
Tout laisse à penser que cette décennie est celle de Bartees Strange. En l’espace de deux disques, il est devenu un des actes les plus talentueux de l’indiesphère américaine. Tout le monde se l’arrache et c’est amplement mérité. En ce début d’année, le musicien, producteur et éternel fanboy de The National continue son ascension avec son successeur tant attendu du nom de Horror.
Faisant suite à son Farm To Table paru il y a plus de deux années de cela maintenant (chroniqué ici), ce troisième volet ira recentrer sur les peurs de Bartees Strange. Notre protagoniste queer, BIPOC et campagnard voit son environnement complètement chamboulé et ne reconnaît pas cette société qui vire de plus en plus vers le fascisme. C’est à travers des titres mordants à l’image de « Too Much » qui ouvre le bal et qui se veut à mi-chemin entre Alabama Shakes et Spoon avant de virer vers le cosmos de Funkadelic sur le groove élastique de « Hit It Quit It » (« Don’t fear what’s coming, our blood is the connection […] Bitch I’m smokin, just came out the ocean / Drippin wet, black as jet, Bootsy nigga, I’m the potion », chante-t-il) avant de faire hurler les grosses guitares à bon escient que le musicien arrive à explorer ses peurs du quotidien.
Avec l’aide de Jack Antonoff à la co-production, Bartees Strange élargit encore plus ses horizons musicaux sur Horror. Tout en s’essayant dans cet exorcisme en musique, il viendra nous impressionner à travers son interprétation toujours aussi soulful que ce soit sur des ballades touchantes telles que « Baltimore » avec sa pedal-steel qui mène la danse avec cette volonté de trouver sa zone de confort et sa stabilité. A l’inverse, il saura muscler son jeu à travers des compositions plus noisy et électriques comme « Wants Needs » et « Loop Defenders » à mi-chemin entre trip-hop et rock alternatif. Ne vous étonnez pas si il virevolte entre soul (« 17 ») ou techno (« Lovers », « Norf Gun ») tout en mettant les mots justes sur ses angoisses perpétuelles jusqu’à la fin avec un « Backseat Banton » allant crescendo à bon escient.
N’ayant pas peur de dévoiler sa vulnérabilité, Bartees Strange combat ses démons avec beaucoup d’efficacité tout en visant large avec ses influences multiples, ce qui en deviendrait presque terrifiant.
Note: 8/10
