The Strokes – Reality Awaits

Après Gorillaz à la fin de l’hiver, c’est au tour de The Strokes de faire son grand retour suite à leur 25ème année d’existence. Il faut dire que le groupe new-yorkais n’avait pas donné signe de vie depuis The New Abnormal à l’aube du confinement et qui contenait leur désormais culte « The Adults Are Talking » qui a tourné partout et encore aujourd’hui. Alors forcément, à chaque fois que Julian Casablancas et ses acolytes font leur grand retour, cela ne laisse personne indifférent, et surtout pas leur nouvel album nommé Reality Awaits, après de nombreux reports, est enfin là (25 ans après leur premier album, l’estampillé classique Is This It?). Mais vaut-il vraiment le détour, cette fois-ci ?

Ces dernières années n’ont pas été faciles pour tout le monde, surtout pas pour The Strokes. Julian Casablancas avait réactivé de temps à autre son autre side-project The Voidz avec un Like All Before You il y a deux années de cela qui fut honorable mais sans plus. Parallèlement, Albert Hammond Jr. et Nick Valensi ont poursuivi leurs carrières solo mais personne n’allait s’imaginer que nos cinq new-yorkais allaient de nouveau se réunir d’ici peu. Et avec Reality Awaits (dont les sessions ont débuté en 2022), ils nous rappellent que tout va de travers dans le monde. Rien n’est stable, tout est imprévisible et ils donnent le ton d’emblée avec le crépusculaire « Psycho Shit » montrant clairement leur envie d’élargir leurs ambitions musicales pour le meilleur comme pour le pire. Exit la simplicité de The New Abnormal, le quintet opte pour une ambiance anxiogène et déconcertante avec ce crescendo électrique sans oublier les arrangements plus synthétiques sur ce premier morceau avant de laisser place à « Dine’n’Dash » plus new wave et plus dansant dans l’âme tout comme la pop accrocheuse de « Falling Out Of Love » ainsi que de « Going To Babble On » annonçant un disque absolument complexe et déconcertant.

Pourquoi déconcertant ? Car le gros point noir selon moi est l’obsession pour Julian Casablancas de mettre en avant sa voix autotunée au profit des guitares du tandem Valensi/Hammond. Alors, on pourrait penser qu’il préfère utiliser sa voix autotunée comme un outil de composition mais il fait totalement dans la surenchère et manque cruellement d’émotion, notamment sur des moments un brin imparables tels que « Lonely In The Future » et « Going Shopping » qui sont du Strokes pur jus. Mais toujours est-il que Reality Awaits prétend être une œuvre post-moderne désabusée où ils viendront recycler les mémoires du passé ainsi que les résidus sonores du futur afin de traiter un monde présent au bord de l’implosion comme la ballade crépusculaire nommée « Falling Out Of Love » qui aurait mérité à être réussi si elle n’avait pas été monocorde. Et ce n’est pas le seul exemple malheureusement car les derniers morceaux que sont « Liar’s Remorse » et « The Fruits of Conquest » manquent cruellement de relief et de pep’s malheureusement.

Après une dernière dose de mélancolie rétrofuturiste avec « Tyrants Of The Mellow Moon », Reality Awaits s’achève donc et qui me laisse sur ma faim. Peut-être que si cela avait été un disque de The Voidz, je l’aurais accepté en tant que tel mais pour un disque de The Strokes, ce n’est pas assez. Seulement voilà, ce n’est pas du tout un mauvais disque bien au contraire mais on est à mille lieues d’autres disques plus qualitatifs comme Is This It ? ou The New Abnormal. Il aurait mérité d’être beaucoup plus impactant si nos cinq garnements auraient gardé cette étincelle tout au long. Même le flegme légendaire de Julian Casablancas s’avère froid et vide, c’est dire. Peut-être que The Strokes veut montrer qu’ils sont en train de contempler leur propre fin, comme à l’image du storytelling de ce nouveau disque, qui sait. Peut-être qu’il faudrait voir Reality Awaits sous un autre angle: comme un signe de la fin des temps.

Note: 7/10