King Krule – The Ooz

Lorsque King Krule a débarqué en 2013 avec son premier album Six Feet Beneath The Moon, nul doute qu’il allait bouleverser les codes de la musique actuelle. Dès lors, l’étiquette musicale du rouquin londonien est tout simplement multiple, aussi bien à l’aise dans les ambiances trip-hop que jazz en passant par le post-punk et le hip-hop alternatif sous ses divers alter-egos: Zoo Kid en 2014, son vrai nom Archy Marshall en 2015 (chroniqué ici). Mais c’est sous le pseudonyme King Krule qu’il revient avec son troisième album intitulé The Ooz qui est une immersion dans la psychologie brute et torturée de notre hôte préféré.

On retrouve donc ce qu’il sait faire de mieux, c’est-à-dire une musique hybride et totalement urbaine composée en 19 actes tout aussi abrasifs que majestueux. On débute la grande épopée avec un « Biscuit Town » résolument jazzy et atmosphérique entre ses notes répétitives et la voix désormais reconnaissable entre mille du londonien qui frappe fort, suivi d’un « The Locomotive » plus cauchemardesque avec ses distorsions sourdes avant d’atterrir sur un « Dum Surfer » plus mélodieux aux saxophones sourds. Pour faire simple, The Ooz fonctionne également comme une montagne russe musicale, passant du calme à la tempête, de la rage à la douceur en un peu de temps. Mais cela a de quoi traduire l’état d’esprit quasi-bipolaire d’Archy Marshall en musique et par sa voix venue d’outre-tombe, à savoir ses multiples angoisses qui le tourmentent de tous les côtés.

Et ne croyez pas que cet opus sera de tout repos, bien au contraire car voilà que l’on peut basculer de temps à autre sans nous prévenir. Entre la sombre et désespérée « Slush Puppy » et les ballades mélodieuses lorgnant vers la trip-hop de ses débuts que sont « Logos », « Cadet Limbo » ou encore « Czech One », King Krule est le seul à traverser différentes salles, différentes ambiances sans jamais s’emmêler les pinceaux. Convoquant aussi bien les influences jazz sur « Sublunary » et « Lonely Blue » que celles plus post-punk sur les urgents « Emergency Blind », « Vidual » ou encore l’énervé « Half Man Half Shark », The Ooz impressionne de bout en bout tout comme « Midnight 01 (Deep Sea Diver) » avec sa batterie parfaitement cadencée. Et lorsque ce n’est pas sa voix grave tantôt chantée tantôt hurlée qui n’est pas mise en avant, il n’hésite pas à faire intervenir d’autres voix comme une en espagnol sur l’interlude « Bermondsey Bosom (Left) » et une autre qui parle en tagalog (dialecte philippin) sur le tourmenté « The Cadet Leaps », ce qui renforce encore plus le côté roman-fleuve qui se dégage à travers ce chef-d’oeuvre.

Clôturant ce voyage complexe avec un « La Lune » plus paisible en guise de délivrance, The Ooz est sans conteste un des œuvres les plus complètes mais aussi les plus audacieuses qu’a pu concevoir ce génie que l’on appelle King Krule. Une immersion dans la psychologie totalement insaisissable de son auteur aux sombres tréfonds ne fait pas de mal car on prend conscience de toute l’atmosphère viscérale et cathartique qui se dégage tout au long de ces 19 morceaux intenses et oppressants totalement brutal et surréaliste. Et par tous les horribles défauts qu’il nous balance en pleine figure, il en ressort un très grand album à la beauté désarmante et totalement inouï.

Note: 10/10

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