Grandma’s Ashes – Bruxism

Il aura fallu un premier EP nommé The Fates en 2021 ainsi qu’un premier long-format nommé This Too Shall Pass deux ans plus tard pour que la machine Grandma’s Ashes puisse se mettre en marche. Le power-trio mené par Eva (chant, basse), Myriam (guitare, chœurs) ainsi qu’Edith (batterie), ex-membre de Heu, a su se démarquer par cette subtile fusion entre rock alternatif gothique, prog et stoner. Après avoir sillonné les quatre coins de l’Hexagone mais également effectué une tournée espagnole et joué dans les plus grands festivals (Motocultor, Francofolies et le H*llfest…), elles étaient attendues au tournant avec leur successeur tant attendu du nom de Bruxism.

Pour cette nouvelle aventure musicale, Grandma’s Ashes viendra dépeindre le malaise général de notre génération actuelle face à un monde en totale perdition. C’est de là que vient le titre qui retranscrit parfaitement notre stress et notre anxiété généralisée. Et très rapidement, notre trio ne perd pas de temps à tout exorciser avec « Saints Kiss » qui traitera du phénomène de dissociation post-tournée avant d’enfoncer le clou avec d’autres titres bien salvateurs à l’image de « Empty House » ou encore de « Calix » entre autres qui sont notables pour cette puissance entêtante afin de mettre en musique une réalité bien anxiogène.

Bruxism n’est pas qu’un cri de détresse mais un véritable manifeste sociétal et émotionnel. C’est d’autant le cas sur l’interprétation pleine d’émotions d’Eva qui multiplie les champs du possible en passant du growl bien guttural sur la seconde moitié bien sludge de « Flesh Cage » à en faire trembler les murs à la voix presque théâtrale et éthérée sur l’envoûtant « Nightwalk » ou plus vocodée sur les arrière-plans sonores presque industriels du tourmenté « Neutral Life Neutral Death » afin de bien accentuer le mal-être de toute une génération. Moins stoner que This Too Shall Pass et plus grunge que jamais, il n’en reste pas moins ténébreux et directs notamment sur « Sufferer » traitant des micro-agressions du quotidien ou encore sur « Cold Sun Again » (où l’on y verrait presque un clin-d’œil à Soundgarden) parlant métaphoriquement de dépression chronique ainsi que sur « Duality ».

Mais plutôt que de céder à la fatalité, Grandma’s Ashes opte pour la riposte. Et c’est avec un dernier tour de force nommé « Dormant » aux faux airs folk prenant de l’ampleur au fur et à mesure avant de retrouver ses terres stoner/sludge metal avec un dernier growl bien profond qui synthétise parfaitement cette métaphore de ce Bruxism bien saisissant. Le message éco-anxieux et féministe du trio est parfaitement retranscrit, couplé aux expériences personnelles et observations sociétales qui les ont autant forgés que brimés. Ajoutez ceci aux riffs tantôt hypnotiques qu’endiablés de Myriam ainsi qu’aux martèlements de batterie monstrueux d’Edith et vous obtiendrez une parfaite-son retranscrivant avec brio le malaise d’une génération aussi bien lucide que révoltée face à la montée du fascisme qui fait peur à voir tout en choisissant de le combattre efficacement.

Note: 7.5/10