Róisín Murphy – Hit Parade

Aborder la question Róisín Murphy n’est pas aisé depuis plusieurs semaines maintenant. L’ex-membre de Moloko qui a longtemps rayonné avec une carrière solo pour la moins incroyable. Après trois années d’absence avec le remarquable Róisín Machine (chroniqué ici), son nouvel album Hit Machine produit par DJ Koze est considérée désormais une sortie douce-amère. Mais pourquoi donc ?

Tout simplement à cause de son récent dérapage sur les réseaux sociaux. Celle qui était considérée comme étant une des prêtresses de la communauté LGBTQIA a vu sa fanbase divisée en deux en raison de ses commentaires qui pourraient être vus contre les personnes trans. Maladresse ou erreur de communication ? Qui sait. Quoi qu’il en soit, le label Ninja Tune qui l’a accompagné a décidé de la laisser tomber malgré qu’elle ait fait plusieurs fois amende honorable envers la communauté LGBTQIA. C’est dans ces circonstances que sort Hit Parade qui malheureusement n’a plus le même engouement et c’est fort dommage.

Comptant l’incroyable DJ Koze derrière les manettes pour ces treize nouveaux titres, Róisín Murphy s’éloigne quelque peu des allures dancefloor de Róisín Machine sans négliger son aspect excentrique et coloré qui a longtemps fait sa réputation. Se mettant à nu dès le départ avec « What Not To Do » aux accents soulful, la diva irlandaise ne néglige pas le côté immédiat et accrocheur de sa musique qui prend de la hauteur sur les enivrants mais aussi mouvants « CooCool » et la doucement psychédélique « The Universe » qui prendront le relais.

Ce subtil mélange entre groove soulful, funk et électro-disco un brin psyché est le fabuleux résultat de l’incroyable alchimie entre Róisín Murphy et DJ Koze sur des compositions à mi-chemin entre le dancefloor et le lounge telles que « The House », « Free Will » et « You Knew » absolument funky et hypnotiques. Hit Parade regorge d’innombrables surprises acidulées à l’image du triomphal « Fader » (comptant un délicat sample de la regrettée Sharon Jones) et de « Can’t Replicate » prouve que la diva irlandaise étonne toujours autant tout comme sur les allures trap intergalactiques et robotiques de « Two Ways » faisant un pied de nez au courant hyperpop.

Après un « Eureka » en guise d’atterrissage en douceur, on peut s’accorder sur le fait qu’Hit Parade serait bien mieux reçu sans les controverses. Quoi qu’il en soit, le nouvel album de Róisín Murphy est certes le moins immédiat mais certainement le plus fascinant et insolent de sa riche discographie. L’euphorie et la douce nostalgie sont parfaitement cadencées sans compter la production colorée et intrépide de DJ Koze dénichant d’innombrables boucles soulful qui s’adapte parfaitement au storytelling truffé de sincérité et de sensualité de l’irlandaise.