Rostam – Half-Light

Après dix ans de bons et loyaux services, Rostam Batmanglij a décidé de quitter Vampire Weekend l’année dernière. Tandis que la nouvelle est déchirante, rassurez-vous, il sera bel et bien présent sur le prochain album du groupe. Espérons-le seulement. Entre temps, le guitariste et second cerveau principal du groupe en a profité pour travailler auprès d’autres musiciens et groupes comme Ra Ra Riot et HAIM mais aussi auprès du monde du R&B comme Frank Ocean et Solange. L’année dernière, il nous a offert un sublime opus aux côtés de Hamilton Leithauser (chroniqué ici), et voilà qu’il nous présente enfin son premier album solo intitulé Half-Light.

C’est dire qu’il était vivement attendu ce premier opus tellement ce Rostam était hyper-talentueux. On retrouve toute la synthèse de son succès à travers ces quinze morceaux de pop baroque aux arrangements peaufinés avec « Sumer » qui donne l’impression que Modern Vampires Of The City ne date de la veille, sans oublier « Bike Dream » et « Thatch Snow ». La voix presque chuchotée du bonhomme brille parfaitement sur des titres riches en sensations fortes comme « Never Going To Catch Me » ou encore les accents gospel de l’angélique « EOS » et sait se cantonner dans plusieurs genres.

Il n’hésite pas à envoyer un clin d’oeil à ses origines iraniennes sur les influences orientales de « Wood » et les percussions exotiques de « When » mais aussi à ses productions antérieures avec « Rudy » pouvant être une suite logique à « Diplomat’s Son » de son ancien groupe mêlant les ambiances aussi bien chaotiques (« Don’t Let It Get To You », « Warning Intruders ») que célestes (« I Will See You Again », « Don’t Let It Get To You (Reprise) » en version aérienne). Bien sûr, il peut compter sur la présence de Kelly Zutrau sur « Half-Light » mais également de sa fidèle collaboratrice Angel Deradoorian sur le R&B expérimental « Hold You » où il use de l’Auto-Tune.

En ouvrant son livre au monde entier, on arrive à retracer tout le parcours de Rostam Batmanglij à travers ce Half-Light où il offre sa vision du monde par rapport à la situation géopolitique et son orientation sexuelle mais aussi à travers ces innombrables influences musicales qu’il a su ingérer durant toutes ces années. Half-Light déborde d’inspiration et d’humilité

Note: 8/10

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Hamilton Leithauser + Rostam – I Had A Dream That You Were Mine

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Depuis que The Walkmen s’est mis en pause en 2014, les membres du groupe occupent des carrières solos pour le moins intrigant. On a vu le bassiste Peter Matthew Bauer sortir un premier album pour le moins réussi du nom de Liberation ! paru sur le label Mexican Summer cette même année. On a également vu Walter Martin signer deux albums solo, dont le dernier Arts + Leisure paru en ce début d’année (et rassurez-vous, la chronique arrivera). Mais la carrière solo d’Hamilton Leithauser était la plus plébiscitée avec un premier album solo étonnant en 2014, et un second nommé I Had A Dream That You Were Mine paru ces derniers jours et composé aux côtés de Rostam Batmanglij, ex-Vampire Weekend.

C’était surtout l’album collaboratif le moins attendu mais aussi le plus intrigant de ces deux derniers mois. L’ex-leader de The Walkmen qui s’associe avec l’ex-membre du groupe Vampire Weekend, on demandait à voir le résultat final. Et au final, on est loin d’être déçus, c’est un sacré trip musical que nous offre les deux bonhommes. La mélodie pianotée d' »A 1000 Times » ouvre le bal et on reconnaît bien l’interprétation époustouflante d’Hamilton et les talents de compositeur de Rostam. Et à travers ce I Had A Dream That You Were Mine, on navigue à travers tous les styles musicaux sans être déboussolé une seule fois.

Sur la pop-folk moderne aux airs de Spoon « Sick As A Dog », Hamilton scande un: « I use the same voice that I always had ». Et il est clair que sa voix haut perchée ne prend pas une ride et guide avec précision les couleurs de cet opus avec brio aussi bien les accents doo-wop de « Rough Going (I Won’t Let Up) » aux « shooby doo wops » prononcés et son solo de saxophone déjanté que la country-folk dylanesque de « Peaceful Morning » et de « You Ain’t That Young Kid », sans oublier les valses rétro de « When The Truth Is… » et de « The Bride’s Dad ». A côté de ces genres musicaux rappelant les heures de gloire du siècle dernier, on peut aussi relever la ballade folk fingerpickée de « In A Black Out » délicieusement irrésistible qui relève toutes les qualités de Rostam en tant que producteur mais aussi l’élégante conclusion nommée « 1959 » chantée aux côtés d’Angel Deradoorian, ex-Dirty Projectors, qui voit l’opportunité de nous envoûter sur les dernières secondes.

En bref, I Had A Dream That You Were Mine est tout simplement un trip musical passionnant du début à la fin. Le tandem RostHam nous sort une espèce d’encyclopédie musicale 100% américaine afin d’en ressortir toutes les qualités existantes et d’en faire un album exceptionnel. Au final, les deux hommes n’auront pas fini d’attiser notre curiosité.

Note: 9/10