
Quoi de neuf sur la planète Radiohead ? Et bien, ces dernières années ont été plutôt douces-amères pour le quintet d’Oxford. On a vu Thom Yorke et Jonny Greenwood (quand il n’est pas occupé à signer une bande-originale) ont réussi à se réinventer avec leur side-project The Smile tandis que Colin Greenwood se la coule douce en accompagnant Nick Cave en tournée et Philip Selway fructifie tant bien que mal sa carrière solo. Après une courte tournée européenne accueillie étrangement froidement suite à leurs propos ambigus sur le génocide à Gaza, le quintet reste encore au point mort. Vous avez remarqué que je n’ai pas mentionné Ed O’Brien, pas vrai ? Et oui, normal car c’est lui qui nous intéresse car le guitariste du groupe était sorti des sentiers battus avec un premier album solo du nom de Earth sous le pseudonyme EOB paru en 2020. Cette année, il retente l’exploit avec son successeur qui s’intitule Blue Morpho.
Et c’est dire qu’Ed O’Brien aura toujours de la suite dans ses idées. Là où Earth puisait son inspiration suite à son exil au Brésil, Blue Morpho est le récit d’un homme en pleine reconstruction et en plein désapprentissage de soi afin de débuter un nouveau cycle. Le résultat est tel que le guitariste du groupe trouve définitivement sa voix à travers ces sept nouveaux morceaux chaleureux et magistraux dont le fameux morceau d’ouverture nommé « Incantations » s’étirant sur sept longues minutes généreuses mais magnifiquement orchestrées nous mettant dans une transe presque chamanique. Quelque chose nous laisse penser que notre protagoniste semble être à l’aise à travers ces influences plus post-rock et indie folk notamment sur le morceau-titre où les cordes et le jeu de fingerpicking acoustique sauront nous émerveiller comme personne.
Entouré du légendaire Paul Epworth ainsi que de Shabaka Hutchings, Dave Okumu de The Invisible à la basse, Phil Selway ainsi que du compositeur estonien Tõnu Kõrvits qui signe les arrangements de cordes, Ed O’Brien réussit à nous mener dans cette excursion musicale aussi onirique que libératrice. Tantôt délicat et intimiste avec « Sweet Spot » tantôt groovy avec l’entraînant et hypnotique « Teachers », on n’en ressort pas indemne de ce Blue Morpho qui se complète avec de sublimes interludes ambient comme « Solfeggio » et « Thin Places ». Il ne manquera plus qu’un « Obrigado », conclusion épique de 10 minutes rappelant quelque peu l’ère Earth avec cette rythmique bossa-nova qui prendra de l’ampleur au fur et à mesure avant d’arpenter des chemins dignes de David Axelrod. De quoi clôturer ce Blue Morpho de la plus belle des manières.
Autant vous dire qu’Ed O’Brien s’est surpassé avec cette œuvre immersive et dépaysante qu’est Blue Morpho. Ceci est l’occasion idéale pour rappeler que le guitariste de Radiohead reste un incroyable songwriter qui saura nous réconforter et dépayser en même temps. De quoi nous faire patienter pour un éventuel prochain album du groupe, même si je pense honnêtement que c’est mieux qu’ils en restent là après A Moon Shaped Pool car le contexte actuel est quelque peu différent, le paysage musical a changé en une décennie et cela ne pourrait pas jouer en leur faveur.
Note: 8/10
