Mark Pritchard & Thom Yorke – Tall Tales

Comme dit le fameux dicton, les vieilles habitudes ont la vie dure. Ce dicton est applicable pour Thom Yorke, leader de vous-savez-quel-groupe. Alors que l’on voit s’épanouir auprès des terrains plus organiques avec The Smile en compagnie de son éternel acolyte Jonny Greenwood ainsi que du batteur Tom Skinner à travers trois albums devenus des incontournables, le charismatique leader n’a pas pour autant tourné le dos à ses expérimentations électroniques. On en veut pour preuve cet album collaboratif en compagnie du producteur australien Mark Pritchard qui s’intitule Tall Tales.

Je veux que l’on se remette dans le contexte: c’est 2020, l’année du chaos, l’année du confinement et tout le bordel qui s’en est suivi. Vous voyez le tableau ? Ok. C’est durant cette période que Thom Yorke et Mark Pritchard ont décidé de s’associer autour de ce projet musical s’annonçant aussi bien mystique que viscéral. On en veut pour preuve le morceau d’ouverture nommé « A Fake In A Faker’s World » qui installe une ambiance surréaliste et glitchée où les textures abrasives et les beats déstructurées de Mark Pritchard habillent l’interprétation fantomatique et filtrée du leader de The Smile.

Tall Tales est une odyssée sonore presque extraterrestre où le mur du son glitchée riche en grondements analogiques cohabite aux modulations vocales transformées. C’est le cas sur des compositions quasi-théâtrales et dystopiques telles que « Ice Shelf » qui suit et presque ambient dans l’âme mais également les accents presque new wave de « Back In The Game » contrastant avec le plus spleenesque « The Spirit » où la voix de Thom Yorke paraît plus naturelle. La seconde partie de Tall Tales se montre en revanche plus accessible après la sublime épopée de huit minutes qu’est la cosmique « The White Cliffs » ayant de quoi rappeler les ambiances cotonneuses de Moon Safari avec cet Omnichord nous berçant avant de repartir dans des influences new wave avec l’efficace « Gangsters » et le spectral « This Conversation Is Missing Your Voice » à la production ô combien pure.

La troisième et dernière partie de Tall Tales se veut plus abstraite avec la marche militaire de « Happy Days » avec cette ambiance digne du sous-estimé The King of Limbs ainsi qu’avec la plus méditative « The Men Who Dance In Stag’s Heads » faisant penser à « Atmosphere » de Joy Division en version folk médiévale avec cette sublime montée en puissance notable pour ses voix qui s’entremêlent. Il ne manquera plus qu’un « Wandering Genie » où les machines se désintègrent progressivement afin de laisser place au silence sans oublier ce mantra mystique qu’est « I am falling » répété ad vitam aeternam. On pourra ainsi considérer Tall Tales comme étant un disque conceptuel où on jette un regard humain et fascinant sur la montée bien inquiétante de l’intelligence artificielle et de l’impact presque alarmant sur la création en général. Mais Mark Pritchard & Thom Yorke réussissent à nous entraîner dans cette épopée où on préfère en garder des souvenirs, certes floues et déformées, de l’humanité que de la création soutenue par les machines pouvant altérer aisément la perception d’autrui.

Note: 8/10