Algiers – The Underside of Power

Il y a deux ans, un OMNI est venu secouer nos oreilles curieuses. Il s’agissait d’Algiers, trio originaire d’Atlanta qui a eu l’audace de mélanger gospel et post-punk sur leur premier album tout simplement mémorable (chroniqué ici). Mené par la voix passionnante et déchirante de Franklin James Fischer, le groupe a éveillé les consciences grâce à leur musique apocalyptique et violente et en remet une couche avec leur nouvel opus The Underside of Power produit par Adrian Utley de Portishead et Ali Chant.

« Walk Like A Panther » ouvre le bal et reprend là où ils se sont arrêtés deux ans plus tôt. S’ouvrant sur un sample d’un discours de Fred Hampton, militant des Black Panthers assassiné, l’interprétation urgente et alarmiste de Franklin James Fischer plante le décor et est aussi chargé qu’un cocktail molotov. L’intensité s’agrandit au fur et à mesure lorsque l’on contemple ce The Underside of Power qui est chargé de moments bestiaux comme « Cry of the Martyrs », le groovy « The Underside of Power » mais également le post-punk frémissant « Death March ».

Entre 2015 et 2017, rien n’a changé. Pire, la situation s’est envenimée avec les bavures policières qui n’en finissent pas, les actes malfaisants perpétrés par l’Etat Islamique et pour ne pas changer, la victoire incompréhensible de l’autre. Algiers exprime leur désarroi en musique et dénonce de fond en comble, que ce soit par des moments plus mélancoliques comme « Mme Rieux » et « Hymn For An Average Man » ou d’autres plus noisy avec « Cleveland » et « Animals ». Quoi de mieux que de nous prendre aux tripes avec des instrumentaux chamaniques et démoniaques que sont « Plague Years » et « Picture Me Standing » qui, elle, plante le décor du dernier assaut final qu’est « The Cycle/The Spiral: Time To Go Down Slowly » où le trio devenu quatuor (car Matt Tong, ex-Bloc Party, a rejoint le groupe) marque définitivement au fer rouge leur rage et leur indignation mondiale.

Comme pour le premier album, Algiers fait un constat alarmant en musique et ce de la meilleure des manières. The Underside of Power ira cohabiter post-punk, trip-hop, noise-rock, gospel et soul apocalyptique pour un capharnaüm aussi chaud que la braise. Une fois de plus, la formation d’Atlanta sait éveiller les consciences afin de pousser l’auditeur à la révolte.

Note: 7.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:76prhNJNWdBGlYU19VXUrT

HAIM – Something To Tell You

Avec leur premier album Days Are Gone en 2013, les trois sœurs de HAIM sont passées de l’anonymat complet à la célébrité la plus totale. Este, Danielle et Alana Haim sont devenues le groupe féminin incontournable sur lequel compter grâce à leur musique doucement rétro et innocente, à un point que NME les a récompensé à plusieurs reprises en tant que meilleur groupe international et a couronné la bassiste (qui fait des têtes bizarres) une des meilleures bassistes du moment. Quatre ans plus tard, après une panne d’inspiration, elles viennent nous enchanter à nouveau avec son nouvel opus Something To Tell You. Le second exploit ?

Fort heureusement, elles n’ont rien perdu de leur jovialité et de leur côté rétro avec le premier single ensoleillé « Want You Back » qui ouvre l’opus. Les influences 70’s, 80’s et 90’s sont toujours présentes avec une bonne influence R&B beaucoup plus présente qu’auparavant et ça s’entend beaucoup sur les hymnes groovy de « Nothing’s Wrong » aux claps entêtants et aux riffs roots et « Ready For You » où le trio nous gâte avec des chansons d’amour à l’eau de rose. C’est sans compter sur la production d’Ariel Rechtshaid qui met toujours en valeur les compositions vintage des trois soeurs mais aussi Rostam Batmanglij, ex-guitariste de Vampire Weekend, sur « Little of Your Love » où on se surprendra à chanter le refrain à tue-tête mais aussi les sentimentaux « Kept Me Crying » et « Found It In Silence » ainsi que Twin Shadow qui co-produit les accents disco « Ready For You » avec ses guitares incroyablement old-school.

Le gros constat que l’on puisse faire de ce Something To Tell You est tout simplement son côté trop crossover et guimauve qui se dégage. A l’écoute des morceaux comme « Kept Me Crying » et autres « Walking Away », HAIM semble être plus attaché à ces inspirations R&B quitte à trahir un peu son image mais on ne peut pas leur en vouloir. Heureusement qu’on sera agréablement surpris par les arrangements époustouflants de « Right Now » qui prennent aux tripes mais aussi la conclusion planante de « Night So Long ». Les trois mamzelles continuent sur leur lancée en traversant les décennies, elles ont quelque chose à nous dire mais cela aurait été mieux avec moins de sucre ceci dit.

Note: 7.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:3EFSOzgqaOQqJCMAMMn4Cl

Public Service Broadcasting – Every Valley

Chaque album de Public Service Broadcasting est consacré à un thème particulier. On a revisité la seconde guerre mondiale en musique avec Inform, Educate, Entertain en 2013 et on est parti dans l’espace avec eux sur leur second album The Race For Space deux ans plus tard. Et bien devinez quoi, le groupe britannique a décidé de changer de thème pour leur troisième opus intitulé Every Valley où le trio londonien décide d’explorer les profondeurs des mines de charbon. On parie qu’ils réussiront à nous épater sur leur nouvelle livraison ?

J. Willgoose, Esq., Wrigglesworth et J F Abraham ne perdent pas de temps avec leur art-rock cinématographique et nous mettent plein les oreilles dès le départ avec l’introduction magistrale et grandiloquente guidée par les guitares acoustiques, les cordes et la voix de l’acteur Richard Burton, issue d’une vieille interview, qui nous parle de sa fascination pour le monde minier. Il est suivi de près par « The Pit » où musicalement parlant, on se rapproche plus de l’univers du trio par rapport au morceau précédent ou encore « People Will Always Need Coal » avec son son de guitare si particulier et son sample d’une vieille pub pour promouvoir les bien-faits de travailler dans les mines.

Entre temps, la musique si cinématographique de Public Service Broadcasting requiert certaines participations vocales comme Tracyanne Campbell de Camera Obscura sur le très Kraftwerkien « Progress » sans oublier James Dean Bradfield de Manic Street Preachers sur l’excellent « Turn No More » et la sublime voix de la galloise Lisa Jên Brown sur la ballade « You + Me » où elle est rejointe par J. Willgoose, Esq. pour un moment aérien. On note également la participation du trio instrumental Haiku Salut sur les orchestrations incroyables de « They Gave Me Lump » où les cordes et les cuivres sont de sortie qui fait suite au très lourd et sombre « All Out » qui a de quoi rappeler le travail cinématique de Mogwai. Toute cette symphonie centrée autour du monde minier se clôt sur un magnifique chant de cygne nommé « Take Me Home » où une chorale galloise se charge de nous accompagner vers la sortie.

Une fois n’est pas coutume, Public Service Broadcasting se surpasse une fois de plus avec une bande-son intrigante mais ô combien humaine avec ce Every Valley. Le trio londonien réussit à rendre un thème banal complètement intrigant et renversant. Quand il s’agit d’exercice de style, ils seront toujours les premiers.

Note: 9/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:3a33Xlh3zCHxs1hOlGTzMz

Otis Junior & Dr. Dundiff – Hemispheres

L’année dernière, une découverte venue du label underground Jakarta Records a mis presque tout le monde d’accord: il s’agissait du combo Otis Junior et Dr. Dundiff. Le chanteur soul et le beatmaker venant tout droit de Louisville, dans le Kentucky nous a épaté avec leur dubplate 1moment2another (chroniqué ici) contenant des tubes comme « The 1 » ou même « Play Along ». La solution alternative à NxWorries rempile avec un premier album intitulé Hemispheres et c’est bien évidemment une belle trouvaille hip-hop/soul smooth comme on aime.

Otis Junior & Dr. Dundiff ne change pas vraiment leur formule. Au contraire, ils continuent dans la lignée de 1moment2another avec des titres de neo-soul organique sans oublier ses fameux gimmicks qui font leur petite renommée (je parle des « Ouuuuuh » et des « Waouuuuuuh » qu’on entend à chaque début de morceau) tels que « Bubble », « Why Can’t You (Just Come For Conversation) » et autres « Don’t Get Caught » mettant en valeur la voix chaleureuse et pleine de velours d’Otis Junior.

Hormis la présence de Jim James de My Morning Jacket sur les vibes acid-soul de « Under My Skin » avec son riff ultra-funky, le duo de Louisville se débrouille à merveille tout seul. On y constate des influences beaucoup plus jazzy que sur leur dubplate (notamment « 3 Winds ») avec l’apparition des cuivres rendant le tout plus vivant avec « 4 Us » qui est le petit frère de « The 1 » entre autres. Hemispheres regroupe également quelques moments plus originaux avec ses samples de chœurs sur « Let It Go » mais aussi son sample gospel raffiné sur le bien-nommé « Say Yes (Gospel) » ou encore le jazz-soul mélancolique et contemplatif « The Ballad » divisé en deux parties (une première partie plus lente et une seconde plus rapide) avec la voix de James Brown samplée en fond.

Une fois n’est pas coutume, Otis Junior & Dr. Dundiff continue à nous envoyer de très bonnes vibes avec ce premier album où les influences hip-hop, jazz et neo soul se côtoient à merveille sans jamais perdre son originalité. Voilà un opus qui vous propulsera au-delà de l’hémisphère.

Note: 7.5/10

Klyne – Klyne

Il aura fallu d’un single catchy pour que la machine Klyne soit en route. Depuis leur tube « Closer » paru sur les Internets et sur les ondes fin 2015, le duo hollandais formé par deux potes d’enfance le producteur Ferdous Dezhad et le chanteur Nick Klein a tout pour incarner l’électro-R&B du futur. Il aura suffi d’une poignée d’EPs et de quelques singles dont le magnifique « Water Flow » pour qu’on attende avec impatience pour un premier album. Et le voilà pour ce début d’été.

Dans la lignée des précédentes œuvres du duo, Klyne s’en sort avec les honneurs avec ce premier album bien satisfaisant. Le chant incroyablement soulful de Nick Klein se fond à merveille sur les acrobaties musicales catchy de Ferdous Dezhad sur des titres bien fiévreux comme « Break Away » aux percussions hypnotiques, « Don’t Stop » et autres « Sure Thing » bien efficace qui a pas mal tourné ces derniers temps. Passé l’aquatique et dépaysant « Water Flow » que tout le monde connaît désormais, on se prend une bonne leçon d’électro-R&B en pleine face avec des tueries en tous genres comme « Your Touch » et le quelque peu labyrinthique « All You Ever Needed » qui viennent se frotter à d’autres moments plus smooth comme l’aérien « Ecstasy » et la conclusion très sobre de « Like A Razor ».

Klyne ne réinvente certes pas grand chose mais fait preuve d’une très grande classe à travers ces dix morceaux taillés sur mesure. Les deux hollandais forment un duo complémentaire et complice surtout lorsqu’il s’agit de redéfinir le R&B électronique du futur et ils remplissent leurs promesses. L’ascension du tandem Klein/Dezhad n’en est qu’à ses débuts.

Note: 7.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:4XDnW4vA9AwyxiRz7hwzeK

Curumin – Boca

Curumin n’est pas du tout connu dans tout l’Hexagone mais dans son Brésil natal, il est un petit peu plus populaire. Auteur de trois disques, le musicien de Sao Paulo a tissé un univers musical aussi bien indescriptible qu’ingénieux et il continue à brouiller les pistes avec son nouvel album Boca.

En 13 titres et 35 minutes chrono, Curumin montre qu’il a plus d’un tour dans la poche avec des expérimentations pop venues d’ailleurs comme l’introduction entraînante « Bora Passear » ou encore les aventures électro déjantés de « Boca Pequena no 1 » conviant l’artiste local Russo Passapusso sans compter son sequel centré sur les percussions et bien entendu le trippy « Cabeça ». Hormis ces moments left-field résonnent des mélopées plus modernes avec le soulful « Prata, Ferro, Baro » avec la participation de Lucas Martins et Luê et autres « Terrivel » et le quasi-parfait « Boca de Groselha ».

Boca est tout simplement une exploration à travers les différentes inspirations musicales du musicien multi-instrumentiste en passant des influences hip-hop sur l’interlude « Tramela » avec Rico Dalassam avec son instru très Run The Jewels au funk sur le fiévreux « Boca Cheia » avec Indee Styla, sans oublier une conclusion bien locale et exotique nommée « Paçoca » avec une flopée d’invités tels que Andreia Dias, Anelis Assumpção, Edy Trombone, Iara Rennó, Max B.O. ou encore Zé Nigro. Le quatrième opus de Curumin confirme un peu plus l’étrangeté et l’excentricité de Curumin sans pour autant nier sa qualité mélodique qui nous dépayse en moins de deux.

Note: 7.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:5W174N4vOGoC6GEsILKWZn

SLOGAN – La Beauté du Geste

L’année dernière, je vous ai parlé de Culottes Courtes, un groupe complètement WTF que j’ai du mal à trouver un genre. Oui, je sais, je vous vois venir avec vos moqueries et autres questions du genre mais bon, c’est la vie. Derrière ce projet de pop française chantée par la famille Addams, il y a le cerveau nommé Nicolas Steib qui multiplie les groupes à n’en plus finir avec encore Texas Menthol et récemment, il a monté un autre groupe nommé SLOGAN, duo qu’il a composé aux côtés de Clémence, une figurante d’un clip de Culottes Courtes. A eux deux, ils ont accouché de quatre titres réunis autour d’un EP nommé La Beauté du Geste.

Qualifiant leur projet d’électro ciné-club (wow ! Attention, ça rigole plus là !), SLOGAN se rêverait d’être les dignes successeurs de la french pop rétro-futuriste et cinématographique, afin de rendre hommage au couple Birkin/Gainsbourg. Reste à savoir comment le duo lyonnais se débrouille avec ces quatre morceaux et ça commence avec le morceau-titre où les deux voix susurrent et se mélangent sous un fond d’instru électro pseudo-menaçant qui, j’avoue ne sais pas quoi en penser. Gloups. Ah tiens, voilà le fameux slow de l’été nommé « Conte d’été » qui fera la tournée des campings jusqu’au Cap-d’Agde où nos deux tourtereaux aiment chiller au soleil et n’oublient pas de balancer la mythique punchline, comme si de rien n’était: « On avait dit qu’on allait voir Solène et Gaspard ». Fuck la cohérence, paie ton songwriting de qualité !

Et encore, on n’a rien entendu car le troisième titre « Saint-Hélène » où ils renouent avec l’ambiance « anxiogène et trop dark », le spoken-word farfelu de Nicolas et le chant « sensouèl » de Clémence nous rappellent qu’il n’est pas très prudent d’aller sur la Saint-Hélène selon un certain Damien (qui ?) sous la peine d’avoir entre autres… du sperme dans les cheveux. Il est question de cul qui se laisse prendre et de jambes qui se décroisent, ceci dit. La grande poésie à la française, comme on en fait plus. Je poursuis. Le dernier morceau nommé « Emerveille » calme un peu le jeu et fait office de ballade électro-pop trop léché. Et c’est tout ce qu’il y a à dire sur La Beauté du Geste qui m’a mis « en PLS ». Et le temps passe et plus ce bon vieux Nicolas continue de multiplier les projets musicaux bien kitsch et bien bizarres qui permettent de prouver qu’il veut en découdre encore et encore, sans jamais nous lasser et SLOGAN est la preuve que l’on sait de l’électro ciné-club technoïde sous Xanax et autre substance illicite afin de parler à un certain auditoire tout en les déconcertant.

Note: Bye Felicia.