
Quand J Cole avait déclaré sur le morceau « First Person Shooter » qu’il faisait parti du « The Big 3 » (les trois meilleurs rappeurs de sa génération) avec Kendrick Lamar et Drake, personne ne s’attendait à la tempête que ça allait provoquer dans la musique. La suite, vous la connaissez, Kendrick Lamar va très mal le prendre et ira insulter les deux rappeurs sur le morceau « Like That » de Metro Boomin & Future (« Motherfuck the big three, nigga it’s just big me »). Ce qui donnera naissance à un des clashs les plus monstrueux de ces derniers temps dont on n’aura pas fini d’entendre parler même encore aujourd’hui (Kendrick Lamar vs. Drake). Pourquoi je parle de ça ? Tout simplement parce que je pense à un autre Big 3 actuel dans le monde de la musique: Fontaines D.C., Gurriers et The Murder Capital. Les trois grands groupes de post-punk made in Dublin actuel à mon humble avis. Et justement, ces derniers comptent faire leur grand retour avec l’arrivée de leur successeur nommé Blindness, faisant suite à leur incroyable Gigi’s Recovery paru deux ans plus tôt (chroniqué ici).
La bande de James McGovern signe ainsi un retour cathartique et en clair-obscur avec le morceau d’ouverture bien tranchant du nom de « Moonshot » renouant avec les racines post-punk avant de se poursuivre avec un « Words Lost Meaning » ralentissant le tempo avec cette mélodie et cette basse lourde qui nous prennent de court et à contrepied. Blindness se voudra ainsi moins lisse et plus surprenant que Gigi’s Recory qui avait tout l’air d’un conte gothique que l’on lit du début à la fin. Ici, la narration semble dispersé et nous transporte aux antipodes de leurs univers multiples, comme l’atteste l’accrocheur « Can’t Pretend To Know » contrastant avec la mélodie plus joviale de « A Distant Life » par exemple.
La réputation de The Murder Capital se tient à leurs propres exigences. Ce serait ainsi une telle surprise d’écouter un Blindness moins dense que jamais mais toujours aussi impactant dans ses compositions notamment sur « Born Into The Fight » à l’introduction faussement méditative avant de faire rugir les grosses guitares et des hurlements hallucinés (et hallucinants) de James McGovern ou bien encore sur « Love Of Country » qui est la pièce centrale où le quintet pose ses marques avant d’installer une tension permanente et fiévreuse. La force de l’interprétation de James McGovern est une fois de plus à souligner et on en veut pour preuve le pesant, nerveux et renversant « Death Of A Giant » écrit suite à l’enterrement de Shane MacGowan prouvant que nous ne pouvons retrouver la force dans l’union et la cohésion avant de redescendre avec tant d’allégresse avec la magnifique et douce « Swallow ».
Cet ascenseur émotionnel bien curieux se clôture ainsi avec le surpuissant « That Feeling » et la somptueuse conclusion nommée « Trailing A Wing » prouvant que The Murder Capital reste les maîtres. Avec Blindness, le groupe irlandais réussit à créer de multiples univers sonores où l’on plonge les yeux fermés et où on se laisse emporter par différentes vagues d’émotions contrastées avec tant de facilité. Et en ce sens, James Mc Govern et ses compères ont signé un véritable coup de maître qui leur permettront d’accéder au Big 3 du post-punk made in Irlande.
Note: 9/10
