
Il aura fallu une flopée d’EPs pour que Grandmas House puisse faire une entrée remarquable sur la scène indie britannique. Le quatuor venu tout de Bristol, capitale de la trip-hop et de la drum’n’bass mais aussi ville qui a fait naître IDLES entre autres, avait mis le monde d’accord avec leur précédent EP nommé Anything For You paru l’an dernier. En cette fin d’été, le désormais quatuor (suite à l’arrivée de Polly Jessett à la guitare) viendra enfoncer le clou avec leur premier album nommé Baby You’re A Winner.
C’est en brouillant les pistes entre riot grrl et post-punk que Grandmas House continue de tirer son épingle du jeu. Le morceau-titre introductif plante gentiment les bases de leur musique doublement efficace agrémentée de guitares tendues ainsi que de la voix éraillée de la guitariste Yasmin Berndt qui continue de faire effet sur des moments absolument redoutables tels que le catchy « DOG » et les allures cold de « Blue Oblivion » qui suivent et qui sont de parfaits hymnes contre la misogynie rampante dans l’industrie musicale actuelle. Baby You’re A Winner est ainsi paré pour marquer les esprits.
Et ce n’est que le début car Grandmas House continue d’afficher leurs ambitions à travers des textes percutants et des mélodies fédératrices. Que ce soit sur des moments plus grunge comme « The Table » ainsi que « Hurricane » ou plus syncopé avec les influences post-punk de « Dance » conviant un solo de saxophone signé Morgan Wallace de Fat Dog ainsi que « Taxidermy », le quatuor queer-punk de Bristol captive l’attention de son auditoire à bon escient. La face B de Baby You’re A Winner se veut plus solennelle et plus intimiste avec entre autres le groove en suspens de « Soaked » ainsi que les bouleversants « I Miss That House » traitant de la mort et de la maladie ou bien même « How It Is ».
Cette mélancolie est accentuée par la ballade de clôture du nom de « Spring » presque digne de Phoebe Bridgers et qui fera de Baby You’re A Winner un disque à la fois surprenant et réussi. Grandmas House réussit à élargir leurs horizons avec ambition et fermeté tout en dévoilant une large palette d’émotions en déclarant aussi bien la guerre au patriarcat qu’en abordant des thématiques intimistes comme le deuil, l’amour et la solitude. L’art de transformer cette fragilité en une force en équipe, en somme.
Note: 8/10
