No Money Kids – Hear The Silence

No Money Kids a connu la consécration il y a deux ans maintenant avec leur premier album I Don’t Trust You qui a fait suite à leur premier EP Old Man l’année précédente.  Le duo électro/blues-rock composé de Félix Matschulat (chant, guitare) et de JM Pelatan (basse, machines, samples) détonne pour son originalité et ne compte pas s’arrêter surtout avec leur second opus Hear The Silence bien décoiffant.

En dix titres, le duo balance leur gros son bluesy avec des tubes en puissance comme le funky « Man Down », « Take Me To Your Home » ou encore « Burning Game » où la voix de Félix se fait plus contrôlée et juste se mêlant aux guitares rutilantes et aux rythmiques électroniques qui font leur effet. No Money Kids impressionne toujours autant avec des morceaux efficaces tels que « Easy », « The Hangman » et « Black Hole » mettant en valeur les thèmes pour le moins sombres comme le deuil et le suicide entre autres.

Tandis qu’on se laisse bercer par des titres fiévreux, le tandem Matschulat/Pelatan balance un peu de douceur avec le morceau-titre acoustique avant de repartir de plus belle avec « My Love » et « Shot the Master » bruts et directs. Hear The Silence est un opus sans fioritures aussi bien efficace qu’affolant et No Money Kids sait comment nous étonner.

Note: 8.5/10

Oumou Sangaré – Mogoya

Hormis Amadou & Mariam et autres feu Ali Farka Touré, Oumou Sangaré est également un monument de la musique malienne. La diva originaire de la région forestière du Wassoulou est présente depuis moins de décennies et est devenue une référence grâce à ses indétrônables classiques Moussolou et Ko Sira. Après un silence radio de huit ans (son dernier album Seya produit par Cheik Tidiane paru en 2009), elle décide d’effectuer un come-back fracassant avec son nouvel opus Mogoya (« les relations humaines d’aujourd’hui ») sur le label No Format.

Et comme tout come-back qui se respecte, Oumou Sangaré décide de frapper fort avec son interprétation impeccable sur des titres rayonnants comme « Bena Bena », « Mali Niale » et « Djoukourou » (avec un solo de guitare bien endiablé) alliant wassalou et influences plus occidentales. Il est question de la place de la femme africaine dans la société sur des morceaux incroyablement rythmés comme « Yere Faga » et « Fadjamou » comptant la participation du super-batteur Tony Allen mais il met en garde les beaux-parleurs qui font tout pour avoir leurs conquêtes féminines dans leur lit sur les sonorités électro-pop de « Kamelemba ».

C’est avec des ballades reposantes telles que les plus traditionnels « Mali Niale » ou encore « Minata Waraba » où elle venge sa mère sans oublier l’entêtant et smooth « Kounkoun » qu’elle arrive à toucher l’auditeur. Mais tout ceci n’est rien comparé au dernier morceau de l’opus qui est sans doute la composition la plus bouleversante et touchante qu’elle ait pu composer jusque là. Soutenue par une basse et des claviers aériens, l’interprétation d’Oumou Sangaré est magistrale et mérite toute notre attention grâce à cette charge d’émotions présente. Mogoya est un come-back entièrement salué de la part d’une diva malienne qui n’a plus rien à prouver et qui revient nous délivrer des messages toujours aussi percutants que nécessaires.

Note: 8.5/10

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Dona Onete – Banzeiro

On a souvent tendance à oublier Dona Onete mais c’est pourtant une légende au Belém. La chanteuse de 77 ans est surnommée « la grande dame de la chanson amazonienne » même si elle n’a publié que son premier album qu’en 2014 intitulé Feitiço Caboclo qui fut de très bonne qualité. Trois ans plus tard, la grande dame nous revient en forme avec son nouvel opus intitulé Banzeiro aussi vindicatif que coquin.

En douze titres ensoleillés, Dona Onete chante la vie, l’amour et les plaisirs quotidiens avec ses influences allant aussi du boléro aux influences afro-caribéennes et rythmes brésiliens comme sur les pétillants « Tipiti », « Banzeiro » ou encore l’entêtant « No Meio do Pitiu ». C’est à se demander si l’artiste (ex-professeur d’histoire et ex-représentante syndicale) ne s’est pas prise une cure de jouvence mais ce qui est sur, c’est qu’elle a de l’énergie à revendre, ce qui n’est pas pour déplaire avec les rythmiques endiablées et festives de « Faceira », « Quiemoso e Tremoso » flirtant avec la cumbia et « No Sabor do Beijo ».

La seconde partie de Banzeiro est moins festive mais reste pour autant intéressante. Les compositions plus calmes comme le percussif « Lua Jaci », les envoûtants « Proposta Indecente » et « Quando eu Te Conheci » qui est une belle chanson d’amour sans oublier la conclusion mélancolique et introspective nommée « Sonhos de Adolescente » permettent de mettre en valeur l’interprétation vibrante de Dona Onete. Calypso Rose n’a qu’à bien se tenir car une autre vétéran s’apprête à nous faire danser et nous rêver pour cet été et ça nous vient tout droit de Belém. Banzeiro peut faire grimper les températures, lui tout seul.

Note: 8.5/10

El Michels Affair – Return To The 37th Chamber

Le Wu-Tang Clan aura rendu gaga plus d’un depuis 1993. Beaucoup de musiciens, de rappeurs et autres possèdent l’âme du Wu et de RZA dans le sang dans leur art, ce qui est le cas de Leon Michels et de son groupe El Michels Affair. On avait entendu parler de lui pour la première fois en 2009 avec son album-hommage au Wu nommé Enter The 37th Chamber (référence au cultissime Enter The 36th Chamber qui aura posé une pierre à l’édifice à la culture, je ne vous apprends rien ici) et voilà qu’il en remet une couche avec le sequel tant attendu nommé Return To The 37th Chamber.

Pour faire simple, El Michels Affair pousse à nouveau la porte de la chambre du Shaolin en reprenant de nouveaux standards du Wu-Tang version soul/funk old-school et instrumental. Et c’est une nouvelle réussite car le groupe réinterprète sans grande difficulté « 4th Chamber » qui fut une collaboration entre le Wu et Killah Priest, l’envoûtant « Iron Man » de Ghostface Killah (qui est en réalité la réinterprétation de « Iron’s Theme » de son mytique opus Supreme Clientele), « Shadow Boxing » ou encore les classiques « Verbal Intercourse » de Raekwon et les accents électro de « Wu Tang Ain’t Nothing To F Wit ». Les autres compositeurs de génie tels qu’Adrian Younge n’ont qu’à bien se tenir !

Les invités de cet opus apportent une plus-value comme la voix déchirante de Lee Fields qui brille sur « Snakes » du regretté Ol Dirty Bastard ainsi que l’aérien « Tearz » conviant également les chœurs voluptueux de The Shacks sans oublier Nicole Wray… ou plutôt devrais-je dire Lady Wray qui reprend « You’re All I Need (To Get By) » de Method Man sans grande difficulté. Return To The 37th Chamber brille pour ses compositions mi-John Carpenter mi-bande originale de kung-fu (« Pork Chop Express », « Drums For Sale » et « Sipped Up ») et ses arrangements vintage qui font des merveilles. C’est à se demander si El Michels Affair est un réel disciple (pas le 4th, hein !) de RZA et de ses Killa Bees car c’est trop beau pour être vrai.

Note: 8/10

Gorillaz – Humanz

Ça avait été annoncé depuis un bon bout de temps mais Gorillaz est officiellement de retour. Sept ans après leur quatrième album The Fall, le groupe virtuel mené par Damon Albarn et Jamie Hewlett a été bien silencieux pendant un bon bout de temps. Il faudra attendre 2014 pour que le britannique nous dévoile son calendrier digne de celui de Marvel avec l’arrivée du nouvel album surprise de Blur en 2015 (chroniqué ici), de The Good, The Bad & The Queen (qu’on attend encore aujourd’hui) et de Gorillaz qui est enfin là et qui est intitulé Humanz.

2D, Murdoc, Noodle et Russel sont de retour pour nous jouer un mauvais tour. Cela fait depuis 2010 qu’on était sans nouvelles de notre supergroupe préféré et forcément, lorsqu’ils annoncent leur grand retour, ils ne font pas les choses à moitié en annonçant la création d’un festival au milieu d’un parc d’attractions nommé Demon Dayz en juin (qui espérons ne sera pas aussi catastrophique et bordélique que le Fyre Festival aux Bahamas) pour promouvoir ce nouvel opus qu’est Humanz. Et justement parlons du contenu de ce cinquième opus attendu en grande pompe. Damon Albarn a affirmé qu’il s’agit d’une playlist de fête de fin du monde où le monde parvient à entrer dans une phase la plus sombre de son histoire. Vous savez pourquoi, je ne vais pas vous faire un dessin.

Et pour ce faire, un gratin d’invités se partage le gâteau que ce soit dans le monde du hip-hop avec le rappeur californien Vince Staples qui lance les hostilités sur l’énergique « Ascension » faisant suite à l’introduction « I Switched My Robot Off » (verrait-on une allusion à Everyday Robots, album solo de Damon Albarn en 2014 ?), les légendaires De La Soul (ou plutôt Posdnuos) sur l’hymne technoïde à prendre ou à laisser de « Momentz » (avec la participation de Jean-Michel Jarre), le déjanté Danny Brown lance un couplet maniaque sur « Submission » aux côtés de la chanteuse R&B Kelela et des prouesses guitaristiques de Graham Coxon (si si !) ou encore Pusha T qui livre un virulent pamphlet anti-Trump sur « Let Me Out » avec les harmonies intacts et impeccables de la légendaire Mavis Staples.

Humanz, par sa thématique sombre, convie également le monde du R&B et de la soul avec le prometteur Peven Everett sur le dansant « Strobellite », la révélation R&B D.R.A.M. effectue quelques ad-libs sur le très bon « Andromeda », Anthony Hamilton sur l’ambiance de fête foraine lugubre de « Carnival » ou encore le gospel sombre de « Hallelujah Money » chanté par la voix sombre de Benjamin Clementine dévoilé en janvier dernier et qui tombait pile poil pour le jour de l’investiture de l’Agent Orange. D’autres invités de marque sont à souligner comme la légendaire Grace Jones qui lâche quelques phrases sur l’électro atypique de « Charger », Popcaan qui est présent pour un hymne reggae nommé « Saturnz Barz » ou encore Jehnny Beth de Savages qui lâche des « On a le pouvoir de s’aimer, okay ? » (je vous vois venir avec vos vannes sur: « Hey, j’suis pas venue ici pour souffrir okay ? ») sur la conclusion qui se veut fédératrice mais trop candide nommée « We Got The Power ».

Et 2D dans tout ça ? Et bien, il est en retrait par rapport à ses invités qui lui volent la vedette mais il a le droit à avoir un seul morceau solo qu’est la ballade aérienne qu’est « Busted and Blue » pleine d’émotions. Et c’est justement un des problèmes majeurs de ce Humanz. On saluera la démarche de vouloir créer une playlist de fête de fin du monde mais il manque un fil conducteur et le tout peut s’avérer bordélique par moments avec des interludes qui sont vraiment inutiles (excusez du peu) et une poignée de morceaux plutôt brouillons, le tout par la voix de Damon Albarn quasi en retrait. Là où les précédents chefs-d’oeuvre Demon Days et Plastic Beach ont brillé pour leur cohérence et leur homogénéité, Humanz part dans tous les sens et la qualité paraît assez inégale et ce, malgré de nombreuses écoutes répétées.

Note: 6/10

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John Milk – Paris Show Some Love

En 2015, John Milk nous a enchanté avec son premier album incroyablement onctueux nommé Treat Me Right (chroniqué ici). Le chanteur lyonnais à la voix suave presque semblable à celle de Mayer Hawthorne impressionnait avec ses compositions soul vintage mises en boîte avec l’aide de l’indétrônable Patchworks. Deux ans plus tard, il rempile avec un second opus Paris Show Some Love où il effectue un virage à 90° avec l’aide de personne.

Rendant hommage à la ville lumière qui fut frappé par les terribles attentats du 13 novembre 2015, John Milk décide de rajouter plus de groove à sa musique qu’à l’accoutumée en incorporant des influences hip-hop du regretté J Dilla et funk organique du regretté Prince, comme le montre les fiévreux « When I Get Down », « It Doesn’t Matter » ou encore « Got To Be True » faisant monter la température. Le lyonnais nous montre ses capacités de beatmaker sur cet opus où les basses bodybuildées, les synthés, le moog et le vocoder rencontrent le son analogique et chaleureux.

Tandis qu’il brille au chant sur des pépites soulful comme « Create », « Stir It Up » (qui n’est pas une reprise de Bob Marley, détrompez-vous) ou encore l’hypnotique « Wood For My Fire » contrastant avec le très funky « Ain’t Funky Enough » avec le vocoder qui va avec, il prouve qu’il peut faire comme Charles X, c’est-à-dire chanter et rapper. Il montre ses talents de emceeing sur les samples jazzy de « Paris Show Some Love » où l’on aurait cru à un croisement entre The Roots période Do You Want More et le label Mello Music Group. Il en profite pour faire comme J Dilla à la fin de l’opus, c’est-à-dire balancer des dédicaces sur « Shout Out » sur une instru bien agréable.

En déclarant sa flamme pour Paris, John Milk a réussi sa reconversion musicale. Le lyonnais peut se vanter d’avoir une triple casquette, c’est-à-dire chanteur « crooner »/rappeur/beatmaker et d’assurer sur ces trois tâches avec brio. Donnez un peu d’amour à ce bonhomme !

Note: 8/10

Oiseaux-Tempête – AL-‘AN

Le groupe Oiseaux-Tempête s’est fait connaître avec leurs deux albums faisant l’éloge de la Méditerranée avec un premier album en 2012 rendant hommage à la Grèce et Ütopiya en 2015 rendant hommage à la Sicile et à la Turquie. C’est donc pas un hasard qu’ils décident de clore leur trilogie avec un nouvel album intitulé AL-‘AN où ils font un arrêt au Liban.

Et très vite, on a affaire à un voyage cérébral des plus étourdissants dans la capitale de Beyrouth où le groupe nous entraîne dans leur post-rock massif et peu accessible. En effet, on arrive à capter l’ambiance générale de la ville qui traverse une période sombre de son histoire politiquement et socialement parlant à travers des lentes progressions musicales qui font froid dans le dos comme « Bab Sharqi », « Feu aux Frontières » ou encore « Our Mind Is A Sponge, Our Heart Is A Stream ».

Avec l’aide de Sylvain Joasson de Mendelson et de Mondkopf, les deux têtes pensantes que sont Frédéric D. Oberland et Stéphane Peigneul arrivent à peindre un Beyrouth sombrant dans le chaos avec le rude « Baalshamin » durant 7 minutes, les élans jazzy de « The Offering » ou encore le tragique « Ya Layl, Ya 3aynaki (Ô Nuit, Ô Tes Yeux) ». Ils font également intervenir le chanteur local Tamer Abu Ghazaleh pour un moment de contemplation qu’est le bouleversant « I Don’t Know, What Or Why (Mish Aaref Eish W Leish) » ou encore le britannique G.W.Sok du groupe The Ex pour un moment de spoken-word solennel nommé « Through The Speech Of Stars », monument de 17 minutes où on alterne destruction/reconstruction, accalmie/beau temps en fonction du climat musical changeant sans cesse.

Avec AL-‘AN, Oiseaux-Tempête clôt avec maestria leur trilogie hommage à la Méditerranée. Même si il paraît difficile d’accès aux premiers abords, cela permet justement au groupe de maîtriser parfaitement leur sujet et d’apporter leur version de leur destination afin de donner un résultat précis et fascinant.

Note: 7/10