Geese – Getting Killed

Tout nous laisse à penser que Geese fera parti d’un des grands groupes de cette décennie. En l’espace de deux albums, le groupe de Brooklyn n’a pas fini de faire frémir la concurrence avec leur dernier album nommé 3D Country paru il y a deux années de cela maintenant (chroniqué ici). Il aura fallu une escapade en solo pour le leader du groupe qu’est Cameron Winter qui a agréablement surpris tout le monde avec Heavy Metal (chroniqué ici) pour que le désormais quatuor puisse frapper de nouveau fort avec Getting Killed.

S’éloignant des ambiances country/blues/gospel du totalement barré 3D Country, Geese viendra miser sur l’imprévisible et l’aspect anxiogène tout en faisant appel à Kenny Beats qui officiera derrière les manettes. Getting Killed est une parfaite allégorie de notre monde qui sombre de plus en plus dans la folie et la démence, comme le prouve le morceau d’ouverture à la rythmique lourde nommé « Trinidad » pour le moins fracturé conciliant le calme inquiétant où les cuivres et allures faussement funky résident aux refrains totalement chaotiques (à base de « THERE’S A BOMB IN MY CAR ! » hurlé par le rappeur JPEGMAFIA de façon hystérique). Le quatuor de Brooklyn ira enfoncer le clou avec un « Cobra » aux sonorités plus country que n’auraient renié Beach Boys mais également la pop nonchalante de « Husbands » allant crescendo petit à petit sans oublier l’interprétation si singulière de Cameron Winter qui n’aura jamais été au contrôle de sa voix jusqu’à maintenant.

Getting Killed titube entre chaos et maîtrise de la plus belle des manières. Geese repousse les limites de leur créativité et de leur folie artistique avec le morceau-titre bien bouillant et hanté notable par cette chorale presque gospel ukrainien (ainsi que le vibrant « Morning walked me out of here with no shoes, and one foot doesn’t wanna stay alive! »)  suivi de très près par la ballade ensoleillée de « Islands of Men » aux faux airs de « Pacific Theme » de Broken Social Scene qui prendra peu à peu des allures de jam session comme si le quatuor défiait l’espace-temps mais encore du désordre délirant et funky qu’est « 100 Horses ». La face B se montre plus méditative et plus conceptuelle sans jamais renier ce grain de folie malgré tout avec les ballades somptueuses que sont « Half Real » et « Au Pays du Cocaïne » où Cameron Winter tire une fois de plus son épingle du jeu avant de repartir dans de l’exubérance avec les influences ska-punk bien cuivrés de « Bow Down » avec un solo de guitare bien groovy et l’accrocheur « Taxes » (« If you want me to pay my taxes, you’d better come over with a crucifix / You’re gonna have to nail me down »).

Cette folle escapade se clôture avec un « Long Island City Here I Come » qui est un véritable bouquet final où la rythmique débraillée viendra monter crescendo tandis que notre protagoniste nous tient en haleine avec ses « Here I come » répétés. Tous les ingrédients ont réunis pour faire de ce Getting Killed un joyeux bordel auditif ô combien jouissif montrant que Geese sait offrir un incroyable fourre-tout électrique. Comme quoi, derrière le chaos se cache dans les détails et réside une certaine beauté à la fois absurde et viscérale qui anime notre monde actuel.

Note: 10/10