Allegra Krieger – Art of the Unseen Infinity Machine

Nous avons succombé au précédent album d’Allegra Krieger qui se nommait I Keep My Feet On The Fragile Plane paru l’année dernière (chroniqué ici). L’autrice-compositrice-interprète new-yorkaise continue de nous envoûter avec ces compositions introspectives et voyageuses qui restent toujours autant élégantes, à un tel point qu’elle est venue pour la première fois défendre ses morceaux au Pop-Up du Label en printemps dernier (les vrais savent de quoi je parle). Et bien, elle continue de battre le fer tant qu’il est chaud avec son successeur nommé Art Of The Unseen Infinity Machine.

Contrairement à son prédécesseur qui était d’une rare beauté où elle établissait un lien entre Joni Mitchell et Elliott Smith, ce nouvel album se veut un brin plus électrique et quelque peu audacieux. Allegra Krieger s’entoure ainsi de Kevin Copeland (basse), Jacob Matheus (guitare) et de Will Alexander (batterie) pour raconter de nouvelles histoires basées sur son vécu avec entre autres l’introduction ensoleillée du nom de « Roosevelt Ave » avant de prendre le large avec les somptueux « Never Arriving » et « Came » se clôturant sur un cri digne de Karly Hartzmann pour ajouter une certaine tension.

Art Of The Unseen Infinity Machine est également un testament non seulement musical mais personnel d’Allegra Krieger. Inspiré de l’incident dans son appartement suite à une explosion où elle a frôlé la mort, elle jette un regard plus lucide sur sa vie et son entourage tout en prenant conscience que rien n’est acquis dans la vie. A travers sa foi qui la guide, elle prend du recul sur la vie en général notamment sur « One Or The Other » (« What do you know about living ? What do you know about dying ? », chante-t-elle) tout en évitant soyeusement l’apitoiement et le pathos tout comme sur les radieux « I’m So Happy I Cannot Face Tomorrow » et « Absolve » ainsi que sur le moment le plus indie rock qu’est « How Do You Sleep » témoignant de son songwriting si impeccable.

Titubant entre l’urgence et la sagesse avec des ballades en fingerpicking que sont « New Mexico » mais aussi « Where You Want To Go » rappelant quelque peu Nick Drake avec ce texte si poignant (« If you don’t like the way that it’s going, then maybe just sit back and wait/For the sky to come crashing over in the blink of an eye », chante-t-elle), Allegra Krieger atteint de nouveaux sommets avec Art Of The Unseen Infinity Machine. Le cinquième album voit ainsi la new-yorkaise en train d’errer dans la ville et d’apprécier la vie telle qu’elle l’est tout en se préparant à l’inattendu. Et de l’inattendu, il en est question musicalement avec des influences dignes de R.E.M. et de Mazzy Star permettant de sortir de sa zone de confort de la plus belle des manières.

Note: 8.5/10