Ojos – Oui Futur

Il aura fallu une poignée d’EPs pour qu’Ojos puisse incarner le renouveau de la scène française des années 2020. Il faut dire que l’on suit religieusement les aventures musicales d’Elodie Charmensat et d’Hadrien Perretant qui nous ont véritablement conquis après leur dernier EP paru il y a dix-huit mois de cela maintenant (chroniqué ici). Forcément, l’arrivée de leur premier album était un peu comme un événement majeur de ce début d’année, et le voici en chair et en os qui se nomme Oui Futur.

Après un « Oui » annonçant la couleur, la pop frontale et presque métallique mais toujours aussi infectieuse d’Ojos mettra tout le monde d’accord une nouvelle fois. On en veut pour preuve le morceau suivant nommé « Adieu » pour le moins assourdissant où l’interprétation d’Elodie Charmensat suffira pour donner le ton (« Quitte à se décevoir, je me décevrai moi c’est ce que je fais de mieux »). C’est en affrontant le passage à la vie d’adulte que le duo réussit à s’affirmer avec des compositions aussi bien percutantes qu’ensorcelantes telles que « Je dors tout le temps » qui est l’hymne du malaise post-rupture par excellence ainsi que « Et puis au revoir » riches en sensations fortes.

A travers Oui Futur, on sent clairement qu’Ojos se bat contre les adversités du quotidien tout en misant sur un incroyable travail d’introspection. Avec des bangers implacables et calibrés à l’image de « Encore moins » ou bien même de « L’amour ou le succès » et de « Llorona » qui est inspirée par la déesse espagnole se vengeant des hommes en les mangeant, on montre ainsi toutes les facettes d’Elodie Charmensat qui revendique ses forces dans un milieu bien sexistes. Mais aussi sa vulnérabilité qu’elle arrive parfaitement à exprimer à travers la magnifique ballade interprétée au piano qu’est « Pas si dangereuse » qui n’aura pas fini de nous toucher à chaque écoute. Une petite pause douceur bien méritée avant de dévoiler sa facette la plus ensorcelante avec « Krkrkr » gentiment old school, banger mutant à mi-chemin entre Missy Elliott, Noga Erez et M.I.A. ou avec les cuivres synthétiques de « 100 Fois » aux gimmicks efficaces.

Après un « Futur » en guise de conclusion fantasque, Ojos a relevé le défi haut la main pour un premier album à la fois fiévreux et intense. En conjuguant avec brio leur sensibilité hors normes et leurs ambitions musicales, le duo montre sans fioritures leur appréhension face au monde actuel et d’un avenir incertain. Il se dégage une urgence impalpable tout au long de ces douze compositions bien frontales et d’une frénésie bien sombre que l’on retrouvera sur scène au Trabendo le 5 février prochain.

Note: 7.5/10