Droeloe – A Moment In Time EP

Voici une sympathique découverte pour tous les amateurs d’EDM et de future bass: Droeloe. Il s’agit d’un duo néerlandais composé de Vincent Rooijers et de Hein Hamers qui possèdent un énorme béguin pour la scène électronique. On ne sait pas grand chose sur eux, si ce n’est qu’ils sont les boss de leur label Bitbird mais une chose est sûre, c’est que leur premier EP de 5 titres A Moment In Time est une de leur valeur sûre.

Conceptuellement parlant, cet EP se veut être une frise chronologique où l’on part de l’année 1997 avec le premier morceau « Back When » bien punchy comme il se doit et qui se conclut avec l’emballant « Just Now ». Et très vite, des morceaux plus punchy et dansants font surface avec la voix d’une chanteuse dont je connais pas le nom mais qui gère plutôt bien sur « Sunburn » et l’excellent « Homebound », là où le côté festif côtoie les émotions. Ceci dit, Droeloe s’en sort plutôt avec les honneurs avec A Moment In Time et des instrumentaux colossaux comme « Lilypads » prouvent qu’ils sont capables de soulever la scène électro dans pas longtemps.

Note: 8/10

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Elliot Moss – Boomerang

Souvenez-vous deux ans plus tôt quand Elliot Moss a ensoleillé notre automne avec son premier album Highspeeds (chroniqué ici). Le jeune prodige new-yorkais est du genre à créer un lien entre l’alternatif et l’électronique et il continue à nous prouver qu’il reste un des meilleurs de sa génération avec son EP Boomerang.

Elliot Moss possède également une voix incroyablement soulful comme l’affirme le splendide titre d’ouverture « Closedloop » flirtant avec d’autres actes comme James Blake et SOHN ou la soul organique flirte avec les synthés futuristes ainsi que « 99 » et « Without The Lights » qui est, quant à elle, plus enlevée et  où le falsetto du New-Yorkais est incroyablement bouleversant. Et bouleversant est trop faible pour qualifier cet EP surtout quand on écoute « Boomerang » où Elliot Moss ajoute des partitions de piano et des cordes en philosophant sur la nature humaine complexe avant d’avoir recours à l’Auto-Tune sur l’interlude orchestral « My Statue Sinking » et « Dolly Zoom ». Mais très vite, les choses sérieuses reprennent avec le final « Falling Down and Get Hurt » au piano distordu et son puissant crescendo synthétique.

Avec cet EP, le jeune artiste new-yorkais prouve d’allier folk, trip-hop, l’électro et la neo-soul pour un mélange explosif et racé qui a fait son succès. De quoi être très optimiste pour son second album donc !

Note: 8/10

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OMOH – Amour 3000

En 2015, un duo de Nîmes est venu enjailler notre collection automne-hiver avec leur second EP Is Leading Nowhere (chroniqué ici). Il s’agit d’OMOH et vous avez sans douté fredonné plus d’une fois leur entêtant « Luxembourg Park » en compagnie de leur nouvelle recrue Marie-Flore qui rejoint le roster. La preuve, Baptiste Homo et Clément Agapitos ont un pied dans le mainstream (en produisant pour Julien Doré et en faisant sa première partie) et un autre dans l’underground et ils continuent encore, surtout avec leur troisième EP Amour 3000.

Et très rapidement, ils commencent avec un premier titre bien kitsch avec son spoken-word résolument 90’s (du FAUVE avant l’heure) et ses synthés vieillots sortis des années 80. Voilà de quoi commencer les hostilités de façon surprenante et qui se poursuit avec la pop décalée et sautillante « Moshi Moshi (You Bring Me Down) ». Mais très vite, OMOH nous habitue avec leur électro-pop efficace qui a fait leur petite renommée avec « Tears » et le bien nommé « Tropicalling ! » plutôt léger qui ont de quoi rappeler la subtilité de leur mini-tube « Luxembourg Park ». Et tandis que l’on se familiarise avec cet EP que c’est bientôt la fin avec le dernier morceau « Pia » plus envoûtant avec ses excellentes parties de guitare nous donnant envie d’appuyer sur la touche Replay.

OMOH et Marie-Flore continuent sur leur lancée en jouant la carte de la surprise sur Amour 3000. Aussi bien décalé que plaisant, le trio prouve une complémentarité sans égal et nous prouve que l’on peut compter sur eux pour l’avenir de la french pop. De l’amour des vrais bonhommes…

Note: 7.5/10

Msafiri Zawose – Uhamiaji

On ne fait pas souvent attention à la scène musicale de Tanzanie, et pourtant c’est bien important de creuser dans ce pays. Parce que la spécialité tanzanienne est la musique gogo, une musique dans laquelle Msafiri Zawose est tombée étant petit. Fils du légendaire Hukwe Zawose qui a tourné aux côtés de Peter Gabriel durant les années 1980, le fabricateur d’instruments à ses heures perdues (oui, il lui arrive de fabriquer un ilimba, un piano qui se joue avec les pouces) décide de poursuivre cet héritage avec ce nouvel opus intitulé Uhamiaji.

Signifiant « immigration » ou « frontières », ce nouvel opus vous transportera en Tanzanie où l’on fait connaissance avec cette culture traditionnelle wagogo en compagnie de la Santuri West Africa et de Sam Jones de SoundThread (Orlando Julius). Résultat, on assiste à une incroyable fusion entre wagogo et explorations électroniques carrément expérimentales plus occidentales avec des titres hypnotiques à l’image de « Nzala Urugu » qui ouvre le bal ou encore « Chibitenyi », « Nosaga » et « Mbeleko ».

Uhamiaji est un voyage afro-futuriste plutôt intéressant où tous les sonorités électroniques et organiques s’entremêlent pour en faire quelque chose d’original et de dément avec des trips orgasmiques à l’image de « Tusife Majanga » et « Mdara » ou d’autres plus sobres comme l’instrumental « Mashakiri ya Mbali ». Les textures venues d’ailleurs appuient parfaitement le chant plaintif de Msafiri Zawose qui devient plus lancinant vers la fin de l’opus avec le quasi-instrumental « Malugaro » ou encore le reposant « Hali Halisi ». En somme, cet opus se veut être la complémentarité avec Assembly paru en 2002 l’album collaboratif de Hukwe Zawose et du producteur Michael Brook. Jamais la connexion musicale Londres/Bagamoyo ne fut aussi puissante que maintenant.

Note: 7.5/10

Mount Kimbie – Love What Survives

Depuis que Mount Kimbie a débarqué en ce début de décennie avec leur premier album Crooks & Lovers, on a misé tous nos espoirs sur eux. Le duo londonien était un peu les ambassadeurs du courant post-dubstep, un courant qu’il défendait encore corps et âme sur leur album suivant Cold Spring Fault Less Youth trois ans plus tard, en 2013. Après quatre ans de silence et après avoir dominé la NTS Radio tous les mardis, les voici de retour en chair et en os avec leur troisième disque Love What Survives qui a de quoi penser que c’est définitivement leur meilleur.

Ça faisait donc quatre ans et un jour qu’on était sans nouvelles du tandem londonien Kai Campos et Dominic Maker comme ils l’affirment sur le titre d’ouverture instrumental « Four Days And A Day ». En fait, le morceau possède un autre sens et fait plutôt référence aux lois de naturalisation américaines et très vite, l’ambiance alarmiste et martial est parfaitement implantée. Et très vite, on sent que Mount Kimbie a délaissé les sonorités electronica et « post-dubstep » pour aller chercher du côté du post-punk et du krautrock, notamment sur le très goth « Audition » mais également sur « SP12 Beat » et l’oppressant « Delta » mettant en avant les Korg MS-20 et Delta qui priment sur tout l’album.

Cette mutation musicale n’est rien sans ses invités non plus, à commencer par le chant punk désabusé et anarchiste du talentueux King Krule frôlant feu Joe Strummer sur le très dense « Blue Train Lines » sans oublier Micachu qui brille sur la pop exotique de « Marilyn » sans oublier Andrea Balency qui rend un hommage implicite à Stereolab sur l’emballant « You Look Certain (I’m Not So Sure) ». D’ailleurs, c’est pas la voix de Damon Albarn que l’on entend sur l’avant-dernier morceau « T.A.M.E.D. » (acronyme de « think about me everyday ») ? Tandis que je cherche à éclaircir le mystère, James Blake répond présent sur deux magnifiques titres que sont le très soulful « We Go Home Together » aux nappes synthétiques chaleureuses ainsi que le dernier morceau tout en émotions qu’est « How We Got By » avec son piano épuré. Que ça sent bon ce parfum de retrouvailles.

En définitive, Mount Kimbie continue à creuser les sillons surtout avec leur troisième album aussi bien impulsif que sensible. S’éloignant de l’univers musical de Boards of Canada, Four Tet et autres Burial pour aller rejoindre ceux de The Cure et autres Joy Division, le duo londonien sait comment déchaîner les passions avec un Love What Survives intelligent et complètement sincère.

Note: 9/10

UNKLE – The Road Part. 1

Chaque album d’UNKLE est une réinvention. Depuis la parution de son premier chef-d’oeuvre Psyence Fiction en 1998 mis en boîte par un DJ Shadow de la bonne époque, James Lavelle a poursuivi son aventure en changeant d’univers et d’équipe musicale à chaque sortie. Après avoir recruté Richard File pour les albums Never, Never Land en 2003 et le très rock War Stories en 2007 avant que ce dernier quitte l’équipage pour être remplacé par Pablo Clements sur le pas mémorable Where The Night Did Fall en 2010. Mais depuis, de l’eau a coulé sous les ponts depuis et UNKLE n’a pas donné signe de vie… jusqu’à cette année 2017 où il signe son grand retour en solo avec son cinquième album officiel nommé The Road Part. 1.

La raison pour cette longue absence est due au suicide de son fidèle acolyte Gavin Clark qui a posé sa voix sur beaucoup de morceaux d’UNKLE. Et le plus ironique dans tout ça, c’est qu’avant son suicide, il avait publié un album de Toydrum qui était un duo monté par… surprise, Richard File et Pablo Clements, soit les deux membres avec qui James Lavelle était en froid quelques années plus tôt. Suite à ce silence radio inquiétant, ce dernier a décidé de prendre une décision radicale et de ne compter que sur lui-même et ce The Road Part. 1 ne déroge pas à la règle. Il en résulte un voyage cinématographique où de nombreuses collaborations sont encore attendues et la liste est toujours impressionnante: Keaton Henson, Liela Moss (The Duke Spirit), ESKA, Mark Lanegan et j’en passe.

Ce nouveau chapitre divisé en cinq actes nommées Ital permet de montrer un James Lavelle plus sombre et plus introspectif où musicalement parlant, on se rapprocherait entre Never, Never Land et War Stories avec un « Farewell » aux arrangements peaufinés et subtils où les voix d’Ysée, ESKA, Elliott Power, Keaton Henson, Liela Moss, Mink, Dhani Harrison et de Steven Young s’entremêlent parfaitement. On retrouve ce parfait mélange entre trip-hop, électronique, rock et musique symphonique et baroque savamment mélangé pour un résultat plus qu’à la hauteur avec d’autres réussites comme l’hypnotique « Looking For The Rain » avec la voix rocailleuse de Mark Lanegan qui contraste avec celles d’ESKA et de Twiggy Ramirez ainsi que ses vibrants chœurs gospel et la splendide ballade trip-hop « Cowboys and Indians » avec Elliott Power, Mink et Ysée avec un final des plus éblouissants contrastant avec des titres plus rock à la War Stories comme « Nowhere To Run/Bandits » et « The Road » à la section rythmique aussi époustouflante qu’une bande-annonce de film d’action.

Même si Gavin Clark n’est plus de ce monde, Keaton Henson arrive tout de même à nous émouvoir sur « Sonata » et « Sick Lullaby » tout comme Mink sur la pièce symphonique pure et dure nommée « Stole Enough » tandis que des pièces plus trip-hop nous intriguent comme « Arms Length » avec sa rythmique un peu trop old-school mais sympathique tout comme Liela Moss sur « Sunrise (Always Come Around) ». On a trop longtemps étiqueté UNKLE comme étant les frères spirituels de Massive Attack mais ils excellent dans cet univers. The Road Part. 1 est un come-back réussi de la part d’un James Lavelle qui a enfin pris les rênes de son projet qui n’arrête pas de réinventer son style à chaque album. Espérons attendre une seconde partie toujours aussi grandiose et cinématographique.

Note: 9/10

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Hercules and Love Affair – Omnion

On avait laissé Hercules and Love Affair avec un troisième album The Feist of Broken Heart en 2014 avec en prime le tube qui nous a fait gigoter dans tous les sens « That’s Not Me ». Toujours dans le rythme d’un album tous les trois ans, le groupe du DJ américano-belge Andy Butler continue de faire fureur et n’a pas l’intention de faire descendre la température surtout avec le nouvel opus nommé Omnion qui vient jouer les prolongations estivales.

Pour chaque album de Hercules and Love Affair, il y a toujours un gratin d’invités et Omnion ne dérogera pas à la règle dessus. C’est d’ailleurs la diva de l’indie rock (et actrice à ses heures perdues) Sharon van Etten qui ouvre le bal avec un « Omnion » bien rutilant. Très vite, on retrouve la house vintage saupoudrée de synthpop des années 1980 mais jamais ringarde d’Andy Butler toujours aussi infectieuse avec des bangers irrésistibles comme « Controller » avec Faris Badwan de The Horrors (il brillera plus sur l’ambient futuriste « Through Your Atmosphere »), « Rejoice » et « Wildchild » conviant à deux reprises la chanteuse Rouge Mary.

On retrouve également trois fois notre Gustaph fétiche sur le synthpop joueur et lascif « Lies », l’entêtant « My Curse and Cure » ainsi que le final planant nommé « Epilogue » mais aussi d’autres bonnes surprises comme le groupe indie rock libanais Mashrou’ Leila qui intervient sur le très bon « Are You Still Certain ? » et le groupe house Sísi Ey sur « Running ». Au milieu de ce festival de guests, Andy Butler a également pris le temps de poser sa voix sur le seul titre solo qu’est « Fools Wear Crowns » pour la première fois de sa carrière, et autant vous dire qu’il gère plutôt bien. Quoi de mieux pour faire un bon cocktail de house à l’ancienne sans jamais tomber dans la ringardise ?

Même si on n’atteint pas les sommets du premier album, Omnion est tout simplement un quatrième régal auditif tant il viendra ambiancer notre fin d’été. Hercules and Love Affair trouve toujours la bonne recette pour nous balancer onze nouveaux hymnes punchy sentant la joie de vivre et la libération malgré les temps durs. Que demande le peuple ?

Note: 8.5/10

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