The Hempolics – Kiss, Cuddle & Torture Volume 1

Après Dub Pistols, veuillez accueillir The Hempolics, un nouveau big-band londonien qui possède un faible pour le reggae et le dub. Le groupe mené de main maître par Grippa Laybourne est composé de Nubiya Brandon et de Dan ‘Dandelion’ et Harry Collier qui se partagent le micro mais aussi de Lorenzo à la basse, de Leon King à la guitare ainsi que de Craig Boorman à la batterie et nous proposent un melting-pot musical plutôt explosif avec leur premier album Kiss, Cuddle & Torture Volume 1.

Avec une esthétique vintage et DIY, The Hempolics séduit pour sa diversité musicale. Et c’est donc sans prétention que l’on peut passer du reggae-dub urbain sur « Boss Clock Me Style » qui a de quoi rappeler le style de Hollie Cook mais aussi sur « High & Gritty », « Hust So Good », « Life Ain’t Easy » aux énergies contagieuses ou le rocksteady « Me Love To Sing » aux accents soulful avec « Early In The Morning ». On y décèle également des influences trip-hop sur « In My Brain » conviant Maxi Jazz de Faithless ou plus indie rock avec « Road Side » chanté par Paolo Nutini sans oublier « Samurai » quelque peu plus surf.

Avec une ribambelle d’invités et son lot d’influences (reggae, dub, hip-hop, soul, dancehall, indie rock, électro…), The Hempolics surprend pour son côté cosmopolite et soundsystem qui séduit d’emblée. Hâte de découvrir le volume 2 de ce Kiss, Cuddle & Torutre plein de promesses.

Note: 8.5/10

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Tambour Battant – Dance All Night

Tiens, revoilà le tandem Tambour Battant. Le duo marseillais formé par Ben Stoker et Chixx avait formé leur propre structure Château Bruyant et avait fait paraître leur premier album TBBT en 2010. Après de nombreuses années où ils se sont fait plaisir, ils reviennent sept ans plus tard avec leur second album Dance All Night sur le label X-Ray Production (Biga* Ranx, Bazil, Manudigital…).

Ayant comme principale mission de retourner le dancefloor, Tambour Battant reste cantonné dans son genre musical qu’il maîtrise le mieux, c’est-à-dire la bass music aux sonorités reggae, dancehall et house. Et pour bien nous ambiancer comme il se doit, un casting prestigieux est de sortie. Attention, déroulez le tapis rouge: Taiwan MC, Bazil, General Levy, Pauline Diamond… Je poursuis ou c’est bon ? Bon ok: Jahdan Blakkamore, Noble Society, George Palmer et ainsi de suite. Au milieu des instrus explosifs que sont « Satisfy » très électro, « Open Your Eyes » vacillant entre dub et trap ainsi que « Wasted » avec ses voix en chopped & screwed, les invités remplissent parfaitement le contrat proposé par Tambour Battant.

Tandis que Taiwan MC reste fidèle à son style sur « Spring Bounce » allant du ska à la house le tout sur une bonne production bass music, General Levy nous enjaille comme pas possible sur « Highest Upgrade » tout comme Bazil sur l’électro-dancehall tropical de « Move Pon Bakka » et le posse-cut immanquable des sonorités trap colorées de « Surf The Wave » avec Jahdan Blakkamore, D2 Tha Future et Delie Red X. Et que dire de George Palmer, l’invité chic et choc de Manudigital, qui fait le taff sur une prod limite house sur « Every Body » ? Le choc des cultures se poursuit avec des morceaux plus pop chantés par Pauline Diamond avec « Vision » et ses gimmicks dignes de DJ Snake ou d’autres plus hip-hop avec Noble Society sur « Wealthy » critiquant la situation actuelle engendrée par les élections américaines. On retrouvera une version dub planante de ce morceau en toute fin d’album.

Sept années qu’on attendait une suite logique de TBBT et bien Tambour Battant n’a pas déçu avec Dance All Night. Avec sa fusion des genres, le duo marseillais prouve que l’on peut mélanger EDM et sonorités jamaïcaines sans jamais tomber dans le cliché et rien que pour ça, on est prêt à danser toute la nuit dessus.

Note: 7/10

The Black Seeds – Fabric

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. C’est un peu le proverbe qui correspond entre les deux grands titans du reggae de la Nouvelle-Zélande: Fat Freddy’s Drop et The Black Seeds. Et la concurrence est intense en matière d’originalité. Tandis que les premiers nous ont épaté avec leur Bays il y a deux ans, les derniers nous ont laissé pantois avec un Dust & Dirt résolument planant et lounge en 2012. Après cinq ans d’absence et pendant que leurs concurrents préparent peut-être leur grand retour, les voilà que The Black Seeds nous présentent leur sixième opus intitulé Fabric.

Après leur épopée psychédélique de leur étonnant Dust & Dirt, le combo néo-zélandais a décidé d’ajouter des couleurs groovy pour ce nouvel album à leur reggae mutant qui a fait leur réputation. On en est pas encore là car des standards à mi-chemin entre le one-drop et le dub sont présents avec « Better Days », « Everybody Knows » et « Moving On ». Et préparez-vous à sortir la boule à facettes et les pattes d’eph car surviennent les morceaux disco-funk de « Freakin' » et de l’entraînant « The Weaver » qui vous feront danser jusqu’au bout de la nuit à coups de lyrics poussant à la réflexion.

Alternant les hymnes dub comme le lunaire « Fabric » et le déstructuré « Ride On » et d’autres plus smooth comme l’excellent « Back To You », The Black Seeds reste dans son élément et continue à multiplier les palettes musicales pour se démarquer. Ne perdant jamais ses aspects soulful comme sur le dernier titre « Lost In The Bush », le combo de Wellington garde les pieds sur Terre et continue à distribuer des good vibes par milliers, tel est leur marque de Fabric.

Note: 7/10

Inna de Yard – The Soul Of Jamaica

Ceux qui sont passionnés par la culture jamaïcaine et tout ce qui est vert jaune et rouge devraient au moins connaître le projet Inna de Yard. Vous savez, ce projet musical acoustique qui avait pris naissance sur le feu label Makasound (devenu Chapter Two Records aujourd’hui) en 2004 dont il a fait paraître un premier album en 2008 et qui a valu la reconnaissance de ses pairs. Et bien surprise, neuf ans plus tard, ils reviennent avec un nouvel opus, le bien nommé The Soul Of Jamaica, enregistré sur les collines de Kingston.

Pour vous expliquer concrètement le but du jeu d’Inna de Yard, c’est une sorte de MTV Unplugged mais pour les artistes jamaïcains qui reprennent leurs standards sous format acoustique et intimiste. On retrouve par exemple les indétrônables The Viceroys qui reprennent leur standard « Love Is The Key », le chanteur/bassiste Lloyd Parks nous offre une version acoustique de « Slaving » et de « Money for Jam » ou encore Cédric Myton qui revisite son mythique « Youthman » de 1979. Mais la plus belle surprise vient du côté du grand crooner du rocksteady que j’ai nommé Ken Boothe qui nous « bless up » à deux reprises avec « Let The Water Dry » ainsi que « Artibella » (on aurait bien voulu une reprise de « When I Fall In Love » ou de « You’re No Good » en prime) mais aussi Winston McAnuff qui s’est prêté au jeu avec « Secret » ainsi que son fils Kush avec « Back To I Roots » de son groupe The Uprising Roots.

C’est à coup de percussions, de piano, d’accordéon, de guitares acoustiques et de chœurs chaleureux que l’on sent directement la vibe des cours de Kingston. Et la proximité des artistes de toutes les générations qui se réunissent autour de ce projet renforce l’authenticité d’Inna de Yard. Ainsi, on retrouve également des têtes familiers de ce projet comme Var qui nous chante un sublime « Var », Kiddus I (rescapé de Makasound) qui étonne avec « Jah Power, Jah Glory », Derajah sur « Stone » mais également Bo-Pee qui se charge de clore la cérémonie avec un « Thanks & Praises » incroyablement nostalgique. Ne cherchez plus trop longtemps, l’âme de la Jamaïque la plus sincère qu’elle soit se trouve au cœur de ce vibrant projet qu’est Inna de Yard.

Note: 8.5/10

Taiwan MC – Cool & Deadly

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Chez la famille Chinese Man Records, il y a toujours un membre du label qui se fait inviter sur tous les projets estampillés du label. Il s’agit de Taiwan MC qui est tombé dans le raggamuffin depuis tout petit et ça se ressent sur ses premiers EPs Heavy This Year et Diskodub. Le MC a collaboré avec Manudigital, Scratch Bandits Crew, Chinese Man, Deluxe sur des productions à mi-chemin entre bass music, dancehall, dub et hip-hop. Ainsi, Cool & Deadly, son premier album, est sa véritable première lettre de noblesse en tant qu’artiste accompli.

Tout le monde reconnaîtra son flow calibré et son phrasé spécifique qui a fait sa réputation et ce Cool & Deadly ne dérogera pas à la règle. On restera cependant surpris de voir que la crew marseillaise Chinese Man n’ait produit qu’un seul morceau de l’opus, à savoir le monstrueux riddim nommé « Faya Cyaan Done » qui ouvre les hostilités. Sinon pour le reste, Taiwan MC ne pourra compter que sur l’aide de SOAP qui produit le pêchu « Money In My Pocket » contenant une participation du rappeur sud-africain Tumi et de DJ Nix’on aux platines ainsi que de DJ Idem sur « A Mi Lado » et conviant le rappeur britannique Miscellaneous et la chanteuse espagnole Paloma Prada.

A l’écoute de ce Cool & Deadly, on s’aperçoit que les influences de Taiwan MC sont bien plus grandes que l’on imaginait. C’est donc normal que l’on puisse passer des standards roots des années 1960-1970 comme « Dem A Wonder » et autres « Judgement' » où l’on vacille entre dub, ska et rocksteady en toute simplicité. On découvre une autre facette du MC plus romantique notamment lorsqu’il chante aux côtés de Anouk Aiata sur les ballades « Your Lovin' » et « Babblin ». Mais pour les sceptiques d’entre nous, il n’a pas oublié son style « wicked » des débuts et des missiles sont à prévoir comme les relents dubstep de « Big Bag », « Catalina » ou le titre le plus dancehall de l’opus avec à nouveau Paloma Prada dont la voix ressemble étrangement à celle de La Yegros. Mais la véritable tuerie de l’opus se nomme « Murda Sound » où on retrouve les MC britanniques Youthstar, Miscellaneous et Cyph4 sur une instru dub/hip-hop bien sombre soutenu par les scratches de DJ Idem.

Cela faisait un bon bout de temps qu’on attendait un premier album de Taiwan MC et au final, on n’est pas déçu. Ici, le bonhomme nous fait part de ses inspirations complètement riches qui ont fait de lui le MC dont pas mal de gens s’arrachent. Attendez-vous à une bonne fusion « cool & deadly » de dancehall, reggae, hip-hop !

Note: 7/10

The Frightnrs – Nothing More To Say

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Tout le monde le sait et inutile de le répéter, Daptone Records est vraiment la maison-mère de la soul vintage remise au goût du jour. Et de grands talents en sont sortis de ce label: Charles Bradley, Sharon Jones, Lee Fields, Saun & Starr mais aussi des groupes maison faisant parfois office de backing band: The Budos Band, Antibalas, Daktaris, Menahan Street Band et consorts. Mais récemment, le label cherche à toucher de nouveaux horizons musicaux et a même créé un sous-label Wick Records réservé au rock’n’roll et The Mystery Lights fut le premier groupe signé. C’est donc pas un hasard si ils s’attaquent au reggae old school et d’ailleurs The Frightnrs est le premier groupe reggae signé sur le label Daptone. Une signature qui fait tout de même froid dans le dos car Dan Klein, le chanteur du groupe, est décédé en juin dernier suite à sa maladie de Charcot.

Et autant vous dire que leur signature chez Daptone m’a plus qu’étonné car je m’attendais à ce qu’ils soient signés chez Truth & Soul mais bon l’essentiel n’est pas là. Le quatuor de Brooklyn transpire le rocksteady des 60’s et le reggae roots sorti tout droit des labels légendaires Trojan Records et Studio One. On a vu ce que ça a donné avec leur premier album éponyme paru en 2012 et ce second opus mi-posthume Nothing More To Say sonne plus comme une véritable révélation. On se serait vraiment crus cinq décennies en arrière avec ce vinyl qui crépite à l’écoute des titres chaloupés comme « All My Tears », « Nothing More To Say » ou encore « What Have I Done ». Sans doute à cause de la production magique du talentueux mais trop discret Ticklah.

Aux côtés des compositions originales, nostalgiques et délicieusement soulful comme « Purple », « Trouble In Here » ou les harmonies doo-wop du succulent « Looking For My Love » résident tout de même des reprises du catalogue Daptone en version rocksteady, à savoir « Gotta Find A Way » de Bob & Gene et « Gonna Make Time » de Saun & Starr. Cela permet également de se rendre compte des prouesses vocales et quasi-déchirantes de Dan Klein qui envoient du tonnerre. Il n’y a plus rien à rajouter si ce n’est que ce second (et probablement ultime) opus restera dans nos annales dont on ne retiendra le chant charismatique d’un homme qui s’est battu contre sa maladie avant de donner son dernier souffle au mois de juin. Et c’est ce qu’on retiendra de The Frightnrs.

Note: 8.5/10

The Viceroys – Memories

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Impossible de présenter les légendes du reggae jamaïcain: The Viceroys. Le trio vocal possède une discographie totalement riche et domine la scène reggae depuis maintenant 50 ans tout rond ! Personne n’a réussi à relever cet exploit. Et pour fêter ces 50 ans d’existence, ils nous reviennent avec toujours cette flamme d’antan avec un nouvel album Memories, signé sur le label français underground Iroko Records.

A l’écoute de ce nouvel opus, nous voilà basculés à l’ère du Trojan Records et Studio One. Tu parles d’un coup de vieux et comme le disent eux-mêmes sur « Memories »: « I can’t forget where I came from ». Nous revoilà à la source du reggae pur et dur qui ne prend jamais un coup de vieux avec des riddims solides de « Ya Ho, Part. 2 », « Why » ou encore « All I Need ».

Et pour marquer un bon coup dans la nostalgie, les six morceaux que composent ce nouvel opus sont accompagnés de leurs versions dub instrumentaux. On est en 2016 mais bon sang, ça fait du bien quelques petits throwbacks comme ça. A travers ce Memories, The Viceroys ne vieillit jamais et qu’il est bon de s’évader avec ce son roots qui leur est décidément familier, à l’heure où le reggae digital gagne de plus en plus en puissance ces derniers temps.

Note: 7.5/10