The Weather Station – Humanhood

Je n’ai pas peur de penser que Ignorance (chroniqué ici) restera non seulement un des meilleurs albums de The Weather Station mais aussi un des meilleurs albums de cette décennie. Ce disque aura permis à Tamara Lindeman de se hisser dans les rangs des plus grandes artistes de sa génération et elle le confirmera avec son successeur qui s’intitulait How Is It That I Should Look At The Stars l’année suivante (chroniqué ici). Après un an et demi d’absence, la musicienne canadienne signe son retour en ce début d’année avec Humanhood.

Durant ce laps de temps, Tamara Lindeman avait traversé une passe difficile ayant atteint sa propre santé mentale. Ceci aura inspiré ce Humanhood où elle renoue avec sa base sophisti-pop avec une touche arty et jazzy pour un périple musical absolument fascinant et aventureux. On en veut pour preuve le morceau nommé « Neon Signs » pour le moins pulsatif où elle dépeint un monde bien trop absorbé par le consumérisme au détriment de la santé mentale (« I’ve gotten used to feeling like I’m crazy, or just lazy, why can’t I get off this floor ? », chante-t-elle) mais également les plus entraînants et soyeux « Window » ou encore « Body Moves » relatant ses récentes crises d’angoisse. De quoi aborder ce Humanhood qui s’annonce riche en surprises montrant un The Weather Station plus audacieuse que jamais à travers ses interludes instrumentaux à la limite de l’ambient en guise d’entractes contemplatives (« Descent », « Passage », « Fleuve »).

Bien évidemment, on pourra aussi bien penser au fameux Spirit of Eden de Talk Talk pour l’ambiance et les arrangements que du Joni Mitchell de la seconde moitié des années 1970 pour son aspect jazzy et son interprétation. Mais il n’empêche que The Weather Station continuera de nous émouvoir avec « Ribbons » et le morceau-titre ou de nous faire frissonner avec les arrangements boisés de haute volée comme « Irreversible Damage » ayant de quoi rappeler les heures du gloire d’un certain quintet d’Oxford. Après un « Lonely » marquant, Humanhood s’achève sur une note beaucoup plus douce et lumineuse du nom de « Sewing » où les synthés lumineux et ce piano obsédant accompagnent l’interprétation soyeuse de Tamara Lindeman qui retrouve sa lucidité après nous avoir raconté son passage à vide qui peut s’avérer terrifiant.

Vous l’avez compris, Humanhood est un nouveau triomphe pour The Weather Station. Bien évidemment, il semble moins structuré que Ignorance, ce périple musical est marqué par les différentes émotions afin de nous toucher et nous réconforter mais qui se clôture malgré tout sur une note d’espoir. Un nouveau triomphe pour l’artiste canadienne.

Note: 8.5/10