Perfume Genius – No Shape

En 2014, Perfume Genius avait frappé un bon coup avec son album Too Bright, produit par Adrian Utley de Portishead. On avait enfin découvert qui était ce fameux personnage: Mike Hadreas, un pur génie musical mais aussi un écorché vif en quête d’identité. Trois ans se sont écoulés et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. L’artiste insaisissable nous fait un retour en très grande forme avec un quatrième opus nommé No Shape qui lève la barre encore plus haute qu’elle ne l’était déjà.

Ici, il s’entoure de Blake Mills pour la production et décide d’ouvrir encore plus les portes de son jardin secret où on y voit un artiste incroyablement tourmenté. Comme il le dit si bien sur cet album: « Je paie mon loyer. Je commence à bien me porter. Les choses qui me dérangent personnellement sont moins claires, plus confuses. Je ne pense pas les avoir bien comprises avec mes chansons. Il y a quelque chose de libérateur dans la façon dont je m’en suis sorti. Déballer de petits morceaux, grossir mon malaise, marcher à travers le mal enterré, rire ou creuser le drame embarrassant de tout cela. Peut-être que je n’en ressortirai jamais plus fort, mais c’est vivifiant d’essayer et, avec un peu de chance, utile, au final. Je pense que beaucoup d’entre eux abordent l’idée d’être heureux devant quelques conneries que j’ai créées pour moi-même ou combien tout et tout le monde est affreux. ». Et dès le premier titre bouleversant « Otherside », on plonge dans l’introspection avec sa voix solennelle et ses notes de piano plantant une ambiance dramatique avant que des passages noisy arrivent par intermittence sans que l’on soit au courant.

Très vite, Perfume Genius déballe tout ce qu’il a au plus profond de son âme avec le ténébreux « Slip Away », l’électro-pop délicate de « Just Like Love » ou encore le très expérimental « Go Ahead » aux percussions bien endiablés. Le musicien originaire de Seattle brouille à merveille les pistes, que ce soit folk (« Valley »), musique de chambre (le touchant « Every Night »), ambiances orchestrales de qualité (le frissonnant « Choir » qui pourrait faire office de bande-originale de film d’horreur) ou encore R&B alternatif (« Die 4 You ») pour en faire un album où il se confesse devant nous et de façon poignante. Le sommet est atteint lorsqu’il invite Natalie Mering alias Weyes Blood à partager le micro sur la pop baroque de « Sides » pour plus de sensations auditives équivoques. Bouleversant de bout en bout (« Run Me Through » et la conclusion cinématographique de « Alan »), le petit génie de la pop a de quoi impressionner.

Avec No Shape, Mike Hadreas atteint la perfection en se mettant à nu et en s’investissant à fond dans la peau de musicien torturé et écorché vif. En treize morceaux, il exprime son mal-être et son incompréhension face au monde qu’il entoure au vu de la situation actuelle. Nul doute que l’auteur-compositeur-interprète continuera à gravir les échelons comme bon lui semble et ce quatrième album est à coup sûr un chef-d’œuvre instantané.

Note: 10/10

 

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