The Mountain Goats – Goths

Il y a deux ans, The Mountain Goats nous a appris à comment ne pas baisser les bras face à l’adversité avec leur album Beat The Champ (chroniqué ici). John Darnielle, qui est considéré comme étant un des meilleurs lyricistes dans le monde de l’indie rock américain, et ses compères rempilent avec un nouvel album concept intitulé Goths et qui rendent hommage… aux gothiques, tout simplement.

Cette année, John Darnielle avait publié un livre sur l’obscurité intitulé Universal Harvester et c’est ainsi que Goths y va dans ce sens mais en misant sur le côté philosophique de la chose. Lui et ses acolytes y dépeignent cette attitude sur ce seizième opus pour le moins lumineux et incroyablement reposant avec des compositions indie folk doucereuses comme « Rain In Soho », « Andrew Eldritch Is Moving Back to Leeds » ou encore « We Do It Different On The West Coast » contenant une douce note de nostalgie.

Et si vous tendez bien l’oreille durant tout l’album, vous noterez qu’il n’y a aucune guitare, juste un piano et un Fender Rhodes qui mène la danse, sans oublier des arrangements cuivrés pour en faire une oeuvre d’exception. On y trouve des morceaux aussi bien audacieux que réussis comme « Unicorn Tolerance », « Wear Black » sans oublier « Rage of Travers » n’hésitant pas à lorgner vers le smooth jazz de temps en temps. The Mountain Goats connaît très bien son affaire et on aura l’impression de revisiter l’époque d’All Eternals Deck tellement cet opus est incroyablement bien peaufiné et le climax est clairement atteint sur « For The Portuguese Goth Metal Bands » dont je vous épargnerai le thème. Avec ce seizième album des Californiens, vous n’aurez plus peur d’être gothiques car ils sont comme nous au final.

Note: 8.5/10

Land of Talk – Life After Youth

Sept ans que l’on avait plus entendu parler de Land of Talk ! Depuis la parution de leur second album Cloak and Cipher en 2010 nommé aux Polaris Music Prize l’année suivante, le groupe mené par Elizabeth Powell a décidé de se séparer sur un coup de tête alors que tout leur souriait. Il faudra attendre 2015 pour que le hiatus se termine enfin et les Montréalais mettent en route leur troisième opus Life After Youth paru ces derniers jours.

La raison pour laquelle Land of Talk fut en pause, c’est à cause d’une profonde et sévère remise en question pour Elizabeth Powell qui, suite à une polype des cordes vocales, a connu pas mal de galères comme son ordinateur qui a crashé et qui a fait perdre les démos pour un éventuel album et son père qui fut frappé par une attaque cérébrale entre autres. Durant cette période trouble, elle s’est faite discrète afin de frapper fort avec ce troisième opus qui a tout d’un disque de rédemption avec des titres flamboyants et élégants comme « Yes You Were », « This Time » ou encore « What Was I Thinking ? ».

Avec la participation de Sharon van Etten, Steven Shelley, ex-batteur de Sonic Youth ainsi que John Agnello à la production entre autres, les dix compositions indie rock rayonnantes de Land of Talk font mouche comme auparavant et la voix d’Elizabeth Powell est plus bouleversante que jamais, notamment sur « Spiritual Intimidation », « Heartcore » et autres « In Florida » où elle nous raconte passionnément sa traversée du désert avant de revenir au top, tout comme la plus expérimentale « Inner Lover » avec ses claviers hypnotiques menant la danse. Life After Youth permettra au groupe de Montréal de revenir au top et de panser les blessures du passé afin de repartir du bon pied.

Note: 8.5/10

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(Sandy) Alex G – Rocket

En 2015, Alex G a fait parler de lui avec son album chez le label Domino nommé Beach Music (chroniqué ici). Le jeune musicien de Philadelphie qui fut biberonné aux disques de Pavement, Elliott Smith et autres Dinosaur Jr. a vu sa réputation dépasser l’étape de Bandcamp, à un tel point que Frank Ocean lui-même lui demande de jouer de la guitare sur ses albums Endless (visuel) et Blond(e) l’an dernier. Désormais, celui que l’on baptise (Sandy) Alex G est passé de songwriter secret de l’Internet au nouveau sauveur de l’indie rock américain (désolé Will Toledo…) et nous le prouve avec son nouvel album Rocket où il présente un large éventail d’influences musicales.

Alex Giannascoli nous montre sur ce nouvel album qu’il ne se cantonne pas qu’à de l’indie rock lo-fi à consonances 90’s (excepté sur les morceaux « Judge » et « Big Fish ») mais au-delà de tout ça. On retrouves des influences plus Americana/alternative country sur les délicieux « Poison Root » où les notes de guitare acoustique et de banjo s’accordent avec un violon strident, les rythmes guillerets de « Proud » ainsi que « Bobby » où il partage le micro avec Emily Yacina. (Sandy) Alex G sort des sentiers battus et ira piocher du côté du jazz avec le langoureux « County » où il impressionne avec son falsetto ainsi que sur la conclusion savoureuse nommée « Guilty » avec un saxophone chaleureux, ce qui prouve qu’il a plus d’un tour dans sa poche.

Mais attention, Rocket ne regorge que de surprises et le musicien de Philadelphie est capable de ne pas faire dans la dentelle quand ça le dérange. Prenez par exemple l’ultra-agressif et claustrophobe « Brick » où on a l’impression qu’un rappeur, disons Lil Ugly Mane, aurait deversé toute sa rage et son angoisse sur une composition industrielle et noisy que des groupes comme Prodigy l’aurait composé avec une surdose de Xanax. Ou encore l’instrumental bien étrange et décalé de « Horse » où les notes de piano et autres sonorités électroniques se rassemblent pour donner quelque chose de dissonant. A l’inverse, on retrouve des pièces plus harmonieuses comme la ballade au piano aux sonorités R&B de « Sportstar » où il aura recours à l’Auto-Tune (l’influence de Frank Ocean y est surement pour quelque chose) ainsi que les plages acoustiques de « Powerful Man » et « Alina » faisant intervenir les cordes pour plus de douceur.

Entre ses disques parus sur Bandcamp dont le fameux DSU, Beach Music et son nouvel opus Rocket, nul ne doute que (Sandy) Alex G est devenu un musicien hors normes et sur de lui n’ayant pas peur d’explorer d’autres horizons tout en restant fidèle à ses origines. Le jeune natif de Philadelphie ira chercher du côté de la country, du jazz, du R&B et de la noise-rock afin de bâtir un univers plus solide et plus attachant qu’il ne l’est déjà.

Note: 9.5/10

Wavves – You’re Welcome

Après avoir envoyé chier le label Warner Bros., Wavves est désormais libre de leurs fonctions après un V sympathique mais qui n’a brisé aucune barrière il y a deux ans (chroniqué ici). Le groupe pop-punk mené par Nathan Williams n’est plus à présenter et n’est pas non plus du genre à leur demander de faire ci où ça. Et ce n’est certainement pas leur nouvel opus You’re Welcome que cela va changer la donne.

Avec sa pochette quasi-réminiscente de No Life For Me, album collaboratif entre eux et Cloud Nothings, Wavves reprend là où ils se sont arrêtés en chemin avec V en arpentant leur son pop-punk et surf-garage qui a longtemps fait leur succès avec l’excellente introduction « Daisy » avec son riff bien entêtant et le chant de Nathan Williams toujours aussi enjoué. Les Californiens n’ont plus rien à prouver et nous font remuer la tête avec des morceaux comme « Animal », « Stupid In Love » et « Exercise » qui sont du pur Wavves comme on aime tant.

Parfois, le groupe de San Diego aime sortir des sentiers battus et nous invite dans leur délire carnavalesque comme « Hollowed Out » et les accents doo-wop de « Come To The Valley » ainsi que sur la conclusion farfelue nommée « I Love You » ou incorpore des gadgets électroniques sur « Under ». Au milieu de tout cela surgit tout de même l’artillerie lourde comme les brûlots incendiaires de « No Shade » et « Dreams of Grandeur », de quoi sauver quelques meubles de ce You’re Welcome pour le moins bancal. Avec toutes ces qualités que possèdent cet opus, on reste cependant sur notre faim mais on appréciera toutefois l’enthousiasme que Nathan Williams possède pour sortir de l’ordinaire et de sa fougue adolescente de temps en temps.

Note: 7/10

Froth – Outside (Briefly)

Froth est assurément le secret le mieux gardé de la scène indie californienne. On a souvent tendance à passer à côté du quatuor et pourtant, leurs deux premiers albums – Pattern en 2014 et Bleak en 2015 – sont tout bonnement immanquables tant ils convoquent les spectres de DIIV, Brian Jonestown Massacre et autres Nothing. On parie qu’ils vont enfin connaître l’ascension avec leur troisième opus Outside (Briefly) ?

Les quatre californiens qui ont fait les premières parties de Pond, Tamaryn et Craft Spells dégainent leur gros son allant du shoegaze au krautrock, en passant par la pop psychédélique et la noise-pop avec des compositions hypnotiques comme « Contact », « Shut The Windows » et « Sensitive Girl ». Outside (Briefly) est un festival émotionnel où l’on passe du calme à la tempête en moins de deux avec les morceaux shoegaze agressifs « Passing Things » et « Romantic Distractions » contrastant avec la ballade disordue et reverb de « Petals ».

Ce troisième opus permet de montrer que Froth sait maîtriser ses influences comme personne sur des monuments tels que « Shatter » ainsi que les plus contemplatifs et rêveurs « Show A Flower A Candle And It Will Grow » interprété par le batteur Cameron Allen et « Briefly » qui valent définitivement le détour. Le groupe de Los Angeles nous a concocté un Outside (Briefly) sublime et cohérent, étonnant pour ses sonorités diversifiées.

Note: 8.5/10

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Sweet Spirit – St. Mojo

Sweet Spirit a fait parler d’eux en 2015 avec leur premier album Cokout qui était plutôt sympathique. Le groupe glam venu d’Austin a du voir la concurrence locale se concentrer lorsque A Giant Dog a fait sensation l’année dernière avec leur album Pile, mais qu’importe pour eux, ils continuent sur leur lancée avec leur nouvel album intitulé St. Mojo.

Et très vite, ils sortent leur grosse artillerie avec des hymnes bien furieux comme « The Power », « I Wanna Have You » et autres « Bat Macumba » aux riffs bien assassins sans oublier le tandem vocal Sabrina Ellis et Andrew Cashen qui fait le travail comme il se doit. Mais Sweet Spirit ne se contente pas d’un seul style car ils explorent pas mal de courants musicaux comme le garage-rock sur « Pamela », « Normally » et « Salvation », la country sur « Far From Home » ou encore des moments mélodramatiques comme la ballade au piano « The Better It Feels Today » et « Sweet Jesus » avec ses arrangements de cordes qui sortent de nulle part.

St. Mojo montre un groupe capable d’explorer pas mal d’horizons au delà de leurs influences rock des années 1980-1990 même si ils tombent dans le cliché par moments. On appréciera l’idée de Sweet Spirit mais certains morceaux laissent à désirer et sont quelque peu inégaux par rapport à certains. Personnellement, je n’y vois qu’un verre à moitié vide.

Note: 6/10

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Black Lips – Satan’s Graffiti Or God’s Art ?

Actifs depuis 1999, Black Lips n’ont jamais l’intention de lâcher l’affaire. Depuis leur premier album paru en 2003, le groupe d’Atlanta monte, monte et monte jusqu’à atteindre l’ascension. Trois ans après leur dernier opus Underneath The Rainbow, la bande de joyeux lurons décide d’en remettre une couche avec Satan’s Graffiti or God’s Art ? avec un tout nouveau line-up comprenant Saul Adamczewski, ex-guitariste de Fat White Family et Zumi Rosow au saxophone.

Composé de 18 titres, ce huitième album représente tout le savoir-faire du groupe d’Atlanta: à savoir faire du garage-punk de qualité. Après une introduction bien calme « Overture: Sunday Mourning », la tempête est annoncée avec des brûlots 100 % Black Lips comme « Occidental Front » comprenant la participation de Yoko Ono, « Can’t Hold On » et « Crystal Night » toujours aussi fédérateurs. La présence de Sean Lennon à la production n’est sans doute pas étrangère car cet opus permet de refléter au mieux l’esprit « flower punk » surtout sur les morceaux plus étoffés comme « The Last Cul de Sac », « Squatting In Heaven » et l’excellent « We Know » qui a de quoi faire pâlir de jalousie le roster de Howlin Banana Records.

Entrecoupé d’interludes bluesy « Got Me All Alone », « Bongos Baby » et « E’lektric Spider Webz », on y trouve pas de réel surprise sur ce nouveau disque. En fait, on a parfois l’impression que Black Lips se repose un peu trop sur ses lauriers avec toutes leurs qualités. Ceci dit, on était en attente de surprise malgré l’énergie communicative qui se propage à travers des titres comme le surf-pop psychédélique « Lucid Nightmare » et « It Won’t Be Long » ou des pièces plus mélancoliques comme « In My Mind There’s A Dream » et « Come Ride With Me ».

Pour faire simple, Satan’s Graffiti or God’s Art ? fonctionne comme un verre à moitié plein. Black Lips nous offre un condensé de tubes rock’n’roll à la clé mais qui mériterait cependant plus de surprise et plus d’audace. Cela fonctionne un peu comme une montagne qui accouche d’une souris, même si leur style mélodieux et rugueux leur va à merveille.

Note: 6.5/10

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