Hypnotic Brass Ensemble – Hypnotic Joints/Book Of Sound

La troupe cuivrée la plus timbrée du moment est de retour ! Hypnotic Brass Ensemble n’est plus à présenter désormais, vu que la troupe de Chicago a tout prouvé avec leurs performances époustouflantes et ses compos bien entraînantes. Un an après leur disque Sound Rhythm & Form, voilà qu’ils dévoilent leur nouvel ouvrage intitulé Hypnotic Joints.

Composé de sept titres, le groupe continue de nous concocter leur cocktail cuivré bien explosif allant du calypso à la funk en passant par le jazz sur des morceaux instrumentaux comme « One Hunit » mais aussi « Violet Moon », « Oh My God » et « Heru » qui nous prouvent qu’ils ont toujours leur mot à dire. Hâte de voir ce qu’ils vont réserver pour leur second volet, si il y a lieu bien sur.

Note: 8/10

Bon ok, ce n’est peut-être pas le volume deux mais au moins, on reste toujours aussi gâté. Hypnotic Brass Ensemble nous avait ambiancé en cette fin d’été avec leur premier volet de Hypnotic Joints et voici qu’ils nous reviennent avec un véritable opus du nom de Book Of Sound, soit leur second album sans leur batteur.

C’est surtout le premier album sans le père du groupe et légendaire trompettiste du Sun Ra Arkestra, Philip Cohran, qui est décédé en février dernier. Et ce Book Of Sound est à la fois un hommage et une méditation spirituelle. Ainsi, on assiste à une grande messe bien cuivrée et groovy comme on aime avec ces moments riches en recueillement comme « Purple Afternoon », « Morning Prayer » ou encore « Solstice ». Parfois, des harmonies vocales en guise de mélodie principale viennent s’y greffer à l’image de « Lead The Way » et de « Now » pour donner une valeur plus vibrante à cet opus contemplatif.

Suite à des moments de bravoure comme « Heaven and Earth » et « Synapsis », Book Of Sound est à nouveau un coup de maître de la part de notre troupe cuivrée préférée mais aussi un très bel adieu au mythique musicien Philip Cohran qui a enfanté cette formation. Un merveilleux moyen de le remercier pour toute son oeuvre.

Note: 7/10

Antibalas – Where The Gods Are In Peace

Chez Daptone Records, beaucoup sont partagés entre Menahan Street Band, Budos Band ou encore The Dap-kings. Et puis, il y a Antibalas que presque personne ne calcule. Et pourtant, c’est une sacrée troupe que nous avons là car ils ont fait forte impression avec leur septième album en 2012 et cinq ans plus tard, ils récidivent avec leur nouveau disque Where The Gods Are In Peace.

Le combo de Brooklyn continue de nous balancer des bonnes vibes afrobeat mais avec une pointe d’universalité en prime. Et dès le premier titre de 10 minutes, « Gold Rush » vient annoncer la couleur en mettant le savoir-faire scénique d’Antibalas tout comme « Hook & Crook » qui avoisine les 9 minutes riche en tensions avec ses cuivres et percussions rutilants. Après avoir bien préparé le terrain, c’est au tour de « Tombstown » divisé en trois parties: une odyssée afrobeat beaucoup plus sombre et mystique mais ô combien dense et prenante à chaque note et chaque mesure. Ce nouveau disque d’Antibalas permettra de montrer le côté radical de leur musique qui est plutôt intéressant à souligner.

Note: 8/10

The Souljazz Orchestra – Under Burning Skies

Il y a deux ans, The Souljazz Orchestra nous a fait vibrer et danser comme jamais avec leur incroyable Resistance (chroniqué ici). L’un des meilleurs collectifs cuivrés et métissés (sans aucun mauvais jeu de mot) venu d’Ottawa n’a rien à prouver et c’est sans effort qu’ils viennent nous présenter leur nouvelle trouvaille intitulée Under Burning Skies. Vous n’êtes pas fatigués ? Tant mieux alors !

Là où Resistance excellait avec ses sonorités afro-caribéennes, The Souljazz Orchestra fait un pas en avant et un autre en arrière en incorporant des influences vintage et 80’s à leur cocktail d’afrobeat, soul, jazz et funk. Et je vais faire un pléonasme en disant que le résultat est plutôt réussi (ce qui est une habitude de The Souljazz Orchestra, me direz-vous) avec le mélange de disco et d’afrobeat de « Dog Eat Dog » qui ouvre le bal de façon impeccable et laid-back avant qu’enchaîne l’incroyable « Lunfunki » qui ressemble à une fusion de Mulatu Astatke et d’Afrika Bambaataa.

Au milieu de ces morceaux hypnotiques comme l’afrobeat psychédélique de « Holla Holla » aux synthés vintage au plus bel effet ainsi que « Is Yeelyel » qui est une parfaite reprise du groupe soul-funk somalien Dur-Dur Band, The Souljazz Orchestra n’oublie pas ses origines caribéennes avec « Sorrow Fly Away » mais aussi les instrumentaux résolument zouk de « Oublier pour un jour » et « Tambour à deux peaux ». Et oui, comme d’habitude, ils ne font jamais les choses à moitié lorsqu’il s’agit de faire danser son auditeur ou à l’inviter dans une transe tropicale surtout sur la conclusion nommée « Aduna Jarul Naawo » conviant l’auteur-compositeur-interprète Elage Mbaye pour un final de qualité.

Au risque d’utiliser un autre pléonasme, The Souljazz Orchestra nous revient avec un grand opus de qualité. Jamais à court d’inspiration, Under Burning Skies regroupe de nouvelles influences étrangères qui rentrent parfaitement dans le cocktail explosif et exotique que la crew d’Ottawa nous habitue depuis leurs débuts sans jamais à court d’inspiration.

Note: 8/10

Tony Allen – The Source

Tony Allen n’est plus à présenter vu que le grand patron de l’afrobeat a un CV qui en jette. Batteur hors normes et compositeur de talent, il a un palmarès qui ne devrait pas être renié et des actes comme Damon Albarn, Jimi Tenor, Fela Kuti et autres Oumou Sangaré peuvent nous l’affirmer. Mais ce que le légendaire musicien n’a pas encore fait tout au long de sa discographie, c’est de rendre hommage à un genre musical qui lui est tant cher à ses yeux: le jazz. Résultat des courses, son nouvel album The Source sur le légendaire label Blue Note a exaucé ses rêves.

Accompagné d’un live band (le tromboniste Daniel Zimmermann, le saxophoniste Rémi Sciutto, le contrebassiste Mathias Allamane, le claviériste Vincent Taurelle ainsi que le guitariste Indy Dibongue), l’autre père de l’afrobeat revient aux sources pour un opus reposant faisant suite à son EP hommage à Art Blakey. Il en résulte un voyage spirituel avec des instrumentaux organiques et smooth comme « Moody Boy », « Cruising » et « On Fire ». Le jazz est au cœur des préoccupations du superbatteur tant il respire ce courant musical à pleins poumons sur « Woro Dance » et « Wolf Eats Wolf » même si les relents afrobeat ne sont pas mises de côté pour autant comme sur « Tony’s Blues », « Push and Pull » ainsi que sur « Ewajo ». Notons également la participation de Damon Albarn aux claviers sur l’épuré et méditatif « Cool Cats » qui n’interrompt pas le voyage en cours, bien au contraire.

Tony Allen a réalisé l’album de ses rêves et prouve qu’il reste invincible dans son domaine avec son subtil hommage au jazz instrumental. The Source ira convoquer les spectres de Lester Bowie, Charles Mingus et autres Gil Evans avec l’expertise du papa de l’afrobeat qui fait toute la différence. Laissez-vous tenter par une expérience jazzy hors normes.

Note: 8/10

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Ibibio Sound Machine – Uyai

En 2014, une secousse musicale venue du Nigéria est venue frapper fort répondant au nom d’Ibibio Sound Machine. Le combo mené par la tête pensante Eno Williams mélange afro disco, électro, funk et R&B des années 1980 a fait parler de lui pendant un bon bout de temps grâce à un premier album fiévreux. Trois ans plus tard, les revoilà de retour signé sur le label Merge Records (!) et avec un second disque Uyai (beauté en ibibio) prêt à prendre de nouveau d’assaut le dancefloor.

A l’écoute de cette nouvelle galette, rien de nouveau à l’horizon si ce n’est que l’on se laisse hypnotiser par ses rythmes endiablés et énergiques à l’image de « Give Me A Reason » faisant référence aux 276 lycéennes enlevées par Boko Haram, « The Chant (Iquo Isang) » et « The Pot Is On Fire » qui reprennent là où le premier album s’est arrêté. Eno Williams électrise l’auditeur grâce à son chant tantôt en anglais tantôt en Ibibio aux paroles percutantes et fortes tout comme son groupe qui capture l’essence de la musique afro (allant du ) en incorporant des influences new-wave et post-punk.

Au milieu des tueries bien efficaces de « Joy (Idaresit) » flirtant avec le techno-rock, « Power of 3 » et « Guide You (Edu Kpeme) » résonnent tout de même quelques accalmies telles que « One That Lights Up (Andi Domo Ikang Uwem Mi) », le bien-nommé « Quiet » ainsi que les incantations spirituelles de « Cry (Eyed) » nous faisant planer avec ses harmonies vocales et son balafon aérien. Ibibio Sound Machine est incroyablement inspiré, à un tel point qu’ils osent se mettre au nu-jazz sur l’appétissant « Sunray (Eyio) » avec toujours ces sonorités électroniques efficaces. A peine est-on sorti du « Trance Dance » incroyablement festif que l’on réclame une nouvelle dose. Uyai est une sacrée machine à danser où les spectres de Konono n°1, du makossa et autres pépites afro se mélangent encore une fois aux influences occidentales.

Note: 7.5/10

The Olympians – The Olympians

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Le label Daptone Records continue à monter en puissance et personne ne peut stopper sa croissance. Inutile de rappeler le roster du fameux label soul de Brooklyn car vous connaissez sans doute ses groupes, ses artistes mais également ses backing bands. Et bien un autre backing band vient s’ajouter dans la liste, il s’agit de The Olympians, un groupe de soul instrumental composé de Toby Pazner (claviers), de Tom Brenneck (guitare), de Michael Leonhart (trompette), de Leon Michels et de Neal Sugarman (saxophones) mais aussi de Homer Steinwess (batterie).

Pour bien se présenter, le sextet nous implante son univers à mi-chemin entre blaxploitation des années 1970 et soul instrumental old-school, de quoi bien se préparer pour un voyage riche en groove et en finesse se débutant avec l’enivrant « Sirens Of Jupiter ». Selon Toby Pazner, cet opus raconterait l’histoire des Dieux de l’Olympe et on s’imagine déjà arpenter les lieux et les recoins de cette mythologie grecque à travers les morceaux éloquents comme « Apollo’s Mood », « Diana By My Side » ou même « Sagittarius By Moonlight ».

Hommage à la blaxploitation ou hommage à l’époque greco-romaine, personne ne sait vraiment où en voulait venir nos six hôtes en fait. Mais toujours est-il que pendant 40 minutes, on se laisse guider par des monuments soul-jazz entraînants où chaque note, chaque instrument, chaque mélodie parcourt nos oreilles de façon intrépide et de nombreux frissons parcourent l’échine, à l’image de « Europa and The Bull » et « Pluto’s Lament » par exemple. Et c’est ce qui fait de ce premier album de The Olympians un opus qu’on prend plaisir à écouter pour son intrigue cinématique sans oublier le savoir-faire de Daptone.

Note: 8.5/10

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Melt Yourself Down – Last Evenings On Earth

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En 2013, une secousse musicale a eu lieu dans nos oreilles et elle nous vient tout droit de Londres: Melt Yourself Down. Un sacré OMNI qui mélange punk, jazz, afrobeat et funk notamment avec leur tube « We Are Enough » suivi de l’album éponyme paru cette même année. Le septuor mené par le leader complètement déjanté Kushal Gaya était une sacrée curiosité et le sera toujours avec leur second opus Last Evenings On Earth.

D’humeur plutôt apocalyptique, Melt Yourself Down envoie tout valser comme si leurs jours étaient comptés. En effet, des les premiers titres complètement furieux et regorgés d’énergies comme la psychédélique « Dot To Dot » à la ligne de basse fuzzy et sa rythme envoûtante, l’afrobeat pur et dur de « Listen Out » ou encore la complètement furibarde et dissonante « Communication ». Entre la voix claustrophobique et hallucinée de Kushal Gaya (The Comet Is Coming, The Heliocentrics…), les saxophones fiévreux de Shabaka Hutchings et de Pete Wareham (ex-Acoustic Ladyland), les percussions hypnotiques et les bidouillages électroniques de Leafcutter John, il y a une urgence qui se dégage à travers ses compositions mystiques et avant-gardistes.

Kushal Gaya exorcise ses démons à travers ses textes moroses et désespérés, où il ne relate que la morbidité des choses autour de lui et de son entourage comme sur les contemplations plutôt étranges de « Bharat Mata », « Big Children (Gran Zanfan) » et de « Yazzan Dayra » qui contrastent plutôt bien à l’ambiance musicale qui s’y dégage. C’est là que le titre Last Evenings On Earth prend tout son sens: danser comme un fou furieux sur la musique de Melt Yourself Down comme si c’était la dernière fois de notre vie.

Note: 7.5/10