Mark Kozelek & Sean Yeaton – Yellow Kitchen

Il n’y a pas que King Gizzard & The Lizard Wizard qui se lance des défis à sortir pleins d’albums cette année, il y a bien évidemment ce pitre de Mark Kozelek. Depuis le début de l’année, cet enfoiré nous farcit de sorties en tous genres comme le très long nouvel album de Sun Kil Moon (dont la chronique n’est pas encore terminée à l’heure actuelle…) mais aussi le second album collaboratif avec Jesu/Sun Kil Moon paru en mai dernier (qui contient le morceau-clash de très très très mauvais goût contre Michael Jackson). Voilà qu’il s’allie avec le bassiste de Parquet Courts, Sean Yeaton, pour un AUTRE album collaboratif intitulé Yellow Kitchen.

Composé de six titres, cet album du duo ira flirter entre indie folk et musique expérimentale avec toujours le flegme légendaire et les récits toujours aussi improbables de Mark Kozelek nous racontant ce qu’il a vécu lors de cette soirée d’élection américaine sur l’introduction spatiale « Time To Destination » en soulignant au passage qu’il n’écrit plus de la même manière qu’en 1992 ou se remémore ses meilleurs souvenirs de Noël sur la composition intrigante de « No Christmas Like This ». Fort heureusement, il sait nous prouver qu’il possède toujours un cœur malgré son caractère de vieux con aigri avec les romantiques « I’m Still In Love With You » et « The Reasons I Love You » qui figurent parmi les pièces les plus accessibles de cet album. Avec les instrumentations expérimentales que nous concoctent Sean Yeaton, on atteint les sommets de l’avant-gardisme qui n’est pas toujours compris, que ce soit sur « Somebody’s Favorite Song » ou le clou du spectacle, les 12 longues minutes de « Daffodils » où l’on passe d’une ambiance à une autre où ce bon vieux Mark alterne chant, hurlement et, aussi incroyable que ça puisse paraître, cris d’animaux (???) ainsi que spoken-word sur la toute fin où il lit les dernières pages de son journal intime.

Même si il a l’habitude des albums collaboratifs, ce Yellow Kitchen tombe un peu comme un cheveu sous la soupe. On appréciera tout de même le fait qu’il veuille essayer de nouvelles voies à ce stade de sa carrière et qu’il possède encore de la ressource mais c’est tout simplement too much. Mais peu importe pour lui, il va récidiver à la rentrée avec ENCORE UN AUTRE putain d’album collaboratif avec cette fois-ci Ben Boye et Jim White pour les prochains mois. Faudra peut-être songer à ralentir la cadence Mark, tu ne trouves pas ?

Note: 6/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:2lmkH9UoCkRfLPPcy1gGst

Curumin – Boca

Curumin n’est pas du tout connu dans tout l’Hexagone mais dans son Brésil natal, il est un petit peu plus populaire. Auteur de trois disques, le musicien de Sao Paulo a tissé un univers musical aussi bien indescriptible qu’ingénieux et il continue à brouiller les pistes avec son nouvel album Boca.

En 13 titres et 35 minutes chrono, Curumin montre qu’il a plus d’un tour dans la poche avec des expérimentations pop venues d’ailleurs comme l’introduction entraînante « Bora Passear » ou encore les aventures électro déjantés de « Boca Pequena no 1 » conviant l’artiste local Russo Passapusso sans compter son sequel centré sur les percussions et bien entendu le trippy « Cabeça ». Hormis ces moments left-field résonnent des mélopées plus modernes avec le soulful « Prata, Ferro, Baro » avec la participation de Lucas Martins et Luê et autres « Terrivel » et le quasi-parfait « Boca de Groselha ».

Boca est tout simplement une exploration à travers les différentes inspirations musicales du musicien multi-instrumentiste en passant des influences hip-hop sur l’interlude « Tramela » avec Rico Dalassam avec son instru très Run The Jewels au funk sur le fiévreux « Boca Cheia » avec Indee Styla, sans oublier une conclusion bien locale et exotique nommée « Paçoca » avec une flopée d’invités tels que Andreia Dias, Anelis Assumpção, Edy Trombone, Iara Rennó, Max B.O. ou encore Zé Nigro. Le quatrième opus de Curumin confirme un peu plus l’étrangeté et l’excentricité de Curumin sans pour autant nier sa qualité mélodique qui nous dépayse en moins de deux.

Note: 7.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:5W174N4vOGoC6GEsILKWZn

Kirin J Callinan – Bravado

En 2013, Kirin J Callinan s’est fait remarquer avec son premier album bien inventif nommé Eracism. L’enfant terrible de Sydney a depuis peu multiplié les collaborations en tous genres et on s’est aussi souvenu de sa prestation au Pitchfork Festival Paris de 2015. Quatre ans plus tard, le voilà de retou  avec un second opus nommé Bravado qui est, pour ma part, une bonne douche froide.

Tout simplement parce que Kirin J Callinan a eu une fausse bonne idée d’incorporer des influences Eurodance sur ces morceaux afin de sonner cliché sans que l’on ne sache pourquoi. On aura droit à des gros synthés sur l’introduction bateau nommé « My Moment » avec Sean Nicholas Savage, le stadium-rock synthétique de « S.A.D. » ou encore sur « Big Enough » faisant intervenir Alex Cameron où il hurle comme un malade mental. Une fois, c’est marrant, deux fois bof mais trop de fois, faut pas déconner. Après, je veux bien comprendre qu’il veut troller (un peu comme se prendre de la pisse en pleine face sur la pochette de l’album) mais les blagues les plus courtes sont les meilleurs.

Au milieu de tout ça résonne tout de même de bonnes trouvailles comme le duo avec Connan Mockasin nommé « Living Each Day » mais aussi les moments les plus doux et sérieux avec « Tellin’ Me This » en compagnie de Jorge Elbrecht et « Family Home » avec Finn Family sans oublier le réussi « Friend Of Lady Morrisson » avec la déesse Weyes Blood. Ce qui a le don de contraster avec des morceaux de mauvais goût comme « This Whole Town », par exemple. Bravado est en quelque sorte le gros délire pas toujours compris de Kirin J Callinan qui se permet d’être écouté qu’à petites doses uniquement.

Note: 5/10

Erzatz – Meian

Le label Jarring Effects (High Tone, Oddatee, Ez3kiel…) continue sur sa lancée en nous proposant son roster pour le moins détonnant avec Erzatz. Le projet monté par le compositeur japonais Takeshi Yomura et la productrice et chanteuse française Céline Frezza a vu naître deux très bons disques sacrément originaux, flirtant avec l’abstract hip-hop, la folk et les expérimentations électroniques pour un résultat des plus détonnants. Allons savoir ce qu’ils nous réservent pour leur troisième opus Meian.

Une fois de plus, Erzatz brouille les pistes lorsqu’il s’agit de jongler avec les genres musicaux mais toujours est-il que l’ambiance se fait grisâtre et brumeuse, à l’image de l’introduction dépouillée « Along ». Le flow incontrôlable de M.Sayyid sur la production vive de « Don’t Make Me Hide » contraste avec des pièces langoureuses comme « Blow My Dreams » et « Yougure » et c’est ce qui fait toute la richesse de Meian, concentrée sur la pièce maîtresse nommée « Life Is Going On ».

Tandis que Céline Frezza exprime son anxiété et toutes ses angoisses sur « A Day » et « Don’t Refrain », Takeshi Yomura évoque le mal du pays comme sur les sonorités du Soleil Levant sur « Hakki » par exemple. En onze titres, on contemple un univers clair-obscur et surréaliste où la difficulté de vivre en société est parfaitement exprimée sur ces complaintes à mi-chemin entre folk, trip-hop et abstract hip-hop. Jamais Erzatz ne vous transportera aussi loin.

Note: 7.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:4GGBecDjX5uKEkmp0thJ01

Camille – OUÏ

Cela fait six ans qu’on n’avait pas eu de nouvelles de l’artiste la plus déjantée et la plus créative de la scène française, j’ai nommé Camille. Son dernier album Ilo Veyou contenant entre autres « Mars Is No Fun » et « Allez Allez Allez » (qui a valu le titre de chanson de l’année aux Victoires de la Musique 2013, sans qu’on sache vraiment pourquoi…) a recueilli pas mal de suffrages, tout simplement grâce à l’énergie débordante de la chanteuse. Nous sommes en 2017 et elle nous revient comme une fleur avec un nouvel album nommé OUÏ toujours aussi imaginatif.

Quelques mois plus tôt, elle affirmait: « Je voulais faire un disque protestataire, je voulais dire « non ».Et voilà que je dis « OUÏ ». Dans OUÏ, il y a tout : la rondeur du O, l’ouverture du U, la droiture du Ï. Tout ce que je souhaite dire, être et devenir. Aucun obstacle au chant des voyelles, au battement du cœur, du OU au Ï, de l’obscurité à la lumière, du grave à l’aïgu, de la terre aux nues, du tambour à la voix, de lui à moi. Et au bout du labeur : le Ï tout OUÏ, et ses deux poings levés vers le ciel ». Et voilà que l’on a le tableau avec ce nouvel opus qui, musicalement parlant, évoque la tension et l’intensité de son magnum opus Le Fil paru en 2005. Après avoir joué avec les aspects soul et pop sur Music Hole en 2008 et avec les cordes sur Ilo Veyou en 2011, la chanteuse se munit des voix, des percussions ainsi que des boucles électro discrètes et d’un synthétiseur Moog sur ce nouvel album.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’ambiance sonore minimaliste et plus sombre qu’à l’accoutumée comme le prouve les morceaux « Sous le sable » et « Lasso » sans oublier l’élégant et somptueux « Fontaine de Lait » montrant une Camille toujours au sommet de son art. Et on sent qu’elle possède toujours l’imagination avec notamment la mort de son père (« Fille à papa »), la naissance de son enfant ou encore les attentats qui ont touché le sol français en 2015-2016 comme principales sources d’inspiration. Malgré ce décor quelque peu obscur (« Je ne mâche pas mes mots », « Nuit Debout » avec sa parfaite introduction, « Piscine », « Langue »), elle n’oublie pas non plus de se lâcher comme dans le temps en réinventant une ritournelle médiévale sur « Les Loups » ou encore sur le déjanté « Twix ». La voix soprano de la parisienne reste toujours aussi intacte et se fond parfaitement dans la masse, notamment sur le bouleversant « Seeds », seul titre chanté en anglais, ainsi que sur la conclusion fondante nommée « Langue » qui ont de quoi vous mettre en apesanteur.

On est éblOUÏ et inOUÏ par ce nouvel album très riche qui dévoile un autre aspect artistique de Camille. Malgré sa courte durée, l’artiste a atteint une nouvelle phase de créativité prouvant que la voix est un instrument principal répondant parfaitement aux services de différents rythmes pulsatifs. Un disque minimaliste à la fois intense et lumineux montrant de très bonnes perspectives d’évolution pour l’interprète de « Ta douleur ».

Note: 8.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:18LlCAG2iY8ht0dm7uKBy0

Big Walnuts Yonder – Big Walnuts Yonder

Attention nouveau supergroupe en vue ! Il s’agit de Big Walnuts Yonder, un supergroupe formé à Brooklyn en 2008 composé de Mike Watt du groupe Minutemen à la basse et au chant, de Nels Cline de Wilco à la guitare, de Greg Saunier de Deerhoof à la batterie ainsi que de Nick Reinhart de Tera Melos au chant et à la guitare. Il faudra attendre six ans pour que les quatre membres se libèrent de leurs groupes respectifs pour enregistrer ensemble, ce qui en résulte d’un premier album paru ce mois-ci.

Que je vous prévienne de suite, Big Walnuts Yonder déménage à 100 à l’heure. On ne sait pas quelle étiquette placer ce supergroupe en raison de leurs expérimentations bien foutraques dignes des créativités respectives des quatre artistes. Après deux titres bien racés que sont « All Against All » et « Sponge Bath », le groupe de Brooklyn nous embarque dans un trip hallucinogène instrumental de moins de 9 minutes intitulé « Flare Star Phantom » débutant par une symphonie de distorsions de guitare dissonants avant d’évoluer dans une atmosphère free-jazz noisy et cauchemardesque où les guitares et la batterie s’en donnent à cœur joie. On se serait crus dans les années 1970.

Donc non, il n’y a aucune réelle étiquette pour Big Walnuts Yonder car ils vont du garage-punk (« I Got Marty Feldman Eyes », « Raise The Drawbridges ? » plus proto-punk et « Ready To Pop ! ») à la pop psychédélique aérienne (« Forgot To Brush »). Qu’importe, sur ce premier opus, les quatre sorciers se font plaisir à élargir leur palette d’influences même si on peine à trouver un réel fil conducteur. Mais croyez-moi sur paroles, ça déménage !

Note: 7.5/10

Retrouvez Big Walnuts Yonder sur SiteFacebookBandcamp

L’Âge d’Or – Shades Of Us

Si le label XVIIIème Péninsule fait parti des maisons de disques les plus originales parisiennes, c’est tout simplement parce que le roster sait allier musique et création visuelle hors-normes. Et L’Âge d’Or en fait parti justement. Le trio parisien composé de la tête pensante Valentin Fayaud, chanteur et compositeur, de Yohann Henry (batterie, machines, percussions) et de Nicolas Michel (conceptueur visuel) qui possède déjà à son actif une poignée d’EPs de grande qualité entre 2013 et 2015. Avec leur premier album Shades of Us, les parisiens comptent élargir leurs horizons audiovisuels.

Flirtant entre IDM, electronica pure et dure, post-rock et musique avant-gardiste, L’Âge d’Or sait entraîner son auditeur dans des contrées sombres et toujours aussi inattendus. Les sons de cloche de « Heat » sont là pour implanter le décor aussi bien lugubre qu’intrigant avant que n’intervienne la voix torturée et auto-tunée de Valentin Fayaud noyée sous un océan de textures inquiétantes passant de l’ambient expérimental à la drum’n’bass sur les dernières secondes de l’opus. Le programme des sept morceaux se résume à de l’inattendu et il faudra avoir le cœur accroché.

Tandis que l’on nage dans le néant sur les morceaux downtempo comme « Kodokushi » et « Savior » et d’autres titres plus complexes avec « Annihilation », « Ov3rflow » et « Pray » qui laissent intervenir des influences world sans être incongru, L’Âge d’Or jouit d’une incroyable liberté artistique. Libre à nous d’interpréter leur musique pas accessible certes mais incroyablement visuel et poignant avec un Shades of Us qui se conclut avec le très bel instrumental nommé « Asha ». En 36 minutes, le trio parisien nous entraîne dans leur univers parallèle indescriptible à travers leur electronica métissée, introspective et métallique.

Note: 7.5/10