Activity – Unmask Whoever

Cette année est tout simplement cheloue. Entre les incendies qui font ravage en Australie, les rumeurs d’une potentielle troisième guerre mondiale, le décès tragique de Kobe Bryant. Et pour couronner le tout: le monde est obligé d’être confiné pour se protéger de ce foutu Coronavirus. De quoi être renfermé dans ses songes, ses tourments et ses imperfections. C’est du moins ce que l’on ressent à l’écoute d’Activity et de leur premier album nommé Unmask Whoever.

Derrière Activity se cache quatre musiciens venus tout droit de Brooklyn et issus de groupes indie rock underground de cette scène. On retrouve Travis Johnson (chant, guitare, sampler) et l’extraordinaire Steven Levine (batterie et acteur car il a joué dans un épisode de Better Call Saul pour l’anecdote) qui viennent du génial groupe Grooms qui s’est tristement séparé en 2018. Ainsi que deux gows qui envoient du pâté, à savoir Jess Rees (guitare, chœurs) du duo Russian Baths et la native de Philadelphie Zoë Browne (basse, claviers, chœurs) qui vient de Field Mouse (et a joué également auprès d’Empty Country. Initié après la séparation de Grooms, le supergroupe a décidé de fusionner leurs styles musicaux respectifs des groupes afin d’illustrer leur créativité collective durant l’année dernière avec l’aide précieuse de Jeff Berner du mythique groupe Psychic TV aux manettes, ce qui n’est pas rien.

En mêlant le post-punk spatial et onirique de Grooms, le shoegaze bruitiste et nihiliste de Russian Baths et l’emo clair-obscur de Field Mouse, vous obtiendrez Activity. Tout est passé à la centrifugeuse pour en ressortir une fusion entre art-rock avant-gardiste et trip-hop inquiétant tandis que les protagonistes racontent leur malaise général face à un monde en perdition. Après une introduction nommée « In Motion » riche en sonorités glitch avant de partir sur des chœurs féminins lointains (celle de Jess Rees ou de Zoë Browne ?), ces lignes de guitare mélodiques et cette batterie élégante, la voix de Travis Johnson, à mi-chemin entre spoken-word et chant, surgit sur ce « Calls Your Name », inspiré du livre The Great Divorce de CS Lewis. A travers cette ambiance spectrale, cette batterie effrénée qui aura de quoi rappeler les rythmes de Geoff Barrow et ces sonorités électroniques abscons ainsi que ces guitares camouflées, il y a de quoi ne pas se sentir en sécurité. Et eux non plus d’ailleurs.

Une fois la machine lancée, Activity jette à la face du monde la facette malsaine de l’humanité sur les accents prog de « Spring Low Life » (y verrait-on des piques adressées à Trump ?) où l’on alterne des montées et des descentes où l’obscurité est amortie par ses chœurs féminins astraux et du glacial « Nude Prince » (avec une référence au titre de l’album dans le texte) aux rythmes martelés comme un calibre chargé sur nous. Mais il arrive que le groupe arrive à consoler l’humain dépressif sur le très calme mais mélancolique « Looming » où la voix presque chuchotée de Travis Johnson et soutenue par celle de Jess Rees s’acoquine avec cette instrumentation très minimaliste. D’ailleurs, contrairement à Grooms, la voix du guitariste est beaucoup chuchotée que d’habitude, à l’exception de « Earth Angel » où les accords de guitare ont de quoi rester dans la tête et cette rythmique obsédante prenant de l’ampleur au fur et à mesure, il décide de tout envoyer lâcher sur la fin, entre cri et chuchotement (on ne sait pas vraiment) à coup de « I WANNA FUCK AROUND OH YEAH ». Foutre la merde, le zbeul, il n’y a que ça à faire lorsque l’on est dans une impasse face à l’injustice de ce monde.

En fusionnant les productions dignes de Portishead de la période Third au shoegaze psychédélique, Activity sait faire le compromis notamment sur « The Heartbeats » qui flirte avec le krautrock avec ses guitares qui se noient dans des synthés glaciaux ou encore sur « Violent and Vivisect », morceau le plus rock et le plus électrique du disque qui a de quoi rappeler du Russian Baths ou du Grooms des débuts. D’ailleurs, on se rapproche pas mal des sonorités de ce dernier avec « I Like The Boys » où le duo Johnson/Rees fait des merveilles avec ces escapades oniriques et extra-terrestres qui auraient pu trouver leur place sur Comb The Feelings Through Your Hair. Après l’apocalypse ait eu lieu, que serait l’après ? Serions nous libérés ou enfermés par tant de rancœur et de misère comme le définit « Auto Sad », dernier titre synthétisant ce Unmask Whoever ? Est-ce le temps à la rédemption ou au recueillement ? Nul ne le sait vraiment.

Quoi qu’il en soit, le supergroupe de Brooklyn redéfinit les codes de leurs influences musicales en passant le tout à la centrifugeuse. Unmask Whoever mêlera ainsi avant-gardisme et psychédélisme avec son soupçon d’oppression et de mystère qui leur va à ravir. Une bande-son idéale face à la situation actuelle nous montrant qu’en effet le monde sous confinement est loin d’être rose. De quoi vouloir foutre la merde comme le souhaite Travis Johnson.

Note: 9/10

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