Joao Selva – Natureza

Quand monsieur Bruno « Patchworks » Hovart n’est pas trop occupé avec ses millions de side-projects (comprenez Uptown Funk Empire, Taggy Matcher ou Voilaaa à deux reprises), il reste derrière les manettes pour les autres. Et ici, le workaholic lyonnais a décidé de s’allier avec Jonathan Da Silva alias Joao Selva, un autre workaholic venu d’Ipanema à l’origine des actes musicaux comme Forro de Rebecca ou Seu Matuto, en produisant son nouvel album nommé Natureza.

En huit titres exotiques, le combo Patchworks/Selva part à la source de la bossa-nova, la samba et autres musiques brésiliennes sur des réussites tropicales comme « Pessoas », « Felicidade » ou encore l’excellent et rythmé « Um Caroço ». L’ambiance chill est au rendez-vous et on ne peut pas s’en plaindre tant la voix suave du natif d’Ipanema caresse nos tympans et les morceaux comme « Se Foi », « Maria » ou encore le dernier morceau « Babado Forte » jouent avec nos sens naturellement.

Entre la production DIY reconnaissable entre mille de Patchworks et le savoir-faire de Joao Selva, ce Natureza est plus qu’un hommage à la musique brésilienne festive (les spectres de Jorge Ben et de Caetano Veloso) mais une extension de la tropicalia dont la flamme est ravivée.

Note: 8.5/10

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Arcade Fire – Everything Now

Avant que le monde se mette à gueuler sur la note, sachez que je suis un gros fan d’Arcade Fire. Depuis 2004 et leur phénoménal premier album Funeral, comme n’importe quel mélomane (oui, j’assume), j’ai suivi le parcours du groupe canadien et ils deviennent un peu mes chouchous numéro 2 jusqu’à maintenant. De Neon Bible que j’ai toujours considéré comme leur moins bon malgré sa qualité incroyable au sublime Reflektor sans oublier le génial The Suburbs. Alors forcément chaque album d’Arcade Fire est toujours un événement majeur dans le monde de l’indie rock et ce Everything Now n’en fait pas exception. Sauf que voilà…

Musicalement parlant, ce cinquième album des Canadiens se veut être une suite logique de Reflektor, co-produit par Markus Dravs et James Murphy qui se passe de présentation, piochant dans la dance. Sauf qu’ici, le duo Will Butler et Régine Chassagne poussent le bouchon encore plus loin et assument totalement ce virage (avec la participation de Thomas Bangalter de Daft Punk, Geoff Barrow de Portishead, Markus Dravs et Steve Mackey qui est le bassiste de Pulp aux manettes) avec comme preuve le morceau-titre aux résonances disco. Seulement voilà, les influences 80’s sonnent kitsch au possible, à un tel point que ça en devienne quelque peu embarrassant, notamment sur « Signs of Life » et « Creature Comfort » qui ressemblent plus à du ABBA qu’à du Arcade Fire.

On dit souvent que le ridicule ne tue pas mais pourtant le groupe n’a pas peur du ridicule, surtout qu’ils ont l’air de s’éclater dans ce nouveau registre crossover, quitte à diviser pour mieux régner. Il suffit d’écouter les ultra-dansants « Peter Pan », « Chemistry » mais aussi « Good God Damn » pour comprendre ce concept de blockbuster de pop tubesque. Tandis que les deux versions d' »Infinite Content » (la première très rock et la seconde très country-folk) tombent comme un cheveu sur la soupe, Régine Chassagne sauve quelque peu les meubles avec l’élégant « Electric Blue » avec son interprétation toujours aussi magique. Mais bon, les anciennes manières du groupe n’ont pas disparu, elles reviennent vers la fin de l’album avec « We Don’t Deserve Love ».

Après quatre albums parfaits de la part d’Arcade Fire, ce cinquième album risque à coup sûr de diviser en raison de la nouvelle orientation disco-pop dansante et quelque peu ringarde par moments qui manque quelque peu d’inspiration sur certains moments. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé pour autant vu que le tandem Butler/Chassagne aime surprendre son public mais le résultat convainc à moitié. Le début de la fin pour le groupe canadien ? Rien n’est moins sûr pour autant…

Note: 6/10

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Nit – Dessous de plage

Beaucoup d’entre nous ne connaissent pas suffisamment Nit. Pourtant, le compositeur et producteur français existe depuis 2008 et enchaîne side-project sur side-project. Cette année, Corentin Kerdraon est bien paré pour cet été et décide de nous dévoiler en six titres ses dessous de plage dans le plus grand des calmes.

Partagé entre library music, funk spatial et bande-originale des années 70, la musique de l’ancienne tête pensante de la formation (nit)neroc sent plus le vintage que l’iode et le sable chaud. A entendre la savoureuse introduction « Choudiboubidou » mais aussi les grooves impeccables de « Fréquentations Modulantes » et « Bricolage et mélancolie » aux blips rétro-futuristes, on se dit que Nit est un petit génie des synthétiseurs et autres instruments analogiques. Il n’hésite pas non plus à varier les saveurs avec les accents plus rock de « Imparfaite » conviant le slam d’Emile Gayoso et le refrain d’une certaine Aurelia N. mais aussi plus downtempo avec « L’étoile aux renards ».

Le premier EP de Nit est réservé aux éternels mordus de BO des années 70 mais également aux éternels nostalgiques de la funk électronique des décennies précédentes. A utiliser non seulement en cas de dessous de plages mais en cas de bande-son quotidienne.

Note: 8/10

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Mr. Jukes – God First

Le dernier album de Bombay Bicycle Club date de 2014 et se nommait So Long, See You Tomorrow. Durant ce laps de temps, le groupe londonien a entamé une longue tournée avant de se mettre durant une pause indéterminée depuis un an maintenant. Tandis que l’on a vu Ed Nash se lancer avec son nouveau groupe Toothless en début d’année, voilà que Jack Steadman, leader du groupe, présenter son side-project Mr. Jukes et son premier album qui vient tout juste de paraître intitulé God First.

Contrairement à Toothless, Mr. Jukes ne s’aventure pas dans les territoires indie pop mais plutôt vers la soul et la funk. S’appropriant la culture du sampling et du crate-digging, Jack Steadman se sent dans son élément avec ce premier titre savamment orchestré « Typhoon » avec la Choir of St Aloysius College et RX Shantymen qui rappelle vaguement les rosters de Ninja Tune et de Tru Thoughts. La voix du londonien se fait entendre sur des titres colorés à l’image de « Ruby » et le downtempo onirique « Magic » et c’est à peine inimaginable que ce soit le même gars du groupe Bombay Bicycle Club qui nous propose ces nouvelles saveurs.

Bien évidemment, God First regorge de collaborations en tous genres avec la participation du crooner de Chicago sur l’odyssée jazzy impressionnante de « Angels/Your Love », le soulman Charles Bradley qui s’offre une seconde jeunesse sur le flamboyant « Grant Green » tout comme le légendaire Horace Andy et les toujours aussi cool De La Soul sur le romantique « Leap Of Faith ». N’oublions pas non plus Lalah Hathaway, fille du regretté Donny, qui scintille sur le boom-bap soulful de « From Golden Stars Comes Silver Dew » ainsi que Lianne La Havas qui chante aux côtés de Steadman sur le final onirique « When Your Light Goes Out ». En somme, God First est une bonne surprise de la part du leader de Bombay Bicycle Club qui erre dans de nouvelles directions soulful et groovy. Inattendu certes mais directement addictif.

Note: 7.5/10

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Devin – Devin EP

Il faut toujours avoir une oreille auprès des hommes de l’ombre, surtout Philippe Devin. Ce dernier a entre autres collaboré avec Carmen Maria Vega, Opé Smith ou encore Antillops et fut également guitariste, compositeur et réalisateur du premier album de Nina Attal (aucun lien avec un certain Yves, comme les frères Karamazov…). Cette année, il a décidé de prendre son envol avec son premier EP de 5 titres sobrement intitulé Devin.

Le premier morceau s’intitule « Lazy » et est une véritable pépite disco-funk bien groovy avec une voix entraînante et ses influences colorées qui va de Prince à Al Jarreau. Les autres titres n’ont pas à rougir comme le mélange entre acoustique et machine sur le rutilant « Ain’t Feedin’ Me » ou encore les tubesques « Fancy Girl » et « Leave the Dancefloor » au tempo un petit peu plus ralenti pour laisser plus de place aux sensations pour le moins charnels. On y retrouve même des ingrédients gospel sur la conclusion fiévreuse nommée « Heart Dweller » qui continue de faire grimper les températures.

Avec ce premier EP bien groovy, Devin peut rajouter une autre ligne à son CV au milieu de réalisateur et de directeur artistique: celui de musicien bien talentueux qui nous a tout caché durant toutes ces années, le coquinou. Le label Underdog Records (coucou John Milk…) et le workaholic Patchworks a du souci à se faire car le frenchy sait comment nous impressionner avec des titres au groove implacable et énergique. Le chemin est tout tracé pour lui et quelque chose me dit qu’on va entendre parler de lui durant ces prochains mois.

Note: 8/10

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El Michels Affair – Return To The 37th Chamber

Le Wu-Tang Clan aura rendu gaga plus d’un depuis 1993. Beaucoup de musiciens, de rappeurs et autres possèdent l’âme du Wu et de RZA dans le sang dans leur art, ce qui est le cas de Leon Michels et de son groupe El Michels Affair. On avait entendu parler de lui pour la première fois en 2009 avec son album-hommage au Wu nommé Enter The 37th Chamber (référence au cultissime Enter The 36th Chamber qui aura posé une pierre à l’édifice à la culture, je ne vous apprends rien ici) et voilà qu’il en remet une couche avec le sequel tant attendu nommé Return To The 37th Chamber.

Pour faire simple, El Michels Affair pousse à nouveau la porte de la chambre du Shaolin en reprenant de nouveaux standards du Wu-Tang version soul/funk old-school et instrumental. Et c’est une nouvelle réussite car le groupe réinterprète sans grande difficulté « 4th Chamber » qui fut une collaboration entre le Wu et Killah Priest, l’envoûtant « Iron Man » de Ghostface Killah (qui est en réalité la réinterprétation de « Iron’s Theme » de son mytique opus Supreme Clientele), « Shadow Boxing » ou encore les classiques « Verbal Intercourse » de Raekwon et les accents électro de « Wu Tang Ain’t Nothing To F Wit ». Les autres compositeurs de génie tels qu’Adrian Younge n’ont qu’à bien se tenir !

Les invités de cet opus apportent une plus-value comme la voix déchirante de Lee Fields qui brille sur « Snakes » du regretté Ol Dirty Bastard ainsi que l’aérien « Tearz » conviant également les chœurs voluptueux de The Shacks sans oublier Nicole Wray… ou plutôt devrais-je dire Lady Wray qui reprend « You’re All I Need (To Get By) » de Method Man sans grande difficulté. Return To The 37th Chamber brille pour ses compositions mi-John Carpenter mi-bande originale de kung-fu (« Pork Chop Express », « Drums For Sale » et « Sipped Up ») et ses arrangements vintage qui font des merveilles. C’est à se demander si El Michels Affair est un réel disciple (pas le 4th, hein !) de RZA et de ses Killa Bees car c’est trop beau pour être vrai.

Note: 8/10

Voilaaa – Des Promesses

Il y a deux ans, Bruno « Patchworks » Hovart a ENFIN connu la consécration avec son énième projet musical intitulé Voilaaa avec son premier album pour le moins génial intitulé On te l’avait dit (chroniqué ici). Le génial touche-à-tout lyonnais a enfin réussi à dépasser les frontières grâce à son afro-disco vintage et chaleureux, à un tel point qu’il récidive avec un second album intitulé Des Promesses.

Ici, il ne change presque rien à sa recette fétiche. A quoi bon de toutes manières ? Et très vite, nous voilà transporté dans les années 1970-1980 avec des morceaux groovy et captivants comme « People » aux gros synthés bodybuildés qui ouvre les hostilités. Et très vite, ce sera la voix de l’auteur-compositeur-interprète sénégalais à la voix androgyne Doctor Lass (du groupe Doctor Lass & The Jungle Juice) sur les festifs « African Music » et « Kemtane », sans oublier l’excellente reprise de « Mandjou » du légendaire Salif Keita et de ses Ambassadeurs Internationaux.

Sinon, on retrouve les mêmes guests du premier album, à savoir Pat Kalla qui reste la superstar du projet Voilaaa sur la belle déclaration d’amour « Pour la vie », le morceau-titre qui est un cousin éloigné de « On te l’avait dit » (le très éloquent refrain « Aujourd’hui des promesses et demain des mensonges » en est la parfaite preuve) ou encore les caustiques « Tu n’as pas de voiture » et « Décalément » qui ambiancerint plus que MHD. Après que Sir Jean ait la certitude d’avoir des espions qui le surveillent, voilà qu’il clame avoir des « Problems » résolument épicés, tandis que Hawa et Fouley Badiaga continuent leurs sublimes messes-basses sur le remuant « Et toi tu crois ». Patchworks continue à rendre hommage à cette musique avec « Mambo Football » comptant un chant au vocoder et de l’afrobeat pur et dur nommé « Mbele ». Lui et ses sbires n’hésitent pas à faire un bilan de la situation française actuelle en vue des prochaines élections sur la conclusion dansante « La France » avec son seul texte contestataire: « LA FRANCE, TU L’AIMES OU TU LA QUITTES ! MARINE VA-T’EN ! VA-T’EN ! VA-T’EN ! MARION VA-T’EN ! VA-T’EN ! VA-T’EN ! ». Je suis pas sur que le FN va vraiment apprécier le message mais on s’en fout en fait, non ?

Avec Des Promesses, Voilaaa nous prouve que c’est parti pour durer. Il ne reste plus qu’à attendre l’été pour pouvoir danser aux rythmes endiablés et cuivrés du projet afro-disco du lyonnais jamais à court d’idées. Encore une fois, il a rempli ses promesses et c’est pour la vie qu’on va suivre ces aventures musicales.

Note: 8.5/10