Alex G – Headlights

Ces derniers jours, je viens de réaliser un truc qui m’a mis une gifle: ça fait quasiment une décennie que je suis attentivement les aventures musicales d’Alex G. Depuis que j’ai crée ce webzine indé « bénévole », j’ai quasiment couvert presque toutes les sorties du génie indie rock de cette décennie, depuis la sortie de son « premier » album en major qu’était Beach Music. Chaque disque reflétait son talent jusqu’à devenir une des influences en matière d’indie rock actuel. Trois ans après son God Save The Animals fédérateur (chroniqué ici), le natif de Philadelphie marquera son retour au fer rouge avec Headlights.

Alex G a beau être signé en major (en l’occurrence, RCA Records) mais cela n’empêche pas de rester authentique malgré tout. Refusant de vendre son cul, l’artiste de Philadelphie ira perfectionner un peu plus son son dès le départ avec l’introduction enivrante et mélancolique de « June Guitar » aux faux airs de « Fast Car » de Tracy Chapman et ses sublimes arrangements qui font la différence. L’ambiance pastorale de Headlights aidera à notre auteur à se livrer un peu en apportant une réflexion mure sur la célébrité, notamment sur l’enivrant et presque médiéval « Real Thing » où sa signature chez RCA le mène à une lutte intérieure acharnée entre se vendre et garder son intégrité (« Hopefully I can make it to April on whatever’s left of all this label cash », chante-t-il) tout comme sur ma préférée qu’est « Beam Me Up » (« Some things I do for love, some things I do for money/It ain’t like I don’t want, it ain’t like I’m above it ») mais également sur le jovial « Afterlife » où il troque les guitares acoustiques pour les mandolines tandis qu’il se livre sur ses changements d’habitude depuis qu’il a goûté à la paternité.

Le son de Headlights se veut plus orné que jamais pendant qu’Alex G continuera de surprendre avec son inventivité sans faille, et ce qui rappelle pourquoi je l’appelle le Sparklehorse des années 2010-2020. Ce n’est pas sans surprise qu’il incorpore des influences quelque peu slowcore sur « Louisiana » avec ces distorsions de guitare frémissantes ou qu’il vrille dans l’hyperpop avec l’interlude hyperactif nommé « Bounce Boy » où il pitche sa voix de façon suraiguë comme il a l’habitude de faire. Mais ces expérimentations faisant partie intégrante de son univers musical n’entraveront pas ce périple musical pastoral, comme l’atteste les plus organiques « Oranges » et « Far and Wide » très Neil Young dans l’esprit entre autres.

Headlights continue son bonhomme de chemin avec la ballade menée au piano qu’est « Is It Still You In There ? » accompagnée d’une chorale d’enfants (ou peut-être ses modulations de voix incessantes) et la conclusion bien bluegrass et brute de décoffrage nommée « Logan Hotel » enregistré dans des conditions live permettant de confirmer ce que l’on sait déjà: le génie infaillible d’Alex G. Ce dixième album où il baigne aisément dans les influences alt-country/Americana sans jamais négliger son savoir-faire lui permet de se solidifier tout en nous accueillant dans son havre de paix.

Note: 9/10