
Beaucoup d’entre nous ont découvert Delilah Holliday lors du supergroupe (malheureusement) éphémère B.E.D. où l’on retrouvait également Baxter Dury et Etienne de Crécy. Suite à cela, la musicienne londonienne a poursuivi son bonhomme de chemin à travers une flopée d’EPs pour les moins remarquables, dont la fameuse série de Invaluable il y a trois années de cela maintenant. L’heure est venue pour elle de confirmer son statut avec son premier long-format intitulé Fat Cat.
Le morceau-titre introductif ouvre le bal et annonce clairement la couleur et la douleur. On pénètre dans son univers clair-obscur où les breakbeats frénétiques se confrontent aux textures sonores distordues tandis que Delilah Holliday cicatrise ses maux les plus profonds à travers ses influences tiraillées entre FKA Twigs, Sevdaliza et Massive Attack. Fat Cat poursuit dans cette voie avec des moments aussi hypnotiques que bouleversants que sont « Loop 7 » qui est une réflexion approfondie sur l’importance de préserver sa santé mentale en cette période anxiogène mais également le sombre et immersif « Formless » parlant de cette sensation de perdre ses repères. Vous l’avez compris, on plonge dans une introspection absolument vibrante sur ce premier disque.
Conçu pendant une période difficile de deuil et de reconstruction éprouvante, Delilah Holliday jette un regard appuyé sur la façon dont les drames personnels peuvent façonner un plus grand système influençant notre existence. C’est en brouillant les pistes entre critique politique et écrits autobiographiques cathartiques que Fat Cat viendra tirer son épingle du jeu avec notamment « Dream In Colour » ainsi que « Odyssey » qui annoncent clairement un virage vers la lueur d’espoir et la renaissance tout en faisant un détour vers la spiritualité sur « God Willing ». Entre hyperpop, trip-hop et new wave, l’artiste londonienne poursuit cette reconstruction intérieure avec tant d’élégance avec le plus engagé « Free State » contrastant avec les plus légers et libérateurs « Love Bite » et « Skyline » en guise de conclusion placée sous le signe de la rédemption. Avec ce premier disque, Delilah Holliday livre une œuvre à la fois cathartique et puissante qui mettra du baume au cœur à son auditoire.
Note: 7.5/10
