
Une des bonnes nouvelles de cette rentrée 2024, c’est qu’elle s’annonce bien jazzy et bien groovy. Pourquoi donc ? Tout simplement parce qu’Ezra Collective fait son grand retour. Le désormais culte groupe afro-jazz londonien qui a conquis le monde entier avec ses deux albums dont le fameux Where I’m Meant To Be paru trois années plus tôt (chroniqué ici) leur ayant valu un Mercury Prize revient avec leur successeur nommé Dance, No One’s Watching.
Au programme de cette nouvelle aventure musicale, on retrouve ainsi 19 nouveaux titres pour moins d’une heure de délices en tous genres. Ezra Collective ira transformer cette incantation qu’est « Danse, personne ne regarde » en un mantra, une leçon de vie initiée par Femi Koleoso, batteur du groupe, une fois lors d’un concert. Et autant vous dire que le collectif mettra le pied à l’étrier avec ce disque en quatre actes séparés à travers des interludes nous permettant de reprendre notre souffle, dont le premier plan débute avec un « The Herald » des plus enchanteurs et notable pour ses cuivres et ses changements de tempo qui donnent le ton avant que n’interviennent « Palm Wine » nous accueillant chaleureusement.
Le second acte annonce les véritables hostilités avec le fabuleux et toujours aussi divin « God Gave Me Feet For Dancing » en compagnie de Yazmin Lacey suivi du plus bouillonnant « Ajala » aux doux relents ouest-africains qui est un sublime hommage au journaliste-voyageur nigérian Olabisi Ajala. Les bonnes vibrations sont au rendez-vous tandis que l’on est facilement dépaysé par ces influences à mi-chemin entre afrobeat, jazz et hip-hop qui font de nouveau fureur sur le troisième acte avec la basse chaloupée de « N29 » menant la danse avant que la voix d’Olivia Dean entre en scène sur le joliment endiablé « No One’s Watching Me ».
L’avant-dernier acte est sans contexte le plus lumineux et le plus introspectif, comme si l’émotion s’invitait dans le club. Ezra Collective sait aussi bien convier cette ambiance de carnaval avec les incantations presque gospel de « Hear My Cry » pour un résultat cathartique avant de prendre de l’ampleur avec ce mélange entre afrobeat et rythmiques latines de « Shaking Body » et ce clin-d’œil si subtil de « Expensive » du grand Fela Kuti. Masterclass sur masterclass, si vous voulez mon avis. Et dites-vous que l’on n’a rien entendu encore car les influences trip-hop/dub s’invitent à la soirée le temps d’un « Streets Is Calling » plus contemplatif avec cette ambiance de fin de soirée en compagnie de Moonchild Sanelly et de M.anifest.
Il ne manquera plus que d’un dernier acte annonçant le lever du soleil. On a beau festoyer jusqu’au bout de la nuit sans se juger mais le barman annonce en rangeant les chaises qu’il faudra rentrer. L’atmosphère se fait plus calme et éthérée avec « Why I Smile » et « Have Patience » pleines de délicatesse avant qu’un dernier assaut final ne retentisse répondant au nom de « Everybody » où les cuivres rayonnent de plus belle et apportent un peu de lumière et d’espoir en ce monde si obscur et anxiogène. Si il paraît moins immédiat que ses prédécesseurs, Dance, No One’s Watching n’en demeure pas moins foisonnant et chaleureux. Tout simplement parce qu’Ezra Collective, par son large éventail d’influences, réussit à tirer son épingle du jeu avec des compositions dépaysantes et rayonnantes qui n’auront pas fini de nous ensorceler et qui auront de quoi nous mettre dans la danse.
Note: 9/10
