Akira Kosemura – In The Dark Woods

Si vous ne connaissez pas Akira Kosemura, nous vous conseillons de vous ruer sur sa discographie le plus rapidement possible. Le musicien japonais est comparé à d’autres actes comme Olafur Arnalds, Max Richter et Nils Frahm en raison de ses compositions vaporeuses et mélancoliques. Il possède une discographie exemplaire et c’est ainsi qu’il fait son grand retour avec son nouvel album intitulé In The Dark Woods.

Comportant 17 titres, on se prépare à rentrer dans l’univers cinématographique et paisible du japonais. C’est avec des morceaux planants et mélancoliques au piano que l’on peut associer à un long-métrage dramatique de « DNA » à « Between The Trees » en passant par « Kaleidoscope Of Happiness », « Shadow » et « Innocence ». Chaque seconde, chaque note de piano préparé, de milliers de frissons parcourent notre échine et ce périple s’interrompt avec des claviers supplémentaires comme sur « Sphere » et « Dedicated To Laura Palmer » pour plus de douceur. Alors que l’on n’avait rien entendu d’aussi pur et d’innocent que ce piano préparé qui joue avec nos sens comme sur « Stillness Of The Holy Place », voilà que les cordes viennent pleurer un bon coup sur le frémissant « In The Dark Woods » pendant six divines minutes.

Vous l’avez compris, In The Dark Woods est une sacrée oeuvre de modern classical qui est un véritable ascenseur émotionnel. On appréciera la justesse et l’intensité des compositions et la précision de ses notes harmonieuses de la part du japonais qui peaufine son art comme personne. A classer entre Philip Glass et Max Richter et à écouter au clair de lune dans les bois.

Note: 8.5/10

Tony Allen – The Source

Tony Allen n’est plus à présenter vu que le grand patron de l’afrobeat a un CV qui en jette. Batteur hors normes et compositeur de talent, il a un palmarès qui ne devrait pas être renié et des actes comme Damon Albarn, Jimi Tenor, Fela Kuti et autres Oumou Sangaré peuvent nous l’affirmer. Mais ce que le légendaire musicien n’a pas encore fait tout au long de sa discographie, c’est de rendre hommage à un genre musical qui lui est tant cher à ses yeux: le jazz. Résultat des courses, son nouvel album The Source sur le légendaire label Blue Note a exaucé ses rêves.

Accompagné d’un live band (le tromboniste Daniel Zimmermann, le saxophoniste Rémi Sciutto, le contrebassiste Mathias Allamane, le claviériste Vincent Taurelle ainsi que le guitariste Indy Dibongue), l’autre père de l’afrobeat revient aux sources pour un opus reposant faisant suite à son EP hommage à Art Blakey. Il en résulte un voyage spirituel avec des instrumentaux organiques et smooth comme « Moody Boy », « Cruising » et « On Fire ». Le jazz est au cœur des préoccupations du superbatteur tant il respire ce courant musical à pleins poumons sur « Woro Dance » et « Wolf Eats Wolf » même si les relents afrobeat ne sont pas mises de côté pour autant comme sur « Tony’s Blues », « Push and Pull » ainsi que sur « Ewajo ». Notons également la participation de Damon Albarn aux claviers sur l’épuré et méditatif « Cool Cats » qui n’interrompt pas le voyage en cours, bien au contraire.

Tony Allen a réalisé l’album de ses rêves et prouve qu’il reste invincible dans son domaine avec son subtil hommage au jazz instrumental. The Source ira convoquer les spectres de Lester Bowie, Charles Mingus et autres Gil Evans avec l’expertise du papa de l’afrobeat qui fait toute la différence. Laissez-vous tenter par une expérience jazzy hors normes.

Note: 8/10

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The Black Seeds – Fabric

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. C’est un peu le proverbe qui correspond entre les deux grands titans du reggae de la Nouvelle-Zélande: Fat Freddy’s Drop et The Black Seeds. Et la concurrence est intense en matière d’originalité. Tandis que les premiers nous ont épaté avec leur Bays il y a deux ans, les derniers nous ont laissé pantois avec un Dust & Dirt résolument planant et lounge en 2012. Après cinq ans d’absence et pendant que leurs concurrents préparent peut-être leur grand retour, les voilà que The Black Seeds nous présentent leur sixième opus intitulé Fabric.

Après leur épopée psychédélique de leur étonnant Dust & Dirt, le combo néo-zélandais a décidé d’ajouter des couleurs groovy pour ce nouvel album à leur reggae mutant qui a fait leur réputation. On en est pas encore là car des standards à mi-chemin entre le one-drop et le dub sont présents avec « Better Days », « Everybody Knows » et « Moving On ». Et préparez-vous à sortir la boule à facettes et les pattes d’eph car surviennent les morceaux disco-funk de « Freakin' » et de l’entraînant « The Weaver » qui vous feront danser jusqu’au bout de la nuit à coups de lyrics poussant à la réflexion.

Alternant les hymnes dub comme le lunaire « Fabric » et le déstructuré « Ride On » et d’autres plus smooth comme l’excellent « Back To You », The Black Seeds reste dans son élément et continue à multiplier les palettes musicales pour se démarquer. Ne perdant jamais ses aspects soulful comme sur le dernier titre « Lost In The Bush », le combo de Wellington garde les pieds sur Terre et continue à distribuer des good vibes par milliers, tel est leur marque de Fabric.

Note: 7/10

Msafiri Zawose – Uhamiaji

On ne fait pas souvent attention à la scène musicale de Tanzanie, et pourtant c’est bien important de creuser dans ce pays. Parce que la spécialité tanzanienne est la musique gogo, une musique dans laquelle Msafiri Zawose est tombée étant petit. Fils du légendaire Hukwe Zawose qui a tourné aux côtés de Peter Gabriel durant les années 1980, le fabricateur d’instruments à ses heures perdues (oui, il lui arrive de fabriquer un ilimba, un piano qui se joue avec les pouces) décide de poursuivre cet héritage avec ce nouvel opus intitulé Uhamiaji.

Signifiant « immigration » ou « frontières », ce nouvel opus vous transportera en Tanzanie où l’on fait connaissance avec cette culture traditionnelle wagogo en compagnie de la Santuri West Africa et de Sam Jones de SoundThread (Orlando Julius). Résultat, on assiste à une incroyable fusion entre wagogo et explorations électroniques carrément expérimentales plus occidentales avec des titres hypnotiques à l’image de « Nzala Urugu » qui ouvre le bal ou encore « Chibitenyi », « Nosaga » et « Mbeleko ».

Uhamiaji est un voyage afro-futuriste plutôt intéressant où tous les sonorités électroniques et organiques s’entremêlent pour en faire quelque chose d’original et de dément avec des trips orgasmiques à l’image de « Tusife Majanga » et « Mdara » ou d’autres plus sobres comme l’instrumental « Mashakiri ya Mbali ». Les textures venues d’ailleurs appuient parfaitement le chant plaintif de Msafiri Zawose qui devient plus lancinant vers la fin de l’opus avec le quasi-instrumental « Malugaro » ou encore le reposant « Hali Halisi ». En somme, cet opus se veut être la complémentarité avec Assembly paru en 2002 l’album collaboratif de Hukwe Zawose et du producteur Michael Brook. Jamais la connexion musicale Londres/Bagamoyo ne fut aussi puissante que maintenant.

Note: 7.5/10

Songhoy Blues – Résistance

La scène musicale malienne continue de s’amplifier au fil du temps. Et voilà que Songhoy Blues arrive à se faire une place sur cette scène de plus en plus concentrée avec leur premier album Music In Exile paru en 2014. Trois ans après ce succès d’estime, le quatuor de blues électrique originaire du Tombouctou, à la frontière du Sahara, récidive avec Résistance.

Ici, le groupe mené par le charismatique leader Aliou Touré incite son auditeur à entrer en résistance tout bêtement avec ce contexte politique mondial actuel. Mais c’est avec des paroles incisives mais positifs qu’ils éveillent les consciences sur des rythmes afro et bluesy de « Voter », « Bamako » célébrant la vie nocturne de la capitale et autres « Hometown » toujours aussi festifs. Et pour accentuer leur propos, Songhoy Blues n’hésite pas à faire intervenir des invités prestigieux comme le groupe Stealing Sheep, le légendaire iguane Iggy Pop qui, étrangement, retrouve la fraîcheur d’antan sur « Sahara » mais aussi le rappeur londonien sur l’enchanteur « Mali Nord ».

Avec les guitares fougueuses de Garba Touré, les instrumentations riches et les rythmes endiablés, Songhoy Blues appuie là où ça fait mal en battant au mieux possible les clichés que l’on peut avoir sur le Mali par rapport à ce que nous montre les grandes puissances médiatiques mais incite le peuple à exprimer leur mécontentement via des morceaux incendiaires comme « Badji », « Dabari », « Ici Bas » et autres « Alhakou ». Le tout pour un message d’unité sur le dernier titre intitulé « One Colour » dont une chorale d’enfants nous chante gaiement: « Together, we can, together yes we can ». Songhoy Blues réussit à livrer un album engagé et festif incitant son auditeur à entrer dans l’ère de la résistance.

Note: 8.5/10

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Quantic & Nidia Góngora – Curao

Le duo Will Holland/Nidia Góngora est certainement l’alchimie la plus cool que le monde ait connu. Depuis leur première collaboration en 2009 sur l’album Quantic & His Combo Barbaro, le DJ/producteur/musicien multi-instrumentiste britannique et la chanteuse colombienne, membre du groupe Canalon, font l’incroyable paire jusqu’à maintenant. Il était finalement temps pour un véritable album collaboratif qui paraît enfin cette année du nom de Curao.

Cet opus est composé de 18 titres dont quatre interludes (trois des quatre interludes sont des petits morceaux a cappella de la part de l’exotique Nidia Góngora), Curao permet de capturer toute l’essence de l’alchimie entre les deux où l’on navigue sur la côte pacifique avec quiétude. La rencontre entre la cumbia, la bossa-nova, la salsa et autres musiques folklores colombiennes et les sonorités plus occidentales est au rendez-vous et donne naissance à des moments tropicaux bien juteux à l’image de « E Ye Ye », « Que Me Duele ? » ainsi que le savoureux « Se Lo Vi ».

Il y en a pour tous les goûts, que ce soit les accents dub sur le bien-nommé « Dub del Pacifico » qui aurait pu figurer sur n’importe quel album de Quantic and His Flowering Inferno ou des sonorités électroniques qui planent comme les claviers 8-Bit du très rythmé « Ojos Vicheros » mais aussi « Amor en Francia » sans oublier une prestation a cappella sur le planant et hypnotique « Dios Promete ». Il y a également un côté best-of des meilleures collaborations entre les deux têtes pensantes avec des versions réactualisées de « Un Canto a mi Terra » et de « No Soy del Valle » ainsi que d’anciennes chansons que « Muévelo Negro » et « Ñanguita ».

Quoi de mieux qu’une bande-son qui sent l’exotisme que ce Curao. Quantic et Nidia Góngora font parfaitement la paire et prouvent qu’on peut mélanger musiques traditionnelles latines avec des soupçons de hip-hop et d’electronica sans aucun souci et c’est sans compter sur les maîtres dans la matière.

Note: 8/10

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Algiers – The Underside of Power

Il y a deux ans, un OMNI est venu secouer nos oreilles curieuses. Il s’agissait d’Algiers, trio originaire d’Atlanta qui a eu l’audace de mélanger gospel et post-punk sur leur premier album tout simplement mémorable (chroniqué ici). Mené par la voix passionnante et déchirante de Franklin James Fischer, le groupe a éveillé les consciences grâce à leur musique apocalyptique et violente et en remet une couche avec leur nouvel opus The Underside of Power produit par Adrian Utley de Portishead et Ali Chant.

« Walk Like A Panther » ouvre le bal et reprend là où ils se sont arrêtés deux ans plus tôt. S’ouvrant sur un sample d’un discours de Fred Hampton, militant des Black Panthers assassiné, l’interprétation urgente et alarmiste de Franklin James Fischer plante le décor et est aussi chargé qu’un cocktail molotov. L’intensité s’agrandit au fur et à mesure lorsque l’on contemple ce The Underside of Power qui est chargé de moments bestiaux comme « Cry of the Martyrs », le groovy « The Underside of Power » mais également le post-punk frémissant « Death March ».

Entre 2015 et 2017, rien n’a changé. Pire, la situation s’est envenimée avec les bavures policières qui n’en finissent pas, les actes malfaisants perpétrés par l’Etat Islamique et pour ne pas changer, la victoire incompréhensible de l’autre. Algiers exprime leur désarroi en musique et dénonce de fond en comble, que ce soit par des moments plus mélancoliques comme « Mme Rieux » et « Hymn For An Average Man » ou d’autres plus noisy avec « Cleveland » et « Animals ». Quoi de mieux que de nous prendre aux tripes avec des instrumentaux chamaniques et démoniaques que sont « Plague Years » et « Picture Me Standing » qui, elle, plante le décor du dernier assaut final qu’est « The Cycle/The Spiral: Time To Go Down Slowly » où le trio devenu quatuor (car Matt Tong, ex-Bloc Party, a rejoint le groupe) marque définitivement au fer rouge leur rage et leur indignation mondiale.

Comme pour le premier album, Algiers fait un constat alarmant en musique et ce de la meilleure des manières. The Underside of Power ira cohabiter post-punk, trip-hop, noise-rock, gospel et soul apocalyptique pour un capharnaüm aussi chaud que la braise. Une fois de plus, la formation d’Atlanta sait éveiller les consciences afin de pousser l’auditeur à la révolte.

Note: 7.5/10

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