Wire – Nocturnal Koreans

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Est-il vraiment nécessaire de présenter Wire ? Sérieux, on parle de Wire, le légendaire groupe post-punk londonien qui a traversé quatre décennies quand même ! Et comme j’ai oublié de chroniquer leur quinzième album éponyme l’an dernier comme un con, j’ai décidé de me rattraper cette année avec leur nouvel album, ou plutôt devrais-je dire, leur mini-album de huit titres intitulé Nocturnal Koreans (qui sont en réalité des titres qui n’ont pas fait la tracklist de l’album Wire).

Appelez le comme vous voulez mais toujours est-il que Wire a sacrément la pêche à travers cette nouvelle livraison discographique. Moins post-punk qu’auparavant et plus dream-pop, les Londoniens parviennent à captiver son auditeur comme sur les premiers titres résolument « Wire » que sont « Nocturnal Koreans », « Internal Exile » et « Dead Weight » d’une efficacité redoutable. Soudain « Forward Position » vient calmer les ardeurs, un peu comme si quelque chose de malsain va se produire par la suite mais il n’en est rien.

Une ambiance mélancolique s’installe et se prolonge avec la dynamique « Numbered » vient briser la rêverie pour virer au fantasmagorique avec ses sonorités électro décapants. Les hypnotiques « Still » et « Pilgrim Trade » virent au shoegaze avec ses guitares mises en avant tandis que le dernier morceau (déjà !) étonnant « Fishes Bones » conviant le bassiste Graham Lewis au chant (ou plutôt au spoken-word) viendra clore ce mini-album sur une très bonne note. Wire restera un grand groupe créatif qui reste fidèle à eux-mêmes sans se répéter, la preuve avec cet excellent Nocturnal Koreans. Qui peut les stopper ?

Note: 9/10

Nonkeen – Oddments Of The Gamble

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En février dernier, Nils Frahm ainsi que ses deux amis d’enfance bidouilleurs Frederic Gmeiner et Sepp Singwald nous ont ébloui avec un premier album The Gamble sous le pseudonyme Nonkeen (chronique à lire ici). Cérébral, inventif et aventureux: tels sont les trois termes pour qualifier la musique du trio allemand, à mi-chemin entre electronica, post-rock et free jazz. Et cet été, ils doublent la mise avec un second opus Oddments Of The Gamble. Prêts à fermer les yeux à nouveau ?

Ici, Nonkeen reprend là où The Gamble s’est arrêté avec une introduction qui en jette nommée « Kassettenkarussell » ne durant qu’à peine deux minutes mais les morceaux suivants « Told And Small » et « The Journey Of Hello Peter » nous préparent à un nouveau voyage aussi bien complexe que passionnant où les machines, pianos Rhodes et autres bidouillages électroniques sont les principaux mantras de cet opus.

Toutefois, l’atmosphère peut se faire plus électrique comme sur le crescendo fantastique et épique de « Driving Platform » avec sa rythmique qui se fait de plus en plus lourde. On peut citer également le spatial « Glow » ainsi que les très hargneuses « World Air » et « Obviously Algebra » qui figurent parmi les compositions les plus abouties du trio du moment. A côté de ces mini-épopées de « Kosmischemusik oppressante » résident tout de même un peu de douceur et de rêverie comme « Happy Juno » et « Back and Forth ». Et oui, varier les sensations ne fait jamais de mal tout simplement.

Rien à redire et rien à jeter, Oddments Of The Gamble est une seconde oeuvre compacte comme son prédécesseur mais avec plus de maîtrise et une cohérence inouïe. Nonkeen parvient à se surpasser et lier expérimentation et accessibilité sans aucun souci à travers cette succession d’ambiances et d’harmonies stellaires et avant-gardistes.

Note: 8.5/10

Graveola – Camaleão Borboleta

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Venu tout droit de Brésil, Graveola (alias Graveola e o Lixo Polifônico) existe depuis maintenant 10 ans et distille une pop psychédélique dite post-tropicaliste mais est malheureusement passé inaperçu dans nos frontières. Le quintet qui se vante de faire un mélange de la « weird salsa » et de « schizo-rock-fake-reggae » compte faire parler de lui avec leur troisième album Camaleão Borboleta sur le label Mais Um Discos.

Dès le premier morceau « Maquinário », nous voilà embarqué dans une chaleur tropicale venu tout droit d’Amérique du Sud. Les arrangements smooth rappelant quelque peu Os Mutantes et les mélodies sucrées sont au rendez-vous tandis que le groupe met en valeur les effets néfastes d’Internet sur la société moderne, les problèmes sociaux ainsi que la légalisation du cannabis (oui oui, ils osent) à travers des titres enchanteurs comme « Índio Maracanã », « Tempero Segredo » et autres « Sem Sentido ».

Bruno Miranda (chant, basse) domine sur Camaleão Borboleta mais est rejointe parfois par Flora Lopes (chant, claviers) très éblouissante, notamment sur le duo fiévreux et cuivré d' »Aurora ». Cette dernière brille par son interprétation sobre comme sur la valse envoûtante de « Costi » et du bien-nommé « Back in Bahia », seul morceau chanté en anglais. Le reste des musiciens s’en sortent facilement bien car ils savent maîtriser sur le bout des doigts leurs influences primordiales (indie rock, funk, musiques du monde, pop psychédélique, samba…) et fait de ce troisième opus un incontournable de cet été. SAMBA !!!

Note: 8.5/10

Exploded View – Exploded View

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Annika Henderson est germano-anglaise et a eu plusieurs vies. Elle fut d’abord journaliste politique dans son Allemagne natale avant de se reconvertir dans la musique en se lançant en solo deux ans plus tôt avec un premier album (sur le label Invada, fondé par Geoff Barrow de Portishead) dont je n’arrive toujours pas à mettre la main dessus à l’heure actuelle. Cette année, elle présente son nouveau projet musical Exploded View comptant dans sa formation les producteurs Martin Thullin, les mexicains Hugo Quezada et Amon Melgarejo et un premier album éponyme sur le label Sacred Bones à la clé.

Le catchy et inquiétant « Lost Illusions » ouvre le bal et directement, on adhère à l’univers musical sombre et déséspéré d’Exploded View: très rythmé, la voix d’Annika se veut bouleversante et plane sur cet instrumental psychédélique et orageux. Le lancinant « One Too Many » et l’énormissime « Orlando » (et son refrain qui fout une sacrée pêche) qui suivent se font plus hypnotiques et plus entraînants grâce à cette multitude d’influences qui ressort de ce premier opus.

Le gang touche à plusieurs styles musicaux afin de créer une atmosphère mystique et désabusée. On y croise du post-punk sur « Disco Glove » et « No More Parties in The Attic », du krautrock et même de la dream-pop sur les sublimes « Stand Your Ground » et « Gimme Something » qui sont beaux à pleurer. Exploded View n’a pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de se lancer dans des terres inconnus, un peu comme Stereolab à son époque comme sur le sacrément trippy « Call On The Gods ». Le résultat s’avère surprenant mais on prend rapidement son pied.

Beaucoup iront comparer Exploded View à un mélange de Broadcast et de The Velvet Underground & Nico mais l’essentiel est qu’Annika Henderson et ses compères mettront tout le monde d’accord avec ce premier opus éponyme. Le principal atout réside dans la voix fantomatique et bouleversante de l’Allemande se noyant à travers une ambiance musicale torturée, labyrinthique et malsaine mais tout de même accessible. Un bon début.

Note: 8/10

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The Dizzy Brains – Out Of The Cage

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Qui l’eût cru qu’on savait faire du rock’n’roll de qualité au Madagascar ? Et bien pourtant, c’est bel et bien le cas et cette preuve se nomme The Dizzy Brains. C’est un quatuor rock’n’roll formé à Tananarive (Antananarivo) venant à peine de dépasser la vingtaine et s’est fait remarquer avec un premier EP du nom de Vangy. Élu plus belle révélation aux dernières Transmusicales, les quatre garçons viennent conquérir le monde avec leur premier album Out Of The Cage. Le résultat final est-il à la hauteur de ses promesses ?

Entre garage-rock, punk-rock et rock’n’roll à l’ancienne, The Dizzy Brains va droit au but et enchaîne hymnes énergiques sur hymnes énergiques comme « Boom », « Raw » et autres « I’ve Got It » aux rythmes effrénées et riffs de guitare bien acérés. Et Dieu sait à quel point ça fait du bien de se défouler un bon coup. Eddy (chant) alterne chant mélodique et chant urgent allant même jusqu’aux hurlements déjantés comme sur « Brain Attack » ou encore « Finger Up » et le fait de se défouler comme ça rappelle vaguement l’heure de gloire du « No future ».

Et l’esprit « no future », il en est question grâce aux textes vindicatifs dénonçant les conditions de vie de leur village malgache corrompu jusqu’à l’os et plongé quotidiennement dans la violence. Et ce ras-le-bol général s’entend férocement bien sur Out Of The Cage (que ce soit en anglais ou en malgache) hormis l’étonnante reprise de Jacques Dutronc qu’est « Les cactus » qui marque une courte pause. Bien entendu, ça parle également d’amour, le temps d’une ballade (« Baby Jane ») mais en fin de compte, ce premier opus est une bonne petite réussite qui pourrait placer The Dizzy Brains parmi l’une des formations les plus prometteurs du moment.

Note: 7/10

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Thee Oh Sees – A Weird Exits

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« Chaque année, un nouvel album de Thee Oh Sees à la clé » sera la formule appropriée pour la désormais mythique formation garage psychédélique californienne. Presque personne, excepté Ty Segall, Wand et autres King Gizzard & The Lizard Wizard, n’ose ridiculiser la concurrence à coups d’albums puissants chaque année à l’image de John Dwyer et ses acolytes. Après un Mutilator Defeated At Last l’année dernière (chroniqué ici), les revoilà bien au taquet avec A Weird Exits.

Enième album certes mais premier album enregistré avec deux batteurs (Ryan Moutinho et Dan Ricon) et putain, c’est toujours aussi excellent. Les premiers titres bien enflammés « Dead Man’s Gun » et « Ticklish Warrior » déboulent de nulle part et on se prend toujours les riffs de guitare mortels et la voix quasi-mortuaire de John Dwyer ainsi que la section rythmique haletante. Ça déménage toujours aussi bien mais en même temps, c’est de Thee Oh Sees qui s’agit.

Hormis les éternels standards de garage-rock bien pêchu et gueulard comme « Plastic Plant » et « Gelatinous Cube » à base de solos de guitare orgasmiques, Thee Oh Sees continue sa voix vers le krautrock (virage musical pris sur leur prédécesseur, d’ailleurs) comme l’instrumental hypnotique « Jammed Entrance » avec ses synthés cosmiques que n’aurait pas renié Damaged Bug (projet solo de John Dwyer). Après un instrumental entêtant et smooth du nom d' »Unwrap The Fiend Pt.2″, les Californiens surprennent leur entourage en fin d’opus avec la valse expérimentale de huit minutes « Crawl Out From The Fall Out » et la conclusion mélancolique du nom de « The Axis », perle pop psychédélique qui prend de l’ampleur avec son solo de guitare bien saturé sur les dernières secondes d’A Weird Exits.

Après avoir achevé l’écoute de ce nouvel opus, une question subsiste: est-ce que John Dwyer et ses sbires ont déjà fait de la merde ? Jamais ! A Weird Exits est un excellent nouveau cru des Californiens toujours aussi riche et déjanté comme on aime. Appelez ça du garage-rock, rock psychédélique, punk, krautrock, glam rock, tout ce que vous voulez mais Thee Oh Sees fait parti de ces groupes prolifiques qui se bonnifient avec le temps et constamment.

Note: 8/10

Beth Orton – Kidsticks

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Si la scène folktronica arrive à se faire une place, c’est en partie grâce à Beth Orton. La chanteuse/guitariste britannique brille d’albums en albums jusqu’à atteindre le sommet avec ses albums Comfort Of Strangers en 2006 et Sugaring Session en 2012 orientés folk traditionnel. Vingt ans après son premier chef-d’oeuvre Trailer Park, elle montre qu’elle reste la digne représentante de ce courant avec son nouvel opus Kidsticks.

Co-produit par Andrew Hung de Fuck Buttons, Kidsticks voit l’occasion pour Beth Orton d’allier English folk et sonorités électroniques pour un résultat pour le moins détonnant et j’en veux pour preuve les reverbs de guitare et le beat quasi-R&B de « Snow », la ligne de basse dantesque du disco futuriste « Moon » ou encore la trip-hop hypnotique de « Petals » avec son final apocalyptique à base de riffs psychés et d’une batterie déchaînée.

Passé les sonorités new wave de « 1973 » et de « Wave » (avec les chœurs signés Chris Taylor de Grizzly Bear et il joue de la basse sur « Snow » FYI), on enchaîne directement avec l’aérien « Dawnstar » où l’interprétation de la Britannique est sans fioritures. Assurément LE temps fort riche en sincérité de Kidsticks. Et plus on avance dans l’opus, plus l’ambiance se fait plus détendue et plus sereine comme le soft-rock somptueux de « Falling », le spoken-word étonnant « Corduroy Legs » (et sa magique partition de piano) sans oublier la soul synthétique de « Flesh & Blood » qui nous montre qu’elle sait toucher à de nombreux styles.

Après deux derniers albums très folk, Beth Orton revient aux sources avec Kidsticks mais à une différence près. Avec l’aide de Andrew Hung (mais aussi de George Lewis Jr., Guillermo Brown, Chris Taylor, Lucky Paul…), elle se réinvente et sort de l’ordinaire pour viser toujours plus haut que d’habitude avec sa voix de velours et des compositions totalement prenantes.

Note: 7.5/10