Jack White – Boarding House Reach

Plus besoin de présenter Jack White vu que tout le monde même ta mère et ta grand-mère le connaît. Suite à la tragique séparation de The White Stripes, notre troubadour de Detroit résidant à Nashville nous a gratifié de pas mal de disques avec d’autres groupes (The Raconteurs, The Dead Weather…) ainsi que de deux beaux disques solos continuant à creuser le sillon du blues-rock mais aussi d’un label pour le moins classe. Bref, il n’a plus rien à prouver à l’heure actuelle. Et c’est ainsi qu’il a eu une crise de conscience avec ce troisième album Boarding House Reach.

Maintenant qu’il a dépassé un certain statut, Jack White s’est définitivement dit qu’il fallait mieux s’éclater et faire n’importe quoi. C’est la mission principale de ce Boarding House Reach en question qui part dans tous les sens… et en couilles. Alors pour le moment, on n’en est pas là, le premier titre « Connected By Love » qui allie chœurs gospel et blues-rock débridé avec le flegme légendaire du guitar-hero qui est suivi de la ballade bluesy psychédélique de « Why Walk A Dog ? » qui a de quoi faire penser aux vieilles bande-sons de films de boule des années 1980 qui passent les dimanches soirs. Et c’est là que le Jack va partir en couille total.

Boarding House Reach est l’album de toutes les excentricités où il va mélanger tout et n’importe quoi pour en faire quelque chose de fou et d’expérimental mais le problème, c’est que c’est mal maîtrisé. Impossible de ne pas grincer des dents à l’écoute du « Corporation » où Jack White répète des « Who’s with me ? » alors que personne ne répond dans la salle avant de pousser des cris perçants saturés ou encore quand il se met à rapper en se la jouant Beastie Boys sur « Ice Station Zebra » en abusant des « yo ». Le fait que t’aies pu collaborer avec A Tribe Called Quest dans le passé ne signifie pas que t’as carte blanche et que tu dois te ridiculiser de la sorte, tu le sais bien Jack.

Sinon quoi d’autre ? Le guitar-hero a voulu passer du Prince, du Funkadelic, du Frank Zappa et Sex Pistols à la centrifugeuse pour en garder le côté groovy. Ah et puis il en a profité pour rajouter plusieurs batteurs, plusieurs bassistes, plusieurs choristes, beaucoup de claviers et un Pro-Tools qui surchauffe pour donner des expérimentations psychédéliques trop foutraques et de longues improvisations inachevées. Plus excentrique que ça, tu meurs mais là on part vraiment sur du mauvais goût avec des morceaux comme « Hypermisophoniac » et « Everything You’ve Ever Learned » même si quelques exceptions rares sont à souligner comme le blues-rock bien furieux « Over and Over and Over » aux chœurs hystériques et sa six cordes qui hurle comme jamais (la légende affirme que ceci devait être un morceau de The White Stripes qui n’a jamais été enregistré) ou encore le plus accessible « Respect Commander ».

Ce n’est que vers la fin de l’opus que Jack White reprend (un peu) ses esprits avec les accents country-soul de « What’s Done Is Done » mais également avec la sublime ballade jazz lo-fi en guise de conclusion intitulée « Humoresque » qui termine ce gros bordel auditif. L’écoute de ce Boarding House Reach fut putain de laborieux tout simplement parce que Jack White a décidé de ne plus rien avoir à foutre de sa réputation de blues-rock classe pour laisser parler sa folie qui a des airs de folie destructrice. Mais vouloir tout essayer à la fois et partir dans tous les sens n’est pas souvent synonyme de génie et ce troisième opus manque cruellement de fil conducteur. Si c’est du troll cependant, on pourra l’applaudir mais pour le moment, on fait énormément la gueule après l’écoute de ce disque. Vouloir faire parler son imagination, c’est une belle chose mais le pouvoir exécuter en est une autre et venant de la part d’un musicien qui possède une réputation plus qu’honorable, il y a de quoi grincer les dents. En résumé, un long calvaire pas mémorable et relou comme une semaine de pluie.

Note: 3/10