Rachid Taha – Je suis Africain

Personne ne pouvait imaginer que le grand Rachid Taha pouvait nous quitter. Et pourtant, c’est le cas malheureusement. Le légendaire interprète de « Ya Rayah » nous manque depuis un an emporté par une crise cardiaque dans son sommeil l’année dernière. Bien heureusement, il nous a laissé un sublime cadeau derrière lui, son album posthume nommé Je suis Africain enregistré juste avant sa mort fatale.

Avec l’aide de l’intrépide musicien Toma Feterman de La Caravane Passe et de Societ Suprem, la figure de proue du mouvement « Black Blanc Beur » chante la vie contrairement à d’autres actes comme david Bowie ou Leonard Cohen qui voyaient leur heure venir. On retrouve le « rock’n’raï » toujours aussi fiévreux ainsi que l’interprétation de notre hôte revigoré par tant d’énergie sur « Ansit » qui ouvre le bal mais encore « Aita » résolument chaabi algérien. Dès lors, un sentiment doux-amer nous envahit.

Avec la production de Toma Feterman des plus fantaisistes, Rachid Taha se montre plus libre et plus exoressif que jamais. Le chanteur franco-algérien n’hésite pas à faire du name-dropping sur le morceau-titre (Bob Marley, Aimé Césaire, Angela Davis, tout le monde y passe et tous sont africains) ou à dévoiler son côté salace de façon farfelu sur le rock déjanté de « Strip Tease » ou à se la jouer caustique sur « Andy Waloo » et sur « Like A Dervish » où il s’essaie en anglais pour la première (et dernière) fois (This is my first song in english, wola wola, je sais que je triche. My english is not so rich« ).

On se surprend à fredonner et à chanter à tue-tête des ritorunelles comme « Minouche » ou encore « Wahdi » en compagnie de la révélation Flèche Love mais tout ceci est un ultime manifesto de la part du pape du rock’n’raï. S’achevant sur un « Happy End » des plus vibrants, un frisson nous parcourt l’échine: celle où Rachid Taha donnait son dernier souffle en musique mais avec tellement d’entrain et de liberté. Un peu comme si lui (ainsi que Toma Feterman) voulait qu’on le retienne de cette façon: comme un électron libre qui n’en finit pas de nous étonner.