The Afghan Whigs – In Spades

Tout le monde le sait, The Afghan Whigs a profondément marqué le rock alternatif dans les années 1990 avant de se séparer en 2001. Suite à cela, le groupe de Cincinnati s’est reformé en 2012 et a publié un Do To The Beast fort encourageant en 2014. Maintenant que leur avenir est plus que sur, ils lancent un huitième album intitulé In Spades fortement inspiré.

A l’écoute de cette nouvelle livraison discographique, on sent que The Afghan Whigs a voulu reprendre la spontanéité des débuts, quelque chose qui manquait au disque précédent. Et très vite, on est conquis face au superbe chant de Greg Dulli sur des compositions passionnantes et lyriques comme « Birdland », « Demon In Profile » et « Toy Automatic ». Ceci dit, ils n’ont rien perdu de leur superbe et c’est ce qui fait la force de ce disque.

Aussi bien magique sur « Oriole » avec son incroyable crescendo orchestral, « The Spell » et l’émouvant « I Got Lost » que percutant avec « Arabian Heights » et le funky « Light As A Feather », In Spades saura vous conquérir dès la première écoute. En 36 minutes, les rockers de Cincinnati ont su accoucher une oeuvre profonde et attachante par laquelle les arrangements raffinés sont au rendez-vous.

Note: 7.5/10

The Menzingers – After The Party

Dans la scène punk-rock américaine, The Menzingers fait parti des groupes les moins connus du moment mais ils ne baissent pas les bras pour autant. Cela fait maintenant 10 ans qu’ils sont dans les radars et ont enchaîné quatre albums avec le dernier Rented World en date de 2014. Trois ans plus tard, le quatuor de Pennsylvanie continue son bonhomme de chemin avec son cinquième opus After The Party, exactement là où on l’attendait.

Et c’est parti pour une bonne dose de punk-rock bien efficace avec des brûlots qui vont satisfaire plus d’un avec « Tellin’ Lies », « Thick as Thieves », « Midwestern States » ou encore « Boy Blue » avec un chant bien entraînant et quelque peu forcé de Greg Barnett qui revendique sa jeunesse à tout va. Il n’y a pas à dire, le quatuor se prend une bonne cure de jouvence comme il fallait s’y attendre avec « Charlie’s Army », « Bad Catholics » et autres « Your Wild Years ». Le spectre de The Clash période Sandinista ! n’est pas bien loin.

Au milieu de tous ces bombes punk qui raviront à nouveau les fans, The Menzingers sait se faire aussi plus mélancolique à l’image de « Black Mass » qui calme un peu les ardeurs, tout comme la conclusion plus pop et plus délicate du nom de « Livin’ Ain’t Easy ». After The Party plaira à tout le monde même si on aurait aimé un souffle nouveau pour nos quatre larrons de Pennsylvanie.

Note: 6/10

The Flaming Lips – Oczy Mlody

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C’est vraiment difficile de cerner le gros délire de The Flaming Lips ces derniers temps. Depuis leur dernier et sympathique album The Terror paru en 2013, Wayne Coyne et ses compères ont multiplié les projets aussi extravagantes les uns que les autres avec le fameux With A Little Help From My Fwends, album-hommage du Sgt. Peppers des Beatles ou encore l’album collaboratif avec euh… la chanteuse ex-starlette Disney devenue grosse cochonne Miley Cyrus en 2015. Vous pensiez qu’ils étaient trop loin pour nous ? Détrompez-vous car le groupe d’Oklahoma City le sommet du n’importe quoi avec leur nouvel album Oczy Mlody (« Les yeux du jeune » en polonais).

Si vous avez du LSD à portée de main, vous allez beaucoup adhérer à ce nouvel album aussi bien barré que trippant. The Flaming Lips suit la ligne textuelle de ses prédécesseurs en mélangeant influences psychédéliques et dream-pop électroniques. On commence tout en douceur avec l’introduction instrumentale avant un « How ?? » nous embarque dans le cosmos. On connaît la réputation d’excentricité que s’est forgé Wayne Coyne et Oczy Mlody nous donne un nouvel aperçu avec un hypnotique « There Should Be Unicorns » au groove électronique prononcé qui est interrompu par un speech loufoque de l’humoriste allemand Reggie Watts ou bien le quasi-instrumental futuriste »Niegdy Nie (Never No) ».

Pourtant après plusieurs écoutes, on se dit que Oczy Mlody n’est pas si bordélique et étrange que ça en a l’air car on plonge à nouveau dans la psychologie décalée de ses créateurs et on parvient à saisir leurs excentricités. Ainsi, on se laissera impressionner par des étrangetés comme les robotiques « Galaxy I Sink », « One Night While Hunting for Faeries and Witches and Wizards to Kill » et « Listening to the Frogs With Demon Eyes » se révélant par leur beauté cachée à travers tous ses gadgets électroniques, les synthés spatiales, les notes de piano parsemées par ci par là et quelques guitares suspendues. The Flaming Lips nage de contradiction en contradiction, passant à la synthpop pitchée de « Do Glowy » à la ballade remplie de sincérité qu’est « The Castle » mais il faudra attendre la toute fin pour montrer la véritable cohérence de l’opus avec la triomphante « We A Family » chanté aux côtés de Miley Cyrus. Et oui, encore elle !

Si les albums précédents comme The Soft Bulletin, The Terror ou même Yoshimi Battles The Pink Robot étaient sacrément étranges et barrés, Oczy Mlody en est tout autant. En fait, on a l’impression que c’est un mélange des albums précédents du groupe d’Oklahoma pour en faire un cocktail psychotrope avec un soupçon de futurisme en plus. Wayne Coyne a plutôt bien réussi leur volonté de fusionner Syd Barrett et A$AP Rocky sur cet opus même si il faudra beaucoup d’écoutes pour adhérer à ce long trip venu d’un univers parallèle. A condition de prendre de la LSD, du Xanax et du Fluoxetine avant d’appuyer sur la touche Play.

Note: 7/10

Leonard Cohen – You Want It Darker

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Nota bene: Cette chronique a été rédigée fin octobre/début novembre et a été mise à jour en décembre 2016, soit bien avant le décès tragique et douloureux de Leonard Cohen. Il fera parti de nombreux artistes qui nous a quitté cette année et j’ai bien évidemment un pincement au cœur surtout à l’écoute de son dernier chef-d’oeuvre qu’est ce You Want It Darker. Je n’ai pas trouvé très judicieux de mettre une note à ce très bel album comme Blackstar de David Bowie en tout début d’année. Qu’il puisse reposer en paix.

Présenter le grand Leonard Cohen en 2016 est tout bonnement exagéré. L’auteur-compositeur-interprète et poète canadienne de 82 ans n’a tout simplement plus rien à prouver. Cette année, il décide de frapper fort avec son quatorzième opus You Want It Darker sonnant plus comme un chant de cygne qu’un album habituel de l’artiste.

Le petit frère de Popular Problems a tout d’un album ultime de la part de Leonard Cohen. Il suffit d’écouter le premier titre solennel où les chœurs graves et l’orgue funeste habillent le tout avec élégance. Et ici, il s’adresse directement avec sa voix grave venue d’Outre-Tombe à Dieu disant qu’il est prêt à mourir (« I’m ready my Lord »). Vu que le poète tourmenté a perdu sa muse Marianne (je vous conseille de lire sa touchante lettre d’adieu en juillet dernier), il n’a désormais plus peur de la mort et est prêt à attendre paisiblement son heure final et voilà qui implante l’ambiance générale cet opus enregistré avec la chorale de la synagogue Shaar Hashomayim à Montréal.

Il est question d’histoires de fantômes sur la complainte jazzy de « Treaty » avec un coda bien plus poignante avec ses cordes frémissantes sur « String Reprise / Treaty » placé en fin d’album ou d’éternelles questions existentielles tourmentant l’artiste depuis belle lurette sur le gospel macabre de « On The Level » à travers ce You Want It Darker. Et c’est ce qui le rend bouleversant de bout en bout. On plonge dans la psychologie noire et tourmentée de son auteur où il essaie de se repentir sur des morceaux sombres mais incroyablement bien orchestrés à l’image de « Travelling Light » typiquement cohenien dans ses arrangements, la ballade bluesy de « If I Didn’t Have Your Love » et de « It Seemed The Better Way » où il établit un bilan de sa vie où il relate ses joies, ses peines, ses petites victoires et ses moments de désillusion.

Produit aux côtés de son fils Adam, Leonard Cohen a signé un sublime album teinté de spleen et de mélancolie profonde. You Want It Darker s’avère comme un tournant dans la carrière de l’artiste car il expose tout son pessimisme et ses maux à travers ces neuf compositions crépusculaires mais divines. Si il vient à quitter ce monde un jour comme l’a fait Bowie avec son ultime Blackstar en début d’année, on retiendra cet opus parmi l’un des plus grands disques du canadien.

Hope Sandoval & The Warm Inventions – Until The Hunter

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Chaque sortie de Hope Sandoval ou de Mazzy Star est toujours un événement dans le monde de la musique. C’est vrai, la légendaire chanteuse et musicienne calfornienne n’a plus donné signe de vie depuis Seasons Of Your Day paru en 2013, album qui a sonné le retour de Mazzy Star. Trois ans plus tard, elle et son acolyte Colm Ó Cíosóig (membre des légendaires My Bloody Valentine) relancent ainsi la machine Hope Sandoval & The Warm Intentions et nous présentent leur nouvel album Until The Hunter, faisant suite à leur second album Through The Devil Softly en 2009. Quand je vous disais que ce genre de trucs n’arrive pas tous les jours…

Plus besoin de parler longtemps de l’univers musical ténébreux et mélancolique de la demoiselle, la machine est lancée avec l’introduction hypnotique de 9 minutes intitulée « Into The Trees » avec ses orgues d’église implantant une atmosphère solennelle propre à Hope Sandoval (accompagnée de la chanteuse Mariee Sioux) avec ses « I miss you » répétés sans cesse. On vacille entre dream-pop, indie folk, country et blues à travers ce Until The Hunter et pas mal de pépites sont à relever comme « A Wonderful Seed », « Day Disguise » ainsi que « Treasure ».

Quand l’ancienne génération rencontre la nouvelle génération, ça donne toujours quelque chose de spécial. En l’occurence, Kurt Vile est convié à chanter aux côtés de la légende sur les sonorités country de « Let Me Get There ». C’est pas tous les jours qu’Hope Sandoval convie quelqu’un pour chanter à ses côtés et le musicien de Philadelphie doit s’avouer chanceux. Concernant cette dernière, son interprétation reste à toujours à la hauteur de son personnage: sobre et fascinante. On arriverait même à appuyer sur la touche repeat sur des joyaux comme « Hiking Song » aux accords de guitare pincées, « The Pleasant » avec sa slide guitar marquante ainsi que le blues organique « Liquid Lady » qui clôt ce Until The Hunter .

Sept ans après Through The Devil Softly, rien n’a changé pour Hope Sandoval & The Warm Intentions et c’est mieux ainsi. Until The Hunter voit donc le duo dans sa zone de confort et sait toujours nous ensorceler comme auparavant et sans que l’on s’en rende compte. On a tout de suite envie d’un nouvel album de Mazzy Star, mais seule elle en décidera de ce qu’il en adviendra.

Note: 8.5/10

Nick Cave & The Bad Seeds – Skeleton Tree

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Il y a des albums consacrés au deuil qui nous marquent dès la première écoute. Je pense au magnifique Carrie & Lowell de Sufjan Stevens (chroniqué ici), au très controversé 808’s & Heartbreak de Yeezy ou encore à l’aérien Psychopomp de Japanese Breakfast (chronique ici). Mais l’album de deuil qui nous a le plus bouleversé ce mois-ci, c’est celui de Nick Cave toujours accompagné de The Bad Seeds qui vient livrer assurément son oeuvre la plus touchante et la plus poignante qui soit avec Skeleton Tree, soit son 16ème album. Et voici pourquoi.

En 2013, l’Australien et son groupe était à l’apogée avec leur album Push The Sky Away et a reçu son lot de critiques élogieuses. La légende du blues-rock a commencé à plancher sur cet album fin 2014 juste après quand en juillet 2015, son fils de 15 ans sous influence d’une drogue fait une chute mortelle près de l’Ovingdean Gap. Connaissant la réputation musicale du bonhomme, vous avez déjà le tableau. En huit titres, Nick Cave pleure la mort de son fils défunt à travers des compositions totalement déchirantes, à commencer par un « Jesus Alone » qui brille par sa noirceur infinie ainsi que les sublimes « Rings Of Saturn » et « Girl In Amber » avec ses chœurs qui surviennent comme les larmes qui coulent dans les yeux du chanteur.

En fait, il est très dur d’écouter cet album en une traite surtout lorsqu’on est dans une situation de deuil mais pourtant ce que nous propose Nick Cave ici fait office de thérapie. A savoir comment faire face au deuil et comment gérer le cap et à passer les étapes du deuil humainement parlant. Impossible de rester de marbre aux morceaux volontairement torturés comme « Magneto » et « Anthrocene » à la rythmique stimulante, ou bien même la complainte « I Need You » où la voix de l’Australien est partagé entre immense tristesse et incompréhension. Peut-être le sommet noir de l’opus. Il est même soutenu par la voix soprano danoise d’Else Torp sur « Distant Sky » pour accentuer la beauté fragile de Skeleton Tree qui bénéficie d’un traitement magique de Nick Launay et de Warren Ellis.

Nul ne doute que Skeleton Tree fait partie de ces albums centrés sur le deuil qui nous marque à vie. Et pourtant, Nick Cave en a bâti des œuvres sombres dans sa discographie mais ce seizième album est certainement son album le plus impudique et le plus vulnérable de toute sa carrière. Je vous défie de l’écouter cet album sans avoir la larme à l’œil car l’obscurité règne sur cet opus malgré ses quelques pointes de lumière. Encore faut-il les saisir…

Note: 9.5/10

Richard Ashcroft – These People

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C’est vraiment pas nécessaire de retracer le parcours de Richard Ashcroft. Le légendaire frontman de The Verve qui a été une des icones de la scène britpop des années 1990-2000 est un peu le gars qu’on aime détester (mais pas autant que les frères Gallagher). Après nous avoir étonné avec l’album United Nations of Sound en 2010 sous le pseudonyme RPA & The United Nations Of Sound, il revient enfin avec un cinquième opus solo These People. Le bad-boy du britpop est-il de retour là où on l’attendait après six années de disparition ?

Je ne vous cache pas le fait que j’ai pas du tout aimé le premier titre « Out Of My Body ». J’ai vraiment cru qu’il allait partir dans une direction 100% mainstream avec ses sonorités électro de mauvais goût. J’avais peur d’être déçu de la suite si ça allait être comme ça mais pourtant, c’est l’un des seuls faux pas du disque car le titre suivant « This Is How It Feels » est bien mieux car on retrouve vraiment le Richard Ashcroft de la période Urban Hymns. Cette tendance se confirmera par cette belle brochette de ballades savoureuses à la suite que sont « They Don’t Own Me », le titre éponyme ainsi que « Ain’t The Future So Bright » aux cordes omniprésentes.

Si on gommait des tentatives mainstream comme « Hold On », on obtient un These People plutôt sympathique avec un Richard au top de sa forme vocalement parlant. La production de son meilleur ami Chris Potter et les arrangements de son éternel collaborateur Wil Malone y sont pour quelque chose encore une fois. Allant du titre groovy sur le sympathique « Everybody Needs Somebody To Hurt » où le riff de guitare wah wah vient se mêler à la rythmique électro et aux nappes synthétiques aériennes aux ballades nostalgiques mais qui ont un air de déjà entendu comme « Picture Of You » et « Black Lines », le Britannique fait à nouveau un tour de passe passe.

Six ans qu’on attendait son retour et ça fait bien évidemment plaisir. These People montre un Richard Ashcroft serein et égal à lui-même capable d’écrire des chansons correctes et mélodiques. Mais le seul hic, c’est que si il serait sorti dans les années 1990 ou 2000, il aurait rencontré un succès plus important. Les temps changent, comme on dit malheureusement et cette ère est tristement révolue.

Note: 6/10