
A l’approche de la pause estivale, quoi de mieux que de prolonger les découvertes musicales qui feront la une de demain ? On en veut pour preuve Annahstasia qui est une jeune autrice-compositrice-interprète venue tout droit de Los Angeles et qui fut révélée lorsqu’elle a fait la récente tournée européenne de Lenny Kravitz, ce qui n’est pas rien. Avec son titre « Sacred Bull » paru en 2019 qui avait enchanté la presse spé, elle fut attendue en grandes pompes et passe à l’étape cruciale du premier album avec Tether.
Dès le départ, on se laisse guider par cette sublime fusion entre indie folk et interprétation soulful bien vibrante avec « Be Kind ». Son vibrato, à mi-chemin entre Nina Simone et Tracy Chapman, nous interpelle tout comme cette composition épurée mais ô combien angélique tandis qu’on se laisse immerger par le storytelling introspectif d’Annahstasia, rappelant aussi bien Labi Siffre que Joni Mitchell, qui continuera de prendre de l’ampleur avec « Villain » où les arrangements se font quelque peu plus riches ainsi qu’avec « Unrest » très Nick Drake dans l’âme.
Annahstasia nous frappe d’emblée par sa délicatesse et sa vulnérabilité lorsqu’elle analyse son environnement mais aussi les relations bien complexes avec son entourage. S’ouvrant à nous à travers des moments romantiques mais teintées d’une certaine frustration comme sur « Take Care of Me » (“When we sit alone, we don’t hear the alarms/’Cause when you love me, there can’t be any harm”, chante-t-elle) et sur l’enchanteur « Slow » en compagnie du très reconnu Obongjayar (“What’s the worst that can happen if we just let it happen?”, chantent-iels à l’unisson), l’artiste californienne détonne pour ce côté expressif qui la rend si attachante et singulière. A la fois incantatoire et souverain comme sur « All Is. Will Be. As It Was. » en compagnie de la poétesse aja monet, Tether n’est jamais avare en sensations fortes avec la tension permanente de « Waiting » où le Mellotron et les guitares accompagnent avec brio l’interprétation pleine de caractères de notre protagoniste mais également le plus cathartique « Silk and Velvet » où elle raconte qu’elle refuse de céder à la facilité de l’industrie et de rester original surtout à l’ère où le capitalisme continue de créer de nombreuses inégalités (“Lately I’m not sure if it really matters, if I make a sound”, chante-t-elle).
Il ne manquera plus qu’une conclusion absolument vibrante et intense du nom de « Believer » aux accents presque gospel pour qu’Annahstasia puisse retenir notre attention. Cet incroyable ascenseur émotionnel ponctué par l’interprétation absolument dantesque de notre protagoniste aura de quoi laisser son auditoire bouche bée et permet de capturer son incroyable talent de songwriting. On peut ainsi considérer ce Tether comme une sorte de caresse mêlant élégance et intimité et agissant sur nous comme une brise chaude d’été. Un des plus beaux oeuvres indie folk de ce début d’été et on a plus que hâte de la découvrir sur scène en novembre prochain lors de la prochaine édition du Pitchfork Music Festival Paris.
Note: 9/10
