Tambour Battant – Dance All Night

Tiens, revoilà le tandem Tambour Battant. Le duo marseillais formé par Ben Stoker et Chixx avait formé leur propre structure Château Bruyant et avait fait paraître leur premier album TBBT en 2010. Après de nombreuses années où ils se sont fait plaisir, ils reviennent sept ans plus tard avec leur second album Dance All Night sur le label X-Ray Production (Biga* Ranx, Bazil, Manudigital…).

Ayant comme principale mission de retourner le dancefloor, Tambour Battant reste cantonné dans son genre musical qu’il maîtrise le mieux, c’est-à-dire la bass music aux sonorités reggae, dancehall et house. Et pour bien nous ambiancer comme il se doit, un casting prestigieux est de sortie. Attention, déroulez le tapis rouge: Taiwan MC, Bazil, General Levy, Pauline Diamond… Je poursuis ou c’est bon ? Bon ok: Jahdan Blakkamore, Noble Society, George Palmer et ainsi de suite. Au milieu des instrus explosifs que sont « Satisfy » très électro, « Open Your Eyes » vacillant entre dub et trap ainsi que « Wasted » avec ses voix en chopped & screwed, les invités remplissent parfaitement le contrat proposé par Tambour Battant.

Tandis que Taiwan MC reste fidèle à son style sur « Spring Bounce » allant du ska à la house le tout sur une bonne production bass music, General Levy nous enjaille comme pas possible sur « Highest Upgrade » tout comme Bazil sur l’électro-dancehall tropical de « Move Pon Bakka » et le posse-cut immanquable des sonorités trap colorées de « Surf The Wave » avec Jahdan Blakkamore, D2 Tha Future et Delie Red X. Et que dire de George Palmer, l’invité chic et choc de Manudigital, qui fait le taff sur une prod limite house sur « Every Body » ? Le choc des cultures se poursuit avec des morceaux plus pop chantés par Pauline Diamond avec « Vision » et ses gimmicks dignes de DJ Snake ou d’autres plus hip-hop avec Noble Society sur « Wealthy » critiquant la situation actuelle engendrée par les élections américaines. On retrouvera une version dub planante de ce morceau en toute fin d’album.

Sept années qu’on attendait une suite logique de TBBT et bien Tambour Battant n’a pas déçu avec Dance All Night. Avec sa fusion des genres, le duo marseillais prouve que l’on peut mélanger EDM et sonorités jamaïcaines sans jamais tomber dans le cliché et rien que pour ça, on est prêt à danser toute la nuit dessus.

Note: 7/10

Taiwan MC – Cool & Deadly

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Chez la famille Chinese Man Records, il y a toujours un membre du label qui se fait inviter sur tous les projets estampillés du label. Il s’agit de Taiwan MC qui est tombé dans le raggamuffin depuis tout petit et ça se ressent sur ses premiers EPs Heavy This Year et Diskodub. Le MC a collaboré avec Manudigital, Scratch Bandits Crew, Chinese Man, Deluxe sur des productions à mi-chemin entre bass music, dancehall, dub et hip-hop. Ainsi, Cool & Deadly, son premier album, est sa véritable première lettre de noblesse en tant qu’artiste accompli.

Tout le monde reconnaîtra son flow calibré et son phrasé spécifique qui a fait sa réputation et ce Cool & Deadly ne dérogera pas à la règle. On restera cependant surpris de voir que la crew marseillaise Chinese Man n’ait produit qu’un seul morceau de l’opus, à savoir le monstrueux riddim nommé « Faya Cyaan Done » qui ouvre les hostilités. Sinon pour le reste, Taiwan MC ne pourra compter que sur l’aide de SOAP qui produit le pêchu « Money In My Pocket » contenant une participation du rappeur sud-africain Tumi et de DJ Nix’on aux platines ainsi que de DJ Idem sur « A Mi Lado » et conviant le rappeur britannique Miscellaneous et la chanteuse espagnole Paloma Prada.

A l’écoute de ce Cool & Deadly, on s’aperçoit que les influences de Taiwan MC sont bien plus grandes que l’on imaginait. C’est donc normal que l’on puisse passer des standards roots des années 1960-1970 comme « Dem A Wonder » et autres « Judgement' » où l’on vacille entre dub, ska et rocksteady en toute simplicité. On découvre une autre facette du MC plus romantique notamment lorsqu’il chante aux côtés de Anouk Aiata sur les ballades « Your Lovin' » et « Babblin ». Mais pour les sceptiques d’entre nous, il n’a pas oublié son style « wicked » des débuts et des missiles sont à prévoir comme les relents dubstep de « Big Bag », « Catalina » ou le titre le plus dancehall de l’opus avec à nouveau Paloma Prada dont la voix ressemble étrangement à celle de La Yegros. Mais la véritable tuerie de l’opus se nomme « Murda Sound » où on retrouve les MC britanniques Youthstar, Miscellaneous et Cyph4 sur une instru dub/hip-hop bien sombre soutenu par les scratches de DJ Idem.

Cela faisait un bon bout de temps qu’on attendait un premier album de Taiwan MC et au final, on n’est pas déçu. Ici, le bonhomme nous fait part de ses inspirations complètement riches qui ont fait de lui le MC dont pas mal de gens s’arrachent. Attendez-vous à une bonne fusion « cool & deadly » de dancehall, reggae, hip-hop !

Note: 7/10

Poirier – Migration

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Ghislain Poirier a beau venir de Montréal mais n’a sans cesse crié son amour pour les Caraïbes. Plus de dix ans qu’il est dans le game, le DJ nous régale sans cesse avec son mélange d’électro, de reggae, de hip-hop, de dancehall, de dub pour en faire ce qu’il appelle de la « tropical bass » comme en juge sa dernière oeuvre en date de 2010 qu’est Running High. Cette année, l’ancien DJ du Ninja Tune sort officiellement son véritable premier album du nom de Migration, dans la pure tradition « tropical bass ».

Pour ce vrai premier opus, Poirier a laissé le côté expérimental et minimaliste de son side-project Boundary pour un véritable retour aux sources. Migration tisse un pont entre influences caribéennes et européennes comme le montre la pochette riche en symboles. Et ce métissage, on le retrouve également avec un bon nombre de guests tels que Face-T qu’on retrouve à trois reprises sur le premier titre « Positive Up » aux accents reggae digital à faire pâlir de jalousie Manudigital et autres Atili Bandalero mais aussi sur les plus festifs « Why » et « Likkle Money ». Venus tout droit de Jamaïque, MC Zulu nous enjaille sur les excellents et hyper rythmés « Universal Peace » et « Keep It Rolling » (aux fameux airs de « I Like To Move It ») tout comme Red Fox qui sort son flow assassin sur le méga-tube « Jump ».

Bien sûr, tout n’est pas que noir, jaune et vert sur Migration, la preuve avec le chanteur montréalais d’origine haïtienne FWONTE nous emmène tout droit dans son pays d’origine sur l’entraînant « Pale Mal » tandis que Machinedrum vient prêter main forte à Poirier sur l’instrumental bass music hypnotique. Et c’est justement cette richesse qui fait de Migration un album d’exception car on passe aisément des titres enlevés à des titres plus dub langoureux comme « Road Trip » avec Dubmatix et « Serena » en compagnie de Riddim Wise. Et même quand il est en solo, Poirier s’en tire avec les honneurs notamment sur l’instrumental lancinant et aphrodisiaque du nom de « Cobra ».

Migration sera certainement l’album qui marquera une évolution dans la carrière de Poirier car plus accessible et diversifié. On saluera ses différentes facettes qu’il exploite avec ingéniosité. Ce nouvel opus tombe à pic pour les premiers jours du printemps et les températures risqueront de grimper.

Note: 9/10