The Movielife – Cities In Search Of Heart

Cette année, The Movielife fête ses 20 ans d’existence. Le trio originaire de Long Island n’est pas très connu sur la scène pop-punk américaine mais nous a plus ou moins régalé avec la sortie de ses trois albums entre 1999 et 2003 avant de se séparer brutalement en cette même année. Il faudra attendre 2014 pour que la reformation se confirme et 2017 pour le grand come-back du groupe avec leur quatrième opus Cities In Search Of A Heart.

Et bien évidemment, The Movielife nous accueille avec ses déflagrations pop-punk qui donnent furieusement envie de pogoter allant de « Ski Mask » à « Sister Saint Monica », en passant par « Lake Superior », « Laugh Ourselves To Death » et autres « Blood Moon » qui trouveront une entière satisfaction aux éternels fans. Et pour calmer un peu l’ambiance, ils nous ont réservé quelques moments calmes comme l’acoustique « Pour Two Glasses » faisant intervenir les cordes mais aussi la mélancolique conclusion du nom de « Hearts ».

Les gros riffs de guitare sont de sortie tout comme la voix nerveuse et entraînante de Vinnie Caruana et ils ont de quoi mettre d’accord les aficionados de The Movielife avec ce quatrième album qui remplit le contrat malgré son côté trop linéaire et trop soigné. Sympathique retour cependant.

Note: 7/10

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Hot Water Music – Light It Up

Ah tiens, revoilà Hot Water Music. Le mythique groupe punk-rock de Gainesville n’avait plus donné de signe de vie depuis leur septième album Exister en 2012 et il y avait de quoi être inquiet. Mais rassurez-vous, ils reviennent cinq ans plus tard avec leur nouveau disque Light It Up.

Et quel bonheur de réentendre leur mélange de punk-rock et de post-hardcore plus percutant et incendiaire qu’un cocktail molotov. Avec les voix rocailleuses et reconnaissables entre mille de Chris Wollard et de Chuck Ragan, on est reparti pour des missiles soniques bien efficaces allant de « Complicated » à « Sympathiser » en passant par les moments plus midtempos de qualité comme « High Class Catastrophe ». Les riffs tapent dans le dur tout comme la batterie et la basse qui sont en parfaite harmonie pour nous donner des envies de headbanger et de pogoter comme jamais.

Impossible de ne pas rester sur place avec les heavy « Sympathiser », « Bury Your Idol » et « Hold Out », les éternels enfants spirituels de Bad Religion et de Fugazi reviennent allumer la mèche avec leur huitième opus. Et ça fait moins de 25 ans que ça dure.

Note: 7/10

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Beck – Colors

Après avoir reconnu la consécration avec Morning Phase en remportant le Grammy Awards du meilleur album en 2015, n’en déplaise à cette diva de Kanye West, Beck s’est dit qu’il n’a plus rien à prouver. Le génie (incompris) de la scène alternative américaine a plus de 20 ans de carrière donc il peut s’autoriser n’importe quelle liberté musicale, comme le prouve ce nouvel opus qu’est Colors paru il y a quelques jours maintenant.

Après le méditatif Morning Phase qui se veut être un sequel presque calqué de Sea Change, Beck enclenche vite la machine pop pour un Colors qui se veut mainstream à 100%. Sans doute touché par les mégatubes aussi bien entêtants qu’agaçants qui passent à la radio, que ce soit « Happy » de Pharrell, « Shake It Off » de Taylor Swift ou encore « Uptown Funk » de Mark Ronson & Bruno Mars, l’Américain s’est dit qu’il pouvait faire un disque de ce calibre. Et avec l’aide de son éternel complice Greg Kurstin que je ne présente plus, il nous balance donc un Colors qui se veut joyeux et fun. Ce qui n’est pas vraiment le cas.

Venant de la part de Beck, ce disque est une déception car trop poussif par moments avec des tubes qui se veulent trop festifs comme « Colors » qui ouvre le bal ou encore « I’m So Free » avec son refrain pseudo-Weezer sans oublier « No Distraction » qui frôle de très près le Taylor Swift (ou peut-être est-ce un pied de nez volontairement dédié à la diva cité au premier paragraphe de cette chronique). Donc oui, il y a certains titres qui frôlent le mauvais goût comme « Seventh Heaven » et « Up All Night » qui ressemble étrangement à l’emmerdant « Can’t Stop The Feeling » de Justin Timberlake mais ce n’est pas pour autant qu’il faut passer à côté de certains morceaux (un peu) plus sympathiques. Ah oui, il y a quand même « Dreams » avec son pont psychédélique très sympathique réminiscent de Tame Impala mais les sonorités trap de « Wow » qui nous rappellent que le génie farfelu de Beck est présent sans oublier ses ballades sucrées comme « Dear Life » ou encore le plus mélancolique « Fix Me » qui renferme ce disque trop incongru.

Allez savoir ce que Beck nous a pondu avec ce Colors qui manque vraiment de couleurs par moments. Le concept de départ était plutôt bien pensé mais ce nouveau disque est poussif, moins inventif et manque de substance quand il en a besoin. A défaut de vouloir être à la mode, l’Américain et son acolyte producteur s’est blessé sur son propre caillou. N’allez donc pas chercher quelque comparaison avec des autres œuvres excentriques comme Midnight Vultures, c’est bigrement décevant ici.

Note: 5/10

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UNKLE – The Road Part. 1

Chaque album d’UNKLE est une réinvention. Depuis la parution de son premier chef-d’oeuvre Psyence Fiction en 1998 mis en boîte par un DJ Shadow de la bonne époque, James Lavelle a poursuivi son aventure en changeant d’univers et d’équipe musicale à chaque sortie. Après avoir recruté Richard File pour les albums Never, Never Land en 2003 et le très rock War Stories en 2007 avant que ce dernier quitte l’équipage pour être remplacé par Pablo Clements sur le pas mémorable Where The Night Did Fall en 2010. Mais depuis, de l’eau a coulé sous les ponts depuis et UNKLE n’a pas donné signe de vie… jusqu’à cette année 2017 où il signe son grand retour en solo avec son cinquième album officiel nommé The Road Part. 1.

La raison pour cette longue absence est due au suicide de son fidèle acolyte Gavin Clark qui a posé sa voix sur beaucoup de morceaux d’UNKLE. Et le plus ironique dans tout ça, c’est qu’avant son suicide, il avait publié un album de Toydrum qui était un duo monté par… surprise, Richard File et Pablo Clements, soit les deux membres avec qui James Lavelle était en froid quelques années plus tôt. Suite à ce silence radio inquiétant, ce dernier a décidé de prendre une décision radicale et de ne compter que sur lui-même et ce The Road Part. 1 ne déroge pas à la règle. Il en résulte un voyage cinématographique où de nombreuses collaborations sont encore attendues et la liste est toujours impressionnante: Keaton Henson, Liela Moss (The Duke Spirit), ESKA, Mark Lanegan et j’en passe.

Ce nouveau chapitre divisé en cinq actes nommées Ital permet de montrer un James Lavelle plus sombre et plus introspectif où musicalement parlant, on se rapprocherait entre Never, Never Land et War Stories avec un « Farewell » aux arrangements peaufinés et subtils où les voix d’Ysée, ESKA, Elliott Power, Keaton Henson, Liela Moss, Mink, Dhani Harrison et de Steven Young s’entremêlent parfaitement. On retrouve ce parfait mélange entre trip-hop, électronique, rock et musique symphonique et baroque savamment mélangé pour un résultat plus qu’à la hauteur avec d’autres réussites comme l’hypnotique « Looking For The Rain » avec la voix rocailleuse de Mark Lanegan qui contraste avec celles d’ESKA et de Twiggy Ramirez ainsi que ses vibrants chœurs gospel et la splendide ballade trip-hop « Cowboys and Indians » avec Elliott Power, Mink et Ysée avec un final des plus éblouissants contrastant avec des titres plus rock à la War Stories comme « Nowhere To Run/Bandits » et « The Road » à la section rythmique aussi époustouflante qu’une bande-annonce de film d’action.

Même si Gavin Clark n’est plus de ce monde, Keaton Henson arrive tout de même à nous émouvoir sur « Sonata » et « Sick Lullaby » tout comme Mink sur la pièce symphonique pure et dure nommée « Stole Enough » tandis que des pièces plus trip-hop nous intriguent comme « Arms Length » avec sa rythmique un peu trop old-school mais sympathique tout comme Liela Moss sur « Sunrise (Always Come Around) ». On a trop longtemps étiqueté UNKLE comme étant les frères spirituels de Massive Attack mais ils excellent dans cet univers. The Road Part. 1 est un come-back réussi de la part d’un James Lavelle qui a enfin pris les rênes de son projet qui n’arrête pas de réinventer son style à chaque album. Espérons attendre une seconde partie toujours aussi grandiose et cinématographique.

Note: 9/10

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Queens Of The Stone Age – Villains

Quand on évoque Queens of the Stone Age, on pense tout de suite à notre adolescence obnubilé par leur musique enjouée et riche en caractère. C’est avec leurs deux chefs-d’oeuvre – QOTSA en 2000 et Songs For The Deaf en 2002 – qu’on a tout de suite capté le génie musical de Josh Homme dont son empreinte reste indélébile pendant longtemps. Donc forcément chaque nouvel album du groupe reste un événement important dans l’histoire du rock et on était vraiment impatient de goûter leur nouvelle galette Villains qui est leur septième à ce jour.

Durant ces quatre ans qui ont séparé l’excellent …Like Clockwork et ce Villains dont je vais décortiquer, Josh Homme a été bien occupé durant ce laps de temps avec le retour d’Eagles of Death Metal avec leur album Zipper Down en 2015 (chroniqué ici) sorti un mois avant les infâmes attentats du 13 novembre qui auront totalement bouleversé et changé le groupe (comprenez Jesse Hughes qui a enchaîné bavure sur bavure et notre rouquin même si il n’était pas présent au Bataclan ce jour-ci) et a également signé le probable ultime opus d’Iggy Pop nommé Post Pop Depression (chronique ici). Décidément résolu de tourner la page du 13 novembre, il décide de remettre la machine QOTSA en marche et fait appel à Mark Ronson pour la production. Au final, que vaut ce énième come-back ?

N’ayez aucune crainte, Queens of The Stone Age n’a rien perdu de sa verve et il suffit d’écouter l’introduction bien enflammé « Feet Don’t Fail Me » pour être convaincu. Les riffs hard-rock se mélangent aux synthés vintage sur un rythme plus funky et dansant, grâce à la recette uptown funk de Mark Ronson qui marche du tonnerre. On peut en dire autant pour les accents boogie-rock de « The Way You Used To Do » montrant que notre rouquin veut faire danser son auditeur. Et pourtant, on se situe aussi bien dans la continuité de …Like Clockwork (« Hideaway » aurait très bien pu figurer sur ce disque) que celle de Post Pop Depression (la présence de Dean Fertita n’est pas étrangère pour autant) avec d’autres moments sauvages comme le stoner classique de « Domesticated Animals » et l’épileptique « Head Like A Haunted House » qui pourrait faire un malheur en live.

Passé la douce « Fortress », Josh Homme et ses compères s’éclatent comme ils peuvent en convoquant tour à tour les spectres de Bowie période Diamond Dogs, ZZ Top et Led Zeppelin sur les sensuels et hypnotiques « The Evil Has Landed » et « Villains Of Circumstance ». Queens of The Stone Age signe un comeback plutôt soigné avec Villains enjoué mais avec un léger goût d’inachevé ceci dit. Certains morceaux sont moins mémorables que d’autres et certains gimmicks peuvent légèrement agacer en flirtant avec le kitsch quelques fois. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé pour autant car encore une fois, notre rouquin californien adoré répond présent à chacune de ses sorties, ce qui est le principal.

Note: 7/10

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Ride – Weather Diaries

2017 est définitivement placé sous le signe des come-back fracassants des groupes légendaires. On avait eu droit à celui de The Jesus & Mary Chain ici mais aussi la très bonne surprise qu’est Slowdive (chroniqué ici). C’est au tour d’un autre groupe britannique légendaire de faire son grand retour et c’est Ride qui a bercé les années 1990 avec leur discographie bien solide. 21 ans après leur très moyen Tarantula, voilà que le groupe d’Oxford présente leur cinquième opus Weather Diaries.

Afin d’apporter une touche de modernité dans leur rock bien cérébral, Ride a décidé de recruter le DJ Erol Alkan à la production mais est-ce rassurant pour autant ? C’est ce que nous allons voir et le premier morceau « Lannoy Point »est plutôt de bonne facture, même si le shoegaze est abandonné officiellement maintenant. Les sonorités électroniques et les grosses guitares sans oublier la voix infatigable de Mark Gardener sont de sortie pour notre plus grand plaisir et ça continue avec « Charm Assault », « All I Want » avec son intro électronique ridicule ainsi que « Rocket Silver Symphony » qui impressionne avec son refrain implacable ou encore les accents stoner de « Latent Alice ».

Quelques moments de grandeur musicale sont à relever sur ce Weather Diaries avec le morceau-titre de 7 minutes mais également « Cali » notables pour ses tempêtes soniques renversantes avec les pédales Delay s’en donnant à cœur joie. Pour hypnotiser son auditeur, Ride répond présent même si quelques titres n’ont pas lieu d’être comme l’interlude « Integration Tape » ou même « Impermanence » qui gâchent l’ambiance générale de l’album. Au final, on peut parler de semi-déception pour ce grand retour de Ride qui n’a pas vraiment réussi à nous faire digérer la pilule de Tarantula. Pourtant, on est toujours ravi de retrouver Andy Bell et Mark Gardener ainsi que leurs deux autres compères mais le groupe d’Oxford cherche à moderniser leur musique de façon maladroite par moments. Les éternels nostalgiques des cultissimes Nowhere et Going Blank Again ne seront pas contents, c’est certain.

Note: 6.5/10

The Afghan Whigs – In Spades

Tout le monde le sait, The Afghan Whigs a profondément marqué le rock alternatif dans les années 1990 avant de se séparer en 2001. Suite à cela, le groupe de Cincinnati s’est reformé en 2012 et a publié un Do To The Beast fort encourageant en 2014. Maintenant que leur avenir est plus que sur, ils lancent un huitième album intitulé In Spades fortement inspiré.

A l’écoute de cette nouvelle livraison discographique, on sent que The Afghan Whigs a voulu reprendre la spontanéité des débuts, quelque chose qui manquait au disque précédent. Et très vite, on est conquis face au superbe chant de Greg Dulli sur des compositions passionnantes et lyriques comme « Birdland », « Demon In Profile » et « Toy Automatic ». Ceci dit, ils n’ont rien perdu de leur superbe et c’est ce qui fait la force de ce disque.

Aussi bien magique sur « Oriole » avec son incroyable crescendo orchestral, « The Spell » et l’émouvant « I Got Lost » que percutant avec « Arabian Heights » et le funky « Light As A Feather », In Spades saura vous conquérir dès la première écoute. En 36 minutes, les rockers de Cincinnati ont su accoucher une oeuvre profonde et attachante par laquelle les arrangements raffinés sont au rendez-vous.

Note: 7.5/10