King Gizzard & The Lizard Wizard – Gumboot Soup

Ils l’ont fait ! King Gizzard & The Lizard Wizard a bien tenu leur pari: celui de sortir cinq albums pour l’année 2017. Il est vrai qu’on commençait à s’inquiéter en ces derniers jours de 2017 parce que Polygondwanaland (chroniqué ici) datait de novembre dernier tout de même. Et bien coup de théâtre, leur cinquième opus Gumboot Soup est dans nos oreilles depuis le 31 décembre dernier. De quoi passer le réveillon avec de bonnes oreilles.

Chaque album de King Gizzard & The Lizard Wizard apportait cette question suivante: à quoi s’attendre avec eux cette fois-ci ? Stu Mackenzie et ses compères ont décidé de marcher sur la lignée de Polygondwanaland mais en moins progressif cette fois-ci. C’est-à-dire une sorte de best-of de tout ce qu’ils ont pu accomplir cette année, privilégiant l’efficacité plutôt que la cohérence au niveau du contenu.

Dès lors, on retrouve aussi bien les sonorités orientales de Flying Microtonal Banana (« Greenhouse Heat Death », « Muddy Water », « All Is Known »), heavy de Murder of The Universe/Nonagon Infinity avec le doom furieux de « The Great Chain of Being » mais encore jazzy dignes de Sketches of Brunswick East avec l’estival « The Last Oasis », « Superposition » (où Stu Mackenzie aura recours à l’Auto-Tune) mais également « The Wheel » qui clôture le bal avec une grande classe. Une petite incursion du côté de Paper Mâché Dream Balloon ne fait pas de mal avec les insouciants « Beginner’s Luck », « Barefoot Desert » et « I’m Sleepin’ In » tout comme des moments plus originaux comme le funky « Down The Sink » avec bien sûr ce soupçon de psychédélisme qui leur est bien familier.

Quoi qu’il en soit, Gumboot Soup est un bon moyen pour King Gizzard & The Lizard Wizard pour clôturer leur folle année 2017 avec un disque comme cerise sur le gâteau. Non seulement on retrouve tout leur savoir-faire qu’ils ont accompli depuis peu mais en plus de cela, ils font parti de ces rares groupes qui ne perdent aucune once d’inspiration. En passe de devenir le meilleur groupe de rock psychédélique du monde, quelque chose me dit qu’ils vont remettre le couvert pour 2018.

Note: 8/10

Peter Matthew Bauer – Mount Qaf (Divine Love)

Suite à la séparation non officielle de The Walkmen, les membres du groupe s’éclatent chacun de leur côté. Après Hamilton Leithauser et Walter Martin, le bassiste du groupe Peter Matthew Bauer a aussi son mot à dire. Auteur du très beau premier opus en 2014 nommé Liberation ! chez Mexican Summer, voilà qu’il revient en douceur en cette fin d’année avec son successeur intitulé Mount Qaf (Divine Love).

Désormais à la tête de son nouveau label hybride Fortune Tellers Music, Peter Matthew Bauer continue son parcours en solo à travers ce second disque folk-rock positif lorgnant vers l’Americana et les accents heartland rock. Et c’est avec des titres rayonnants comme « Wild Light » rappelant aussi bien Bruce Springsteen que The War On Drugs ou Kurt Vile, « Full Moon In The Sky » et le très éloquent « Divine Love To Kill Fascism » qui peut être un hymne lumineux de ces jours bien sombres.

Et justement, Mount Qaf (Divine Love) se veut être un disque méditatif nous apprenant à battre contre le négatif comme le témoigne des morceaux « You Always Look For Someone Lost » résolument explosif mais aussi « Will You Still Speak of Love » et « Transhistoric Cycles of Time ». Il suffit d’une conclusion bien contemplative riche en sagesse nommée « I Ching (Àlam al Mithal) » pour montrer que la folk-rock du bassiste de The Walkmen se veut aussi bien authentique qu’inspirante.

Note: 8/10

 

Mathew Lee Cothran – Judas Hung Himself In America

Vous connaissez sûrement Mathew Lee Cochran, n’est-ce pas ? Si si, c’est bel et bien la tête pensante des groupes indie rock underground Elvis Depressedly et de Coma Cinema (qui s’apprête à sortir un album ultime d’ici les prochains jours). Et bien en février dernier, il a fait paraître son nouvel album intitulé Judas Hung Himself In America.

Ici, le musicien d’Asheville, dans la Caroline du Nord, livre un opus plus engagé et plus politique avec un titre bien trouvé par rapport à la situation politico-social infâme que vit les Etats-Unis à l’heure actuelle. C’est sous des compositions à fortes consonances DIY/lo-fi comme « America Forever » mais également « Judas In America » et « Cherry High » qu’il arrive à éveiller les consciences et même quand il a recours à l’Auto-Tune sur les dépouillés mais étranges « Let Me Know (Wild Life) » et « Not Mend ». Mathew Lee Cochran a également son mot à dire et à sa manière après un final plutôt satisfaisant du nom de « Who Did Pull The Pin Of The People ? » et ce Judas Hung Himself In America vaut son lot de charmes.

Note: 7.5/10

Pope – True Talent Champion

Révélé en 2013 avec leur premier EP Known Weed Smoker, Pope a fait parler de lui en 2015 avec leur premier album Fiction qui était un véritable condensé d’indie rock à l’américaine. Le trio de la Nouvelle-Orléans n’a cependant pas dit son dernier mot avec leur nouvel opus intitulé True Talent Champion.

Évoquant toujours les influences digne des années 1990 avec Pavement (la référence absolue), Superchunk mais aussi Swirlies, Pope continue de tremper leur slacker rock dans des accents grungy à travers des titres comme « David Caspian », « Gym Birds » mais aussi « Lil Stevie » et « Talk Me Out Of It ». Matthew Seferian (chant, basse), Alejandro Skalany (chant, guitare) et Atticus Lopez (batterie) marient à eux trois leur songwriting complémentaire et nous offrent de bons moments explosifs avec « Make Your Mind Up » faisant parler leurs anxiétés respectives tandis que « Slice » met au centre leur côté agnostique.

Une fois n’est pas coutume, True Talent Champion est une oeuvre plus que sympathique en matière d’indie rock US underground de la part d’un trio qui garde toujours les pieds sur Terre et qui avance sereinement et sans prétention.

Note: 8.5/10

The Dream Syndicate – How Did I Find Myself Here ?

Et le come-back de l’année 2017 est attribué à… The Dream Syndicate ! Et oui, le légendaire groupe de Paisley Undergound n’a plus donné signe de vie depuis 1988 et leur album Ghost Stories avant de se séparer l’année suivante. En 2012, les californiens se sont reformés à notre plus grande surprise pour une série de concerts et un éventuel successeur à Ghost Stories. On osait à peine y croire et pourtant, il est bel et bien parmi nous ce cinquième disque intitulé How Did I Find Myself Here ?

A notre plus grande surprise, The Dream Syndicate n’a rien perdu de son énergie d’antan bien au contraire. Car c’est avec la très belle introduction qu’est « Filter Me Through You » comprenant ses plus belles parties guitaristiques sur le refrain que l’on a affaire suivi du plus terre-à-terre et vaporeux « Glide » et du plus puissants et percutants « Out Of My Head » ainsi que « 80 West » aux riffs assassins bien saturés. Steve Wynn et ses vieux compères n’ont pas pris une ride avec leur rock’n’roll brutal doucement psychédélique et feraient même passer des groupes comme Dinosaur Jr. pour des amateurs avec le très noisy « The Circle » ou la pièce maîtresse de 11 minutes qui fera aussi bien frémir que planer l’auditeur avec son rock alternatif à la fois maîtrisé et improvisé avec sa jam session mémorable.

Il ne manquera plus qu’une conclusion planante et langoureuse du nom de « Kendra’s Dream » (y verrait-on une référence à Kendra Smith, ancienne compagne de Steve au sein des Suspects ?) pour un final aussi bien renversant que bouleversant. How Did I Find Myself Here ? remplit parfaitement ses promesses et reprend là où The Dream Syndicate s’est arrêté en chemin trois décennies plus tôt. Pour un retour, ça c’est un grand grand retour !

Note: 8.5/10

 

Best Ex – Ice Cream Anti Social

Lorsqu’il s’agit de faire du pop-punk version bedroom lo-fi, on parle bien souvent de Colleen Green ou de Lisa Prank, vu qu’elles sont les expertes en la matière. Mais on évoque bien trop rarement Candy Hearts qui s’est rebaptisé pour l’occasion Best Ex. Le groupe de New Jersey mené par la charismatique Marine Loveland est présent depuis le début de cette décennie mais n’a jamais rencontré le succès escompté, ce qui est dommage sachant tout le potentiel qu’ils ont. Deux ans après leur Acoustic Hearts, ils récidivent avec Ice Cream Anti Social.

Composé de six titres, Best Ex nous concocte des morceaux sucrés avec un soupçon de fait maison comme les addictifs « Girlfriend », « February 4th » et « Someday » mettant en avant la voix cristalline et le songwriting implacable de Marine Loveland qui lamente sa solitude et jouant la carte de l’introspection en faisant un état de sa vie actuelle notamment sur « See You Again » et « Jellyfish ». Un sacré EP qui permettra de connaître enfin la consécration.

Note: 7.5/10

Slaughter Beach, Dog – Birdie

Il y a quelques temps, j’avais mis en lumière Slaughter Beach, Dog qui est le nouveau side-project de Jake Ewald, le cerveau du groupe Modern Baseball ici. Avec un premier album Welcome pour le moins fougueux montrant que ses racines emo n’étaient pas encore absents et un EP Motorclycle.jpg plus acoustique, le chanteur et guitariste de Philadelphie continue à faire ses preuves avec son second disque intitulé Birdie.

Ne cherchez plus définitivement les influences du désormais défunt groupe Modern Baseball, Slaughter Beach, Dog assume parfaitement sa transition indie folk/alt-country sur ce nouvel opus. C’est ainsi qu’il nous montre qu’il se débrouille à merveille dans ce nouveau registre avec des morceaux comme « Phoenix », « Pretty O.K. » ainsi que « Sleepwalking ». Et encore une fois, Jake Ewald continue d’ouvrir grand les portes de son intimité où à travers son songwriting habile, il retrace son enfance et aussi ses chagrins d’amour sur « Shapes I Know », « Bad Beer » et « Acolyte ».

Au final, le natif de Philadelphie continue de développer son side-project de façon habile surtout avec son second opus plus personnel et touchant qu’est Birdie. Faisant définitivement ses adieux avec Modern Baseball (dont il reste des résidus sur « Friend Song »), Jake Ewald voit son destin musical définitivement tout tracé.

Note: 7.5/10