Kelela – new avatar

Si il y a bien un retour dont on a plus que hâte, c’est bien sûr celui de Kelela. Nous étions sans nouvelles de la prêtresse du R&B alternatif américain depuis son incroyable second album nommé Raven qui a tout raflé il y a trois années de cela maintenant. A chaque fois qu’elle effectue son retour, cela reste un événement. Autant vous dire qu’avec son successeur tant attendu du nom de new avatar, elle ne laissera personne indifférent.

Comme dit le fameux dicton, à chaque album sa réinvention. Sur new avatar, Kelela viendra incorporer des éléments shoegaze, grunge et dream-pop à travers son R&B mutant mais sensuel et fantomatique à la fois. Et il est question de thématiques afroféministes tandis qu’elle s’ouvre sur sa lourde expérience en tant que femme noire queer, dès le départ avec un « idea 1 » fantomatique notable par ces références à Octavia E. Butler mais aussi à bell hooks tout en assumant parfaitement ces nouvelles influences à la fois oniriques et électriques comme sur les breakbeats vertigineux de « point blank » et sur « goin down ». Ce virage plus direct et assumé permet de mesurer son incroyable créativité.

Kelela poursuit dans cette voie avec d’autres perles noires et psychédéliques où les guitares shoegaze se confrontent aux synthés cristallins et astraux, notamment sur « against me » parlant d’une relation toxique à l’agonie tout comme sur « crystallize ». Mais hors de question pour notre protagoniste de se laisser avoir par cette fatalité, elle s’affirme plus que jamais dans un contexte bien anxiogène et turbulent tout en distillant son vécu de façon fragmenté. Que ce soit sur des moments plus entraînants comme la bounce de la Nouvelle-Orléans sur « linknb » et la house minimaliste bien menaçante de « don’t piss me off », elle se bat contre l’adversité avec beaucoup d’élégance. Elle pourra également compter sur le bien trop rare A.K. Paul sur un « outta time » hors du commun mais aussi sur la révélation Fousheé sur l’hypnotique et coloré « new life forms » et la toujours aussi remarquée PinkPantheress sur le beaucoup plus euphorique « the bridge » à mi-chemin entre future garage et 2-step bien exalté.

new avatar se clôture avec un « if we meet again » beaucoup plus contemplatif et harmonieux qui entamera donc un nouveau chapitre pour Kelela. En infusant des sonorités plus électriques, l’artiste novatrice se dévoile à nous en assumant définitivement son identité de façon élégante, à l’heure où le misogynoir et le sexisme gagnent de plus en plus de terrain tout comme les relations amoureuses complexes vouées à l’échec. On plonge magnifiquement dans cet univers habité par la joie comme moteur de résistance et par le lien en résonance avec une époque bien trouble.

Note: 9/10