Meridian Brothers – ¿Dónde Estás María?

L’un des one-man-band les plus foufous de la Colombie fait son grand retour en cette année. La dernière fois qu’on a entendu parler de Meridian Brothers, cela remontait à 2015 avec leur album Los Suicidas où Eblis Alvarez régnait en maître. Cette année, ils en sont à leur quatrième disque qui s’intitule ¿Dónde Estás María?.

Eblis Alvarez, l’homme-orchestre par excellence, continue à nous balancer des ondes positives avec des titres incroyablement colorés comme l’introduction qui implante le décor de façon impeccable mais également « Yo Soy Tu Padre, Yo Te Fabriqué » et « Háblame Amigo, Citadino » montrant leur fusion musicale toujours aussi folle. Tantôt folk psychédélique tantôt cumbia, Meridian Brothers n’hésite pas à concilier électro-rock avec des soupçons de tropicalia avec de bonnes trouvailles polyrythmiques comme « Cumbia, Eres La Cumbia », « Estaré Alegre, No Estaré Triste » ou même « No Me Traiciones » qui vient mettre un terme à ce patchwork musical complètement déjanté.

Pour faire court, ¿Dónde Estás María? est un nouvel exercice de style réussi pour notre one-man-band qui n’a toujours pas froid aux yeux. Meridian Brothers continue à se démarquer par son originalité et nous offre un disque résolument feel-good.

Note: 7.5/10

Sibusile Xaba – Open Letter To Adoniah

Pour ceux qui auraient envie de soleil et de chaleur, direction l’Afrique du Sud, Pretoria plus précisément, pour partir à la découverte du musicien Sibusile Xaba. Ayant comme principales sources d’inspiration Madala Kunene, roi de la guitare zouloue mais aussi le Dr. Philip Tabane, le chanteur et guitariste se voit la charge de prolonger cette culture maskandi à travers son premier album Open Letter To Adoniah.

Résolument spirituel et hypnotique, le jeu de guitare de Sibusile Xaba ainsi que son interprétation cathartique n’en font qu’un et ces invocations font effet à travers des morceaux comme l’introduction mais également « Emazulwini » et « Nomaphupho ». Avec l’aide de ses deux musiciens percussionistes Thabang Tabane et Dennis Moanganei Magagula, il parvient à rendre sa musique plus jazz avec une seconde partie plus improvisée avec « Swaziland » et « Liyabukwa » avant une conclusion plus lancinante nommée « Inkululeko ». Open Letter To Adoniah fait parti de ce genre de disques où il fait bon de se perdre et Sibusile Xaba a très bien affiné son jeu.

Note: 8/10

Retrouvez Sibusile Xaba sur Facebook / Twitter / Bandcamp

Antibalas – Where The Gods Are In Peace

Chez Daptone Records, beaucoup sont partagés entre Menahan Street Band, Budos Band ou encore The Dap-kings. Et puis, il y a Antibalas que presque personne ne calcule. Et pourtant, c’est une sacrée troupe que nous avons là car ils ont fait forte impression avec leur septième album en 2012 et cinq ans plus tard, ils récidivent avec leur nouveau disque Where The Gods Are In Peace.

Le combo de Brooklyn continue de nous balancer des bonnes vibes afrobeat mais avec une pointe d’universalité en prime. Et dès le premier titre de 10 minutes, « Gold Rush » vient annoncer la couleur en mettant le savoir-faire scénique d’Antibalas tout comme « Hook & Crook » qui avoisine les 9 minutes riche en tensions avec ses cuivres et percussions rutilants. Après avoir bien préparé le terrain, c’est au tour de « Tombstown » divisé en trois parties: une odyssée afrobeat beaucoup plus sombre et mystique mais ô combien dense et prenante à chaque note et chaque mesure. Ce nouveau disque d’Antibalas permettra de montrer le côté radical de leur musique qui est plutôt intéressant à souligner.

Note: 8/10

BKO – Mali Foli Coura

BKO avait marqué les esprits avec leur premier album Bamako Today en 2014. Auparavant baptisé BKO Quintet, ils ont du abandonner le « quintet » dans la course mais la fusion entre le donso n’goni et le djeli n’goni est encore présente. Le quintet franco-malien composé d’Adama Coulibaly, Abdoulaye Kone, Ibrahima Sarr, Fassara Sacko et Aymeric Krol nous revient en cette fin d’année avec un second disque intitulé Mali Foli Coura.

Beaucoup plus rugueux et plus électrique que son prédécesseur, BKO privilégie les riffs électriques qui se mélangent avec brio aux percussions savamment trafiquées et aux griots hypnotiques à travers des excellentes trouvailles à l’image de « Tangwanana », « Strange Koreduga » mais aussi « Dirty Donso » afin de raviver le côté mystique des recoins les plus sombres du Sahel. Mali Foli Coura est riche en saturations et nous offre des moments bien denses comme « Salia », « BKO nana » sans oublier le paroxysme qui est « From Segou To Nightmare ».

Après cette tempête tropicale survient un peu de répit avec la conclusion plus dépouillée du nom de « Mon amour » qui est un sublime duo entre Fassara Sacko et Mathieu Boogaerts qui renferme avec douceur ce second opus riche en bonnes surprises. Mali Foli Coura résolument musclé et maraboutique jouira de la dextérité de BKO qui n’en finit pas d’ouvrir de nouvelles portes musicales.

Note: 8.5/10

Trio Da Kali & Kronos Quartet – Ladilikan

A quoi s’attendre lorsque deux groupes légendaires issus de milieux musicaux bien différents se rencontrent ? C’est exactement ce que l’on retrouve avec, d’un côté, le Kronos Quartet qui est un quatuor à cordes basé à San Francisco et fondé par le violoniste David Harrington comportant également John Sherba, Sunny Yang au violoncelle ainsi qu’Hank Dutt à l’alto et, de l’autre côté, le Trio da Kali qui est un super-groupe dirigé par le virtuose du balafon et improvisateur de génie Fodé Lassana Diabaté mais aussi le bassiste Mamadou Kouyaté et la chanteuse Hawa « Kassé Mady » Diabaté qui est la fille du chanteur traditionnel malien Kassé Mady Diabaté. Ensemble, les deux groupes ne font plus qu’un sur l’album Ladilikan.

Mélangant musique traditionnelle malienne avec le balafon et le ngoni placés en ligne de mire et musique classique, on assiste à une magnifique leçon de métissage avec des morceaux enchanteurs comme « Tita », « Eh Ya Ye » ainsi que « God Shall Wipe Out All Tears Away » et « Lila Bambo ». Le chant renversant de Hawa Diabaté résonne parfaitement entre le balafon et les cordes frémissantes et ce mélange nous offre un voyage renversant sur des titres à l’image de « Garaba Mama » et le final résolument lyrique qu’est « Sunjata » valant son pesant d’or. Ladilikan est une parfaite rencontre entre deux univers différents pour un métissage flamboyant et bouleversant.

Note: 8.5/10

Natalia Doco – El Buen Gualicho

Ça vous dit une escale en Argentine en ce temps glacial pour chercher un peu de soleil et de chaleur ? Allez-y, je vous y emmène… en musique, bien sûr. Natalia Doco, découverte par feu RKK, se chargera de mettre un peu de lumière pour vos oreilles avec son second opus El Buen Gualicho qui réchauffera les chaumières.

L’ancienne candidate au télécrochet équivalent de la Star Academy argentin a décidé de tracer sa route avec ce disque composé aux côtés d’Axel Krygier, figure de la scène indépendante argentine, où elle convoque les influences world music et pop moderne à travers les morceaux pétillants comme « Al Que Madraga » et « Niño Ausencia ». Tantôt enjoué sur « Remolino » tantôt mélancolique sur « Jardin », Natalia Doco arrive à concilier sonorités locales avec une pop moderne d’une facilité déconcertante à travers des morceaux aussi bien chantés en français (« Le temps qu’il faudra », « Le jeu », « Mademoiselle » ainsi que les accents reggae de « Il ne m’aime pas ») qu’en espagnol (« Barquito », « El Buen Gualicho »).

Au final, avec tout le travail fourni sur ce El Buen Gualicho, on a affaire à un disque de world-folk convenable mais qui fournit peu de surprises. Mais on retiendra tout de même le chant ensoleillé et envoûtant de notre hôtesse qui nous emporte très loin et qui donne envie de prolonger la saison estivale pendant un bon bout de temps. Un disque trop gentil et trop poli pour être honnête.

Note: 7/10

Toto Bona Lokua – Bondeko

Souvenez-vous en 2004 lorsque Gérald Toto, Richard Bona et Lokua Kanza avait fait paraître un premier album enchanteur sous le nom de Toto Bona Lokua. Et dire qu’il a fallu attendre 13 ans pour attendre la suite de ce fabuleux conglomérat, il fallait bien prendre son mal en patience. Car pour ce début du mois de novembre, l’alliance martiniquaise-camerounaise-congolaise revient avec un second disque intitulé Bondeko (« fraternité » en lingala).

Treize ans après, le charme d’antan revit sur ce nouvel opus. Les harmonies vocales de nos trois protagonistes résonnent à nouveau avec des sublimes trouvailles a cappella comme « Ma Mama » et « Love Train ». Pour le reste, on se laissera bercer par ses morceaux afro-folk tantôt rythmés (« Naleki », « Tann Tabou’a », « Awo ») tantôt envoûtantes (le magnifique « Youwilé » mais aussi « Ngum Nya Yo » et « M’aa Kiana ») où le martiniquais Gérald Toto, le camerounais Richard Bona et le congolais Lokua Kanza se font un tour de passe-passe mémorable avec précision et justesse. On se laissera également charmer par l’enchanteur « Thitae » aux percussions enivrantes et aux vocalises renversantes mais aussi de l’instrumental luxuriant nommé « Bukavu ».

Treize ans d’absence et quel bonheur d’entendre Toto Bona Lokua avec leur harmonie vocale toujours aussi intacte. La connexion panafricaine est ce qui manquait pour réchauffer cet automne bien précoce, comme une envie de soleil et ce Bondeko répond parfaitement à nos attentes.

Note: 8/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:4xziyNMbYjuBVVe2rH43lK