du nom de Pi Ja Ma qui a sorti son premier EP Radio Girl en mai dernier.

Convoquant aussi bien les spectres de Cat Power que de Kate Bush, Pi Ja Ma permet de vérifier toute l’alchimie que possède le duo. Et en trois titres, ils impressionnent que ce soit sur l’ouverture du même nom plutôt entraînant et rétro où les synthés font bon ménage avec les guitares rutilants sans oublier la pop bubblegum rafraîchissante de « In The Air » et la ballade indie folk paisible nommée « By The River » qui bénéficie d’une version Demo plus dépouillée. Avec une touche 60’s irréprochable, le tandem Tarragon/Concato remplit parfaitement le contrat avec l’interprétation impeccable de l’Avignonnaise ainsi que les talents de compositeur de celui qui a accompagné Melody’s Echo Chamber. Radio Girl marquera la première étape dans la consécration de l’ancienne candidate de la Nouvelle Star qui est à confirmer demain au MaMA Event au Bus Palladium.

Note: 8/10

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Pépite – Résistance EP

L’année dernière, nous avons fait connaissance avec un duo parisien nommé Pépite (oui, c’est bel et bien le nom du duo) qui nous a présenté un très beau premier EP de quatre titres nommé Les Bateaux (chroniqué ici). Il était donc inévitable que Thomas (chant) et Edouard (production) récidivent avec un nouvel EP de quatre titres qui est intitulé Résistance.

Ici, c’est presque le même topo si ce n’est que Pépite se complaît dans ses influences qui ont fait leur petite réputation au sein du label chez nos copains Microqlima. Partagé entre Beach House et Michel Berger, Pépite fait balader son auditeur comme bon lui semble à travers des titres doucement nostalgiques à l’image de « Reste avec moi » qui ouvre le bal ou encore « La vie douce » où la voix de crooner doux dingue de Thomas se mêle parfaitement à cette galaxie de synthés onctueux. Ils n’oublient pas pour autant de nous faire remuer quelque peu le popotin notamment avec « Sensations » ou les sonorités frôlant le dub de « Renaissance » qui clôt la marche de façon magistrale.

Avec ce second EP, les deux matelots parisiens ont levé l’ancre et posent leur pied définitivement sur la terre ferme. Résistance confirme le talent du duo à nous lanciner avec sa french pop psychédélique totalement rétro sans tomber dans le kitsch de mauvais goût des années 1980 avec classe.

Note: 8/10

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Strange Ranger – Daymoon

L’année dernière, on avait dit adieu à Sioux Falls pour accueillir Strange Ranger. Pour faire court, le trio indie rock de Portland a préféré changer de nom et a présenté un premier EP pour se familiariser (chroniqué ici). Cette année, ils reviennent sur le label Tiny Engines avec un nouvel opus intitulé Daymoon.

Cet album prolonge l’expérience aérienne et mélancolique de leur EP Sunbeams Through Your Head où Strange Ranger nous prend par les émotions avec des morceaux indie rock tendres à l’image de « Glow », « House Slow » ou encore « Everything Else ». Qu’elle soit urbaine et quelque peu boueuse comme « Seesaw » ou « Everything Is Happening », entêtante sur « Warm » et « The Future » ou plus rythmée sur « Everything All At Once », le trio de Portland sait nous enchanter par leurs contemplations mélodiques.

Avec une flambée de ballades poignantes, Daymoon se révèle à nous au cours d’écoutes répétées, en l’occurrence la parfaite et prenante « Most Perfect Gold Of The Century » et ce malgré les fausses notes chantées par Isaac Eiger qui n’a toujours pas corrigé cette imperfection. Constat flagrant et alarmant sur la ballade de fin nommée « Outerlude From Daymoon » où l’on grimace. Eurk ! Mais qu’importe, ce nouvel album de Strange Ranger se fait parfaitement remarquer par sa vulnérabilité et ses compositions à fleur de peau. Le groupe ne cesse de se réinventer pour notre plus grand plaisir.

Note: 7.5/10

Lemon Swell – Summer Dauphin Compil’

Parmi son lot de sélections de La Souterraine, il y a peu d’artistes ou de groupes qui savent être rock’n’roll à l’état pur excepté Requin Chagrin qui suit une belle trajectoire à l’heure actuelle. Et bien, à ma grande surprise, je suis tombé sur Lemon Swell qui est le side-project d’un jeune musicien nommé Lucas qui est partagé entre Paris et l’Île de Ré et qui pratique un indie rock sans concessions avec son opus intitulé Summer Dauphin Compil’.

Avec Lemon Swell, tout est question de grunge-pop et d’indie rock à la française avec ses compositions brutes et tranchantes comme les titres lo-fi de bonne qualité que sont « Utopie », « La plage l’été » ainsi que « Kook ». Avec des textes simplistes certes mais incroyablement entêtants, Lucas évoque son amour pour la plage et l’été et nous le fait savoir avec ses influences californiennes qui planent sur « Une belle journée magnifique oui », « Un rêve » et autres « Le vent ». Après une courte pause acoustique et reposante qu’est « Sans menace », il remet les bouchées doubles avec « J’aime bien glisser » dont son texte laisse prêter à confusion.

Summer Dauphin Compil’ vous donnera envie de redémarrer la saison estivale et de la prolonger jusqu’à l’infini grâce au talent incommensurable de notre jeune Lemon Swell. Imaginez une fusion entre Car Seat Headrest et Allah-Las, et bien vous obtiendrez ce talent déniché par le collectif parisien.

Note: 8.5/10

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