Flox – Taste Of Grey

En 2015, Flox a pu goûter à la recette du tube avec son éternel titre feel-good intitulé « Find Some Joy » extrait de son dernier album Homegrown (chroniqué ici). Le prince du nu-reggae (pour rappel, mélange de reggae, dub, électro et trip-hop) à la double nationalité revient comme une fleur avec son nouveau disque intitulé Taste Of Grey.

Démarrant en trombe avec une introduction instrumentale de très haute qualité avec « Face To Face », le franco-britannique nous sert une bonne dose de nu-reggae avec des morceaux vitaminés et charismatiques à l’image de « A Taste Of Grey », « Don’t Believe » quasi-instrumental ou encore « Do You Good ». D’ici là, il n’y a rien à reprocher si ce n’est que l’artiste a préféré privilégier les émotions pour nous offrir ses nouvelles créations plus inspirées comme « Kick It Out » et « Home » ou le plus original « Love In It ».

Après un duo plutôt surprenant avec la nouvelle rookie Naâman sur l’enjoué « High Rope », Flox nous sert une conclusion à la croisée du hip-hop de haute gamme intitulée « In My Head (Finale) » faisant de Taste Of Grey une oeuvre implacable et concise de la part d’un musicien n’ayant pas froid aux yeux.

Note: 7/10

Pope – True Talent Champion

Révélé en 2013 avec leur premier EP Known Weed Smoker, Pope a fait parler de lui en 2015 avec leur premier album Fiction qui était un véritable condensé d’indie rock à l’américaine. Le trio de la Nouvelle-Orléans n’a cependant pas dit son dernier mot avec leur nouvel opus intitulé True Talent Champion.

Évoquant toujours les influences digne des années 1990 avec Pavement (la référence absolue), Superchunk mais aussi Swirlies, Pope continue de tremper leur slacker rock dans des accents grungy à travers des titres comme « David Caspian », « Gym Birds » mais aussi « Lil Stevie » et « Talk Me Out Of It ». Matthew Seferian (chant, basse), Alejandro Skalany (chant, guitare) et Atticus Lopez (batterie) marient à eux trois leur songwriting complémentaire et nous offrent de bons moments explosifs avec « Make Your Mind Up » faisant parler leurs anxiétés respectives tandis que « Slice » met au centre leur côté agnostique.

Une fois n’est pas coutume, True Talent Champion est une oeuvre plus que sympathique en matière d’indie rock US underground de la part d’un trio qui garde toujours les pieds sur Terre et qui avance sereinement et sans prétention.

Note: 8.5/10

Siriusmo – Comic

L’année 2017 est placée également sous le signe du retour de Siriusmo, un des actes les plus marquants du label Monkeytown. Le producteur berlinois s’est bien fait discret depuis la parution de son second opus Enthusiasm en 2013 si l’on ne compte pas les collaborations extérieures pour Mr. Oizo sur l’album de ce dernier. Désormais, l’un des poids lourds du label (parce que Moderat s’est dissous pour une durée indéterminée) décide de faire son retour avec Comic.

Dès lors, son électro wonky mettra à nouveau d’accord pas mal de mondes avec des petits tubes pour les moins efficaces comme les colorés « Wrongkick », « Important Movie Scene » ou même « Dagoberta ». C’est du moins le tableau que nous dresse Siriusmo où les guests viendront s’y greffer comme Mr. Oizo qui lui renvoie l’ascenseur avec l’étrangement bien bouncy « Doppelklick » mais également Dana and Romano sur « La Bouche » et Jan Driver sur « Patina » qui s’y joignent à la partie.

A l’écoute des morceaux à l’image de « Bleat », « Isegrim » et de « Stock und Stein », ce Comic remplit pour le moins ses promesses avec son homogénéité plus que présent. On aurait aimé un peu plus de diversité et plus de prise de risques de la part de notre producteur fétiche mais on ne peut pas lui reprocher d’avoir rempli la part du travail attendu.

Note: 7/10

Laurel Halo – Dust

Qui aurait cru qu’avec ses deux albums – Quarantine en 2012 et Chance of Rain en 2013 – Laurel Halo allait devenir le porte-étendard de l’excellent et intrigant label Hyperdub ? La musicienne originaire d’Ann Arbor a de quoi se réjouir de son palmarès plutôt impeccable en raison de ses expérimentations habiles et abstraites qui font encore mouche avec Dust, son nouvel opus sorti en juin dernier.

S’ouvrant sur les impressionnants titres « Sun To Solar » aux claviers sens dessus-dessous et la pop ensoleillée de « Jelly » conviant Klein et Lafawndah, Laurel Halo abandonne les ambitions instrumentales et jazzy de Chance of Rain pour revenir aux bases de Quarantine en mettant en avant les voix et des compositions pop futuristes bien particulières. Et des expérimentations high-tech, il en est question notamment avec des morceaux riches en textures à l’image de « Koinos » ou le remuant « Moontalk » avec ses lignes de guitare offerts par Michael Beharie et son refrain chanté en japonais sans oublier les brillants « Who Won ? » comptant un monologue de Michael Salu et la quiet storm extra-terrestre de « Like An L » avec le retour de Lafawndah aux choeurs.

On peut également compter sur la participation de Craig Clouse au wurlitzer sur le très intrigant « Syzygy » et la ballade teintée de dub sur « Do U Ever Happen » avec également la participation de Julia Holter au violoncelle mais aussi celle d’Eli Keszler aux percussions et au glockenspiel qui assurent une parfaite cohésion dans l’univers géométrique de ce Dust qui est totalement vaporeux et hypnotique. Une fois de plus, Laurel Halo arrive à construire et à déconstruire un univers avant-gardiste totalement recherché et original à travers ce troisième opus ultra-linéaire. Du grand génie.

Note: 9/10

 

S a r a s a r a – A m o r F a t i

Oui, le premier album de s a r a s a r a est sorti l’année dernière mais cette fois-ci, j’ai une bonne raison d’en parler que maintenant. Et pour cause, l’artiste lilloise a choisi de rééditer son album A m o r F a t i le mois dernier comprenant une version a cappella et une bonne poignée de remixes. L’occasion de décortiquer son premier bijou.

Avec l’aide du légendaire Matthew Herbert à la production, s a r a s a r a nous entraîne dans son univers ténébreux où tous les éléments sont en suspens à travers ces compositions électro-pop minimalistes et mystiques à l’image de « J u j u », « S u p e r n o v a » avec son beat bien enlevé mais encore « F i r e » et « W o n d e r l a n d ». A l’écoute de ce A m o r F a t i, nous avons la sensation de rentrer dans une maison hantée bien futuriste avec comme principale guide la voix spectrale et frissonnante de la lilloise qui plane sur les productions quasi sci-fi de « S a p p h i r e », « E u p h o r i a » et de « P n e u m a » qui clôt le bal.

La version Deluxe compte les morceaux de l’album a cappella afin de pouvoir mieux capter toute la poésie autour de la voix fragile de la demoiselle. Pourquoi ne pas se prendre une nouvelle claque auditive avec la relecture impeccable de monsieur Matthew Herbert de « S u p e r n o v a » mais également Susso/Huw Benett qui revisitent « S u n », Crewdson avec « E u p h o r i a » ainsi que Earth Is Flat avec « L o v e » qui permettent de donner une autre dimension dantesque de son premier oeuvre ? En fin de compte, A m o r F a t i est réservé aux éternels amoureux de FKA Twigs mais avec un soupçon désertique et nocturne qui fait un mélange sacrément divin.

Note: 8/10

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White Heat – White Heat

Exit I Love UFO et bonjour White Heat. Les deux membres du groupe que sont Butch McKoy et Florent Lafont décident de donner vie à ce nouveau groupe avec en prime leur ancien ingé-son Julien GB ainsi que Lionel Naudon, ancien membre Lab° et leur premier album paru chez Bruit Blanc.

Ne cherchez pas trop loin, White Heat c’est du bourrin. Avec huit morceaux bien noisy allant de « New Kill » à « Wonky », le quatuor nous balance un noise rock bien viscéral avec des soupçons de shoegaze qui planent au-dessus des bonnes trouvailles comme « Power Fresh Cream », « Anti Travellers » ou la très violente conclusion qu’est « Bronson Crypt ». En 34 minutes, ils cloueront le bec à tous ceux qui pensent qu’ils ne sont plus capables de rien après la fin de l’aventure I Love UFO.

Note: 7.5/10

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Meridian Brothers – ¿Dónde Estás María?

L’un des one-man-band les plus foufous de la Colombie fait son grand retour en cette année. La dernière fois qu’on a entendu parler de Meridian Brothers, cela remontait à 2015 avec leur album Los Suicidas où Eblis Alvarez régnait en maître. Cette année, ils en sont à leur quatrième disque qui s’intitule ¿Dónde Estás María?.

Eblis Alvarez, l’homme-orchestre par excellence, continue à nous balancer des ondes positives avec des titres incroyablement colorés comme l’introduction qui implante le décor de façon impeccable mais également « Yo Soy Tu Padre, Yo Te Fabriqué » et « Háblame Amigo, Citadino » montrant leur fusion musicale toujours aussi folle. Tantôt folk psychédélique tantôt cumbia, Meridian Brothers n’hésite pas à concilier électro-rock avec des soupçons de tropicalia avec de bonnes trouvailles polyrythmiques comme « Cumbia, Eres La Cumbia », « Estaré Alegre, No Estaré Triste » ou même « No Me Traiciones » qui vient mettre un terme à ce patchwork musical complètement déjanté.

Pour faire court, ¿Dónde Estás María? est un nouvel exercice de style réussi pour notre one-man-band qui n’a toujours pas froid aux yeux. Meridian Brothers continue à se démarquer par son originalité et nous offre un disque résolument feel-good.

Note: 7.5/10