Jenny Hval – Blood Bitch

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Décidément, on n’aura pas fini d’en entendre parler de cette demoiselle. Jenny Hval a connu l’ascension avec son album Apocalypse Girl paru en juin 2015, une ascension musicale qu’elle aura tant mérité après quatre albums précédents ayant connu un succès limité. Mais la Norvégienne ne compte pas s’arrêter là car pour cet automne, elle nous offre une nouvelle bande-son adéquate pour cette saison du nom de Blood Bitch qui se veut bien conceptuel.

Pourquoi conceptuel ? Tout simplement parce que Blood Bitch raconte l’histoire d’un vampire qui voyage dans le temps. Attention, on est loin de la saga à l’eau-de-rose de Twilight car l’artiste expérimentale va pousser le vice beaucoup plus loin en rajoutant qu’il s’agit tout simplement de sang et de… menstruations et tout d’un coup, le concept prend son sens. Après une introduction cinglante du nom de « Ritual Awakening » où on l’entend susurrer: « It’s so loud and I get so afraid, so I start speaking », voilà que débarque les morceaux suivants « Female Vampire » s’enchaînant avec sa transition impeccable de l’instrumental « In The Red » (« It hurts everywhere », peut-on l’entendre essoufflée après s’être échappé des vampires) où l’on plonge dans une atmosphère aussi bien inquiétante qu’envoûtante.

Et pour sûr, Jenny Hval reste avant tout avant-gardiste dans sa démarche. Entre passages presque dronesque comme sur « Untamed Region » comportant un sample de la voix du cinéaste britannique Adam Curtis qui fait référence à la fois où l’artiste a eu ses règles pour la première fois (« Then next time I wake up, there’s blood on the bed. Didn’t know it was time yet. Or is it… not mine ? » ) et des titres électro-pop rappelant furieusement Bjork à l’image de « Conceptual Romance » (qui est à coup sûr le chef-d’oeuvre de l’opus avec ses paroles bouleversantes comme « I don’t know who I am but I’m working on it ») et « The Great Undressing » aux nappes synthétiques bien froides et aux loops renversants sans oublier la voix de la demoiselle qui est aussi bien innocente qu’alarmant. Et parfois, un peu de folie s’implante en plein milieu de disque, à l’image du très très très étrange et flippant « The Plague » qui est plus une pièce bien avant-gardiste avec ses multiples collages sans queue ni tête digne d’une oeuvre lynchienne. A vos risques et périls, les gars ! Mais bien évidemment, un peu de douceur fait tout de même du bien dans cette atmosphère de bruts comme la pop sublime de « Secret Touch » ou même la conclusion « faussement » angélique de « Lorna » qui se clôt par un « No one ever told me or taught me not to contain it/It kept existing, but there was no language/Does anyone have a language for it ? Can we find it ? ». Voilà la question que tout le monde se pose: qu’est-ce que le désir en fin de compte ?

A vrai dire, on n’a aucune indice ni aucune réponse directe à proposer mais toujours est-il que Blood Bitch est sans conteste son oeuvre la plus tourmentée mais aussi la plus attachante que la Norvégienne ait pu confectionner d’ici là. En explorant une thématique obscure, elle parvient à nous emmener dans un univers parallèle où les sens sont altérés et les ambiances changent à bon escient afin d’entraver n’importe quel confort. Et le résultat est juste éblouissant, à un tel point que l’on perd notre sang froid tout court.

Note: 8.5/10

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