Protomartyr – Hotel Usona

Non, Protomartyr n’a pas l’intention de raccrocher les gants, bien au contraire. Le groupe mené par le charismatique Joe Casey n’avait pas donné signe de vie depuis leur précédent album nommé Formal Growth In The Desert paru il y a trois années de cela et qui amorçait un virage pour le moins intéressant. Un virage qui sera désormais confirmé avec un nouvel album intitulé Hotel Usona.

Et c’est en conviant le légendaire producteur Dave Friedmann que Protomartyr compte enfoncer le clou pour ce nouveau voyage musical qui s’annonce contemplatif. Hotel Usona est, selon les dires de Joe Casey, un hôtel en fin de vie qui est en réalité les Etats-Unis et chaque morceau représente une chambre hantée par son propre occupant dont l’entrée en matière nommée « The Old Hotel » plante le décor avec tant d’élégance et de mélancolie. Leur post-punk gothique est agrémenté d’arrangements de haute volée afin de mieux faire frémir son auditoire comme sur le plus frontal « Sounds We Cannot Hear » ainsi que « Converts » notable par ce groove si souple et ces arrangements de guitare impressionnants prouvant que le groupe de Detroit n’aura pas fini de nous surprendre.

Plus luxueux que jamais, Hotel Usona arrivera à retranscrire les horreurs de notre époque de façon sensorielle. Que ce soit sur des moments éthérés avec « Extended Eagles » et « The Knife Dream » qui, à travers ce piano lugubre, prendra une tournure plus sombre au fur et à mesure que la chanson progresse, Protomartyr apporte plus d’envergure à sa musique passant de moments contemplatifs comme « Third Country » gentiment exotica dans l’âme à d’autres plus abrasifs avec le plus furieux et incisif « Feed The Sewer » rappelant les débuts du groupe mais en plus explosif. Mais toujours est-il que le groupe de Detroit sait parler sa singularité hors normes, notamment sur « Lavender – Gospel » aussi hypnotique qu’angoissant agrémentés d’une progression digne des plus grandes œuvres de Morricone pour plus de grandeur ou encore sur la conclusion nommée « Checking Out » pleine d’intensité qui nous mettront sens dessus dessous.

Malgré ce virage grandiose avec ces arrangements plus riches, Protomartyr n’a rien perdu de sa singularité et de cette large palette d’émotions qu’ils réussiront à maîtriser sur ce Hotel Usona hors du commun.

Note: 8.5/10