No Money Kids – Hear The Silence

No Money Kids a connu la consécration il y a deux ans maintenant avec leur premier album I Don’t Trust You qui a fait suite à leur premier EP Old Man l’année précédente.  Le duo électro/blues-rock composé de Félix Matschulat (chant, guitare) et de JM Pelatan (basse, machines, samples) détonne pour son originalité et ne compte pas s’arrêter surtout avec leur second opus Hear The Silence bien décoiffant.

En dix titres, le duo balance leur gros son bluesy avec des tubes en puissance comme le funky « Man Down », « Take Me To Your Home » ou encore « Burning Game » où la voix de Félix se fait plus contrôlée et juste se mêlant aux guitares rutilantes et aux rythmiques électroniques qui font leur effet. No Money Kids impressionne toujours autant avec des morceaux efficaces tels que « Easy », « The Hangman » et « Black Hole » mettant en valeur les thèmes pour le moins sombres comme le deuil et le suicide entre autres.

Tandis qu’on se laisse bercer par des titres fiévreux, le tandem Matschulat/Pelatan balance un peu de douceur avec le morceau-titre acoustique avant de repartir de plus belle avec « My Love » et « Shot the Master » bruts et directs. Hear The Silence est un opus sans fioritures aussi bien efficace qu’affolant et No Money Kids sait comment nous étonner.

Note: 8.5/10

Polo & Pan – Caravelle

La chronique la plus vue et la plus lue depuis le début des Oreilles Curieuses est celle de l’excellent EP Canopée de Polo & Pan à lire ici. Inutile de présenter le duo électro qui monte au fur et à mesure tant ils nous accompagnent tous les étés depuis 2014 avec leurs EPs tropicaux et il est temps pour un premier album qui tombe pile poil pour la saison. Pour cette année, Polocorp et DJ Peter Pan présentent leur premier long-format intitulé Caravelle.

Après une introduction instrumentale complètement soyeuse nommée « Abysse », Polo & Pan sort la grosse artillerie tropicale avec des tubes en puissance comme « Aqualand » et « Cœur Croisé » avec un solo de saxophone ravissant toujours accompagnés de voix féminines séduisantes et des paroles surréalistes et romantiques. Certes, on retrouve les morceaux qui ont fait leur succès comme les toujours efficaces « Canopée » et « Plage Isolée (Soleil Levant) » qui sont partis pour être les hymnes de cet été, sans oublier les bangers instrumentaux qui font toujours aussi mouche comme « Nanä » et « Dorothy ».

Mélangeant les influences bossa-nova et les sonorités électro comme sur l’excellent « Zoom Zoom » ou d’autres sonorités world avec « Kirghiz » et le délirant « Mexicali », Polo & Pan maîtrise à merveille la définition du space jungle et ce Caravelle en est une parfaite illustration. Tandis que l’on danse sur la plage à travers ces compositions maîtrisées, on prend également le temps de rêver et de contempler le décor paradisiaque que nous dresse le duo en fin d’album avec les titres aériens « Chasseur d’ivoire » et « Pays Imaginaire » qui montre toute leur versatilité. Ce premier album de Polo & Pan est à ranger entre le parasol et la crème solaire pour cet été.

Note: 9/10

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Elbi – Colourful Shores

Derrière Elbi se cache une jeune musicienne nommée Lucile Bauer. Après avoir collaboré avec pas mal d’actes musicaux comme Villanova et autres Ambassadeurs, elle décide enfin de faire parler d’elle après avoir publié un premier single « On The Single » remixé par Larry Heard, elle décide de présenter leur premier EP intitulé Colourful Shores sur le label Animal Records (Backbone, Stand Wise, Bloum…).

Révélé aux Inrocks Lab en 2014, Elbi mélange sans scrupules jazz-funk, électro, soul, influences tribales et R&B pour un résultat détonnant qui se détale sur ces six morceaux aussi bien cosmiques qu’hypnotiques. Après nous avoir transporté dans l’au-delà avec « Dawn », l’artiste nous transmet de bonnes vibrations spatiales avec les entêtants « On a Wave Of Light », « Western Games » et autres « Sweet Melodies » où la voix de Lucile répond à merveille aux incantations électroniques. Après un « Fancy Car » efficace, la pièce de résistance se retrouve en toute fin et est tout simplement le morceau-titre où on a l’impression de danser dans les hautes sphères pendant moins de 6 minutes. Elbi vise l’infini et l’au-delà.

Note: 7.5/10

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Pale Grey – Ghosts

Pale Grey est un groupe venu tout droit de Belgique et ils mélangent dream-pop et indie pop pastorale avec brio. Ceux qui assurent la première partie d’Electric Guest vont nous présenter un premier album à la rentrée mais ils nous proposent un amuse-bouche plutôt appétissant avec un EP de 4 titres intitulé Ghosts.

Le quatuor est parfaitement à l’aise dans la fusion des genres (folk-pop, expérimentations sonores, hip-hop, electronica…) surtout sur la superbe introduction nommée « Ghost » comportant une interprétation bouleversante. Suite à cela, des monuments viennent se greffer comme la ballade électronique raffinée « Billy » qui viendra nous procurer mille frissons ainsi les influences bluesy du duo piano-voix de « Drift » prenant de l’ampleur. Ce court voyage musical se clôt avec un « Cupidon » bien séduisant.

En quatre morceaux, Pale Grey en dit long sur ses ambitions et son univers enrichissant et sensible où les arrangements hypnotiques sont semblables à celles de Radiohead, Alt-J, Archive et autres Sigur Ros. Si Ghosts est un avant-goût de leur premier album, on peut s’assurer que l’on aura affaire à un grand disque.

Note: 8/10

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Yotaro – Turning Point

Le label Cascade Records continue à nous dévoiler son roster de cette année et il nous présente un jeune beatmaker japonais nommé Yotaro. Si il est peu connu dans l’Hexagone, sachez qu’il s’est fait un petit nom dans son pays d’origine avec la parution de son premier opus Promenade en 2015 dont je n’arrive pas à mettre la main dessus. Pas très grave car voilà qu’il récidive avec un nouvel opus intitulé Turning Point.

Armé de son AKAI MPC2000XL, Yotaro nous concocte douze instrumentaux downtempo où les influences hip-hop de feu J Dilla et Madlib se font clairement ressentir. Des samples raffinés s’échappent de notre casque et on se laisse envoûter par des jolis instrumentaux soul-jazz courts mais incroyablement relaxants tels que « Intelligence », « Devil Dance » et « Holi » qui nous déconnectent du monde réel. Et tandis que l’on se détend facilement avec des morceaux smooth comme « Sword », « Waterdrop » et autres « Evening Breeze », on parvient à détecter des samples plus connus comme « Can’t Turn Me Away » de Sylvia Striplin et « Get da Money » d’Erick Sermon sur l’hybride « AAAYA », la voix de Common sur « Keep On » ainsi que « One Love » de Nas sur la conclusion ravissante « One World ».

En 25 minutes, Yotaro nous embarque dans un univers ensoleillé et harmonieux sur Turning Point qui a de quoi rappeler les œuvres de DJ Cam et de DJ Mitsu The Beats. Le beatmaker japonais possède le hip-hop en lui et n’hésite pas à reprendre le flambeau que le regretté producteur de Detroit a laissé derrière lui. A écouter les yeux fermés.

Note: 8/10

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Thilda – L’Hôtel de Son Coeur

Thilda est le nom du projet musical de la française Mathilde Ferry qui avait déjà publié un premier EP Je t’écris ici en 2009 enregistré à Montréal. La demoiselle a plongé dans l’univers de la musique classique, du jazz et de la littérature japonaise depuis son plus jeune âge, ce qui en dit long sur ses ambitions. Ce qui est hautement vérifiable avec son premier album L’Hôtel de son Cœur.

L’auteure-compositrice-interprète nous ouvre les portes de son intimité et de ses pensées à travers ses douze compositions sensibles et minimalistes comme le morceau-titre qui pose les bases parfaitement ainsi que « Les cœurs réservés », « Où es-tu ? » ou encore « Dans le bain ». Ponctué d’arrangements électroniques, Thilda arrive à nous captiver avec sa sensibilité et son interprétation sobre que ce soit en français ou en anglais comme sur « My Night », par exemple.

Que ce soit l’instrumental « Un moment suspendu » ou des pièces langoureuses comme « En silence » ainsi que la conclusion « Sur ta peau & stars », Thilda nous ensorcelle et nous maraboute à travers ce disque inoubliable nous invitant au voyage des cœurs réservés, comme elle le dit si bien, « gardant en réserve la majeure part des émotions, faute de place ».

Note: 7.5/10

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Douchka – Infantile

Si vous pensez que Douchka va ralentir la cadence, vous pouvez vous fourrer le doigt dans l’œil. Chez Nowadays Records, hors de question de se reposer sur les lauriers et le beatmaker rennais l’a bien compris. Plus besoin de le présenter, passons en revue son troisième EP Infantile faisant suite à ses deux EPs Joyful et Together.

Les sept morceaux que composent l’EP traduisent le savoir-faire du beatmaker en bénissant nos oreilles grâce à sa patte future beats toujours aussi captivante aux synthés colorés, voix pitchées découpées avec précision (on sent l’influence de 20Syl) et aux beats toujours incisifs. Passée l’introduction aérienne nommée « Rise », le rappeur High Levelz viendra dévorer l’instru boom-bap futuriste de « No Reason ». Il apparaîtra sur l’excellent « This Mood » toujours aussi démentiel mais on peut également compter sur la présence de la chanteuse R&B Lia sur le sensuel « Call You Mine ». Douchka trouvera le temps de briller comme autrefois sur les deux instrumentaux percutants que sont « Sunday Morning » et « Oh Lee ». Il manquera plus qu’une harmonieuse nommée « Two Minutes For Love » pour clore cette belle cérémonie.

Le rennais fait éclater tout son génie avec ce troisième EP maîtrisé et mature. Sans jamais perdre sa fanbase, le beatmaker continue son ascension en raffinant son style et en affirmant son originalité sans faille.

Note: 8/10