Tasseomancy – Do Easy

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Nota bene: Cette chronique a été rédigée en novembre 2016 mais n’a jamais été publiée. Elle a été mise à jour en février 2017.

Parce qu’il y a bien autre chose que CocoRosie en matière de freak-folk. On a eu cette année Pascal Pinon mais aussi Tasseomancy, qui est un duo de sœurs canadiennes Sari et Romi Lightman qui arrivent à nous émouvoir par leurs harmonies vocales renversantes. Et pour la petite anecdote, elles accompagnent également le groupe Austra mais c’est en duo qu’elles veulent faire leurs preuves avec leur album Do Easy.

Les notes de piano de « Dead Can Dance & Neil Young » ouvrent le bal et le chant harmonieux et aérien des deux frangines nous procurent des frissons, tout comme les plus audacieux « Claudine » et « Jimi Infiniti » qui nous donnent un autre aperçu de la folk psychédélique pastorale. Bien évidemment, il ne faut pas s’attendre à ce que ça ne soit pas tout beau tout le temps, la preuve avec les sonorités ambient plutôt étranges et spatiales de « Missoula » où le saxophone se fait timide par rapport à cette composition particulière. On y décerne également des intonations tropicales sur « Do Easy » avec les bruits des vagues, son solo de saxophone et ses steel drums dissimulés.

On devine directement les inspirations de Tasseomancy qui vont de Kate Bush à Anna von Hausswolff sur les sommets de bouleversants « Emergency », « Wiolyn » et autres « Eli » qui vous propulsera vers les plus hauts de la stratosphère. Do Easy est un sacré disque de dream-pop expérimental étrangement paradisiaque qui vous donnera envie de lâcher prise pendant un bon bout de temps.

Note: 7.5/10

Kyle Forester – Kyle Forester

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Nota bene: Cette chronique a été rédigée en juin 2016 mais n’a jamais été publiée. Elle a été mise à jour en février 2017.

Ceux qui connaissent les groupes The Ladybug Transistor et Crystal Stilits connaissent surement Kyle Forester. En effet, c’est la tête pensante de ces deux groupes qui jongle les différents projets avec habileté. Cette année, il se lance en solo avec un premier album qui survient après sa bande originale de Breaking Upwards en 2009.

Le musicien new-yorkais mélange sans équivoque indie pop et pop psychédélique sur ce premier opus plutôt réussi avec de bonnes trouvailles comme la jangle-pop entêtante de « Won’t Go Crazy » avec son riff acoustique qui reste dans la tête et la folk-rock reposante de « Downtown » quasi-Dylanesque. Il puise aussi bien son inspiration du côté de Todd Rundgren sur les morceaux plus synthétiques comme « Didn’t Try To Run Away » et « What Would I Say » que du côté de Nicky Hopkins sur la ballade aérienne de « Forgot My Name » et de « Woman In Love ».

Citons aussi d’autres moments riches en génie comme le très dynamique « Make Up Their Minds » ou les adorables ballades psychédéliques de « Imitation Of Love », « Reflection » et « What Would I Say » aux sonorités bien 60’s où le new-yorkais arrive à concilier instrumentations organiques et électroniques. Kyle Forester continue à nous impressionner surtout lorsqu’il s’émancipe de ses groupes pour jouir de plus en plus de sa liberté artistique.

Note: 8/10

Strand of Oaks – Hard Love

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On avait laissé Strand of Oaks avec un HEAL très beau et déchirant en 2014, album où il clame avoir failli perdre la vie suite à un accident de voiture, qui lui a valu des meilleurs suffrages. Et depuis, Timothy Showalter s’est fait discret après sa tournée, en a profité pour se friter contre un autre musicien barbu Father John Misty avant de revenir cette année avec un cinquième album intitulé Hard Love.

Après avoir été victime d’un accident sur HEAL, l’heure est venu pour Strand of Oaks de se préparer à l’après. Pourtant, l’heure n’est pas vraiment à la fête et à la bonne humeur, on est plus dans une ambiance réunion post-dépression entre copains sur Real Love où Timothy Showalter prend vraiment l’ampleur des conséquences de ses actions comme sur le morceau-titre qui envoie du bois et sur le tube FM « Radio Kids » aux allures de The Remplacements ou les intonations de Jim James sur « Quit It ».

Mais grâce à l’aide de Nicolas Vernhes à la production, le musicien originaire d’Indiana réussit à sortir de sa zone de confort sur ce nouvel opus, allant à des contrées bluesy et psychédéliques sur « Everything » et d’autres plus exaltantes comme « Salt Brothers » avec sa mélodie à la guitare entêtante et « On The Hill ». Cependant, il n’oublie pas pour autant de faire pleurer les chaumières avec justement le bien-nommé « Cry », une très belle composition au piano qui est vite rejointe par des notes de guitare et des sonorités presque inquiétantes qui prennent le dessus au fur et à mesure. La bizarrerie est également à souligner, comme sur la conclusion bien ambitieuse du nom de « Taking Acid and Talking To My Brother » où il raconte avoir failli perdre son frère après qu’il ait souffert d’une crise cardiaque. Pendant huit minutes, on se laisse entraîner par cette danse psychédélique de 8 minutes où l’on croirait à un mélange de Grateful Dead et de Velvet.

Strand of Oaks abandonne progressivement le côté traditionnel pour aller viser plus haut sur Hard Love. Le musicien américain conforte de plus en plus sa place dans l’élite de meilleurs lyricistes et compositeurs de l’indie folk-rock moderne avec ce cinquième opus aussi passionnant qu’étrange parfois.

Note: 8/10

Le Vasco – La transe des oiseaux

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Certains ont découvert Le Vasco avec leur premier EP We Are Not Natural Anymore 😥 l’année dernière. Les nouvelles coqueluches de nos chouchous Nowadays Records sont complètement à part du reste du roster dominé par la scène future beat, préférant privilégier un R&B futuriste et mutant. Le groupe parisien qui s’est fait remarquer aux Transmusicales de 2013 et au concours Ricard S.A. Live Music en 2014 montre qu’il ne fait rien comme les autres avec leur premier album La Transe des Oiseaux.

La voix robotique de Louise se mélangeant aux beats intergalactiques et avant-gardistes de Niels et de Raphael nous plongent dans un univers énormément futuriste à l’ère du numérique. La Transe des Oiseaux raconte ainsi l’improbable histoire d’Aya Yosemite qui est un dieu numérique et un hologramme mystique qui règne sur le monde. Et cette odyssée futuriste comporte pas mal de moments percutants comme « Neon Blue », « Razorblade » et « Loved Ghost ».

Tout ce mythe que nous raconte Le Vasco est à la fois efficace et complexe avec des plages complètement imprévisibles comme le bruitiste « Borders Of Your Private World » qui contraste avec l’aérien mais chelou « Les Oiseaux Sont Là, Ils Attendent… » chanté en anglais. La Transe des Oiseaux est ainsi une exploration intelligente et totalement singulière où l’IDM du groupe parisien nous en fait voir de toutes les couleurs.

Note: 7/10

Hand Habits – Wildly Idle (Humble Before The Void)

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Préparez-vous à accueillir la nouvelle recrue du label Woodsist Records: Hand Habits. C’est le nom de scène de Meg Duffy, une jeune chanteuse et musicienne new-yorkaise qui a longtemps accompagné Kevin Morby et Mega Bog sur la route avant de tracer la sienne. Après avoir sorti un split avec Sheridan Riley du regretté groupe Avi Buffalo en 2014 intitulé Small Shifts, elle présente son premier album Wildly Idle (Humble Before The Void) qui est bien parti pour squatter mes (et probablement vos) tops de fin d’année.

Appelez sa musique de la bedroom-pop ou de l’indie folk si vous voulez mais Hand Habits se débrouille incroyablement bien même si elle peut compter sur les aides de Keven Lareau (Quilt), Sheridan Riley et de M. Geddes Gengras de temps en temps. On arrive directement à être bercé par ses mélodies sucrées et rêveuses du reposant « Flower Glass » où elle nous chante un: « I’ll sing it to you softly » en nous prédisant l’ambiance sereine de l’opus ainsi que de la triptyque harmonieuse « In Between », « All The While » (avec une interprétation de la new-yorkaise à en couper le souffle) comportant un sublime solo de guitare sous reverbs et « Demand It » qui nous met sur un petit nuage.

Il suffit des six-cordes mélodieuses, des rythmiques chaloupés et de chant incroyablement aérien de Hand Habits pour être incroyablement conquis par ce premier opus éthéré divisé malicieusement en trois parties. Les intermèdes ou plutôt des scènes que sont « Greater La », « Cowboy » et « Time Hole » durant une minute sont en réalité des poèmes lus et rédigés par les auteures Kayla Ephros, Catherine Pond et Lucy Blagg respectivement et qui assurent parfaitement la cohésion de Wildly Idle (Humble Before The Void). La New-Yorkaise sait nous faire rêver et ce, de la plus belle des manières avec « Sun Beholds Me », « Book on How To Change » et avec « New Bones », on touche le 7ème ciel.

Prenez une pincée de dream-pop à la Mazzy Star, de folk-rock apaisé à la Kevin Morby et de charme irréversible et bouleversant digne d’Angel Olsen, touillez bien et vous obtiendrez Wildly Idle (Humble Before The Void). Un très beau premier album harmonieux qui s’avère indispensable si vous auriez besoin de décompresser pendant au moins 50 minutes. Comme quoi, Woodsist nous propose toujours de la qualité.

Note: 9/10

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Rocky – Soft Machines

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Nota bene: Cette chronique a été rédigée en octobre 2016 mais n’a jamais été publiée. Elle a été mise à jour en janvier-février 2017.

Le label Green United Music gagne de plus en plus en puissance. Non seulement il compte des poids lourds comme The Shoes, SAGE ou Part Company mais s’agrandit avec l’arrivée de Rocky. Non, je ne vous parle du film de Stallone mais d’un groupe bien frenchy composé d’Inès Kokou au chant et de trois multi-instrumentistes Laurent Paingault, Tom Devos et Olivier Bruggeman qui possèdent déjà une réputation scénique remarquable. Reste à savoir si cette énergie scénique se retransmet sur leur premier album Soft Machines.

Le quatuor mélange à tour de bras électro, funk, soul et disco pour un résultat pour le moins bigarré. Et cela se vérifie sur les bombes dancefloor irrésistibles comme « Apologize », le tube « Big South » avec son saxophone bien énervé et autres « Brandy & Monaco » où la performance d’Inès Kokou en fera frémir plus d’un. On sent que Rocky a beaucoup écouté les disques sortis chez DFA Records et il y a de quoi. Mais qu’importe, le groupe s’en sort avec les honneurs.

Bien évidemment, il fallait bien que Guillaume Brière de The Shoes puisse donner un coup de main à Rocky pour nous faire danser jusqu’au bout de la nuit. Sa patte invisible à la production est pourtant palpable surtout sur le R&B langoureux et presque orchestral de « I Hate You » qui arriverait à nous faire tirer quelques larmes. Le quatuor reste toujours inspiré lorsqu’il s’agit de nous faire danser sur des rythmes fiévreux comme « Love Is A Soft Machine », l’hypnotique « Edzinefa Nawo » chanté en éwé, une des langues officielles du Togo (pays dont est originaire Inès Kokou) ou encore sur le final efficace en diable qu’est « This Love » réminiscent de la dance des années 1990.

Soft Machines vous fera bouger jusqu’au bout de la nuit car Rocky possède déjà la science infuse en ne faisant jamais de trop. L’électro-pop se confronte aux allures disco, house et R&B sans jamais tomber dans la ringardise et dans la nostalgie, et c’est ce qui fait un des albums indispensables pour cette fin d’année qui permet de réchauffer les cœurs.

Note: 7.5/10

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Piers Faccini – I Dreamed An Island

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Nota bene: Cette chronique a été rédigée en octobre-novembre 2016 mais n’a jamais été publiée. Elle a été mise à jour en janvier-février 2017.

En l’espace de quelques albums, Piers Faccini est devenu la référence dans l’Hexagone. Le plus français des auteurs-compositeurs italo-britanniques a quelque peu élargi ses horizons musicales en collaborant avec des grosses pointures comme Vincent Ségal, Rokia Traoré, Ballaké Sissoko ou même Ibrahim Maalouf. Et au fur et à mesure que son blues-folk s’ouvre de plus en plus au monde entier, il nous revient toucher de nouvelles influences à travers son I Dreamed An Island.

Ici, Piers Faccini nous transporte aux abords de la Méditerranée en décrivant un tableau mythologique de la Sicile au XIIème siècle où les cultures byzantine, occidentale et maghrébine vivaient en paix. Comme il affirme: « ce que j’adore dans la musique folk du sud de l’Italie, c’est qu’on y entend déjà la Grèce, le Maghreb. J’ai voulu faire une conversation entre ces influences et l’identité sociale, culturelle, religieuse actuelle ». La fresque prend forme avec les accords de dulcimer de « To Be Sky » qui ouvre l’opus, sans oublier la voix généreuse et touchant de son géniteur et qui est suivi de monuments blues-folk délicats comme « Drone », « Judith » et « Bring Down The Wall ».

On y perçoit des sonorités orientales sur « Cloak Of Blue », « There Were Many More » mais aussi sur « Beloved » où l’oud de Bill Cooley et la viola d’amore de Jasser Haj Youssef ont presque le monopole. Le côté universel est bien primordial sur I Dreamed In Island, à un tel point qu’on l’entend chanter en palermitano sur l’aérien « Anima » (même si il est aidé de Fabrizio Cammarata) mais aussi en français sur la conclusion très provençale du nom de « Oiseau ».

Cela fait un bon moment que Piers Faccini repousse les limites et nous propose une fresque musicale à la fois tendre et passionnante. Gad Elmaleh peut rêver d’une banque si il veut mais nous, on préfère choisir les rêves d’évasion vers la Méditérannée de l’auteur-compositeur-interprète car c’est bien plus séduisant.

Note: 7.5/10