Jason Loewenstein – Spooky Action

Les éternels dinosaures de l’indie rock ne raccrocheront jamais les gants, c’est certain. On a assisté au grand retour des bien-nommés Dinosaur Jr. avec leur album paru l’an dernier (chroniqué ici) et cette année, c’est autour de Jason Loewenstein, légendaire chanteur, guitariste, bassiste du groupe Sebadoh et de The Fiery Furnances, de faire son grand retour avec son deuxième album solo Spooky Action paru 15 ans après son At Sixes and Sevens.

Et très vite, on sent que le musicien de Boston n’a pas le temps de plaisanter, qu’il a envie d’en découdre après une introduction de 10 secondes avec des brûlots bien costauds comme « The One », « Machinery » et « Correction » aux riffs explosifs et aux rythmiques fusant à 100 à l’heure. Il n’y a aucun temps mort tant on bouge la tête à l’écoute des morceaux heavy tels que « Dead », « New Rocker » et autres « Fall Into A Line » même si quelques incursions country font surface comme sur « The Fuck Out » par exemple.

A l’écoute de ce Spooky Action, Jason Loewenstein se rapproche plus de Sebadoh que de The Fiery Furnaces, ce qui est à la fois une bonne et une moins bonne chose. On retrouve tout de même de l’indie rock qui dépote et qui explose de tous parts sans pause pipi où on se déchainera pendant le reste de l’année. Espérons ne pas attendre 2032 pour un troisième album du bonhomme ceci dit.

Note: 7/10

Japanese Breakfast – Soft Sounds From Another Planet

L’année dernière, on a été sublimé par le premier album de Japanese Breakfast nommé Psychopomp (chroniqué ici). Et il y avait une bonne raison à cela, la musique envoûtante et la voix déchirante de Michelle Zauner, membre du groupe Little Big League. Après avoir vu sa popularité s’accroître en jouant aux côtés des légendaires Slowdive, là voilà qu’elle est signée sur le label Dead Oceans et qu’elle revient en force avec un second opus intitulé Soft Sounds From Another Planet.

Après avoir exploré le deuil de sa mère décédée sur son premier album, ici elle explore le thème de la place de l’être humain sur Terre sans oublier de faire appel au cosmos. Et pour ce faire, elle élargit les horizons musicaux en incorporant des ambiances plus spatiales sur certains morceaux. Mais on en est pas là pour le moment car ce sont des titres indie pop incroyablement envoûtants avec « Diving Woman » et « Road Head » qui font venir les guitares hypnotiques et jangly ainsi que l’interprétation sublime de la demoiselle.

Qualifiant cet opus d’opéra musical sci-fi, on flirte un monde parallèle avec des moments plutôt étonnants comme le disco cosmique « Machinism » où Michelle Zauner, sous sa voix auto-tunée et sous un nuage de claviers futuristes, relate une histoire d’amour entre un humain et un robot et le morceau-titre conventionnel mélancolique où elle convoque les cieux pour l’aider à sortir d’une relation tumultueuse. Ceci dit, elle est clairement dans sa zone de confort lorsqu’elle évoque des sujets sensibles comme sur les morceaux bien électriques (bien qu’elles n’atteignent pas le niveau d’un « Everybody Wants To Love You » mais ça, c’est une autre histoire) comme le très Little Big League « Boyish » et « 12 Steps » traitant des addictions ainsi que sur des ballades délicates nommées « The Body Is A Blade » et « This House » qui font de ce second opus une nouvelle réussite de la jeune musicienne.

Si il y a une odyssée musicale à écouter cet été, c’est bien celui-ci. Japanese Breakfast continue de nous émouvoir avec un songwriting à la fois réaliste et imaginative qui ne cesse de faire mouche à chaque écoute. Soft Sounds From Another Breakfast est à un niveau un poil supérieur du premier album qui était déjà poignant. Une fois de plus, l’américaine touche les hautes sphères.

Note: 9/10

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Waxahatchee – Out In The Storm

Tout a été dit au sujet de Katie Crutchfield alias Waxahatchee donc je ne vais pas m’étaler trop longtemps sur le sujet. Après avoir signé sur Merge Records, la talentueuse musicienne a publié son album Ivy Tripp (chroniqué ici) et a connu à nouveau le succès. Elle en a profité pour faire l’inventaire de ses anciens enregistrements solo mais aussi avec sa sœur jumelle et son groupe P.S. Elliott et a participé au premier album solo de sa sœur Allison qui, disons-le, a mis la barre bien haute cette année (chroniqué ici). Allons savoir si elle réussira à être à la hauteur avec son quatrième opus Out In The Storm.

Ici, comme pour Allison, elle nous relate une rupture amoureuse mais elle le raconte avec une telle aisance et une telle précision que cela devienne troublant. C’est avec l’aide de John Agnello à la production et la même bande de musiciens ayant œuvré sur Ivy Tripp qu’elle réussit à mettre parfaitement en musique sa rupture via des titres indie rock bien catchy tels que « Never Been Wrong » (« Everyone will hear me complain, everyone will pity my pain »), « Silver » et autres « Brass Bream ». Katie refuse de s’apitoyer sur son sort, elle prend plutôt du recul sur cette relation à distance plutôt destructrice grâce à sa plume beaucoup plus aiguisée qu’auparavant sur des petites réussites comme « 8 Ball » ou encore l’ambiance solennelle de « Recite Remorse » (« I was out of my body reciting lines of remorse/I was losing my mind, yeah, I was halfway out the door », nous répète-t-elle à la fin) qui pourrait rivaliser n’importe quel moment éthéré de Ivy Tripp grâce à ses claviers funestes qui nous transportent très loin.

Alternant hymnes indie rock efficaces avec « No Question » et ballades folk contemplatives comme « A Little More » et la conclusion touchante nommée « Fade », Waxahatchee reste impeccable sur toute la mesure. On appréciera également la dream-folk épique et vaporeuse de « Sparks Fly » ainsi que les synthés fuzzy de « Hear You » mettant en valeur l’interprétation de la native d’Alabama toujours aussi somptueuse. Une fois n’est pas coutume, Out In The Storm est une oeuvre indie rock très intelligente sait faire la synthèse entre titres musclés et d’autres plus vulnérables sans jamais perdre le fil conducteur et en traversant la tempête de sa relation amoureuse désastreuse. Donc oui, entre celui-ci et Tourist in This Town, notre cœur balance beaucoup. Ceci dit, c’est un très très bel album que nous offre la madame même si je trouve que Cerulean Salt restera son meilleur album à ce jour.

Note: 9/10

Spectre Folk – Volume 4

Spectre Folk n’a de folk que son nom. C’est un side-project de rock psychédélique monté par Pete Nolan qui existe maintenant depuis quelques années et a donné naissance à deux albums plutôt sympathiques que furent Requiem For Ming Aralia et The Ancient Storm. Cette année, lui ainsi que Steve Shelley, batteur de Sonic Youth et Mark Ibold, bassiste de Pavement, reviennent avec un nouvel album sobrement intitulé Vol. 4.

S’ouvrant sur l’impressionnant « Begin the Mothership », Spectre Folk nous donne une bonne leçon de rock psychédélique en 10 minutes avec ses chants en retrait et ses instrumentations luxuriantes. Et on n’est pas au bout de nos surprises car surviennent les déflagrations de « Action Ray », « Golden Gooj » et autres « Build A Raft » plus bluesy qui contrastent avec des morceaux plus nuancés comme l’acoustique « Bremsstrahlung » et « Rainbows » joué au banjo. Et que dire du final orgasmique qu’est « We’re So Tired » qui joue parfaitement avec nos sens ?

En fin de compte, ce quatrième volet de Spectre Folk est à nouveau un bon cru de rock psychédélique, surtout grâce au flot d’idées que possède Pete Nolan. Réservé aux amateurs de sensations fortes.

Note: 8/10

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Triptides – Afterglow

Triptides est un des groupes qui a le mieux percé sur l’excellent label Requiem Pour Un Twister, surtout avec leur excellent album Azur paru deux ans plus tôt. Le rock psychédélique ensoleillé et onirique de Los Angeles a vu sa popularité s’accroître en peu de temps. Et pour cet été 2017, ils rempilent avec un cinquième opus intitulé Afterglow qui tombe pile poil pour cette saison.

Comme à son habitude, Glenn Brigman (chant, orgue, guitare), Josh Menashe (chant, guitare), Dylan Sizemore (basse) et Shaughnessy Starr (batterie) nous transmettent de bonnes vibes de dream-pop psychédélique aux sonorités 60’s avec le magnifique titre d’ouverture « Summer Is Over » rappelant les meilleurs moments du chef-d’oeuvre Forever Changes de Love mais aussi les sonorités californiennes de la jangle-pop estivale de « Rewind » et « Invitation ».

Une fois n’est pas coutume, Afterglow regorge de pépites solaires qui font grimper la température tels que « Phase », l’hypnotique « What For » ou encore « Throne Of Stars » grâce aux riffs de 12 cordes fiévreux et aux harmonies vocales éblouissants. N’oublions pas non plus d’autres réussites sucrées que sont « July », « Resolve » et autres « Moonbeams » montrant à nouveau le professionnalisme de Triptides. Après tout, à quoi bon refuser de planer et de bronzer au son du dream-pop/rock psychédélique estival du groupe de Los Angeles ?

Note: 8.5/10

Portugal. The Man – Woodstock

Ça fait un bon bout de temps qu’on était sans nouvelles de Portugal. The Man. Depuis la parution de leur album Evil Friends en 2013 et produit par Danger Mouse, John Gourley et sa bande ont fait une longue tournée et ont gentiment disparu de la circulation. Pas tout à fait en réalité car le groupe de Portland a été bien occupé durant ces quatre années et ils reviennent en mettant de l’huile sur le feu avec leur huitième opus Woodstock prêt à tout brûler sur son passage. Du moins…

En réalité, cet album était censé être un double-album intitulé Gloomin + Doomin qui fut dans les tuyaux depuis juillet 2013. Et là, coup de théâtre, l’album sera annulé suite à une conversation que John Gourley aura avec son père lorsqu’il a découvert un ticket pour le festival de Woodstock. Ainsi, lui et sa clique commencent un nouvel album où ils pourront compter sur l’aide de Danger Mouse à nouveau mais aussi Asa Taccone d’Electric Guest, Mike D, ex-Beastie Boys ou encore John Hill pour un résultat très pop. S’ouvrant sur le spirituel « Number One » comptant la participation de la révélations blues-soul Son Little et d’un sample de « Freedom » de Richie Havens interprété au Woodstock de 1969, Portugal. The Man nous ouvre les postes de leur festival sentant le brûlé.

Dès lors, ils s’éloignent de leur univers prog-rock psychédélique (on sentait déjà ce virage sur leur précédent album, ceci dit) pour une musique beaucoup plus accessible allant du R&B sur « Live In The Moment » au funk sur le single « Feel It Still » qui se veut être un crossover entre le « Happy » de Pharrell et « Please Mr. Postman » de The Marvelettes. N’oublions pas non plus les influences d’Electric Guest qui planent sur « Keep On » et « Tidal Wave » qui rappellent quelque peu le dernier album du duo tout comme celle de Danger Mouse qui ajoute quelques sonorités hip-hop sur les très Broken Bells « So Young » comptant la participation d’A$AP Rocky et « Mr. Lonely » avec un couplet de Fatlip de The Pharcyde sans oublier Mike D qui signe la production space-funk de l’intrigant « Noise Pollution » avec Mary Elizabeth Winstead et Zoe Manville où ils balancent quelques mots en français: “I know my rights, je t’aime Paris/Live or die like c’est la vie/With my fist in the air, Je suis Charlie/Can’t ya see I’m feeling magnifique?”.

Pour faire court, ce huitième album de Portugal. The Man est leur Woodstock à eux où ils laissent définitivement de côté leur musique qui a longtemps fait leur renommée pour quelque chose de plus mainstream et accessible. Cependant, ces explorations poppy ne leur vont pas toujours et on a du mal à retrouver la superbe d’antan. Ceci dit, ce n’est pas faute d’avoir essayé, on applaudira leur volonté de se renouveler.

Note: 7/10

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HAIM – Something To Tell You

Avec leur premier album Days Are Gone en 2013, les trois sœurs de HAIM sont passées de l’anonymat complet à la célébrité la plus totale. Este, Danielle et Alana Haim sont devenues le groupe féminin incontournable sur lequel compter grâce à leur musique doucement rétro et innocente, à un point que NME les a récompensé à plusieurs reprises en tant que meilleur groupe international et a couronné la bassiste (qui fait des têtes bizarres) une des meilleures bassistes du moment. Quatre ans plus tard, après une panne d’inspiration, elles viennent nous enchanter à nouveau avec son nouvel opus Something To Tell You. Le second exploit ?

Fort heureusement, elles n’ont rien perdu de leur jovialité et de leur côté rétro avec le premier single ensoleillé « Want You Back » qui ouvre l’opus. Les influences 70’s, 80’s et 90’s sont toujours présentes avec une bonne influence R&B beaucoup plus présente qu’auparavant et ça s’entend beaucoup sur les hymnes groovy de « Nothing’s Wrong » aux claps entêtants et aux riffs roots et « Ready For You » où le trio nous gâte avec des chansons d’amour à l’eau de rose. C’est sans compter sur la production d’Ariel Rechtshaid qui met toujours en valeur les compositions vintage des trois soeurs mais aussi Rostam Batmanglij, ex-guitariste de Vampire Weekend, sur « Little of Your Love » où on se surprendra à chanter le refrain à tue-tête mais aussi les sentimentaux « Kept Me Crying » et « Found It In Silence » ainsi que Twin Shadow qui co-produit les accents disco « Ready For You » avec ses guitares incroyablement old-school.

Le gros constat que l’on puisse faire de ce Something To Tell You est tout simplement son côté trop crossover et guimauve qui se dégage. A l’écoute des morceaux comme « Kept Me Crying » et autres « Walking Away », HAIM semble être plus attaché à ces inspirations R&B quitte à trahir un peu son image mais on ne peut pas leur en vouloir. Heureusement qu’on sera agréablement surpris par les arrangements époustouflants de « Right Now » qui prennent aux tripes mais aussi la conclusion planante de « Night So Long ». Les trois mamzelles continuent sur leur lancée en traversant les décennies, elles ont quelque chose à nous dire mais cela aurait été mieux avec moins de sucre ceci dit.

Note: 7.5/10

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