Baths – Romaplasm

Baths avait marqué pas mal d’esprits avec son désormais mythique second album nommé Obsidian en 2013. Tandis qu’on avait apprécié le côté lumineux de Cerulean en 2010, son successeur étonnait par sa noirceur intense et déchirante. Ainsi, quatre années se sont écoulées et le musicien californien Will Wiesenfield revient aux sources avec son nouveau disque intitulé Romaplasm qui est à mille lieues de ce que l’on attendait.

Ce troisième opus prendra une tournure quelque peu différente dans la trajectoire du californien tant il rêve d’une vie plus simple où il n’y aurait aucun souci et aucune tristesse. Et justement, une main lui tend la joue et lui confirme que cela peut être possible. Il suffit d’écouter des morceaux électro-glitch aux beats ultra complexes à l’image de « Yeoman », « Extrasolar » ou encore « Out » et « I Form » avec un Will Wiesenfield en pleine forme.

On est bien loin du côté sophistiqué de Cerulean et du côté pop dramaturgique d’Obsidian. Ici, on a affaire à des titres survitaminés et multicolorés qui frisent parfois un peu trop l’excentrique comme les sonorités 8-Bit de « Adam Copies » qui flirte avec le breakcore vers la fin du morceau ou encore la conclusion « Broadback » avec ses beats trop complexes qui donnent un peu le tournis. Heureusement qu’il y a des titres plus maîtrisés comme la pop aérienne de « Abscond », l’intermède éthéré de « Lev » ou le sympathique « Wilt ». Cela donne l’impression que Baths revient d’entre les morts avec cette main qui le touche avec ses yeux émerveillés et qui réalise qu’une meilleure vie est bien possible, comme le montre sa pochette.

Note: 8/10

J. Bernardt – Running Days

Avec toutes mes excuses, je n’ai jamais pu chroniquer le premier album du projet solo de Simon Casier, bassiste du groupe Balthazar, tout simplement d’un agenda hyper chargé que je n’arrive jamais à désemplir. En revanche, vous pouvez retrouver celui du premier album de Maarten Devoldere alias Warhaus ici. La troisième personne du désormais célèbre groupe belge qui se lance en solo est bien évidemment Jinte Deprez, le co-fondateur, chanteur et guitariste. Ici, il officie sous le pseudonyme J. Bernardt et présente son premier album Running Days avec un changement musical plus que radical.

Contrairement à ses comparses, J. Bernardt s’éloigne quelque peu de l’univers musical de son groupe pour aller flirter du côté de l’électro-pop moderne avec un petit soupçon de R&B alternatif. Le changement se fait bien sentir à l’écoute des titres novateurs comme « On Fire » et « The Other Man » mais aussi le synthétique « Calm Down » qui possède tous les atouts d’un futur tube. C’est clairement différent de ce qu’il a pu entretenir avec Balthazar, c’est sur mais Jinte Deprez s’en sort plutôt avec les honneurs, surtout lorsqu’il s’aventure vers des sonorités tantôt orientales (« The Question ») tantôt caribéennes (« Wicked Days ») sans oublier pour autant des sonorités dignes du regretté J Dilla sur l’instrumental « Motel » avec ses cuivres jazzy du plus bel effet et sur la conclusion épique.

N’appelez pas cela un suicide commercial mais comme une prouesse plutôt artistique et audacieuse. J. Bernardt permet de dissocier le Jinte Deprez de Balthazar à celui du Jinte Deprez qui est prêt à prendre des risques afin d’arriver à ses fins. C’est d’ailleurs son compère Warhaus qui doit s’en mordre les doigts, mais ça on aura l’occasion d’en reparler d’ici peu de temps.

Note: 7.5/10

 

Blood Cultures – Happy Birthday

Fin 2013-début 2014, je faisais mon stage en alternance dans une grosse boîte dont je tairai le nom. Arrivé là-bas, j’étais tombé sur une pépite musicale qui m’a rendu accro dès les premières secondes: il s’agissait du titre « Indian Summer » de Blood Cultures. Pendant tout l’hiver, je me repassais donc ce morceau et pourtant, j’attendais que cet individu balance de nouveaux titres pendant longtemps. Jusqu’à ce que je passe à autre chose malheureusement. Printemps 2017, je découvre qu’il a enfin sorti un premier album nommé Happy Birthday. Et une fois de plus, la nostalgie est revenue me faire un appel du pied.

Donc qui est ce Blood Cultures ? Je ne sais pas grand chose sur lui depuis toutes ces années. Mais ce que je sais, c’est que c’est un musicien cagoulé qui nous vient de New Jersey. L’important n’est pas de savoir qui il est mais pourquoi ce musicien est sous-estimé et qu’il mérite plus d’attention. Tout simplement à cause des titres aussi bien envoûtants qu’efficaces à l’image de « Scenes From A Midnight Movie », « Inside » ou encore « Mercury Child ». Bien sûr, on retrouve son plus grand tube « Indian Summer » qu’on se repassera en boucle pour de nombreuses raisons mais on restera scotché devant tant de professionnalisme avec des morceaux catchy comme « Phospholipid » où Blood Cultures s’amusera à moduler sa voix ou encore le rétrofuturiste « Moon » qui me laissera bouche bée.

Les fans de Lykke Li ou de M83 apprécieront ce cocktail musical que nous a concocté notre héros cagoulé où l’on flirte avec les aspects chillwave et indie pop avec ses synthés colorés, son ambiance complètement nostalgique ainsi que son chant feutré mais totalement rêveur. Pas mal de petites réussites acidulées sont également à souligner, à l’image de « Mercury Child », « All These Days/Smoke Signals » intelligemment scindé en deux parties ou encore « Coastal » avec ses claviers qui ont de quoi faire penser au « Summer Madness » des légendaires Kool & The Gang. En bref, quatre années qu’il était attendu au tournant et le natif du New Jersey ne nous déçoit pas du tout avec son Happy Birthday qui fait éclater sa vision artistique implacable et riche en émotions. Pendant que les autres attendent encore à ce que des autres actes similaires comme Jai Paul balancent enfin leur album, personnellement, j’ai lâché l’affaire et trouvé mon compte sur ce premier disque où la joie, le pathos et l’émerveillement se mélangent pour en faire une fusion harmonique.

Note: 8.5/10

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Tusks – Dissolve

J’étais censé parler de Tusks l’année dernière en raison de ses deux EPs Ink en 2014 et False en 2016 mais l’agenda chargé a eu raison de mes disponibilités. Fort heureusement pour moi (et pour vous), la native de Brighton a décidé de nous gâter avec son premier album intitulé Dissolve plutôt idéal en cette fin d’année.

Emily Underhill, de son vrai nom, a choisi son nom de scène via un titre de Fleetwood Mac qu’elle affectionne le plus. Voilà pour l’anecdote. Maintenant, intéressons-nous plutôt au contenu qui est plutôt prometteur. L’artiste se met à nu sur cet opus où naviguent multiples influences comme le post-dubstep, l’électro-pop et la néo-folk avec des morceaux sereins mais teintés d’une mélancolie insoupçonnée comme « False », le morceau-titre mais également « Ivy » totalement caractéristique si l’on prend en compte la voix féerique mais riche en émotions.

Dissolve est remarquable pour sa cohésion et son homogénéité tellement on se laisse bercer par la pop à la fois aérienne et pesante de Tusks. En chantant ses multiples déceptions amoureuses qui l’auront chagriné mais aussi endurcie, elle convainc totalement surtout à travers « Paris », le glacial « Toronto » ainsi que « My Love » où le spleen est total. Il ne manque plus qu’une reprise d’une chanson de Foals qui est « London Thunder » dans une version épurée et poignante montrant une musicienne à l’aise dans son art. Ce premier album est plus remarquable sur le fond plutôt que la forme mais il donne l’impression que le temps est suspendu tant on reste accro aux tristes récits que nous compte la mamzelle de Brighton.

Note: 7.5/10

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Teen Daze – Themes For Dying Earth/Themes For A New Earth

Teen Daze avait réussi sa reconversion musicale avec son second opus Morning World en 2015 (chroniqué ici). Le musicien multi-instrumentiste d’Abbotsford est passé de l’autre côté de la force en passant de la chillwave à l’indie pop mélodique et a fait éclater son talent au grand jour avec des morceaux plus touchants et sincères. Et bien préparez-vous à une autre transition avec son nouvel album intitulé Themes From Dying Earth.

Se voulant être un album conceptuel, Jamison Isaak a imaginé un univers où l’on peut s’échapper à la dure réalité pour aller chercher un endroit où il fait bon vivre sans soucis, sans emmerdes, sans rien du tout. Et il le retranscrit parfaitement avec ses compositions célestes et organiques à l’image de « Cycle » ou de l’éthéré « Water In Heaven ». A l’aide des synthés vaporeux et des guitares mélodiques, on plonge dans un monde riche en harmonies et en poésies où les participations extérieures ne font qu’embellir les choses avec notamment Nadia Hullett qui partage le micro sur « Lost », le guitariste Dustin Wong de Ponytail sur le magnétique « Cherry Blossoms » ou encore le bras droit de Bon Iver qu’est S. Carey sur le mélancolique « First Rain ».

Themes From Dying Earth nous fait échapper de la dure réalité pour aller confronter des endroits célestes parfaitement magnifiés sur les instrumentaux ambient comme « Dream City », « Becoming » et « Breath ». Teen Daze a réussi son pari, celui de faire oublier le train-train quotidien de son auditeur.

Note: 8/10

Alors qu’on n’a réellement pas atterri avec son céleste album Themes For Dying Earth en février dernier, Teen Daze nous a préparé la suite pour ce mois-ci. Prêts à planer encore plus haut ?

Les deux différences majeures entre ces deux albums, c’est que celui-ci est purement instrumental et résolument tourné vers l’ambient mais on retrouve également un son plus optimiste que son grand frère « jumeau ». Ainsi, on sera ébahis devant tant de justesse à travers des titres aériens et voluptueux allant de « Shibuya Again » à « Station » en passant par « River Walk » et « An Alpine Forest ». Hormis « Wandering Through Kunsthal » avec ses guitares sucrées, le reste de l’opus est entièrement synthétique et sans boîte à rythme en flirtant vers la new-age par moments (« Kilika » et « Echoes »).

Pour deux albums conceptuels, Jamison Isaak a réussi son pari haut la main. Tandis que l’auditeur était conquis par tant de beauté sur l’album précédent, voilà qu’il est aux anges avec cet opus qui incite à un voyage immobile et somptueux où l’on change de décor subtilement. Themes For A New Earth n’est pas qu’une invitation mais une incitation.

Note: 7.5/10

Calling Marian – The Parade

Calling Marian avait fait ses premières preuves avec son premier EP auto-produit du nom de 199x il y a maintenant deux ans. La DJ lyonnaise nous impressionnait pour son acid techno hypnotique et percutant et ce n’est pas pour rien que la résidente des soirées Arm Aber Sexy récidive avec son nouvel EP intitulé The Parade.

Et c’est reparti pour un tour pour cet EP de 4 titres résolument acides où la TB-303 dominent tout au long de ce The Parade. Marianne Delorme réussit son pari avec les addictifs « 0019.1 » et « Teal » en nous faisant danser et planer sans que l’on se rende réellement compte. Il ne manque plus qu’un « Monochrome » pour être convaincu du talent de l’artiste qui est une habituée des soirées Wet For Me, House of Moda, Mutante ou encore Garçon Sauvage. On parie qu’avec The Parade, on la verra dans les soirées Boiler Room ?

Note: 8/10

Floyd Shakim – Mermaids

On ne décortique pas assez le label On & On Records qui est le label de la superstar 20Syl inutile de présenter à l’heure actuelle. Et ici, le label met en lumière un jeune talent nommé Floyd Shakim qui nous vient de Paris. On n’en sait pas plus par rapport à cet artiste mystérieux mais toujours est-il qu’il a publié un premier EP plutôt appétissant nommé Mermaids Fade en mars dernier.

Se rangeant aux côtés d’Awir Léon (qu’on retrouve dans l’EP cependant), Sekuoia, James Blake ou encore SBTRKT, Floyd Shakim arrive à mélanger soul et electro sous un fond de post-dubstep cotonneux à l’image de « Mermaids » et « Mourning Glory ». Le membre d’UNNO vient donc prêter main forte sur l’ensorcelant « Quietwaves » avant de laisser le jeune artiste libre de ses aspirations à travers des morceaux futuristes mais cinématographiques du nom de « Truth and Lies » et « The Perks of Being ». Mermaids Fade vous emportera au loin, d’autant plus que la fusion musicale totalement lyrique et sensible.

Note: 8/10

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