Brand New – Science Fiction

Durant les années 2010, on a vu pas mal de groupes emo qui tentent de raviver la flamme comme ils le peuvent comme Sorority Noise, Modern Baseball, The Hotelier ou encore The World Is A Beautiful Place & I Am No Longer Afraid To Die. Mais bien avant eux, il y avait Brand New qui a régné sur la décennie précédente avec quatre albums dont le dernier en date de 2009 nommé Daisy. Huit années se sont écoulées et on n’a toujours pas de nouvelles du groupe de Long Island et les rumeurs de séparation éclatent. Ceci est vrai mais ils préfèrent se séparer avec classe avec leur cinquième et (probable) ultime album nommé Science Fiction.

Et permettez-moi de vous dire que Jesse Lacey et ses compères se sont incroyablement surpassés sur ce disque plus réfléchi et plus audacieux qu’auparavant. Débutant de façon grandiose avec la ballade aérienne de « Lit Me Up » aux claviers glaciaux, on sent que Science Fiction est plus une suite logique à leur autre chef-d’oeuvre The Devil and God Are Raging Inside Me de 2006 que celui de Daisy en raison du retour des samples de dialogues qui habillent leurs morceaux. S’en suivent également des futurs tubes à la hauteur de la réputation du groupe que sont « Can’t Get It Out », « Out Of Mana » ainsi que « No Control » possédant le rock aux saveurs emo dans la peau.

Pour le reste, Brand New synthétise tout ce qu’ils ont pu accomplir de légendaire durant leur carrière sur ce Science Fiction riche en sensations. Impossible de ne pas frissonner à l’écoute de « Could Never Be Heaven », « Same Logic/Teeth » ainsi que « 137 » et il n’est pas un hasard de croiser les influences sudistes sur le bluesy « Desert » ou d’autres plus abrasives sur le défouloir « 451 ». Après tout ce festival musical qu’a pu nous offrir le groupe, voilà qu’ils concluent la cérémonie avec une dernière danse plus planante nommée « Batter Up » qui a de quoi nous offrir un petit pincement au cœur. Un final aussi triomphant que classe comme ça, c’est pas tous les jours que ça a lieu et Brand New nous offre une sortie digne de ce nom. Science Fiction est assurément une très très grande note à leur testament en tant que groupe. Merci pour tout.

Note: 9.5/10

See Through Dresses – Horse Of The Other World

See Through Dresses nous vient du Nebraska et a débarqué en 2013 avec leur premier album. Même si ils ont eu peu de reconnaissance, le quatuor sait mêler indie rock pur et dur avec des relents de shoegaze et de dream-pop de façon efficace. Après un EP paru en 2015, le groupe rempile avec un nouvel opus intitulé Horse Of The Other World.

Et ils ne perdent pas de temps avec les accents new wave de « Diamonds » où on reprend là où ils se sont arrêtés deux ans plus tôt avec une influence très Orchestral Manoeuvres. Le son est plus policé et plus authentique qu’auparavant comme l’affirme d’autres morceaux aussi bien aériens que terre-à-terres avec « Radiant Boy », « Light in August » ou encore les mélodramatiques « Catacombs » et « Shelley » qui prouvent de l’incroyable maturité du quatuor. On aurait cru entendre du Cocteau Twins et autres The Jesus & Mary Chain par moments mais aussi du Alvvays notamment sur « Pretty Police » mais le plus frappant, c’est la voix de Sara Bertuldo qui se rapproche de celle d’Emily Haines.

Hormis ces petites similitudes, le quatuor de Nebraska s’en sort à merveille et sait montrer ses crocs comme bon leur semble sur le quasi-punk « Lucy’s Arm » ou encore sur les dernières secondes du final « Horse of The Other World ». Riche en reverbs, See Through Dresses continue à se démarquer de la scène pour ses morceaux cathartiques et hantés mais toujours aussi envoûtants.

Note: 8/10

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Lisa Portelli – La Nébuleuse

Cela faisait maintenant 6 ans que l’on attendait la suite de Le Régal, le premier album bien prometteur de Lisa Portelli. Cette grosse absence ne sera jamais expliquée et à l’heure où on commençait à amèrement oublier cette artiste pourtant talentueuse, voilà qu’elle refait surface avec son second opus nommé La Nébuleuse. Sera-t-il à la hauteur de son grand frère ? C’est ce que nous allons voir.

Ici, Lisa Portelli est entourée d’Andoni Iturrioz qui co-écrit la majorité certains textes mais également du bassiste Alexis Campet ainsi que du batteur Norbert Labrousse. Et résultat des courses, cet opus est aussi agréable et passionnant que son prédécesseur tant l’auteure-compositrice-interprète égaye parfaitement son style indie rock à la française. « De noir et d’or » ouvre le bal de façon classe et montre qu’elle a affiné sa plume au mieux possible ainsi que ses compositions totalement tranchantes comme « Naviguer », « Tout cela » et « Vers d’autres voies ».

Aussi bien sensuelle qu’écorchée vive, Lisa Portelli ne nous laissera pas insensible avec sa voix cristalline, bien au contraire. Même si il lui arrive de laisser un peu de répit à son auditeur avec le cotonneux « Appartenir au large » qui nous propulse dans la stratosphère, l’ambiance générale de La Nébuleuse est plutôt nerveuse mais aventureuse comme en témoigne des superbes « Dans la rocaille », « Cherche la joie » ou encore « En sueur ». Ce formidable voyage se clôt avec une très belle déclaration minimaliste nommée « Je suis la Terre » complètement voix/guitare sèche nous laissant ébahis. Au final, ces six années de silence radio auront bien servi à Lisa Portelli et nous offre un second opus solide comme un roc et incroyablement fantasque.

Note: 8/10

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Ecstatic Union – Ecstatic Union

Ecstatic Union est un trio californien qui adore les années 1960 et pas comme n’importe quel autre groupe. Les trois complices du Laguna Beach ont une grosse passion pour le rock psychédélique comme l’affirme leur premier album SunDog en 2012 tout comme leur successeur paru l’été dernier.

Et très vite, on décolle tout droit dans les sixties avec des titres bien entraînants comme « Ancient Eyes » et « Pimu Child » qui rejoignent « In The Middle Of The Night » et « Muse of Color ». C’est à coups de riffs et d’harmonies vocales hypnotiques qu’Ecstatic Union arrive à nous envoûter surtout avec des bonnes perles néo-psychédéliques telles que « Tall Grass », « Beautiful Darkness » ainsi que « Lantern Heart » et « Burn Like A Sun » qui montre que Rex Costello, chanteur et guitariste, possède une inspiration sans faille.

Si vous voulez un trip paisible et néo-psychédélique, ce second opus d’Ecstatic Union est fait pour vous. Avec le trio californien, on n’a pas besoin de drogues illicites pour s’évader tant leur musique doucement estivale et planante fera le travail.

Note: 7.5/10

Directors Cut – Cycles

Avec un premier EP Invincible en 2013 et un premier album l’année suivante, Directors Cut s’est fait une petite place sur la scène punk-rock lyonnaise. Afin de bien préparer son grand retour, le quatuor nous a présenté un court-métrage mettant en image trois morceaux inédits de leur prochain album Cycles. Quoi de mieux pour faire un bon teaser !

Et comme ce court-métrage valait le coup d’être visionné, on était impatient de déguster cette nouvelle galette. Et une fois de plus, Directors Cut ne nous déçoit pas avec ses neuf brûlots punk-rock bien acérés à l’image de « Another Round », « The Only Way Out » et « Rust » qui vous donneront envie de pogoter de façon incontrôlable. Tout est de sortie: les riffs de guitare frénétiques, une section rythmique bien rentre-dedans ainsi que le chant puissant et rageur habillant parfaitement les morceaux enragés de « What Did I Does » et « Bitter Days » avec des gimmicks qui ne renieraient pas certains groupes californiens comme disons… The Offspring, par exemple.

Avec toutes ces déflagrations soniques surviennent quelques moments d’accalmie avec notamment l’intimiste « Ashes To Ashes To Ashes » avant de repartir dans la brutalité, tout comme « Waves » alternant le doux et l’agressif implantant aussi bien les partitions de piano que les passages quasi-metal. Tout ceci pour dire que Directors Cut continue de creuser son sillon tranquillement et ce Cycles est un parfait condensé de rage et d’efficacité que les lyonnais arrivent à canaliser.

Note: 7.5/10

Jake Bugg – Hearts That Strain

En l’espace de trois albums entre 2012 et 2016, Jake Bugg continue de tracer sa route. Personne ne peut nier qu’il est en passe d’incarner le visage du rock britannique de cette décennie en raison de ses mélodies implacables et de sa voix nasillarde reconnaissable entre mille. Après nous avoir un peu décontenancé avec son On My One l’année dernière (chroniqué ici, parce que bon il n’était pas très mémorable ce disque), il tente de se remettre sur le droit chemin avec son quatrième (déjà ???) album nommé Hearts That Strain.

Ici, plus d’autoproduction, cette fois-ci, c’est Dan Auerbach de The Black Keys, Matt Sweeney et David Ferguson qui officient derrière les manettes et qui se chargent de diriger le jeune lad de Nottingham. Les producteurs américains apportent leur expertise pour emmener Jake Bugg sur les traces de l’Americana tout au long de ce road-trip musical nostalgique qu’est Hearts That Strain. On y croise du Bob Dylan (pas nouveau), du Johnny Cash et d’autres actes à travers des ballades mélancoliques à l’image de « How Soon The Dawn » et « Southern Rain ».

Parcourant les routes de l’Amérique profonde, il ne laisse aucun répit à l’auditeur et il ne fait aucun doute qu’il est doué pour ça notamment en écoutant le single « In The Event Of My Demise » où il opte pour une voix plus aiguë que d’habitude. N’oublions pas non plus cette touche de blues avec « Waiting » chanté aux côtés de Noah Cyrus (la petite sœur de la trop sulfureuse et fausse-twerkeuse de vous savez qui) qui, elle, apporte une touche de jazz quelque peu kitsch mais bienvenu. Pour le reste, il peut se contenter d’affirmer son côté mélomane comme bon lui semble à travers des morceaux savamment orchestrés comme « Man On Stage » et « Bigger Lover » qui contrastent à d’autres on ne peut plus pêchu tout en restant dans le registre folk-rock avec « I Can Burn Alone » et « Indigo Blues » avant de retomber dans le spleen profond sur le dernier morceau « Every Colour In The World ».

Alors, que les choses soient claires: ce Hearts That Strain a permis de remettre Jake Bugg sur les bons rails après les expérimentations hasardeuses de son prédécesseur. Ceci dit, il n’a toujours pas atteint les sommets de son premier album en raison de sa production un peu trop grandiloquente par moments qui est un peu sa référence et on est toujours dans l’attente de son véritable classique que l’on retiendra pendant un bon bout de temps. Quoi qu’il en soit, le prodige de Nottingham est à nouveau à l’aise dans sa zone de confort et peut se vanter d’avoir une discographie pour le moins exemplaire.

Note: 8/10

 

Guided By Voices – How Do You Spell Heaven

Parce que vous pensez qu’on en a fini avec Guided By Voices ? Et bien, vous vous mettez le doigt dans l’œil, mes chers parce que Robert Pollard ne connaît pas la définition du repos. En avril dernier, le groupe au grand complet fêtait sa 100ème sortie intitulée August By Cake (chroniqué ici) qui fut un double disque où ils s’essayaient à plusieurs styles musicaux. Quatre mois plus tard, ils rempilent avec un nouveau disque (simple cette fois-ci) nommé How Do You Spell Heaven.

En revoyant ses ambitions à la baisse pour le côté traditionnel, Guided By Voices nous propose une bonne dose d’indie rock pur jus avec des titres bien flamboyants comme « The Birthday Democrats », « Boy W » ainsi que « Steppenwolf Mausoleum » qui sonnent comme du Robert Pollard pur jus. Même si il n’y a rien de nouveau sous le soleil, c’est toujours un régal de constater que le légendaire groupe veut en découdre et reste dans sa lignée comme au bon vieux temps. On appréciera des moments forts en émotion comme « Nothing Gets You Real » quasi réminiscent de The Go-Betweens et la ballade « Low Flying Perfection » mais également les plus percutants « King 007 », « How To Murder A Man (In 3 Acts) » ou encore « Paper Cutz » et « Just To Show You ».

Si August By Cake nous prouvait que Guided By Voices en avait encore sous le coude et bien How Do You Spell Heaven en est la confirmation. A l’heure où de nouveaux groupes lo-fi dominent la scène actuelle, les gaillards font toujours de la résistance et confirment leur longévité.

Note: 7.5/10