Cate Le Bon – Michelangelo Dying

Il aura fallu deux pièces maîtresses pour que Cate Le Bon puisse accéder au panthéon. On avait laissé notre protagoniste en pleine forme avec l’excellent Pompeii il y a trois années de cela (chroniqué ici) avant d’élargir ses horizons en produisant pour la crème de la crème (Devendra Banhardt, Wilco, Horsegirl…). En cette rentrée, elle fait son retour pour le moins doux-amer avec l’arrivée de son nouvel album qui s’intitule Michelangelo Dying.

Pourquoi doux-amer ? Car tout simplement Cate Le Bon a un goumin qu’elle viendra raconter tout au long de ces dix magnifiques compositions à la fois cotonneuses et immersives. Michelangelo Dying s’ouvre sur un « Jerome » des plus hantés et des plus minimalistes et qui donne le ton d’emblée montrant une artiste galloise plus contemplative que jamais tandis qu’elle trouve les mots justes sur la violence de la rupture amoureuse avant de prendre son envol avec les guitares détrempées couplées au saxophone mélancolique de « Love Unrehearsed » et qui retentit tout autant sur « Mothers of Riches » (“I can’t remember what makes us elegant when love goes spare”, chante-t-elle).

C’est à travers ces textes riches en symboles qu’elle réussit à retranscrire son deuil amoureux de la plus belle des manières. Submergée par des émotions aussi contrastées, Cate Le Bon imagine une gravure fragile implantée au milieu du désert californien à travers ces lignes de basse humides, ce saxophone endeuillée et ces guitares carillonnantes. On en veut pour preuve des moments pleins d’élégance comme le méditatif et voluptueux « Is It Worth It (Happy Birthday) ? » presque Bowie dans l’âme où surgit d’un poignant “I thought about your mother/I hope she knew I loved her” contrastant au plus dévastateur « Pieces Of My Heart » notable pour sa rythmique complexe (“This is how we fell apart/I’d sing a love story but nothing’s gonna save it”, chante-t-elle). Petit à petit, on observe et écoute cette blessure amoureuse se refermer et cicatriser petit à petit avec également les scintillant et spatieux « About Time » ainsi que « Heaven Is No Feeling » sans oublier les allures faussement krautrock de « Body As A River » avec ses notes de piano tout en staccato.

Michelangelo Dying atteindra de nouveaux sommets avec la collaboration de haute volée avec John Cale sur les influences art-rock de « Ride » définitivement sombre, mécanique et fantomatique (“It’s alright, it’s alright/It’s just feelings going away”) ainsi que sur la conclusion vertigineuse nommée « I Know What’s Nice » avec ces arrangements qui s’effondrent sous le poids de ses émotions (“I’m leaving someone I love / I can’t breathe for someone I love”) avant de s’achever sur ce mantra saisissant qu’est I can’t break down”. Cate Le Bon signe ici son disque le plus cru émotionnellement parlant mais aussi le plus cathartique de sa discographie tandis qu’elle continue de modeler un champ vibrant où l’on s’y égare de bon gré, telle une Michel-Ange des temps modernes qui lutte pour trouver la force et l’élan vital après un vide laissé par une rupture douloureuse.

Note: 9/10