Zara McFarlane – Arise

Parmi les plus belles révélations jazz de cette année 2017, il y a eu Jamila Farak dont j’attends toujours un disque mais aussi Zara McFarlane. C’est justement cette dernière qui nous intéresse car la chanteuse londonienne possède un je ne sais quoi qui rend sa musique absolument irrésistible. Et ce petit je ne sais quoi, on le retrouve sur son nouvel album intitulé Arise.

Soutenue par le très grand Gilles Peterson, Zara McFarlane continue d’afficher fièrement ses origines jamaïcaines sur ce troisième disque qui viendra concilier jazz et traditions locales. Dès lors, le dépaysement est le bienvenu avec des morceaux chaloupés allant de « Pride » à « In Between Worlds ». C’est avec l’aide du jeune batteur et producteur Moses Boyd qu’ils ajoutent un beau soupçon d’influences caribéennes notamment sur « Peace Begins Within », « Freedom Chain » ou encore « Allies Or Enemies ».

Il ne manque plus qu’une reprise du légendaire groupe The Congos intitulée « Fisherman » sans oublier l’intervention divine du clarinettiste Shabaka Hutchings sur l’hypnotique « Silhouette » pour faire de ce Arise un disque résolument introspectif où la ravissante Zara McFarlane est en communion avec ses racines afin d’en ressortir un univers métissé et largement bien peaufiné.

Note: 8.5/10

 

Jay-Jay Johanson – Bury The Hatchet

Plus besoin de présenter Jay-Jay Johanson à ce stade de sa carrière. Le crooner suédois possède une discographie qui n’est pas sans pareil depuis maintenant 20 ans. Après un Opium qui remplissait ses promesses il y a deux ans, le voici de retour avec son onzième opus intitulé Bury The Hatchet.

Et très vite, on plonge dans l’intimité de notre cher suédois qui nous séduit avec des morceaux intimistes comme la superbe introduction nommée « Paranoid » mais également les ambiances polar de « You’ll Miss Me When I’m Gone » avec ses cuivres bien raffinés et la basse chaloupée de « November ». Bury The Hatchet nous séduit par son spleen automnal et c’est ce qu’on retiendra lorsque l’on ressortira les pièces nostalgiques et dépouillées de « She’s Almost You », « The Girl With The Sun In Her Eyes » mais encore « Advice To My Younger Self » et « From Major To Minor ».

Mais il n’est pas uniquement question de spleen sur ce disque. Bury The Hatchet peut faire revivre certaines couleurs notamment sur le précieux duo avec Lucy Belle Guthrie, fille de Liz Frazer et de Robin Guthrie, sur le resplendissant « Rainbow » avant une conclusion flirtant avec le trip-hop nommée « Nightmares Are Dreams Too ». Encore une oeuvre riche en émotions de la part de notre Jay-Jay Johanson qui enterre définitivement la hache de guerre.

Note: 8.5/10

 

Sampa The Great – Birds and The BEE9

Quelques-uns d’entre nous ont pu découvrir Sampa The Great sur l’album du rappeur australien REMI. Demons and Divas avec le titre « For Good » ultra-cool en fin d’année dernière. Il ne fait aucun doute que la rappeuse d’origine zambienne allait faire parler d’elle avec son flow ultra-précis et ses textes incisifs et engagés et c’est ainsi qu’elle présente son album/mixtape intitulé Birds and The BEE9 pour cette fin d’année.

Marchant sur les mêmes pas que Lauryn Hill et Erykah Badu mais aussi par des artistes plus modernes comme Rapsody, Sampa The Great nous ouvre grand les portes de son intimité et nous livre son autobiographie de façon très touchante. Et ce dès l’introduction intitulée « Healing » qui est une incitation à l’évasion montrant la jeunesse de la rappeuse jusqu’à la femme qu’elle est devenue aujourd’hui, le tout accompagné par des instrumentations soul/jazz live totalement harmonieuses avec des moments resplendissants comme « Protect Your Queen », « Rhymes To The East » ou encore le contemplatif « Bye Queen ».

La plupart du temps, elle est bien accompagnée notamment avec REMI. qui lui renvoie l’ascenseur sur le somptueux « Flowers » mais également des invités plutôt inconnus qui font un travail pour le moins remarquable. Que ce soit Nicole Gumbe sur le résolument smooth « Black Girl Magik », Syreneyiscreamy sur les sonorités trap « Casper » avec ses riffs de guitare succulents ou encore Mwanje Tembo sur un duo exceptionnel sur « Inner Voice » et Zaacharia qui clôture la marche avec la parfaite suite de « Healing » rebaptisée « Healer », Sampa The Great rayonne et impressionne. Birds and The BEE9 est réservé aux éternels amoureux de fusion hip-hop/neo-soul/jazz smooth avec des messages fort percutants.

Note: 8.5/10

Bost & Bim / Brisa Roché / Winston McAnuff – Your Light / Rabbi Son

Tiens, ça fait longtemps qu’on n’avait pas entendu parler de Bost & Bim. Vous vous souvenez d’eux, d’ailleurs ? Ce duo qui faisait des remixes reggae des morceaux de hip-hop US des années 2000 (P.I.M.P. de 50 Cent, Lighters Up de Lil’Kim et j’en passe…) mais également « American Boy » d’Estelle et Kanye West rebaptisé « Jamaican Boy » à l’occasion avec Brisa Roché et Lone Ranger. C’était le bon temps et bien, figurez-vous qu’ils sont de retour avec deux nouveaux EPs intitulés Your Light avec Brisa Roché et Rabbi Son avec Winston McAnuff.

Intéressons-nous tout d’abord au premier EP en compagnie de notre diva qui survole avec classe les riddims reggae-dub que nous confectionne Bost (car pour info, la moitié du duo Bim qui fut guitariste est décédé en juin 2016) avec les agréables « I’ll Be Your Safety », « Good Man » mais aussi « Tall Man ». Ils en profitent également pour reprendre  « Life On Mars » pour un touchant hommage à David Bowie pour un résultat réussi mais aussi d’inviter LMK (qui a fait ses preuves sur l’album de Taggy Matcher, l’autre pseudonyme de Patchworks) sur l’optimiste « Your Light ». En somme, un EP agréable à écouter sans modération.

 

Maintenant place à la seconde partie provisoirement intitulé Rabbi Son mettant cette fois-ci en lumière la voix du très grand Winston McAnuff qu’on ne présente plus. Et cela fait plaisir de l’entendre dans un univers qu’il affectionne le mieux, à savoir un son reggae envoûtant à l’ancienne avec les éclatants « No Warrior », « I Won’t Be Afraid » et « Dem Know ». Et comme sur le précédent EP, ici, ils ont l’audace de reprendre avec classe « Crazy » de Gnarls Barkley et pour ça, on ne peut pas s’en plaindre.

Avec ce retour en force, Bost reprend son trône même sans l’aide de son défunt acolyte afin de nous envoûter avec ses riddims organiques et implacables mettant également en vedette ses deux invités qui tirent leur épingle du jour.

Note: 7.5/10

Melanie de Biasio – Lillies

C’était il y a dix ans, Mélanie de Biasio fut révélée au grand public avec son premier album A Stomach Is Burning avec un enjeu particulier centré sur sa santé. Mais il n’en est rien car la demoiselle est devenue un grand nom de la scène jazz du moment avec une discographie qui vaut vraiment le coup de se pencher dont son dernier EP No Take en 2013. Mais cette année, voilà qu’elle fait son grand retour avec l’impressionnant Lilies.

Partagé entre jazz, blues, soul et trip-hop, la chanteuse de Charleroi continue à bouleverser son auditeur avec son interprétation qui fait froid dans le dos sur des morceaux bouleversants et intrigants à l’image de « Your Freedom Is The End Of Me » aux tristes notes de piano mais également le délicat « Gold Junkies » qui a de quoi faire penser aux ambiances du mythique Out Of Season de Beth Gibbons et Rustin Man et l’hypnotique « Let Me Love You ».

Evidemment, il y a de quoi penser à du Agnes Obel dans sa manière d’être mais Melanie de Biasio possède plus de retenue que ce soit sur les ballades piano-voix larmoyantes comme « Lilies » ou des essais plus obscurs et minimalistes avec « Brother » et « Afro Blue » sans oublier sa conclusion bien expérimentale et renversante qu’est « And My Heart Goes On ». Oui, Lilies est impressionnant tant on laisse bouche bée par tant de grâce et tant d’imagination à travers ce disque sensible et chavirant, où Nina Simone rencontre Portishead. Dix ans après son premier album, elle nous prouve qu’elle a encore son mot à dire.

Note: 9/10

Sandra Nkaké – Tangerine Moon Wishes

En 2008, on s’est tous pris une immense claque avec le premier album de Sandra Nkaké qu’était Mansaadi. Et depuis, on ne lâche jamais la ravissante chanteuse et sa carrière toujours impeccable avec son album suivant Nothing For Granted en 2012. La successeure de Grace Jones qui mélange sans vergogne jazz, soul et sonorités world nous est revenue en septembre dernier avec son troisième disque très attendu du nom de Tangerine Moon Wishes. O joie !

La chanteuse franco-camerounaise nous embarque dans un univers introspectif et intimiste mais totalement onirique où elle fait parler ses influences musicales qui lui sont tendrement chères. En somme, Tangerine Moon Wishes est une incitation à la rêverie à travers des morceaux chatoyants à l’image de « The Dawn », « Hope » ou encore « Change » en passant des titres chantés en français comme les mystiques « Mon Cœur », « Nuit » et « Lune rousse ». A mi-chemin entre jazz, soul, rock et couleurs world sulfureuses, elle ne laissera personne indifférent sans compter qu’elle est entourée de la crème de la crème comme le flûtiste Jî Dû, la guitariste de Jungle Bouk Tatiana Paris, le batteur Thibaut Brandalise ainsi que le bassiste Kenny Ruby.

Ce troisième album verra l’occasion pour notre Sandra Nkaké de nous faire part de son talent hors-normes à travers ce voyage psychédélique et envoûtant où l’on traverse des contrées à la fois exotiques et particulières. Tangerine Moon Wishes vous laissera bouche bée si vous acceptez l’initiation au voyage.

Note: 8/10

 

Denai Moore – We Used To Bloom

Il a fallu qu’une révélation au We Love Green et une apparition bien mémorable sur le second album de SBTRKT pour que tout semble sourire pour Denai Moore depuis 2014. La révélation soul-folk britannique d’origine jamaïcaine a connu le succès qui est suivi d’un premier album Elsewhere l’année suivante et depuis, le monde n’a d’yeux que pour elle. C’est ainsi qu’elle récidive avec son second opus We Used To Bloom sorti en juin dernier.

Ce second album est vu comme une sorte de thérapie afin de parler de ses problèmes et c’est de cette façon que Denai Moore arrive à s’exprimer et à donner tout son ressenti. We Used To Bloom contient pas mal de perles on ne peut plus synthétiques comme « Let It Happen », « Trickle » ou encore « Twilight » traitant du fait que tout peut s’écrouler lorsque l’on entretient quelque chose faisant ressortir le talents vocal de la jeune demoiselle. Ajoutons cela avec une dose de sensualité et de puissance, on obtient également des moments savoureux à l’image de « Do They Care ? », « Leave It Up To You » mais encore « Does It Get Easier ? ». Ah, et que dire du fabuleux duo avec l’autre prodige londonien Kwabs sur « All The Way » qui referme la marche somptueusement: un combo gagnant, comme on en fait plus.

Pour faire court, Denai Moore a entrepris un virage musical à 90° des plus risqués afin de nous offrir un We Used To Bloom où elle use de son pouvoir pour se confier à son auditeur et à sortir de son cocon bien conventionnel. Encore une fois, la mission est plutôt réussie.

Note: 7.5/10