Cody ChesnuTT – My Love Degree Divine

Il s’est fait remarquer il y a 15 ans avec son premier double-album The Headphone Masterpiece contenant entre autres « The Seed » que le meilleur groupe de hip-hop US The Roots a remixé en la rebaptisant « The Seed 2.0 » pour la rendre encore plus populaire. Mais ça, tout le monde le sait. Et depuis, Cody ChesnuTT a quelque peu disparu de la circulation mais a fait un timide retour en 2010 avec un EP Black Skin No Value et un autre plus franc et plus convaincant avec le plutôt réussi Landing On A Hundred. Cinq ans plus tard, le génie de la soul récidive avec son troisième disque intitulé My Love Divine Degree.

Comme à son habitude, l’artiste d’Atlanta qui mélange sans vergogne neo-soul et rock’n’roll reprend là où il s’est arrêté cinq ans après. Cody ChesnuTT nous gratifie des morceaux de soul bricolo comme « Anything Can Happen », « Africa The Future » ou encore « So Sad To See (A Lost Generation) ». Il se veut également être porte-parole pour la communauté afro-américaine qui est victime jour après jour des récentes bavures policières et autres discriminations mais se veut être également messager de l’amour et d’espoir comme attestent les titres aux saveurs DIY comme « Image Of Love », « It’s In The Love » ainsi que « Peace (Side-By-Side) ».

Il peut également compter sur l’aide du prodigieux Twilite Tone à la production (Common, Pusha T, Gorillaz…) mais également le prestigieux Raphael Saadiq qui apporte son groove bien particulier sur l’excellent protest song qu’est « Bullets In The Street And Blood ». Pour le reste, ce nouvel album de Cody ChesnuTT est plutôt de bonne facture, bien qu’un poil inférieur à ses prédécesseurs mais ne négligeons pas pour autant les messages percutants délivrés face à une période de grande incertitude que ce soit sur le niveau économique ou social. Le troubadour continue à toucher sa cible notamment sur la plaidoirie environnementale du bluesy « This Green Leaf » sans jamais tomber dans le cliché et cela fait parti de nombreuses exemples qui laissent à penser qu’il est à deux doigts de devenir un véritable messager de la neo-soul américaine moderne.

Note: 7.5/10

Ending Satellites – The Lost Tapes, Vol. B

Ending Satellites est le nom du side-project de Damien Dufour qui va au-delà de la musique. En effet, c’est un projet où la musique, la photographie et le court-métrage vont de pair. On a vu ce que cela a donné avec The Lost Tapes en 2014 et bien voici la suite trois ans plus tard.

Composé de sept morceaux, Ending Satellites nous emmène dans un espèce road movie où l’on voit différents paysages défiler sous nos yeux ou sous nos oreilles. Avec comme principales influences Mogwai, The Chameleons ou encore Noveller, le musicien multi-instrumentiste nous fascine avec ses compositions post-rock instrumentales épiques et totalement cinématographiques allant de « 216 BPM On A Highway » à « While You Are Here », en passant par les élégants « 1969 », « Miss and Mrs Young » ainsi que « A Place We Call Home » où les guitares rugissent aux côtés des sonorités électroniques raffinées. Cette seconde partie de The Lost Tapes est à la portée de tout le monde et il suffit juste de fermer les yeux et de se laisser emporter.

Note: 8/10

Behring – Jusqu’à l’aube

Le quatuor Behring a fait parler de lui il y a deux ans avec leur premier EP de 4 titres Premier Arrondissement. Le groupe parisien mené par Ulysse au chant a trouvé son petit public avec leur french pop romantique et coloré, à un tel point qu’ils en remettent une couche avec leur second EP Jusqu’à l’aube.

S’ouvrant sur « Sur la dune » ainsi que son sequel plus coloré, Ulysse à la voix de velours et ses compères continuent sur leur lancée avec leur pop toujours aussi enjouée et poétique flirtant parfois avec les sonorités disco. Il ne manquera plus que la déclaration d’amour touchante de « Patience mon amour » et le final passionnant de « Noctilien » pour comprendre que Behring continue sa marge de progression. Il ne reste plus qu’un album pour passer le stade de la confirmation.

Note: 7/10

Shaolin Temple Defenders – Free Your Soul

La formation la plus funky de l’Hexagone est de retour. Shaolin Temple Defenders qui est regorgé de soul, funk et de R&B à l’ancienne n’est pas prêt de s’arrêter et continue à distribuer des ondes positives surtout avec leur quatrième opus Free Your Soul.

Et c’est parti pour une nouvelle dose avec les morceaux bien cuivrés allant de « Out In The Sun », « Panama Papers » ainsi que « Running Away » et « Crazy Fever » résolument jubilatoires dès les premières notes. Le groupe possède le funk dans la peau pour nous ambiancer tout au long de ce disque avec les hymnes fédérateurs anti-morosité comme « The Reign » et « Keep It To Yourself », et c’est plutôt dans ce milieu-là qu’ils excellent.

Convoquant aussi bien les labels Motown et Stax mais aussi les experts en fusion comme Fishbone, FFF ou encore Living Colour, Shaolin Temple Defenders sait comment nous redonner le sourire à travers ces onze morceaux revigorants au groove sympathique et chaleureux. Avec eux, on arrive à libérer notre âme et on peut les remercier pour ça.

Note: 7/10

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Shamir – Hope / Revelations

Ah, qu’il nous a enjaillé Shamir en 2015. Auteur d’un des meilleurs albums disco-house de cette année avec Ratchet (chroniqué ici), le succès semblait lui réussir pour le natif de Las Vegas. Et bien pas tout à fait, à vrai dire. Le jeune homme s’est retrouvé sans maison de disques qu’était XL Recordings après une longue tournée et a connu une énorme crise existentielle qui l’aura plongé dans une crise psychotique et une dépression en raison de sa bipolarité. A deux doigts de lâcher la musique, il fait quand même un petit retour cette année avec un nouvel opus intitulé Hope sorti sans label.

Fini donc la house des années 1990, la disco-pop loufoque et fluo de Ratchet, Shamir s’est définitivement assagi. A travers ce nouveau disque, il se met à nu et sort les guitares électriques et autres équipements DIY/lo-fi en lorgnant vers l’indie rock de deux décennies plus tôt. Se rapprochant plus de Kim Deal que de Donna Summer, le bonhomme à la voix androgyne surprend quelque peu avec son nouveau style lo-fi avec des titres de vigueur comme « What Else », « Ignore Everything » ainsi que « Like A Bird ».

On appréciera ce changement de style mais seulement voilà, la plupart des titres sont quelque peu bancals et ce ne sont pas des trop ordinaires « One More Time Won’t Kill You » et autres « I Fucking Hate You » où il tentera de hausser le ton avec son falsetto rageur qui vont réellement sauver la mise même si on appréciera plus la ballade de fin qu’est le plus bouleversant « Bleed It Out ». Hope est une reconversion musicale à 100 % avec une satisfaction client tournée à 60 %. Ah, tiens on me signale dans l’oreillette que ce n’est pas tout à fait fini.

Note: 6/10

 

Après donc son second opus sorti en camini au printemps dernier, Shamir a fait les yeux doux auprès du label underground Father/Daughter Records qui est plutôt spécialiste dans la matière. Dès lors, le natif de Las Vegas avance visage masqué (aucun rapport avec la pochette) et sort son troisième disque intitulé Revelations.

Continuant sa mue envers l’indie rock lo-fi DIY des années 1990, l’excentrique bonhomme continue de cicatriser ses plaies tant qu’il peut avec des morceaux bedroom-pop bien révélateurs sur sa personnalité comme « Games » avec son atmosphère à la Tori Amos et « You Have A Song » sans oublier les sonorités grungy « 90’s Kids » et l’énergique « Blooming ».

Tandis que la voix androgyne fait toujours son effet et est riche en émotions tout comme ses textes à double sens, il manque un petit truc qui fait la différence. A cause de son côté trop linéaire et son réel manque de prise de risques, on est face à des morceaux qui laissent un peu à désirer comme « Cloudy » et le dernier morceau qui est « Straight Boy » qui méritait plus. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé pour autant pour Shamir et pourtant, des actes comme Jay Som et Vagabon (les meilleures révélations indie de cette année) ont pourtant réussi de ce côté, on appréciera cependant cette volonté de changer de style afin d’ouvrir son jardin secret comme il se doit. Pour le moment, on reste sur notre faim et on garde un visage impassible.

Note: 6/10

Jo Wedin & Jean Felzine – Pique-Nique

L’année 2015 voyait également l’arrivée d’un duo franco-suédois chic et choc: la suédoise Joanna Wedin, ex-membre du groupe MAI et le français Jean Welzine, membre du groupe Mustang. Ils ont publié un premier EP plutôt sympathique cette même année (chroniqué ici) et ont commencé à se forger un nom dans la french pop underground. Ce mois-ci paraît enfin un premier album intitulé Pique-Nique.

Si il faut définir un style par rapport au duo, c’est tout simplement une pop française aux sonorités doucement rétro avec des hymnes que l’on chantera à tue-tête comme « Chanter, baiser, boire et manger », « Les eaux claires » et autres « Un jour de plus un jour de moins » plus mélancolique avec sa guitare et son piano lancinant. Bien entendu, on retrouvera les morceaux qui ont fait leur petite légende comme le toujours aussi addictif et groovy « Les hommes (ne sont plus des hommes) », le tout mignon « Idiot » aux airs de Françoise Hardy mais aussi le faussement romantique « Je t’aurai » mais à l’inverse, on se farcira de bonnes trouvailles comme « Femme de chambre » et « Ne fume jamais au lit ».

On retrouvera une relecture réussie de « After Laughter (Comes Tears) » de Wendy Rene mais également « Hem » qui verra Joanna Wedin chanter dans sa langue natale pour un moment riche en émotions. Pique-Nique est un sacré cocktail musical où toutes les influences musicales des années 1960-1970 sont passées à la moulinette: rocksteady, rockabilly, pop française, soul blanche pour en ressortir qu’un distillé appétissant et créatif. Le tout sur des chansons d’amour corrosifs qui nous font esquisser un sourire comme « Nez, lèvres et menton » et « Le jeu » qui arrivent à brouiller la frontière entre le moderne et le contemporain. Bon appétit ceci dit en passant.

Note: 8/10

 

Toto Bona Lokua – Bondeko

Souvenez-vous en 2004 lorsque Gérald Toto, Richard Bona et Lokua Kanza avait fait paraître un premier album enchanteur sous le nom de Toto Bona Lokua. Et dire qu’il a fallu attendre 13 ans pour attendre la suite de ce fabuleux conglomérat, il fallait bien prendre son mal en patience. Car pour ce début du mois de novembre, l’alliance martiniquaise-camerounaise-congolaise revient avec un second disque intitulé Bondeko (« fraternité » en lingala).

Treize ans après, le charme d’antan revit sur ce nouvel opus. Les harmonies vocales de nos trois protagonistes résonnent à nouveau avec des sublimes trouvailles a cappella comme « Ma Mama » et « Love Train ». Pour le reste, on se laissera bercer par ses morceaux afro-folk tantôt rythmés (« Naleki », « Tann Tabou’a », « Awo ») tantôt envoûtantes (le magnifique « Youwilé » mais aussi « Ngum Nya Yo » et « M’aa Kiana ») où le martiniquais Gérald Toto, le camerounais Richard Bona et le congolais Lokua Kanza se font un tour de passe-passe mémorable avec précision et justesse. On se laissera également charmer par l’enchanteur « Thitae » aux percussions enivrantes et aux vocalises renversantes mais aussi de l’instrumental luxuriant nommé « Bukavu ».

Treize ans d’absence et quel bonheur d’entendre Toto Bona Lokua avec leur harmonie vocale toujours aussi intacte. La connexion panafricaine est ce qui manquait pour réchauffer cet automne bien précoce, comme une envie de soleil et ce Bondeko répond parfaitement à nos attentes.

Note: 8/10

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