Havah – Contravveleno

Vous voulez entendre du post-punk à l’italienne ? Si si, je vous rassure, ça existe bel et bien et c’est plutôt de très bonne facture. La preuve avec Havah, un sextet mené de main maître par le charismatique Michele Camorani qui arrive à nous impressionner avec leur troisième album intitulé Contravveleno.

Inspiré par le régime fasciste de Mussolini entre autres, Havah met le turbo sur ces douze titres aussi bien oppressants que mélodiques. Imaginez un croisement entre Bauhaus, The Cure, Protomartyr et Joy Division qui se met à chanter en italien et bien cela donne pas mal de bons moments allant de « Un Nuevo Meccanismo » à « Restano Lettere » où les événements de 2016 auront bien secoué plus d’un, du Brexit aux infâmes élections américaines.

La voix ténébreuse et froide de Michele Camorani se mêlent bien aux guitares sombres sur les réussites comme « Sanno Che Ci Siamo », « Il Loro Errore » mais encore « Problemi Elementari » et « Ogni Volta ». Tandis que la première partie de l’album est orientée post-punk, la seconde est plus expérimentale laissant libre cours à la créativité du groupe comme sur le spatial « Rasentado I Muri » ou la fusion new wave et indus sur « Un’Altra Strada ». Tous les moyens sont mis à bien pour qu’Havah puisse alarmer son auditeur sur la montée du néo-fascisme dans le monde et Contravveleno est tellement une très bonne réussite que l’on pourrait presque pardonner le Mondial de 2006. Et j’insiste sur le presque, hein.

Note: 8.5/10

Baths – Romaplasm

Baths avait marqué pas mal d’esprits avec son désormais mythique second album nommé Obsidian en 2013. Tandis qu’on avait apprécié le côté lumineux de Cerulean en 2010, son successeur étonnait par sa noirceur intense et déchirante. Ainsi, quatre années se sont écoulées et le musicien californien Will Wiesenfield revient aux sources avec son nouveau disque intitulé Romaplasm qui est à mille lieues de ce que l’on attendait.

Ce troisième opus prendra une tournure quelque peu différente dans la trajectoire du californien tant il rêve d’une vie plus simple où il n’y aurait aucun souci et aucune tristesse. Et justement, une main lui tend la joue et lui confirme que cela peut être possible. Il suffit d’écouter des morceaux électro-glitch aux beats ultra complexes à l’image de « Yeoman », « Extrasolar » ou encore « Out » et « I Form » avec un Will Wiesenfield en pleine forme.

On est bien loin du côté sophistiqué de Cerulean et du côté pop dramaturgique d’Obsidian. Ici, on a affaire à des titres survitaminés et multicolorés qui frisent parfois un peu trop l’excentrique comme les sonorités 8-Bit de « Adam Copies » qui flirte avec le breakcore vers la fin du morceau ou encore la conclusion « Broadback » avec ses beats trop complexes qui donnent un peu le tournis. Heureusement qu’il y a des titres plus maîtrisés comme la pop aérienne de « Abscond », l’intermède éthéré de « Lev » ou le sympathique « Wilt ». Cela donne l’impression que Baths revient d’entre les morts avec cette main qui le touche avec ses yeux émerveillés et qui réalise qu’une meilleure vie est bien possible, comme le montre sa pochette.

Note: 8/10

Club Night – Hell Ya

Club Night est un supergroupe formé à Oakland et qui est composé des membres des groupes comme Meat Market , Lofter, Twin Steps, Radiator Hospital ainsi que Our Brother The Native. Venant de diverses horizons, le quintet a décidé de fusionner leurs genres musicaux respectifs afin de donner naissance à un cocktail psychédélique bien explosif sur leur premier EP du nom de Hell Ya.

En cinq morceaux, Club Night dispose de tous les éléments pour nous offrir un petit EP de haute voltige avec pour commencer un « Shear » très Los Campesinos de bonne qualité où les synthés de Rebecca Lukens fusionnent avec les guitares noisy du frontman Josh Bertram ainsi que d’Ian Tatum suivi de « Rally » aux distorsions du plus bel effet. Après un « Well » qui fait le pont entre indie pop, post-punk et samba et une interlude courte bien abrasive nommée « Hair », voilà qu’ils dégainent la véritable boucherie qu’est l’épique « Work » où le quintet s’en donne à coeur joie lorsqu’il s’agit de nous balancer du gros son noisy pendant 8 bonnes minutes. En définitive, le groupe d’Oakland est bien parti pour durer.

Note: 8/10

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Cody ChesnuTT – My Love Degree Divine

Il s’est fait remarquer il y a 15 ans avec son premier double-album The Headphone Masterpiece contenant entre autres « The Seed » que le meilleur groupe de hip-hop US The Roots a remixé en la rebaptisant « The Seed 2.0 » pour la rendre encore plus populaire. Mais ça, tout le monde le sait. Et depuis, Cody ChesnuTT a quelque peu disparu de la circulation mais a fait un timide retour en 2010 avec un EP Black Skin No Value et un autre plus franc et plus convaincant avec le plutôt réussi Landing On A Hundred. Cinq ans plus tard, le génie de la soul récidive avec son troisième disque intitulé My Love Divine Degree.

Comme à son habitude, l’artiste d’Atlanta qui mélange sans vergogne neo-soul et rock’n’roll reprend là où il s’est arrêté cinq ans après. Cody ChesnuTT nous gratifie des morceaux de soul bricolo comme « Anything Can Happen », « Africa The Future » ou encore « So Sad To See (A Lost Generation) ». Il se veut également être porte-parole pour la communauté afro-américaine qui est victime jour après jour des récentes bavures policières et autres discriminations mais se veut être également messager de l’amour et d’espoir comme attestent les titres aux saveurs DIY comme « Image Of Love », « It’s In The Love » ainsi que « Peace (Side-By-Side) ».

Il peut également compter sur l’aide du prodigieux Twilite Tone à la production (Common, Pusha T, Gorillaz…) mais également le prestigieux Raphael Saadiq qui apporte son groove bien particulier sur l’excellent protest song qu’est « Bullets In The Street And Blood ». Pour le reste, ce nouvel album de Cody ChesnuTT est plutôt de bonne facture, bien qu’un poil inférieur à ses prédécesseurs mais ne négligeons pas pour autant les messages percutants délivrés face à une période de grande incertitude que ce soit sur le niveau économique ou social. Le troubadour continue à toucher sa cible notamment sur la plaidoirie environnementale du bluesy « This Green Leaf » sans jamais tomber dans le cliché et cela fait parti de nombreuses exemples qui laissent à penser qu’il est à deux doigts de devenir un véritable messager de la neo-soul américaine moderne.

Note: 7.5/10

J. Bernardt – Running Days

Avec toutes mes excuses, je n’ai jamais pu chroniquer le premier album du projet solo de Simon Casier, bassiste du groupe Balthazar, tout simplement d’un agenda hyper chargé que je n’arrive jamais à désemplir. En revanche, vous pouvez retrouver celui du premier album de Maarten Devoldere alias Warhaus ici. La troisième personne du désormais célèbre groupe belge qui se lance en solo est bien évidemment Jinte Deprez, le co-fondateur, chanteur et guitariste. Ici, il officie sous le pseudonyme J. Bernardt et présente son premier album Running Days avec un changement musical plus que radical.

Contrairement à ses comparses, J. Bernardt s’éloigne quelque peu de l’univers musical de son groupe pour aller flirter du côté de l’électro-pop moderne avec un petit soupçon de R&B alternatif. Le changement se fait bien sentir à l’écoute des titres novateurs comme « On Fire » et « The Other Man » mais aussi le synthétique « Calm Down » qui possède tous les atouts d’un futur tube. C’est clairement différent de ce qu’il a pu entretenir avec Balthazar, c’est sur mais Jinte Deprez s’en sort plutôt avec les honneurs, surtout lorsqu’il s’aventure vers des sonorités tantôt orientales (« The Question ») tantôt caribéennes (« Wicked Days ») sans oublier pour autant des sonorités dignes du regretté J Dilla sur l’instrumental « Motel » avec ses cuivres jazzy du plus bel effet et sur la conclusion épique.

N’appelez pas cela un suicide commercial mais comme une prouesse plutôt artistique et audacieuse. J. Bernardt permet de dissocier le Jinte Deprez de Balthazar à celui du Jinte Deprez qui est prêt à prendre des risques afin d’arriver à ses fins. C’est d’ailleurs son compère Warhaus qui doit s’en mordre les doigts, mais ça on aura l’occasion d’en reparler d’ici peu de temps.

Note: 7.5/10

 

OCS – Memory Of A Cut Off Head

Maintenant qu’ils ont bien mené à l’amende la scène psychédélique californienne avec ses multiples disques, Thee Oh Sees ont le droit de faire ce qu’ils veulent et on ne peut pas les contredire. Fin août, il est annoncé qu’ils ont changé de nom pour Oh Sees et continue à humilier ses concurrents avec Orc (chroniqué ici). Business as usual, dira t-on. Et trois mois plus tard, les voilà qu’ils reviennent aux sources en se renommant OCS pour leur nouvel album intitulé Memory Of A Cut Off Head.

Pour les aficionados des aventures musicales de notre guitar hero préféré John Dwyer, sachez que OCS existait depuis bien longtemps. En vérité, le dernier album en date sous ce pseudonyme se nommait OCS 4: Get Stoved en 2005 et était placé sous le signe du freak folk psychédélique. Douze ans plus tard, il revient aux sources et préfère nous cajoler avec des compositions calmes et lumineuses du nom de « Cannibal Planet », « The Remote Viewer » ou encore « On and On Corridor » qui ont de quoi nous faire revenir aux années 1960 à cause de ses arrangements vintage aussi bien riches que discrets. On y décèle même une allusion musicale de « Space Oddity » de feu Bowie sur l’aérien « The Chopping Block ».

Si la première partie de l’opus s’avérait être lumineux et baroque, la seconde sera plus introspective et mélancolique avec la réapparition o combien divine de Brigid Dawson qui avait quitté le naufrage après Floating Coffin. Et c’est justement elle qui va nous bercer avec les magnifiques complaintes que sont « Neighbor To None », l’introspectif « Time Tuner » ou encore la sublime et hypnotique ballade qu’est « The Fool » qui nous fera tirer une larme. Après une conclusion lumineuse du nom de « Lift A Finger By The Garden Path », qu’il est bon d’entendre que John Dwyer possède un coeur plus grand que d’autres et de ce fait, il ouvre les portes de son jardin secret avec un Memory Of A Cut Off Head qui est sans conteste le disque le mieux produit de sa phase OCS.

Note: 8/10