Snail Mail – Valentine

Je pense que tout a été dit au sujet de Snail Mail depuis quelques années maintenant. La montée en puissance de Lindsey Jordan avec un premier EP nommé Habit (chroniqué ici), une signature chez Matador et un premier album nommé Lush (chroniqué ici) est tout de même assez impressionnant à voir. Et même pour elle où sa vie personnelle sera complètement chamboulée, elle finira par s’absenter quelques années avant de revenir cet automne avec l’arrivée de son second disque intitulé Valentine.

Contrairement aux autres artistes/groupes qui sauront capitaliser sur le succès inattendu de leur premier album, c’est à peu près l’opposé pour Snail Mail. Sur ce second disque produit par Brad Cook, elle revient sur sa petite traversée du désert entre rupture amoureuse douloureuse et passage en cure de désintoxication de la plus belle des manières. Débutant avec le morceau-titre, la native de Baltimore maintenant âgée de 22 ans ira concilier doux accords synthétiques presque sci-fi et explosions grunge sur le refrain tandis que son interprétation prend de l’ampleur (« So why’d you wanna erase me, darling valentine ? You’ll always know where to find me when you change your mind », chante-t-elle). Elle ira chanter toutes les complexités de l’amour moderne sous toutes ses formes sur des textes plus introspectifs et vulnérables comme « Ben Franklin », soutenu par des chœurs de Katie Crutchfield alias Waxahatchee, où elle combat également ses démons intérieurs (« Lived on but nothing feels true, sometimes I hate her just for not being you/Post-rehab, I’ve been feeling so small, I miss your attention, I wish I could call », chante-t-elle avant de lancer un: « Got money, I don’t care about sex ») et « Headlock » où elle réalise le manque d’amour peut amener à l’auto-destruction (« Drinkin’ just to taste her mouth, got you drifting in and out », chante-t-elle sur le refrain).

Valentine est l’occasion pour Snail Mail de s’éloigner des standards indie rock qu’elle avait posé sur son album précédent Lush. Cela se montre sur des morceaux plus audacieux tels que le rêveur « Forever (Sailing) » rappelant l’âge d’or de la trip-hop ou encore des ballades intimistes et introspectives à l’image du fingerpicking acoustique de « c. et al. » où elle se rend compte que ce mode de vie ne lui sied pas toujours (« Even with a job that keeps me moving, most days I just wanna lie down », chante-t-elle) et « Light Blue ». Bien entendu, le spectre de Lush n’a pas totalement disparu avec « Glory » qui renoue avec des moments rappelant « Pristine » ou encore « Heat Wave » mais c’est une nouvelle Lindsey Jordan qui s’offre à nous, notamment sur les étonnants « Madonna » féru de sensualité et « Automate » riches en distorsion.

Il ne manque plus qu’une ballade acoustique saupoudrée de cordes qu’est « Mia » aux airs de comédie musicale, Snail Mail ira étonner son auditoire. En ouvrant les portes de son intimité fragile, elle recolle les morceaux de sa psychologie avec une écriture toujours aussi fine et percutante tandis qu’elle élargit son spectre musical sur Valentine. Elle réussira là où Clairo avait plus ou moins planté les bases quelques mois plus tôt mais avec une plus grande audace et une plus grande sensibilité artistique.

Note: 10/10