Speedy Ortiz – Twerp Verse

En l’espace de deux albums, Speedy Ortiz est devenu la valeur sure en matière d’indie rock revival américain de cette décennie. Celui que l’on considère comme étant le meilleur groupe indie rock de Boston actuel avant de se faire détrôner par Palehound, Sadie Dupuis et ses compères n’ont pas donné signe de vie depuis leur second album Foil Deer en 2015 (chroniqué ici). Après un album solo de la part de la chanteuse du groupe nommé Slugger, ils retroussent leurs manches avec leur successeur intitulé Twerp Verse.

Selon les dires de la CEO du label nouveau-né Wax Nine Records, ce nouvel album était censé être composé de chansons d’amour et de bien-être à la Best Coast mais les infâmes élections américaines ont changé la donne. Sadie Dupuis fut donc contrainte de réécrire cet opus pour exprimer son point de vue plus politique et plus acide envers une Amérique qui se meurt à petit feu. Et autant vous dire qu’elle n’y va pas avec le dos de la cuillère avec des titres bien flamboyants à l’image de « Buck Me Off » qui est le successeur spirituel de « Raising The Skate » où elle revendique de nouveau ses positions féministes.

Le groupe de Boston qui compte un nouveau guitariste du nom d’Andy Molholt, guitariste de Laser Background, et remplaçant donc Devin McKnight (c’est devenu une habitude à force) arrive à concilier indie rock des années 1990 et pop synthétique inventive qui a créé des émois sur le side-project Sad13. Les riffs grungy concilient les synthés épileptiques et futuristes sur « Lean In When I Suffer » qui traite du burn-out qui touche de plus en plus de personnes mais également avec les ambiances plus inquiétantes et sinistres de « Can I Kiss You ? », « Backslidin' » ainsi que de « Villain » où la plume de Sadie Dupuis est véritablement axée storytelling en racontant l’histoire flippante d’un vilain prédateur sexuel en liberté qui sème la zizanie à tout va. Y verrait-on une référence au fameux scandale Weinstein qui a éclaté en octobre dernier et de tout ce qui en a découlé.

Ne cherchez pas des hymnes accrocheurs à la « The Graduates » ou à la « Plough » des albums précédents, mais au moins, on pourra se consoler avec « Lucky 88 » qui est représentatif du nouveau style de Speedy Ortiz avec son texte entêtant: « I once was lost but I’m floundered and running late for my funerary date ». Pour le reste, on adhérera avec des trouvailles pop sympathiques comme « Sport Death », « Alone With Girls » et « Moving In » montrant un groupe se voulant plus accessible et qui se prolonge sur la conclusion nommée « You Hate The Title ». Twerp Verse n’aura ni l’impact de Major Arcana qui restera indétrônable ni celui de Foil Deer mais permettra de montrer que le quatuor de Boston est en perpétuelle évolution avec un virage amorcé il y a deux ans et pris avec assurance et aisance sans oublier la plume éloquente de Sadie Dupuis qui n’en finit pas de faire réfléchir son auditeur.

Note: 8/10