Bonnie Banane – Nini

Qualifier Bonnie Banane d’artiste extravagante relève d’un doux euphémisme. Les uns les ont découvert grâce à ses collaborations devenues légendaires (Flavien Berger, Chilly Gonzalez, Varnish La Piscine, Hubert Lenoir, Jimmy Whoo…) les autres avec son premier album nommé Sexy Planet l’ayant révélé au grand public (chroniqué ici). Définitivement inclassable, elle saura aussi bien mêler la théâtralité de Brigitte Fontaine que le côté impérial et femme fatale de Beyoncé avec son style parfois imité mais jamais égalé. Allons savoir ce qu’elle nous a préparé avec son second album événement intitulé Nini.

Personne ne peut prédire ce que nous prépare Bonnie Banane suite à son aventure drum’n’bass avec son dernier EP nommé SOS où on la voyait naviguer vers des terrains dignes de Nia Archives (chroniqué ici). Pour Nini, elle bouscule de nouveau les codes pour continuer de nous surprendre. Et pour ce faire, elle décide de faire appel au génie bien sous-estimé qu’est Félix Petit pour ce Nini qui est en réalité son surnom d’enfance. « Instant Karma », qui n’est pas une reprise de John Lennon, ouvre le bal avec délicatesse mais avec cette théâtralité soulful qui lui va comme un gant pour cette comptine amoureuse si hypnotique avant de débarquer dans une bonne dose de démence avec « Franchement » qui est un parfait cri du cœur pour notre protagoniste qui conserve cette naïveté si touchante (« Franchement, c’est décevant quand j’vois le nombre de gens […] C’est toujours la même histoire, les flics s’acharnent sur les noirs/Et y a surtout trop de blancs, franchement c’est décevant », chante-t-elle) avant de mettre les choses au clair avec le fameux « Fuck Valeurs Actuelles, vive la lune dans le ciel ».

Nini verra donc brouiller les pistes entre le burlesque et le sensuel, l’impressionnisme et la dramaturgie sous cette influence jazz-funk protéiforme. Bonnie Banane ainsi que Félix Petit explorent chaque recoin de leurs personnalités excentriques, allant des sonorités bossa-nova sur « Sacha » (ainsi que son sequel nommé « Toi ou Moi (Sacha II) ») jouant au jeu du chat et de la souris ou plus neo-soul sur « Red Flags ». C’est aussi l’occasion pour la princesse du R&B expérimental d’explorer sa large palette d’émotions de façon inédite, allant de la colère sur « PMS » à la douceur sur « The Nap Song » en passant par de la violence et la folie pure et dure sur le très rock « Hoes Of Na » avec cette théâtralité qui lui va comme un gant.

Avec des textes intimistes ayant une portée universelle, Nini se dévoile à nous notamment avec la conclusion vibrante et orchestrale du nom de « Joie intense, tristesse profonde » qui est un véritable plaidoyer résonnant en nous. Le second disque de Bonnie Banane permet à notre protagoniste de véhiculer ses émotions brûlantes de la façon la plus audacieuse et la plus dramaturgique qui soit. Avec une palette musicale définitivement élargie grâce à l’apport de Félix Petit, il est temps d’attribuer la couronne à notre Nini nationale.

Note: 8.5/10